‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 5 sur 25 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Je chante les moissons : je dirai sous quel signe Il faut ouvrir la terre et marier la vigne ; Les soins industrieux que Ton doit aux troupeaux ; Et Fabeille économe, et ses sages travaux.

Astres qui, poursuivant votre course ordonnée, Conduisez dans les cieux la marche de Tannée ; Protecteur des raisins (') , déesse des moissons , Si rhommc encor sauvage , instruit par vos leçons Quitta le gland des bois pour les gerbes fécondes. Et d'un nectar vermeil rougit les froides ondes ;

Divinités des prés, des champs et des forêts, ^^

Faunes aux pieds légers, vous. Nymphes des guérets.

Faunes, Nymphes, venez; c'est pour vous que je chante. '*

Et toi, dieu du trident, qui de ta main puissante De la terre frappas le sein obéissant.

Et soudain fis bondir un coursier frémissant; Pallas(^), dont l'olivier enrichit nos rivages; Vous, jeune dieu de Cée(3), ami des verts bocages. Pour qui trois cents taureaux éclatants de blancheur. Paissent l'herbe nouvelle et Faubépine en fleur;

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GEORGICON LIE. I.

Pan, ovium custos, tua si tibi Maenala curae, Adsis, o Tegeaee, favens; oleaeque Minerva Inventrix , uncique puer monstrator aratri , Et teneram ab radiée ferens, Sylvane, eupressum; Dîque deaeque omnes, studium quibus arva tueri, Quîque novas alitis non ullo semine fruges, Quique satis largum eœlo dcmittitis imbreni.

Tuque adeo , quem mox quae sint habitura deorum Coneilia, incertum est, urbesne invisere, Caesar, Terrarumque velis curam, et te maximus orbis Auctorem frugum tempestatumque potentem Accipiat, cingens materna tempora myrto ; An deus immensi venias maris, ac tua nautae Numina sola colant; tibi serviat ultima Thule , Teque sibi gcnerum Tetbys emat omnibus undis ; Anne novum tardis sidus te mensibus addas, Qua locus Erigonen inter Ghelasque sequentes Panditur; ipse tibi jam brachia contrahit ardens Scorpius , et cœli j usta plus parte relinquit : Quidquid eris, nam te nec sperent Tartara regem, Nec tibi regnandi veniat tam dira cupido, Quamvis Elysios miretur Graecia campos, Nec repetita sequi curet Proserpina matrem ; Da facilem cursum, atque audacibus annue cœptis, Ignarosque viae mecum miseratus agrestes, Ingredere, et votis jam nunc assuesce vocari.

Vere novo, gelidus canis quum montibus humor

Pan, qui sur le Lycée, ou le riant Mënale, Animes sous tes doigts la flûte pastorale ; Vieillard, qui dans ta main tiens un jeune cyprès; Enfant (4), qui le premier sillonnas les guérets; Vous tous, dieux bienfaisants, déesses protectrices, Qui de nos fruits heureux noumssez les prémices (5), Qui versez Feau des cieux, qui fécondez les champs, Ainsi qu^à nos moissons , présidez à mes chants.

Et toi qu'attend le ciel(^), et que la terre adore. Sous quel titre, 6 César, faudra-t-il qu'on t'implore? Veux-tu (7), le front paré du myrte maternel. Remplacer Jupiter sur son trône éternel?

Va, préside aux saisons, gouverne le tonnerre. Protège les cités, fertilise la terre.

Veux-tu sur l'océan (^) un pouvoir souverain ? Le trident de Neptune est remis dans ta main ; Téthys t'offre sa fille; et, roi des mers profondes. Tu recevras pour dot tout l'empire des ondes. Peut-être, plus voisin de tes nobles aïeux.

Nouveau signe d'été (9), veux-tu briller aux cieux? Le Scorpion brûlant (**>) déjà loin d'Érigone S'écarte avec respect, et fait place à ton trône. Choisis : mais garde-toi d'accepter les enfers ! Qu'on vante l'Elysée et ses bois toujours verts; Fière d'un sceptre affreux, que Proserpine y régne ; Toi, je veux qu'on t'adore, et non pas qu'ion te craigne. De nos cultivateurs viens donc guider les mains. Et commence par eux le bonheur des humains.

Quand la neige au printemps(> >) s'écoule des montagn es.

6 GEORGICON LIB. ï. .44

Liquitur, et zephyro putris se gleba resolvit, Depresso incipiat jam tuin mihi taurus aratro Ingemere, et sulco attritus splèndcscere vomer. nia seges demum votis respondet avari Agricolae, bis quae solem, bis frigora sensit: Ulius immensae ruperunt horrea messes.

At prius ignotum ferro quam scindimus aequor, Ventos et variuni cœli praediscere morem Cura sit, ac pathos cultusque habitusque locorum , Et quid quaeque ferat regio, et quid quaeque recuset. Hic segetes , illic veniunt felicius uvae ; Arborei fétus alibi, atque injussa virescunt Gramina. Nonne vides, croceos ut Tmolus odores, India mittit ebur, molles sua tura Sabaei?

At Chalybes nudi ferrum , virosaque Pontus Castorea , Eliadum palmas Epiros equarum ?

Continuo bas leges aeternaque fœdera certis Imposuit natura locis, quo tempore primum Deucalion vacuum lapides jacta vit in orbem, Unde homines nati, durum genus. Ergo âge, terrae Pingue solum primis extemplo a mensibus an ni, Fortes invertant tauri, glebasque jacentes

GEORGIQUE&, LIV. I. 7

Dès que le doux zéphyr amollit les campagnes, Que j'entende le bœuf gémir sous laiguillon ; Qu'un soc long-temps rouillé brille dans le sillon. Veux-tu voir les guérets combler tes vœux avides? Par les soleils brûlants (>^), par les frimas humides, Qu'ils soient deux fois mûris et deux fois engraissés : Tes greniers crouleront sous tes grains entassés.

Toutefois dans le sein d'une terre inconnue ('3) Ne va point vainement enfoncer la charrue :

Observe le climat, connois l'aspect des cieux, L'influence des vents, la nature des lieux, Des anciens laboureurs l'usage héréditaire, Et les biens que prodigue ou refuse une terre. Dans ces riches vallons la moisson jauniiTL; Sur ces coteaux riants la grappe noircira :

Ici sont des vergers qu'enrichit la culture; Là régne un vert gazon qu'entretient la nature ; Le Tmole(»4) est parfumé d'un safran précieux; Dans les champs de Saba l'encens croît pour les dieux; L'Euxin('5) voit le castor se jouer dans ses ondes; Le Pont('^) s'enorgueillit de ses mines fécondes; L'Inde produit l'ivoire ; et dans ses champs guerriers, L'Épire, pour l'Élide, exerce ses coursiers.

Ainsi jadis le ciel partagea ses largesses, Lorsqu'un mortel, sauvé ('7) des ondes vengeresses, De fertiles cailloux semant d'affreux déserts, D'hommes laborieux repeupla l'univers.

Connois donc la nature, et régle-toi sur elle. Si ton terrain est gras, dès la saison nouvelle Qu'on y plonge le soc, et que l'été poudreux

8 GEORGICON LIE. I. t. 66.

Pulverulenta coquat maturis solibus aestas.

At si non fuerit tellus fecunda, sub ipsum Arcturum tenui sat erit suspendere sulco.

lUic, officiant laetis ne frugibus herbae; Hic, sterilem exiguus ne deserat humor arenam.

Alternis idem tonsas cessare novales, Et segnem patiere situ durescere campum ; Aut ibi flava seres , mutato sidère , farra , Unde prius laetum siliqua quassante legumen, Aut tenuis fétus viciae, tristisque lupini Sustuleris fragiles calamos silvamque sonantcm. Urit enim Uni campum seges, urit avenae, Urunt lethaeo perfusa papavera somno.

Sed tamen alternis facilis labor ; arida tantum Ne saturare fimo pingui pudeat sola, neve Eflfetos cinerem immundum jactare per agros.

Sic quoque mutatis requiescunt fetibus arva ; Nec nulla interea est inaratae gratia terrae.

Saepe etiam stériles incendere profuit agros , Atque levem stipulam crepitantibus urere flammis Sive inde occultas vires et pabula terrae Pinguia concipiunt; sive illis omne per ignem Excoquitur vitium, atque exsudât inutilis humor; Seu plures calor ille vias et caeca relaxât Spiramenta, novas veniat qua succus in herbas; Seu durât magis, et venas astringit hiantes,

Mûrisse les sillons embrasés par ses feux ; Mais si ton sol ingrat n^est qu^une foible arène , Qu'au retour du Bouvier('^) le soc Teffleure à peine. Ainsi Fun perd Fexcès de sa fécondité; L'autre de quelque suc est encore humecté.

Qu'un ('9) vallon moissonné dorme un an sans culture ; Son sein reconnoissant te paie avec usure :

Ou sème un pur froment dans le même terrain Qui n'a produit d'abord que le frêle lupin (^<»), Ou la vesce légère, ou ces moissons bruyantes De pois retentissants dans leui^s cosses tremblantes. Pour l'avoine et le lin(^»), et les pavots brûlants, De leurs sucs nourriciers ils épuisent les champs : La terre toutefois (^*), malgré leurs influences, Pourra par intervalle admettre ces semences, Pourvu qu'un sol usé , qu'un terrain sans vigueur, Par de riches engrais raniment leur langueur. La teiTC ainsi repose en changeant de richesses; Mais un entier repos redouble ses largesses.

Gérés approuve encor que des chaumes flétris (*3) La flamme, en pétillant, dévore les débris :

Soit que les sels heureux d'une cendre fertile Deviennent pour la terre un aliment utile ; Soit que le feu l'épure, et chasse le venin Des funestes vapeurs qui dorment dans son sein; Soit qu'en la dilatant par sa chaleur active, n ouvre des chemins à la sève captive ; Soit qu'enfin, resserrant les pores trop ouverts D'un sol que fatiguoit l'inclémence des airs.

10 GEORGICON LIB. I. v.91

Ne tenues pluviae, rapidive potentia solis Acrîor, aut Boreae penetrabile frigus adurat.

Multum adeo, rastris glebas qui franglt inertes, Vimineasque trahit crates , juvat arva ; neque illum Flava Ceres alto nequidquam spectat Olympo ; Et qui, proscisso quae suscitât aequore terga, Rursus in obliquum verso perrumpit aratro, Exercetque frequens tellurem, atque imperat arvis.

Humida solstitia atque hiemes orate serenas, Agricolae : hiberno laetissima pulvere farra , Laetus ager ; nuUo tantum se Mysia cultu Jactat, et ipsa suas mirantur Gargara messes.

Quid dicam, jacto qui semine cominus arva Insequitur, cumulosque ruit maie pinguis arenae? Deinde satis fluvium inducit rivosque sequentes?

Et, quum exustus ager morientibus aestuat herbis, Ecce supercilio clivosi tramitis undam Elicit. nia cadens raucum per levia murmur Saxa ciet , scatebrisque arentia tempérât arva.

Quid, qui, ne gravidis procumbat culmus aristis, Luxurieni segetum tenera depascit in herba, Quum primum sulcos aequant sata? quique paludis

Aux froides eaux du ciel, au souffle de Borée, Au soleil dévorant, il en fenne Feutrée.

Vois-tu ce laboureur (^4), constant dans ses travaux. Traverser ses sillons par des sillons nouveaux; Écraser, sous le poids des longs râteaux qu'il tratne, Les glèbes dont le soc a hérissé la plaine , Gourmander sans relâche un terrain paresseux? Gérés à ses travaux sourit du haut des cieux.

J'aime des hivers secs (^5) et des étés humides : L*été des sillons frais, Fhiver des champs arides, Sont un garant certain de la fertilité :

C'est alors que , surpris de leur fécondité , Et le riche Gargare(^^, et Fheureuse Mysie, Enfantent ces moissons qui nourrissent FAsie. Au maître des saisons adresse donc tes vœux.

Mais Fart du laboureur peut tout après les dieux. Dans les champs la semence est-elle déposée?

Il la couvre à Finstant sous la glébe écrasée; Puis d'un fleuve, coupé par de nombreux canaux (^7), Court dans chaque sillon distribuer les eaux.

Si le soleil brûlant flétrit Fherbe mourante. Aussitôt je le vois par une douce pente Amener, du sonmiet d'un rocher sourcilleux, Un docile ruisseau , qui sur un lit pierreux Tombe, écume, et, roulant avec un doux murmure, Des champs désaltérés ranime la verdure.

Tantôt, pour empêcher qu'un frêle chalumeau Ne languisse accablé sous un riche fardeau , Dès qu'il voit du sillon sortir ses blés superbes. Il livre à ses troupeaux le vain luxe des herbes.

12 GEORGICON LIE. L v...4.

CoUectum hunoLorem bibula deducit arena?

Praesertim incertis si mensibus amnis abundans Exit, et obducto late tenet omnia limo, Unde cavae tepido sudant humorc lacunae.

Nectamen,haecquumsinthominumquebouinquelaborcs Versando terrani expert! , nihil improbus anser, Strymoniaeque grues, et aniaris intiba fibris Officiunt, aut lunbra nocet. Pater ipse colendi Haud facilem esse viam voluit, primusque per artem Movit agros, curis acuens mortalia corda, Nec torpere gravi passus sua régna veterno.

An te Jovem nulli subigebant arva coloni ; Nec signare quidem aut partiri limite campum Pas erat. In médium quaerebant, ipsaque tellus Omnia liberius, nuUo poscente, ferebat.

nie malum virus serpentibus addidit atris, Praedarique lupos jussit, pon tunique moveri, Mellaque decussit foliis, ignemque rcmovit, Et passim rivis currentia vina repressit ; Ut varias usus meditando extunderet artes Paulatim, et sulcis f rumen ti quaereret lierbam ; Ut silicis venis abstrusum excuderet ignem.

Tune alnos primum fluvii sensere cavatas; Navita tum stellis numéros et nomina fecit.

Tantôt son bras actif, desséchant des marais, De leurs dormantes eaux délivre les guérets; Sur-tout lorsque, gonflant ses ondes orageuses, Un fleuve a submergé les campagnes fangeuses. Et que du noir limon dont les champs sont couverts L'exhalaison impure empoisonne les aii*s.

Mais malgré tant de soins , malheureux que nous sommes ! Malgré les animaux qui secondent les hommes.

Tout n'est pas fait encor; crains pour tes jeunes blés (^8) L'ombre, et Therbe indomptable , et les brigands ailés (^9). Tel est Fan'êt fatal du mattre du tonnerre :

Lui-même il força rhomme(3**) à cultiver la terre; Et, n'accordant ses fruits qu'à nos soins vigilants. Voulut que l'indigence éveillât les talents.

Avant lui, point d'enclos, de bornes, de partage ; La terre étoit de tous le commun héritage ; Et, sans qu'on l'aiTachât, prodigue de son bien, La terre donnoit plus à qui n'exigeoit rien.

C'est lui qui, proscrivant une oisive opulence. Par-tout de son empire exila l'indolence.

Il endurcit la terre, il souleva les mers, Nous déroba le feu, troubla la paix des airs, Empoisonna la dent des vipères livides.

Contre l'agneau craintif arma les loups avides. Dépouilla de leur miel(^') les riches arbrisseaux. Et du vin dans les champs Ht tarir les ruisseaux. Enfin l'art à pas lents vint adoucir nos peines; Le caillou rend le feu recelé dans ses veines ; La terre obéissante et les flots étonnés Par la rame et le soc déjà sont sillonnés ;

14 GEORGICON LIB. I. t. ,38.

Pleiadas, Hyadas, claramque Lycaonis Arcton.

Tum laqueis captare feras, et fallere visco Inventum, et magpios canibus circumdare saltus. Atque alius latuin funda jam verberat amnem Alta petens, pelagoque alius trahit humida lina. Tum ferri rigor, atque argutœ lamina serrae ; Nam primi cuneis scindebant fissile lignum :

Tum variae venere artes. Labor omnia vicit Improbus, et duris urgens in rébus cgestas.

Prima Ceres ferro mortales vertere terram Instituit, quum jam glandes atque arbuta sacrae Deficerent silvae , et victum Dodona negaret. Mox et frumentis labor additus , ut.mala culmos Esset rubigo, segnisquc horreret in arvis Carduus. Intereunt segetes; subit aspera silva, Lappaeque tribulique; interque nitentia culta Infelix lolium et stériles dominantur avenae.

Quod nisi et assiduis terram insectabere rastris , Et sonitu terrebis aves, et ruris opaci Falcc premes umbras, votisque vocaveris imbrem; Heu ! magnum alterius frustra spectabis acervum , Concussaque famem in silvis solabere quercu.

Dicendum, et quae sint duris agrestibus arma, Quels sine nec potuere seri, nec surgere messes. Vomis, et inflexi primum grave robur aratri, Tardaque Eleusinae ma tris volventia plaustra, Tribulaque, traheaeque, et iniquo pondère rastri ;

Dëja le nocher compte et nomme les étoiles ; Des chiens lancent un cerf, le chasseur tend ses toiles; La glu trompe Foiseau ; le crédule poisson Tombe dans des filets , ou pend à Thameçon.

Bientôt le fer rougit dans la fournaise ardente ; J^entends crier la dent de la lime mordante ; L'acier coupe le bois que déchiroient les coins. Tout cède aux longs travaux, et sur-tout aux besoins.

Quand Dodone(32) aux mortels refusa leur pâture, Gérés vint des guérets leur montrer la culture. De ces nouveaux bienfaits sont nés des soins nouveaux : La rouille (33) vient ronger le fruit de nos travaux; La ronce naît en foule (^4), et les épis périssent; DWbustes épineux les sillons se hérissent; Et Gérés, à côté de ses plus riches dons.

Voit triompher Fivraie, et régner les chardons.

Tourmente donc la terre, appelle donc la pluie, Ghasse Tavide oiseau , détruis Fombre ennemie ; Ou, bientôt affeuné prés d'un riche voisin, Retourpe au gland des bois pour assouvir ta jBaim.

Mais les moments sont chers ; hâte-toi de connottre Ge qui doit composer ton arsenal champêtre.

D'abord on forge un soc; on taille des traîneaux (3^); De leurs ongles de fer on arme des râteaux; On entrelace en claie un arbuste docile ;

16 6E0R6IG0N Lia I. *.i65.

Virgea praeterea Celei vilisque supellex , Arbuteae craies et mystica vannus lacchi ; Oninia quae multo ante memor provisa repones , Si te digpia manet divini gloria ruris.

Continuo in silvis ma^a vi flexa domatur In burim, et curvi fomiam accipit ulmus aratri. Huic a stirpe pedes temo protentus in octo, Binœ aures, duplici aptantur dentalia dorso.

Caeditur et tilia ante jugo levis, altaque fagus, Stivaque, quae cursus a tergo torqueat imos; Et suspensa focis exploret robora fumus.

Possum multa tibi veterum praecepta referre, Ni refugis , tenuesque piget cognoscere curas. Area cum primis ingenti aequanda cylindro , Et vertenda manu, et creta solidanda tenaci.

Ne subeant herbae , neu pulvere victa fatiscat. Tum variae illudunt pestes : saepe exiguus mus Sub terris posuitque domos atque horrea fecit; Aut oculis capti fodere cubilia talpae ; Inventusque cavis bufo , et quae plurima terrae

Le '^an(^^) chasse des grains une paille inutile;

Le madrier pesant te sert à les fouler;

Et des chars au besoin seront prêts à rouler.

Sans tous ces instruments , il n'est point de culture.

De la charrue enfin dessinons la structure. D'abord il faut choisir (^7), pour en former le corps, Un ormeau que Ton courbe avec de longs efforts. Le joug qui t'asservit ton robuste attelage, Le manche qui conduit le champêtre équipage.

Pour soulager tes mains et le front de tes bœufs, Du bois le plus léger seront formés tous deux. Le fer, dont le tranchant dans la terre se plonge, S'enchâsse entre deux coins, d'où sa pointe s'alonge. Aux deux côtés du soc de larges orillons, En écartant la terre, exhaussent les sillons. De huit pieds en avant que le timon s'étende; Sur deux orbes roulants (^^) que ta main le suspende : Et qu'enfin tout ce bois , éprouvé par les feux , Se durcisse à loisir sur ton foyer fumeux.

Il est mille autres soins consacrés par nos pères; Ne dédaigne donc pas ces préceptes vulgaires. D'abord, qu'un long cylindre également roulé. Aplanisse la terre où tu battras le blé.

Si d'un ciment visqueux tes mains ne la pétrissent, D'herbes et d'animaux les fentes se remplissent : Là, l'immonde crapaud dans un coin s'assoupit;

Dans son trou tortueux la taupe se tapit; Prévoyant les besoins de la triste vieillesse, La fourmi diligente y butine sans cesse ;

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