‹ Œuvres (volume 4)Chapitre 61 sur 80 · A MADAME LA DUCHESSE DE DEVONSHIRE · texte numérisé non relu

A MADAME LA DUCHESSE DE DEVONSHIRE

De vos riches tableaux que j'aime les images,

Quand vous peignez ces monts sauvages, Noir séjour des frimas, d où tombent ces torrents, Où gronde le tonnerre, où mugissent les vents. Sillonnés de ravins, entrecoupés d'abimes!

Lorsqu avec tant de grâce, à leurs horreurs sublimes Vous opposez leurs tranquilles abris , Leurs doux ruisseaux et leurs vallons fleuris. Le vrai bonheur, loin d'un luxe profane^ A leurs rochers confiant sa cabane.

Toujours la vérité dirige vos pinceaux ; Vous unissez la force à la mollesse :

Le cours des fleuves, des ruisseaux,

■>,^. ' ^- Embrasse avec moins de souplesse

Le terrain varié que parcourent leurs eaux.

De la variété le mérite est si rare !

Toujours pour leurs Phaons soupirent nos Saphos ; Deshoulières m endort aux chants des pastoureaux : Prodigue des grands traits dont sa Mu^ est avare. Mieux qu eUe vous savez varier votre ton ;

Je crois voir, à côté de laigle de Pindare ,

La colombe d'Anacréon.

Ainsi des saints devoirs et d épouse et de mère,

Des Muses l'entretien charmant Vient quelquefois doucement vous distraire:

A la raison vous joignez lagrément, Le talent de bien dire au bonheur de bien faire : TeUes naissent les fleurs au milieu des moissons. Mais c etoit peu pour vous de briller et de plaire:

A vos enfants vous transmettez vos dons.

De lamour maternel tel est le caractère;

C'est dans ses tendres rejetons

Qu'est sa volupté la plus chère; C'est dans eux qu'il jouit, c'est pour eux qu'il espère ;

Au milieu de ses nourrissons,

Ainsi la rose, déjà mère, Que les zéphyrs trop tôt cèdent aux aquïons , Ne pouvant retenir ^a beauté passagère.

Met son espoir dans ses jeunes boutons ; Lem' lègue ses parfums, sa grâce héréditaire. Sa couronne de pourpre et ses riches festons. De vous, de vos enfants c'est l'image fidèle ; L'aimable Caviendish , grâces à vos leçons, * Est le portrait charmant du plus parfait modèle ; Comime vous elle plaît, vous vous plaisez dans elle. Jouissez, reprenez vos aimables concerts :

Vos chants servent d'exemple aux nôtres ; Et le plus dur censeur eût fait grâce à mes vers.

Si j eusse été plus tôt le confident des vôtres. C'est peu de les aimer ; encouragez les arts, Belle Georgiana ! c est vous dont les regards, La mémoire encor m en est chère,

Ont les premiers, à ma Muse éti'angcre, D un accueil caressant accordé la faveur, Et dissipé la crainte attachée au malheur.

Dans les champs paternels, jadis simple bergère.

Elle chantoît aux montagnes, aux hois ; Les bois lui répondoient; et môme quelquefois,

Il m en souvient, sa chanson bocagère Sut se faire écouter dans le palais des rois.

Ce temps n'est plus : fugitive, exilée, Sur les bords où chantoient les Popes, les Thompson»

Sa voix tremblante essaya quelques sons :

Albion lui sourit, elle fut consolée.

Tel un frêle arbrisseau qu'un orage soudain

Enlève et transporte sur l'onde, Contraint de s'exiler sur quelque bord lointain,

Suit au hasard sa course vagabonde,

Rencontre, aborde une teire féconde ; Là, par Zéphire tramplanté, Bientôt l'arbuste acclimaté Se croit dans son berceau : les enfants du bocage

Lui font accueil ; il partage avec eux Et la douce rosée et les rayons des cieux ; De sa fleur étrangère embellit ce rivage.

Bénit son sort, et pardonne à l'orage.

T. I. vois. Tva, i3

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