‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 38 sur 80 · POUR LE JARDIN DE MADAME D^HOUDETOT · texte numérisé non relu

POUR LE JARDIN DE MADAME D^HOUDETOT

O combien j'aime mieux vos riants paysages Que ces parcs, de Hutus dispendieux ouvrages, Où venoient à grand bruit se cacher autrefois. Et les ennuis des grands, et les chagrins des rois ! Je trouve Finnocence et le bonheur champêtre, Dans ces lieux que vos mains ont pris soin d'embellir. L'oiseau, de vous charmer semble s'enorgueillir. Les roses s'empressent d'y naître, Et le chêne veut y vieillir.

J'aime de vos j^ons les nappes verdoyantes ; Vos élégants bosquets, vos bois majestueux, Tout plaît à mes regards : vos routes ondoyantes Ne me tourmentent point de replis tortueux.

Et l'on y peut marcher, y rêver deux à deux.

A ces beaux lieux, que le bon goût décore, Plus d'un doux monmncnt vient ajouter encore : De tous ceux qui vous furent chers.

Dont vous aimiez l'éloquence ou les vers.

Sous les abris sacrés de ces feuillages sombres. On croit voir revenir et voltiger les ombres.

Votre ait veut émouvoir, et non pas éblouir : Pour vous, aimer c est vivre, et rêver c'est jouir :

La douleur rêveuse a son charme.

Dès qu on arrive à ce jardin charmant,

Le cœur est sûr d un sentiment,

Et Fceil se promet une larme.

Tout ici se conforme à vos tqi^dres douleurs ; Pour vous, le noir cyprès rembrunit ses couleurs.

L'onde plaintive attriste son murmure.

Un jour mélancolique éclaire l'ombre obscure. Et le saule incliné joint son deuil à vos pleurs. Eh ! qui peut près de vous demeurer impassible? Quels barbares échos peuvent rester muets?

Les doux rcssouvenirs habitent vos bosquets ; La tristesse chérit leur silence paisible ;

Et pour exprimer vos regrets, La pierre même apprend à devenir sensible (•).

(') C'est k cas de placer ici une lettre charmante et inédite de madame d'IIoudetot à Delille, pour le remercier de $on poème de F Imagination^ qu'il lui avoit envoyé.

M Je ne puis, mon cher Delille, contenir ma reconnoissance et me taire sur le ravissement que j'ai éprouvé à la lecture de votre dernier ouvrage. Je dois tout encore à cette déesse que vous chantez si bien.

Toi qui m'as rappelé lei joiln de ma jeunesse ; Tons ces rêves d'amour, de bonheur, de vertu , Par toi viennent encore enchanter ma vieillesse : Delille , tu m*as tout rendu ! •

Hélas ! je vis ici avec des souvenirs dont vous n'avez pu

VERS

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