‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 10 sur 25 · NOT · texte numérisé non relu

NOT

(^) Nul lion n'y rugit, et jamais sur Tarène

Une hydre épouvantable à longs plis ne t'y traîne.

Virgile ne dit pas qu'il n'y ait point de serpent en Italie, • mais seulement qu'on n'y en trouve point de monstrueux.

(^) Vois ces forts suspendus sur ces rochers saufaget. ^^

Il y a encore en Italie une multitude de villes situées sur des rochers : dans la route de Rome à Naples on en voit quatre d'un seul coup d'œil.

(^) La mer de deu]( côtés nous présente son sein.

L'Italie e$t entre deux mers ; la mer Adriatique au septentrion, qu'on appelle aujourd'hui le Golfe de Venise^ et la mer Tyrrhénienne au midi. Ces deux mers s'appeloient mare superum et mare inferum, (Desfontaines.)

(^*) Ici le Lare étend son enceinte profonde.

Le Lare est un grand lac au pied des Alpes dans le Milanès : on le nomme aujourd'hui Lago di Compo. Le Bénac est un autre grand lac dans le Vcronais; on l'appelle Lago di Gaixia, Pour ce qui regarde les lacs Lucrin et Averne, les historiens nous fournissent l'explication de ce passage. Dion dît : Cumes est une ville de la Campa nie, où , entre Mfsène et Pouzzol, est une place de la figure d'un demi-cercle, presque environnée de'monticules stériles. On y compte trois petites baies : la première, qui s'avance le plus dans la mer, (^ moins éloignée des villes; la seconde, app«lée Lucrin^ cSrprès de la première ; la troisième, qui entre davantage dans les terres, semble être un lac, et s'appelle Averne. La première de ces baies se nomme la baie Tyrrhénienne, Entre la première et la troisième. Agrippa resserra le Lucrin: il n'y laissa qu'un peu d'eau , et en fit un port commode. Le |gplfe Lucrin, dît Strabon, est séparé de la mer par une digue longue de huit stades, et seulement assez large pour qu'un chariot puisse rouler dessus. Comme l'eau passoit sou-

DU LIVRE II. t57

vent par-dessus la digue, Agprippa la fit rëtabliri et ménagea iin^ entrée pour les petits vaisseaux. Le Qo\£e d'Aveme est renfermé dans celui de Lucrin. Suétone dit aussi : Portum * Julitim apud BaiaSy immisso in Lucrinum et jivemum mari y (-^grippa) ejfecit. Les trois golfes servirent à former le port Julius. De Tun on entroit dans Fautre. Le golfe Tyrrhénien étoit le plus avancé dans la mert'le JfaMrin étbit séparé du Tyrrhénien par une digue ouverte au milieu , pour donner passage aux vaisseaux : puis le golfe ou lac Aveme plus avancé dans les terres, et qui recevoit Feau des deux autres golfes. Ce port fiit construit Fan de Rome 717, dans le temps du triumvirat.

(4^) Toi tnr-tont, toi, Cëtar, qui tar des bords lointains Soumets llnde tremblante à l'aigle des Romains.

Il me semble qne Virgile ne veut point parler ici des drapeaux que les Parthes renvoyèrent à Auguste, comme le prétend l'abbé Desfontaines : aucun des mots du texte ne î^ vorise cette interprétation forcée. Je crois plus volontiers que le poète parle ici de quelque avantage remporté sur Cléopâtre et les Égyptiens avant la b|i|611e d'Actium. Le mot Indwn ne fait rien contre cette explication. Plusieurs auteurs, et Virgile lui-même, ont souvent employé ce mot Indi pour tous les peuples qui habitoient les pays chauds, et qui étoient au-delà de la mer Méditerranée.

(^} Terre féconde en fruits , en conquérants fertile. Salut.

Jai cm qu'on mepardonneroit cette dernière expression, plus vive que ces mots. Je te salue. On peut comparer avec ce bel éloge de lltalie celui que Pline en fait à la fin de son Histoire naturelle.

{f^) Le Toscan sons ses doigts fais résonner l'ivoire.

Cétoit ordinairement des Toscans qui jouoient de la flûte

dons les saprifices: ils ëtoîent Esmeux pour Ie|ir gloutonnerie; oe ipii a £ait dire à Virgile pinguis Tynhemu^ comme Catulle avoit dit obesus Etruscus, Une fois ils qmU tèrent Rome, paroeque, je ne sais en quelle circoniÉance, qn les empêcha de^atisfaire leu^ amour pour la bonne chère. Us ne consentirent à leur retour que sous la condition qubn 1 leur permet|xt)it dÉJj^ùger dans les sacrifices. A la Villa Jttstiniani on voit vR>as*relief où ils sont représentes avec l'embonpoint que Virgile leur attribue ici. Étoit-ce en leur qualité de Toscans qu'ils étoient ivrognes et gloutoqs, ou en leur qualité de musiciens ? je Fignore.

.(^) Va dans ces prés ravis à ma chère Mantone

Ces vers ont rapport au sujet de la première ^ogue. Dans la distribution qu'Auguste fit du territoire de Mantoue aux soldats vétérans, Virgile perdit son patrimoine, qui lui fut rendu par la protection de Mécène. Les vers de Virgile en cet endroit sont pleins de la plus touchante sensibilité et de lopins aimable poésie. Je ne crois pas prêter des beautés à Virgile en faisant remarquer la marche et le ton de la douleur dans ce veriMpiposé de spondées :

Et qnalem infelix amisit Mantua campum.

(^) Mais fois ce mont pierreux , dont le maigre terrain OfËre à peine à l'abeille on hnmble romarin.

Il y a dans le texte, Fix humiles apibus casias roremque ministrat. On a, je crois, mal entendu ce mot casicu II y en avoit de deux sortes ; Tune était un arbrisseau aromatique que Vii^e désigne probablement dans ce vers,

Nec casia liquidi corrumpitur usus olivi :

l'autre étoit une herbe commune en Italie; et c'est sans doute cette seconde espèce que désigne ici Virgile ; puisqu'il en parle comme d'une plante vulgaire. Il ne faut pas s'étonner que Virgile emploie pour deux choses différentes la

mèmg déiiominatioiu Nbus^vons d^ja vu que las raots lofas *et0imii/the dësiapent chacun un arbre et une plante en mÀne* temps. M. Martyn, botanhte ai%loi8, croit que la ! pilote i^ppelée casia y «qijjil faut distinguer de l'arbrisseau , est le cneorum des Grecs, ouïe thvmelea-de Pline, qui porte le gipnuht cnidium. Le romarin étoit appelé ainsi, i* parcequ'il «ervoit.d'aspersoir,^ comme Fhysope dans PÉcriture sainte, a* parcequ'il croit dans les pays maritimes.

(^^ Pour ce terrain poreux , où l'air upuve on passade

, ^Ces vers peijg^nent très fidél^ent le territoire 4^ Iêl Can» panie,,qm pendant une partie du jour est fonjeurs jcouveif * . d'un lég^r ]|)rouillard. Quoiqu'il y ait à pé^ une souk*ce dans tout cii espa<^ de pays« cependant te sol est toujours jËrais : anupi ^t*il de la plu? grande fen^té^<M, Holdsworth assure que dans le voyage qu'il y a fait, il s'est souvent i^pppdé ces vers de Virgile.

(^7) TeUcs on aime à Toir ces campagnes fécondes

Que le Çlain trop souvent engloutit sous ses ondes ; ^

Tels les t^uunps du Vésuve , et ces heureux vallons

Dont la riche Capoue admire les moissons. ^> * A

Gapoue étoit la capitale de la Gampaiye. On sait que le mont Vésuve est un volcan de la même province. Le Glain est un fleuve très sujet à se déborder, et qui inonda souvent la ville d'Acerres bâtie sur ces bords. Cluvérius nous apprend ^ que de son teqips ce fleuve se débordoit encore fréquem-. ment, et qu'on avoit creusé des canaux pour recevoii^ ses eaux^ et les conduire par un chemin plus court à la mer, entre l'ancienne embouchure de ce fleuve et le Vultume.

(^*) Le pin, le lierre noir, et l'if contagieiu

Les baies de notre lierre commun sont noires quand elles sont nitûres: ainsi il est probable que <|^t de cêtt^ espèce, qu'il est ici question. Virgile fait mention ailleurs d'ui^erre

blanc, ainsi que Théophraste et Pline; mais noUs ne connoissons aucune plante de cette nature. Â F^ard dltailf, son fruit passoit chez les anciens pour être un poison. Jules- César nous apprend qu'un certain Cativulcus s'empoisonna lui*méme avec ce fruit. On croyoit ses feuilles mêmes funestes aux chevaux, et les Anglais en sont encore persuada. Plusieurs personnes m'ont assure avoir mangé de son firuit i^ipunément ; mais cette différence peut venir du climat. Dioscoride prétend que l'if n'est point 4angereux paMout, mais que son fruit est mortel en Italie. Peut-être y en a-t-il de différentes espèces. En effet, on parle d'une sorte d'if rcultivée dans les jardins de Pise, plus touffue que l'if ordinaire, portant des feuilles semblables à celles du sapin, et répandant une odeur si empestée , que, quand on la taille, les jardiniers n'y peuvent travailler une demi-heure de si^te.

(^) Qa'ils soient distribaés en tt^^ égaux.

^arue et quelques autres commentateurs ont cru que Virgile exigeoit ici qu'on plantât en quinconce : je croiitois plus volontiers qu'il parle de planter en carré. Le quinconce tire son nom du chiffre romain V. Trois arbres plantés en cette forme sont appelés le quinconce simple ; le quinconce double y c'est le chiffre V doublé qui forme un X, étant composé de quatre arbres qui composent un carré avec un cinquième au centre: or il est clair que, puisque Virgile compare la disposition d'un plant à celle d'une armée, il ne parle que de la forme carrée. Je remarquerai en passant, que cette comparaison , la seule qui se trouve dans ce livre, est également juste et ingénieuse. Je me garderai bien cependant de croire, jcomme je ne sais quel commentateur, que Virgile ait voulu, par l'éclat des armes, désigner celui des raisins ; c'est vouloir prêter de l'esprit à Virgile bien gratuitement.

(^) De son firont tonche aux cieux, de set pieds aux enfers.

Ces imagées ont été répétées mille fois depuis Virgile, et sont devenues triviales , quoique sublimes, comme TAurore aux doigts de rose, et une foule d^autres. Cependant je ne puis m'empécher de citer ces deux beaux vers où cette image est rajeunie :

Qui touchant de leur cime à la Toùte du monde, Plongent dans les enfers leur racine profotuie.

(^*) N'attends rien d'une vigne exposée an couchant.

* Columelle, en parlant de Faspect qu'on doit donner aux vignobles , dit que les anciens étoient fort partagés là-dessus : pour lui , il veut que dans les lieux froids on les expose au midi; dans les lieux chauds , k Forient.

('*) Que le ril coudrier n'affame point ton plant. '.*>

Lies racines du coudrier sont gourmandes , et dérobent à la vigne sa nourriture ; c'est pour cela qu'on f^isoit de son bois des broches pour rôtir les entrailles des victimes consacrées à Bacchus. C'étoit immoler à ce dieu un double ennemi.

('') Fais choix, pour le former, de la branche nouvelle Qui reçoit de plus près la sève maternelle.

Columelle insiste long- temps sur ce précepte. M. Miller^ fameux agriculteur, ne veut pas non plus qu'on choisisse la partie supérieure des rejetons: étant plus spongieuse et plus tendre , elle reçoit , dit-il , plus facilement l'humidité, et , quoiqu'elle prenne plus vite et pousse beaucoup plus de bob , elle n'est jamais si fertile que la partie inférieure , dont la substance est plus compacte et plus ferme. Virgile en donne une autre raison , c'est que la partie inférieure a plus d'analogie avec la terre : tantiis amor terrœ.

(^4) Snr-tOBffqoAdetetplaiiuyoliTiertoitchasttf.

Il parott par 6e passage qùbn plantoit quelquefois les oliviers sauvages dans les vignes pour leur servir d'appui ; Virgile les proscrit n>mme sujets aux incendies : la descrîph» tion qu'il en hit est pleine de force e^ d'élégance, et vient à propos délasser le lecteur de cette longue suite de préceptes.

(^^)» L'ennemi des serpents Tient après \ét frimas

Il y a dans le texte, candida venit avis, longis invisa colubris, Pline nous apprend que dans la^Thessalie c'étoit un crime capital de tuer une cigogne, pArcequ'ôn avoit besoin de cet oiseau pour détruire les serpents.

(^) Le dieu de l'air descend dans son sein amoareaz.

Cette grande et magnifique idée du mariage de l'air avec la terre semt>lc empruntée de ces deux vers de Lucrèce :

Pereont imbres, ubi eos pater iEther In gremium matris Terrai praecipitavit.

(S?) Que l'ëcaille poreuse enfouie avec eux...

Ceci est encore pratiqué près de Trani dans la Fouille, où Ton fait d'excellent vin muscat.

(^^) Et, sans rompre les li(pes ,

Que le soc se promène au travers de tes vignes.

Les anciens labouroient souvent les vignes , et cet usage subsiste encore dans quelques provinces; mais alors on écarte davantage les rangs.

(^) Quand ses premiers bourgeons s'empresseront d'éclore.

Il s'agit ici des jeunes vignes , que Virgile défend de tailler avant qu'elles aient pris leur force. Columelle n'est point de l'avis de Virgile dans cet endroit seulement; car, dans

DU LI.ipIlE IL- 143

presque tout ce livre , il Fa suivi si «exactement , qvCon prendroit le prosateur pour le commentateur du poète.

CJÉl Un boac eioit le prix de ces grossiers acteurs

H y i^dàtis le texte, veteres ineunt proscema bidu Le proscenium étoh un endroit qui alloit d^une aile du théâtre à l'autre , entre Torchestre et Ja scène ; il étoit plus bas que la scène, et plus élevé que Torchestre: c'étoit là que décla- •moient les acteurs. Boileau , diaprés Hbrace , attribue Foriginedeces pièces dramatiques à ces jeux grossiers qu'on célébroit en Phonneur du dieu des vendanges.

La tragédie , informe et grossière en naissant , ' N*étoit qu'un simple choeur, où chacun , en damant , Et du dieu des raisins entonnant les louanges , S'effbrçoit d'attirer de fertiles yendanges.

Là, le vin et lagoie éveillant les esprits , Dn plus habile chantre un bouc étoit le prii. Thespis fut le premier, qui , barbouillé de lie , Promena par les bourgs cette heureuse folie ; Et, d'acteurs mal ornés chargeant un tombereau , Amusa les passants d*un spectacle nouveau.

Cest encore Tusage en Italie , parmi le peuple , de porter la vendange dans un chariot , de se barbouiller le visage , et d'agacer les passants par des plaisanteries grossières.

(^*) Sur des outres gUssants bondissoient daril les prés.

Ces oiftres étoient des peaux de bouc enflées de vent , et frottées d'huile pour les rendre glissantes. Il falloit sauter dessus avec une seule jambe. Les maladroits qui tomboient faisoient pousser aux spectateurs de grands éclats de rire.

(^') Et de l'objet sacré de leurs bruyants hommages

Suspendent à des pins les mobiles images. *

Quelques commentateurs ont cru que le mot oscilla signifioit des escarpolettes, C'étoient de petites têtes de Bac^

\U NOf ES

chus, qae les vignerons suspendoient à des arbres, persuades que dans tous les endroits vers lesquels se seroit tournée cette image , les vignes deviendroîent fiécon4es. M. Holdsworth dit avoir vu le dieu de ^ vendange ainsi représenté sur une pierre antique de la collection du grand duc à Florence.

. (^) Le lolcil tooi Uê mm r ecoBt u nencc ton comt ; Aimi roulent en c|fd»etfapemeettetjoon.

On représentoit Tannée par un serpent roulé en cercle , avec sa queue dans sa bouche.

(^) Ne désire donc point nn endos spacieux :

Le plos riche, est celui qui cultiTC le mieui.

Golumelle a dit à propos de cette maxime: prœclaram nostri pœtœ senterUiam ! et il ajoute immédiatement après ; nec dubium, quin minus reddat laxus ager non recte cuUus, quam angustus^ eximie.

(^^) L'olivier, par la terre une fois adopta,

De ces pénibles soins n'attend pas sa beauté.

Quoique Virgile nous assure qu'on ne cultive point Tolivier, les Provençaux Fëlaguent de temps en temps. C'est par comparaison avec la vigne, que notre poète prétend que Tolivier ne demande aucun soin. Columelle dit aussi que c'est de tous les arbres celui qui en exige le moins; que, lors même qu'on le néglige , il ne dégénère pas comme la vigne ; qu'il ne cesse de porter toujours quelques fruits ; et que la plus légère culture lui rend sa première fécondité.

(^) Pour nos jeunes chevreaux les aliziers fleurissent.

Il y ^ dans le texte , tondentur cytisL On est partagé sur la nature de l'arbre que Virgile appelle cytisus. Un excellent botaniste anglois croit, d'après tout ce qu'en ont dit Théophraste et Pline, que c'est le cytisus Moixmthœ.

(^) J'aime et des tombres bais le In^obre coap-d'œil , Et de ces noirs sapins le vénérable deuil.

Il y a dans le texte undantem buxo Cytorum Naryciœque picis lucos. On est partagée sur la situation du mont Cytorus. Si Ton en croit Strabon, il est dans la Paphlagonie. Naryce étoit une ville des Locriens.

(^) Pour former nos lambris leurs arbres sont atiles.

Il y a dans le texte y domibus cedrosque^ cupressosque, Vitruve prétend qu'au défaut de sapin et d'abiès , on peut se servir de cyprès, de peupliers, etc. ; ce qui sembleroit indiquer que Vitruve ne regardoit pas le cyprès comme le meilleur bois de construction : mais M. Perrault, dans son édition de Vitruve, remarque « que le cyprès est, sans compau raison , meilleur que Tabiès et le sapin ; Théophraste en « parle comme du plus durable et du moins sujet aux vers u et à la pourriture, étant celui dont on trouve les plus antt ciens édifices avoir été bâtis, n

(^) Ah ! loin des fiers combats, loin d*un luxe imposteur. Heureux l'homme des champs , s'il connoh son bonheur !

«Tai exprimé ce que Virgile a sous-entendu: il venoit de peindre des combats, nés au milieu des festins et de la débauche; il passe à Féloge du bonhdHknit jouissent les laboureurs dans leur paisible médioc^^

(7**) Sous les lambris pompeux de ses toits magnifiques

Virgile dit : varias pulchra testudine postes. Les Romains omoient leurs portes d'écaillés de tortues, qu'ils incrustoient encore de pierres précieuses. Varias peut signifier que ces ornements étoient placés de distance en distance.

(7*) Des grottes , des étangs , une claire fontaine

J'ai tâché dans ma traduction d'imiter la différence de ton que Virgile a mise entre ce morceau et celui qui précède.

T. IL GÉOBG. 10

En peignant les efforts du luxe et la magnificence des grands, ses vers sont travaillés, soutenus, et pompeux.

Si non ingentem foribus domut alta saperbis Mane salutantum totis vomit aedibas undam

Ici, pour mieux peindre la douce aisance dont jouissent les habitants de la campagne, ses vers sont amples et faciles :

At latis otia fandis, Speluncae , vivique lacns ; at firigida Temp«, Mugitusqoe bomn , mollesque sab arbore somni. Non abtuDt, etc:

On ne peut trop le redire, c'est le talent de peindre par les sons qui caractérise Virgile et les grands poètes.

(7*) O VOUS , à qui j'ofFris mes premiers sacrifices , Muses, soyex toujours mes plus chères délices !

Le premier vœu de Virgile étoit d être grand philosophe, et de percer les secrets de la nature ; le second , de vivre en paix dans un asile champêtre. Tout ce morceau est plein de sentiment , de poésie, et de mouvement. Cette dernière qualité, qu'on admire si souvent dans la poésie de Virgile, est aussi rare que précieutfÉflItelle différence entre une froide description du bonheu^|ron goûte à la campagne, et ces tours, ces expressions enflammées :

O ubi campi Sperchiusque, et virginibus bacchata Lacxnis Taygeta ! o qui me gelidis in vallibus Hxmi Sistat, et ingenti ramorum protegat umbra !

Il faut remarquer ici que les Romains, qui vivoient dans un pays chaud , se faisoient une peinture délicieuse des pays où la chaleur est plus modérée ; au contraire , un habitant de la Zcmble soupireroit après des climats moins froids.

(?') Comment de noi soleils Tinëçale clarté S'abrège dans l'hiTcr, se prolonge en été.

Voilà deux vers qui prouvent combien les anciens étoicnt peu avancés en astronomie : cette question ne seroit guère digne aujourd'hui de nos grands physiciens. Comme ces deux vers finissent la tirade dans Virgile, j'ai cru devoir en ajouter deux qui la terminassent d'une manière plus pompeuse, mais dont le sens est dans ces mots de Virgile, cœlique vias et sidéra motistrent

(74) Heureux le sage instruit des lois de la nature

Il est clair que c'est de Lucrèce que veut parler ici Virgile. Ces vers expriment l'objet que ce poète s'étoit proposé. 11 oppose à celui qui sonde les secrets de la nature celui qui sait jouir de ses richesses. 11 semble que ceci est une comparaison indirecte entre le poème de Lucrèce sur la nature clés choses^ et celui de Virgile sur la culture de la terre.

{^^) L'intérêt, dont la voix fait taire le sang même.

Virgile écrivoit ses Géorgiques dans le temps que Phraate et Tiridate se disputoient le trône de Perse ; et c'est à quoi sans doute ce vers fait allusion.

(7*) Son cœur n'est attristé de pitié fli d^envie.

11 me semble qu'aucun commentateur ni traducteur n'a compris le vrai sens de ce passage. Ils ont prétendu que Virgile faisoit ici du laboureur un stoïcien insensible à toutes les passions. 11 ne s'agit plus ici du philosophe , mais d'un habitant paisible des champs : on ne voit point à la campagne, comme dans les villes, les extrêmes de l'opulence et de la pauvreté ; on n'y voit point l'appareil fastueux du luxe contraster avec les lambeaux de la misère : l'égalité y régne. Ainsi cette exemption d'envie et de pitié , que le philosophe ne doit qu'aux efforts d'une raison cultivée , le laïc.

Page 1