DU PROLOGUE
(') La constante amitié, Is tranquille TieilleMe, ■ Cueillant en paix les fruit» de la sagette : VoiU leurs entretiens.
L'art de converser ne peut être perfectionne que dafts les sociétés où les femmes exercent quelque empire; voilà pourquoi les modernes, et sur-tout les Français, ont un si grand avantage sur les anciens. Chez les Grecs et ches les Romains, où les hommes étoient accoutumés à vivre entre eux, ils ne s'occupoient, dans leurs discours, que des intérêts de la politique et d'autres matières graves. Les Athéniens étoient sans doute de grands parleurs; il eût été aussi difficile peut«étre de trouver un homme discret et silencieux dans Athènes, que de trouver un bavard à Lacédémone; mais on peut dire qu'on y connoissoit plus Vcurt de parier que Fart de converser. Plutarque, celui des écrivains de l'antiquité qui nous donne le plus de détails sur la vie domestique des anciens, n'a rien laissé qui puisse nous feire croire que l'art de converser fût arrivé de son temps à quelque degré de perfection. Il a composé, il est vrai, un traité sur tari d'ouïr ; mais tout ce traité se réduit à des préceptes, pour apprendre aux jeunes gens à profiter des leçons des philosophes. Dans le premier chapitre de son traité intitulé les Propos de table , il met en question s'il est convenable de parler de littérature dans un festin. Tous les autres chapitres roulent sur les usages des anciens, et sur des matières tout-à-fait étrangères à l'art de converser. Le seul
traité de Plutarque qui ait rapport à ce sujet, est celui qui a pour titre : Du trop parier. I^e défaut contre lequel s'élève le philosophe de Ghéronée est le premier dont les hommes ont dû s'apercevoir; plusieurs moralistes anciens Font signalé ; Théophraste nous a laissé le portrait du havard.
Platon, dans le début de quelques uns de ses dialo^es, fait prendre un ton familier aux interlocuteurs; mais ces dialogues ont tous un objet fixe et déterminé, une marche suivie, qui les distinguent de la conversation. Pour connoitre jusqu'à quel point les anciens, et suMout les Grecs, possédoient Fart de converser, il auroit fallu savoir ce qui se passoit , et ce que Fou disoit dans le salon d'Aspasie ; mais la chos^ étoit difficile, car la conversation est de sa nature fugitive; elle appartient exclusivement au moment, au cercle «ù l'on parle, et ne peut se transmettre dans les livres, où elle perdroit la grâce naturelle qui la -distingue; la vie qu'elle reçoit de la voix, du geste, de la physionomie de l'homme, de l'attitude et de Fimpression des auditeurs, du ton et des manières de la bonne compagnie. Les ponversations qui passent d'un salon dans un livre , ressemblent à ces fleurs qu'on enferme dans un herbier, où elles se desséchent et perdent bientôt leurs parfums et leurs couleurs.
(') Là, brilloieoc sans orçneil , mais noo sans di|{nitc , Les Périclès ec les Alcibiades.
Stillingfleet, auteur d'un poème anglais sur la conversation, parle aussi d'Athènes: mais il ne fait mention ni de Périclès ni d'Aspasie; il ne parle que de Secrate. Nous citerons ce qu'il dit du philosophe grec, moins pour donner une idée du sujet qu'il traite, que pour faire connottre sa manière:
f( Mais traçons maintenant un caractère{*) aussi grand
(*) Bat let m now relate
A ^haraaler ai opposite , as great ,