VERS A MADAME ROUX
Qui avoit envoyé à Fauteur une couronne de myrte et de laurier.
La nature en riant ta cédé son empire.
Jadis, écoutant trop un indiscret délire,
Je voulus du peuple des fleurs Exprimer les beautés, les formes, les couleurs ; Mais, comparée à tes doigts enchanteurs.
Hélas ! que peut ma foible lyre?
Ta main créa : je n'ai fait que décrire.
Dans ton ingénieux travail, A tes aimables fleurs que manque-t-il encore?
Du plus éblouissant émail Leur riche vêtement à ton gré se décore ;
Je pense voir sur leurs habits La briUante rosée épancher ses rubis :
Je crois voir du zéphyr Thaleine caressante Balancer dans tes mains leur tige obéissante ; Et sur leurs frais boutons d'azur, de pourpre et d'or, L'abeiUe, de son miel recueiUir le trésor.
Je cherche, en les voyant, à quelle chevelure
Doit s'enlacer leur riante parure.
Non : jamais de Zeuxis le pinceau si vanté N'unit tant d'artifice à tant de vérité.
FUGITIVES. 9i
J ai vu ces arsenaux où Tairain qui bouillonne Représente à nos yeux, ombragés de lauriers.
Les poètes et les guerriers ; J'ai vu ces ateliers où la guerre façonne De nos héros les glaives destructeurs.
Sans m effrayer, ton art m'étonne.
Et je préfère aux forges de Bellone, Où Mars , assis sur le bronze qui tonne , Court arroser la terre et de sang et de pleurs. Ce paisible atelier, brillant de cent couleurs ,
Qui, pour moi, pour mon Antigone, Enfante des lauriers, des myrtes et des fleurs. Que ces festons charmants ont le droit de me plaire ! Mais, en dépit de ma témérité, Je le sens trop , je n'ai point mérité Un prix si doux , un si brillant salaire.
Alcibiade seul, dans Athène autrefois.
Beau, jeune, brave, et servant à-la-fois La Minerve des arts, la Minerve guerrière.
Pour prix de ses talents et de ses grands exploits. Eut le droit d'obtenir une fleur de Glycère.
Charmante Églé ! les fleurs ne t'abandonnent pas ; De leurs fraîches couleurs ta bouche se décore ;
Je les vois naître sous tes pas ; Je les vois s'ammer sous tes doigts déhcats ;
Ton haleine est celle de Flore ; De la blancheur du lis ton teint nous éblouit ; Conune une fleur s'épanouit.
Je vois ton doux sourire éclore ; Tu dis un mot : c'est une fleur encore ; Et par-tout sur tes pas le printemps nous sourit. Quand l'Étemel d'un mot créa nos paysages, Il s'admira lui-même en ses ouvrages :
Toi, dont la main les reproduit pour nous, Ton cœur doit jouir davantage.
Créer le monde est beau, l'imiter est plus doux. Tu montres à-la-fois le modèle et l'image ; Et moi, portant à tes genoux Mon tendre et légitime hommage.
Je dis : « Gonnnent cette jeune beauté.
Dont l'aimable simplicité, Comme la fleur des champs, est ingénue et pure, A-t-elle su, trompant le toucher, le regard.
Mettre à côté de la nature Le doux mensonge de son art?
Cet aimable prestige est sa seule imposture.
Jadis des fleurs je chéris la culture ; De leur agréable parure. Je bordois mes ruisseaux, je parois mes bosquets ; Au souffle des vents indiscrets.
Sous l'abri transparent d'un verre, Je les cachois dans le fond d'une serre :
Mais les vents, la critique, ont flétri mes Jardins ;
Et je donnerois mon parterre Pour la moindre des fleurs qui tombent de tes mains.
VERS