‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 39 sur 80 · SUR LE PORTRAIT DE MADEMOISELLE LA FAULOTTE · texte numérisé non relu

SUR LE PORTRAIT DE MADEMOISELLE LA FAULOTTE

La douce rêverie et la vivacité, La gaieté jointe à la décence, La finesse avec Finnocence, Et la pudeur avec la volupté ;

trop vanter la puissance, et avec des ombres animées par la puissance de celle qui vous inspire, et qu'elle rend vivantes autour de moi. Pourquoi faut-il que je sois obligée de vous ranger au milieu d'elles? oh! si vous vouliez encore venir quelques instants les invoquer autour de moi, vous réaliseriez un moment de beaux songes à qui je dois encore tant de plaisirs. J'ai été tentée un moment d'être jalouse pour la mémoire de mon ancien ami(*), de tous les rayons de gloire qui vous environnent : mais je me suis dit qu'il en jouiroit s'il vivoit encore, et j'aime bien mieux m'associer à ses vertus. S'il est resté chez vous, mon cher Del ille, quelque trace de ces moments délicieux que nous avons passés ensemble, réunis avec ce qui faisoit la gloire et les délices de notre temps, vous viendrez m'apporter ce que les dieux firent pour Enée, le rameau d'or nécessaire pour les aller retrouver dans l'Élysee. Songez que celle qui vous écrit a soixante-seize ans. »

(*) M. de Saint-Lambert, auteur du poëme des Saisons.

Voilà quel heuremc assemblage A dû composer votre image.

D'où vient qu'avec plaisir lœil saisit chaque trait De cette peinture fidèle ?

C'est qu'on trouve dans le portrait Ce qu'on chérit dans le modèle.

Que dis-je? Le pinceau ne parle ici qu'aux yeux : Où sont ces chants délicieux, Ces harmonieuses merveilles Qui ravissent le cœur et flattent les oreilles? J'écoute, et n'entends point les accents enchanteurs De cette voix si légère et si tendre.

Heureusement pour la paix de nos cœurs, L'art de Zeuxis ne peut les rendre.

Son image sur nous auroit trop de pouvoir.

Si le pinceau joignoit le bonheur de l'entendre

Au plaisir si doux de la voir.

Et si je pénétrois dans cette ame si pure, Que dans un corps chamiant enferma la nature. Que de sentiments délicats !

Je voudrois bien les peindre ; mais, hélas !

La vertueuse Annette à sa gloire s'oppose;

D'un vain renom évitant les éclats, La modeste pudeur qui dans sou cœur repose, Voile à nos yeux ses innocents appas :

C'est le calice de la rose Dont le parfum s'exhale et ne se montre pas.

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VERS

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