DU SAINT-GOTHARD
A MES ENFAHTS.
Beaux lieux où la moisson dore trois fois les plaines, Que des ticdes zéphyrs fécondent les haleines, Que la nature et Fart, et les hommes et Dieu, Ornèrent à lenvi, belle Italie, adieu!
Je te laisse, ma sœur ; vents, soyez-lui fidèles ; Doux zéphyrs, portez-lui la santé sur vos ailes ; Pour eUe, froids hivers, tempérez vos frimas, Et que vos durs glaçons s*émoussent sous ses pas !
Salut, mâle Helvétie, et vous, pompeuses cimes, Dont l'œil avec plaisir voit les horreurs sublimes!
aussi belle destinée : sa vie fut tissue de succès , d^hommages , et de plaisirs ; comme auteur, elle occupe un rang honorable parmi les femmes poètes de son pays. » Elle est morte en mai 1806.
Pleas*d with a people, honest, brave and firee, Whilst every step conducts me nearer home.
I wander where Tesino madly flows, From cliff to cliff in foaming eddies tost ;
On tbe rade mountain's barren breast he rose. In Po Vbroad wave now hmries to be lost.
His shores, neat bats and verdant pastores fill, And hills where woods of pine the storm defy;
While, scoming végétation, higher still Rise the bare rocks coeval with the sky.
Upon his banks a favor d spot I found,
Where shade and beanty tempted to repose;
Within a grove, by mountains circled round, By rocks o er-hung, my rustic seat I chose.
Âdvancing thence, by gende pace and slow, Unçonscious of the way my footsteps prest,
Sudden, supported by the hills bclow,
Saint-Gothard's summits rose above the rest.
*Mîdst tow 'ring cliffs and tracts of endless cold Th' industrious path pervades the rugged stone.
And seems — ^Helvetia lot thy toils be told — A granité girdle o er the mountain thrown.
Mon pays me rappelle, et, malgré son attrait, D'un peuple libre et fier je m éloigne à regret.
Le voilà ce Tésin, dont les eaux bondissantes, De rochers en rochers au loin rejaillissantes, Courent vers TÉridan, et, lassant les échos. Lui portent, en grondant, le tribut de leurs flots.
Fougueux enfant des monts, il voit sur ses rivages De modestes hameaiLx, de riches pâturages:
Des rochers nus levant leur front chauve et hideux ; Des pins battent leur pied, leur tête est dans les cieux.
Dans un cercle de monts aussi vieux que le monde, Un heureux coin de terre, arrosé de son onde, M'offre un abri paisible ; et j'y goûte à-la-fois Le charme des rochers, et des eaux, et des bois.
Je pars : de ces beaux lieux je m'éloigne en silence. Par des sentiers tournants à pas lents je m'avance. Soudain, de monts en monts s'élançant vers les cieux, Le pompeux Saint-Gothard apparoît à mes yeux.
Là, des chemins hardis ont dompté la nature ; Un ruban de granit, de sa longue ceinture Traverse, en serpentant, ces éternels frimas, Ft le rocher vaincu s'aplanit sous mes pas.
?îo haunt of man tbe wcary travellcr greets, No végétation smiles upon the moor,
Save Avbcrc the flowVet breathes uncultur d sweets, Save where tbe patient nionk rcceives tbe poor.
Yct Ict not tbese rude patbs bc coldly trac'd, Let not tbese wilds \vitb Hstlcss steps be trod ;
Hère fragrance scorns not to pcrfume the waste, Hcre charity uphfts tbe mind to God,
His bunible board tbe holy man prépares,
And simple food, and wholcsome lore bestows,
Extols tbe treasures that bis mountain bears, And paints tbe périls of impending snows.
For, whilst bleak Winter numbs \vitb chilling band, Wberc fréquent crosses mark the traveller s fate ;
lu slow procession moves the merchant band.
And silent bends where tottering ruius wait.
Yet midst those ridgos, 'midst that driftcd snow, Can nature deign lier wonders to display ;
Ilcre Adularia sbincs witb vivid glow, And gems of crystal sparkle to the day.
llcrc too, tbe hoary mountain's brow to grâce, Five silver lakes, in tranquil state are seen ;
Là, pas un arbrisseau, pas une trace humaine ; Quelques sauvages fleurs s'y hasardent à peine ; Et des reclus pieux, aux voyageurs si chers.
L'hospice consolant peuple seul ces déserts.
Toutefois en ces lieux l'horreur même a ses charmes, Les plantes leurs parfums, l'humanité ses larmes ; Et, sans cesse brûlant d'un charitable feu, La pitié bienfaisante élève l'ame à Dieu.
J'aime ce bon ermite ; avec nous il partage Son toit, ses simples mets, ses fruits et son laitage. Nous peint tous nos dangers, et du passant surpris La terrible avalange écrasant les débris.
Le voyagem' transi va, poursuivant sa route.
Où des croix ont marqué le malheur qu'il redoute ; S'avance doucement, et de ces noirs frimas Craint d'appeler sur lui l'épouvantable amas.
Pourtant, dans ces déseits, quelquefois la nature Se plaît à déployer sa plus riche parure.
Colore les métaux, et forme le cristal.
Frère du diamant, et son brillant rival.
Quel spectacle pompeux ! D'ici s'offre à ma vue De cinq lacs à-la-fois la tranquiUe étendue ;
And with the Ktune, Urermamc climes explore ; Her stream I mark*d, and saw her wildly move Down the bleak mountain, thro' her craggy shore.
My weary footsteps hop'd for rest in vain, For steep on steep, in rude confusion rose ;
At length I paus'd above a fertile plain, That promis'd shelter and foretold repose.
Pair runs the streandet o'er the pasture green , Ils margin gay, with flocks and catde spread ;
Embowering trees the peaceful village screen,
And guard from snow each dweUings juttiiig shed.
Sweet vale ! whose bosom wastes and clififs surround, Let me a while thy friendly shelter share!
Emblem of life! where some bright hours are found Amidst the darkest, dreariest years of care.
Delv'd thro' the rock, the secret passage bends ;
And beauteous horror strikes the dazzled sight ; Beneath the pendent bridge the stream descends —
Falls — tiU it tiunbles o er the frowning height.
Et, du sein paternel émancipant leurs eaux, Bondissent sur des rocs mille jeunes ruisseaux.
Ici la Reuss, du Rhin impétueuse amante, Bat ses bords rocailleux de son onde écumante. Et, sans cesse agitée en son lit tortueux, Poursuit vers son époux son cours impétueux.
Parmi tout ce fracas je cherche un lieu tranquille : Le tumulte est sans fin, et la paix sans asile. Une plaine au-dessus de ce bruyant chaos Enfin m offre un abri, me promet le repos.
Là, bordé de troupeaux, entouré de verdure, Le torrent adouci plus mollement murmure ; Et des frimas, pendants aux rochers d'alentour,' Des arbres protecteurs défendent ce séjour.
Agréable vallon, solitude secrète.
Ah ! laisse-moi jouir de ta douce retraite ;
Tu me peins cette vie, où Thounne aime à saisù*
Parmi de longs chagrins un moment de plaisir.
Entre des rocs, tout fiers de leur beauté sauvage. Nous marchons : descendus par cet étroit passage. Un pont reçoit nos pas ; et, long-temps calme et doux. Le torrent irrité roule en grondant sous nous.
904 POɻlSS
We view tfae fearfol pa»«^iro windakipg The patfa that mariLs the tenran itf cmr way-^
*Midst beetling rocks, and hanging woods anong, The torrent ponrs, and breatfaes its ^tf ritt|; I^T-
Weary at lengtfa, serener scènes we hail ;
More cultar*d groves o'ershade the grassy meads^ The neat, tho' wooden hamlets, deck the vale,
And Altorf s spires recall heroic deeds.
But tho' no more amidst those scène I roam, My fancy long each image shall retain :
The flock retoming to its welcome home , And the wild carol of the cowherd's strain.
Lucetnia's lake its glassy surface shews, Whilst naturels varied beauties deck its side ;
Hère, rocks and woods its narrow waves inclose, And there, its spreading bosom opens wide.
And hail the chapel ! bail the platform wild !
Where Tell directed the avenging dart, With well strung ami, that first preserv'd his child,
Then wing'd the arrow to the tyrant s heart.
Across the lake, and deep embower'd in wood, Behold another hallow'd chapel stand,
Parmi de noirs rochers, sous des voûtes d'ombrage, Dans toute sa terreur s offre Taffreux passage , Et du torrent fougueux, qui redouble lefifroi. Les flots rejaillissants arrivent jusqu'à moi.
Enfin rit à la vue une scène plus douce ;
Des prés, du mont stérile ont remplacé la mousse ;
Au noir sapin succède un vert délicieux.
Et rhéroïque Altorf se découvre à nos yeux.
Je crois les voir encor, ces scènes délectables ; Je crois voir les troupeaux regagner leurs étables ; Et du pipeau rustique et des douces chansons A mon oreiUe encor retentissent les sons.
Luceme , de ton lac que j'aimois les rivages ! Tantôt entre des bois et des rochers sauvages Il resserre ses eaux ; tantôt en liberté Mon regard le découvre en son immensité.
Salut! noble chapelle ; et toi, lieu mémorable. Où d une main terrible, ensemble et secourable, Tell fit voler deux traits, et d un bras triomphant Terrassa l'oppresseur, et sauva son enfant.
Voyez sur l'autre bord, sous un épais ombrage, Cet autre monument : là, contre l'esclavage
Where three Swiss heroes, lawless force withstood, And stamp'd the freedom of their native land.
Their liberty requir'd no rites uncouth,
No blood demanded, and no slaves enchain'd ;
Her rule was gentle, and her voice was truth, By social order fonn'd, by laws restrain'd.
We quit the lake — and cultivation s toil,
With nature's charms combin'd, adoms the way,
And weU eam'd wealth improves the ready soil, And smiple manners still mamtam their sway.
FareweU, Helvetia ! £rom whose lofty breast Proud Alps arise, and copions rivers flow;
Where, source of streams, eternal glaciers rest, And peaceful science gilds the plains below.
Oft on thy rocks the wondering eye shall gaze, Thy vallies oft the raptur'd bosom seek :
There, nature s hand her boldest work displays, Hère, bliss domestic beams on every cheek.
Hope of my life! dear children of my heart!
That anxious hear, to each fond feeling true, To you stiU pants each pleasure to impart,
And more, oh transport! reach its home and you.
S armèrent trois héros, et leur sang indompté D un peuple généreux scella la liberté.
Non celle qui se perd en des paroles vaines, Veutdusangpouroffrande, etmarcheaubruitdeschaînes ; Sur le bonheur public elle fonde ses droits.
Prend la raison pour guide, et pour garde les lois.
Nous partons : nous voyons ces lieux où la culture Par-tout nous montre Fart secondant la nature, D'un profit légitime un emploi fructueux, Et la simplicité d un peuple vertueux.
Adieu, mâle Helvétie, où des Alpes altières Les éternels frimas nourrissent tes rivières ; Où letranger surpris voit des fleurs, des glaçons. Sur tes monts la nature, et l'art dans tes vaUons!
Souvent le voyageur, de tes roches hautaines, Verra d'un œil charmé la beauté de tes plaines, Tes prés fleuris, tes monts, leur sublime hauteur. Et dans tous les regards la douce paix du cœui\
Et vous, objets chéris de l'anie la plus tendre. Mes enfants, vous serez empressés de m'entendre! Mes plaisirs partagés en deviendront plus doux ; Ah! je vais donc revoir et ma patrie et vous.
VERS
Adresses à madame Lebrun , dans un moment où Tauteur sentoit
sa vue afFoiblie.
Quand de Milton, au bout de sa carrière , Les yeux jFurent privés de la douce lumière.
Il s ecrioit : « O regrets superflus !
C'en est donc fait? je ne les verrai plus,
Ce beau soleil, ces fleurs, cette verdure l Et pour moi la nature est voilée à jamais ! » Moi, je dis: « De Lebrun je ne vois plus les traits. Ces traits que pour modèle eût choisis la peinture l De sa touche élégante et pure
Je ne puis plus admirer les secrets :
Adorable Lebrun ! ce sont là mes regrets.
Et c'est encor regretter la nature. »
EPITRE