POUR LE PORTRAIT DE M. CARRON
PRÉTBE PRAMÇAIS *.
Des Français exilés seconde Providence, Dans leur secret asile il cherche les malheurs ;
* Extrait du poëme de ta Pitié ^ ch. ii.
Salut, ô Sommerttow, abri cher à la France !
Là , le malheur encor bënit la Providence ;
Là, nos fiers vétérans retrouvent le repos.
Et le héros instruit les enfants des héros ;
Là, près d'un Dieu sévère éclate un Dieu propice.
Quel riche bienfaisant a fondé cet hospice !
 la voix de Canron le luxe s'attendrit;
Sa vertu les soutient, et son nom les nourrit;
Par lui , pour l'indigent la douce bienfaisance
Trouve le superflu , même dans l'indigence ;
Et, parmi les bannis, ses pieuses moissons
De l'avare opulence ont surpassé les dons.
On sait que cet estimable ecclésiastique, force de sVloi- ^er du théâtre de la persécution, se réfugia en Angleterre; mais on ignore peut-être que M. Carron avoit à peine mis le pied sur cette terre étrangère, qu'il s^occupa de réunir autour de lui les enfants des émigrés et des catholiques résidants en Angleterre. Cet établissement ne fut que le premier essai de la philanthropie chrétienne de ce pieux fondateur. Bientôt il s éleva, par ses soins, un asile pour les pauvres de Fun et Tautre $exe, des hospices pour les malades et les infirmes. On demandera sans doute comment
Il soigne la vieillesse, il cultive lenfance,
Il instruit par sa vie, il prêche par ses mœurs ;
un pauvre prêtre, exilé de sa patrie, sans autre moyen que son zèle, sans autre ressource que la charité, a su procurer à Fenfance, à Findigence, au malheur, tant de secours, de si utiles consolations. G^est dans les derniers sacrifices que purent faire encore les émigrés, c^est dans Phumanitë des Anglais, que cet autre Vincent de Paule a trouvé les encouragements qui Font mis à portée de créer ces prodiges de bienfaisance qui ont étonné tous les voyageurs, et confondu les observateurs les plus incrédules.
Lorsque le sénatus-consulte, qui ouvrit les portes de la patrie à tant de Français que la terreur en avoit éloignés, fut connu à Londres, on voulut engager le respectable Carron à retourner dans son diocèse , où il avoit laissé des monuments de son active sollicitude. « Non, je n'abandonu nerai pas, dit-il, ce que la Providence m^a aidé à former, « ce que la confiance me met en état de soutenir ; cette M jeunesse a besoin de mes soins; ces malheureux n'espè- « rent qu^en ma surveillance. » Ainsi, ce héros de la charité chrétienne se sépare d'une patrie qu'il regrette, pour se consacrer entièrement aux bonnes œuvres qu'il chérit. On ne peut douter de ses sentiments français, lorsqu'on lit, dans ses Pensées chrétiennes y ces paroles touchantes: «O France! ô ma patrie! toi qui m'as tant fait pleurer; toi « qui , durant un long exil enduré pour la foi, n'es pas un « seul jour, un seul instant, sortie de mon cœur et de ma «mémoire; lieux sacrés, où reposent les cendres de mes «pères, de mes proches, de mes amis; doux sol de ma « naissance, où je n'ai vu, où je n'ai compté et ne compterai «jamais que des frères, des seconds moi-même; 6 patrie!
Et, quand sa main ne peut secourir Findigence, Il lui donne ses vœux, sa prière et ses pleurs.
u que je suis loin de vouloir aigrir des plaies qui saignent «encore! Dîsparoissent à jamais la discorde, le ressentiament, la noire et cruelle vengeance, toutes les passions te haineuses, les plus cruels ennemis de Thomme et de son a bonheur! » Après cette profession du plus vrai patriotisme, on doit juger ce qu'il en dut coûter à M. Carron pour satisfaire à ce qu'il se devoit à lui-même, à ce que des établissements, qui pouvoient périr sans lui, sembloient exiger de son intarissable charité. M. Carron a publié plusieurs ouvrages où Ton remarque cette onction qui semble caractériser toutes les actions de sa vie. Ses Pensées chrétiennes , pour tous les jours de Tannée, contiennent tout ce que la morale évangélique a de plus pur et de plus consolant. On y trouve par-tout le ton pathétique de Fénélon, réuni à la sublime doctrine des Pères de Féglise. Cet ouvrage, qui a eu un grand succès hors de France, a ensuite été réimprimé à Paris avec le même succès.