‹ Œuvres (volume 5)Chapitre 6 sur 25 · T. II. GÉORG · texte numérisé non relu

T. II. GÉORG

18 GEORGICON LIB. I. t.iSs.

Monstra ferunt; populatque ingentem farrisacervum Gurculio, atque inopi metuens formica senectae.

Gontemplator item , quum se nux plurima silvis Induet in florem, et ramos curvabit olentes.

Si superant fétus, pariter frumenta sequentur, Magnaque cum magno veniet tritura calore; At si luxuria foliorum exuberat umbra, Nequidquam pingues palea teret area cuknos.

Semina vidi equidem multos medicare serentes, Et nitro prius et nigra perfundere amurca, Grandior ut fétus siliquis fallacibus esset; Et, quamvis igni exiguo properata maderent, Vidi lecta diu , et multo spectata labore , Degenerare tamen , ni vis humana quotannis Maxima quaeque manu legeret. Sic omnia fatis In pejus ruere, ac rétro sublapsa referri.

Non aliter quam qui adverso vix flumine lembum Remigiis subigit; si brachia forte remisit, Atque illum in praeceps prono rapit alveus amni.

Praeterea tam sunt Arcturi sidéra nobis , Haedor unique dies servandi, et lucidus Anguis, Quam quibus in patriam ventosa per aequora vectis Pontus et ostriferi fauces tentantur Abydi.

Le charançon (^) dévore un vaste amas de grains; Et le mulot remplit ses greniers souterrains.

Peut-être voudrois-tu, dès la saison de Flqre, Prévoir ce que pour toi Fêté va faire éclore? Regarde Famandier reverdir tous les ans, Et courber en festons ses rameaux odorants :

Abonde-t-il en fleurs? par des chaleurs ardentes Le soleil mûrira des moissons abondantes ; Si des feuilles sans fruit surchargent ses rameaux, Le fléau ne battra que de vains chalumeaux.

Des légumes souvent (4o) Fenveloppe inficAle Déguise la maigreur des fruits qu'elle recèle. Pour qu'ils soient mieux nourris, et pour rendre le grain Plus prompt à s'amollir en bouillant dans Fairain, J'ai vu da^le marc d'huile et dans une eau nitréc Détremper la semence avec soin préparée :

Remède infructueux! inutiles secrets!

Les grains les plus heureux, malgré tous ces apprêts, Dégénèrent enfin , si Fbomme avec prudence Tous les ans ne choisit la plus belle semence. Tel est l'arrêt du sort : tout marche à son déclin. Je crois voir un nocher, qui, la rame à la main, Lutte contre les flots, et les fend avec peine; Suspend-il ses efforts? l'onderoule et l'entratne.

Il faut savoir encore inteiroger les cieux.

L'Arcture, les Chevreaux, le Dragon lumineux. Sont pour le laboureur d'aussi fidèles guides. Que pour l'adroit nocher, qui sur des mers perfides, Implorant son pays , la terre , et le repos , ^ Du détroit de Léandre ose affronter les flots.

20 GEORGICON LIB. I. ^.ao8.

Libra die somnique pares ubi fecerit horas, Et médium luci atque umbris jam dividit orbem, Exercete, viri, tauros; serite hordea campis, Usque sub extremum brumae intractabilis imbrem. Nec non et Uni segetem , et Céréale papaver, Tcmpus hmno tegere, et jamdudïim incumbere aratris, Dum sicca tellure licet, dum nubila pendent.

Yere fabis satio : tum te quoque , medica , pu très Accipiunt sulci, et milio venit annua cura, Candidus auratis aperit quum cornibus annum Taurus, et adverso cedens Ganis occidit astro.

At si triticeam in messem robustaqknirra Exercebis humum, solisque instabis aristis; An te tibi Eoae Atlantides abscondantur, Gnosiaque ardentis decedat Stella Goronae , Débita quam sulcis committas semina, quamque Invitae properes anni spem crcdere ferrae.

Multi ante occasum Maiae cœpere; sed illos Exspectata seges vanis elusit aristis.

Si vero viciamque seres vilemque faselum, Nec Pelusiacae curam a^ernabere lentis ; Haud obscura cadens mittet tibi signa Bootes. Incipe, et ad médias sementem ex tende pruinas.

Idcirgb certis dimensum partibus orbem Per duodena régit mundi sol aureus astra.

GÉOUGIQUES, LIV. I. 21

Observe donc leur cours. Sitôt que la Balance Du travail, du repos, du bruit, et dyi silence, Rendra Tempire égal , et du trône des airs Entre Tombre et le jour suspendm Funivers, Avant que des vents froids (4i) le souffle la resserre, Tandis qu'elle est traitable, on façonne la terre : De tes taureaux nerveux aiguillonne les flancs; Sème Forge (4î»), le lin, les pavots nourrissants; Ne quitte point le soc : hâte-toi ; les tempêtes Vont verser les torrents suspendus sur nos têtes.

Sitôt que dans nos champs (^) Zéphire est de retour, On y sème la fève; et quand Fastre du jour, (44) Ouvrant dans le Taureau sa brillante carrière. Engloutit Sirius(4^) dans des flots de lumière. Les sillons amollis reçoivent les sainfoins, Et le millet doré(46) redemande tes soins.

Préfères-tu des blés, dont les gerbes flottantes Roulent au gré des vents leurs ondes jaunissantes? Attends jusqu'au lever (4?) de la Couronne d'or. Plusieurs jettent leurs grains quand Maïa luit encor : Mais la terre à regret reçoit cette semence, Et de maigres épis trompent leur espérance.

La fiadsole à tes soins a-t-elle quelque part? Jusqu'à l'humble lentille abaisses-tu ton art? Attends que dans les cieux(48) disparoisse FArcture, Et poursuis jusqu'au temps où régne la froidure.

Pour régler nos travaux, pour marquer les saisons. L'art divisa du ciel les vastes régions.

Soleil, ame du monde, océan de lumière,

Douze astres différents partagent ta carrière.

22 GEORGICON LIB. I. . ^.i33.

Quînque tenent cœlum zonœ , quarum una corusco Semper sole rubens, et torrida semper ab igni ; Quam circum extremae dextra laevaque trahuntur, Cœrulea glacie concretae atque imbribus atris. Has înter mediamque duae mortalibus aegris Munere concessae divum , et via secta per ambas, Obliquus qua se signorum verteret ordo.

Mundus , ut ad Scy thiani Rhipaeasque arduus arces Consurgit, premitur Libyae devexus in austros. . Hic vertex nobis semper sublimis ; at illum Sub pedibus Styx atra videt, Manesque profundi. Maximus hic flexu sinuoso elabitur Anguis Circum , perque duas in morem fluminis Arctos, Arctos Oceani metuentes sequore tingi.

Illic, ut perhibent, aut intempesta silet nox Semper, et obtenta densantur nocte tenebrae ; Aut redit a nobis Aurora diemque reducit ; Nosque ubi primus equis Qriens afHavit anhelis , lUic sera rubens accendit lumina Vesper.

Hinc tempestates dubio praediscere ccelo Possumus, hinc messisque diem tempusque serendi; Et quando infidum remis impellere marmor Conveniat; quando arma tas deducere classes, Aut tempestivam silvis evertere pinum.

Nec frustra signorum obi tus speculamur et ortus, Temporibusque parem diversis quatuor annum.

Frigidus agricolam si quando continet imber,

Cinq zones (49) de Folympe embrassent le contour : Uune des feux brûlants est Faride séjour; Deux autres, qu'en tous temps attriste la froidure, Des deux pôles glacés ont formé la ceinture : Mais entre ces glaçons et ces feux éternels, Deux autres ont reçu les malheureux mortels; Et dans son cours brillant bornent Toblique Toie Où du dieu des saisons la marche se déploie.

Le globe vers le nord {^^) hérissé de frimas S'élève, et redescend vers les brûlants climats. »

Notre pôle des cieux voit la clarté sublime : Du Tartare profond lautre touche Tabîme.

Calisto(5'), dont le char craint les flots de Téthys, Vers les glaces du nord brille auprès de son flls; Le Dragon les embrasse ainsi qu^un fleuve immense. Le pôle du midi(^^), noir séjour du silence.

N'offre aux tristes humains qu'une éternelle nuit : Peut-^tre en nous quittant Phébus chez eux s'enfuit ; Et lorsque ses coursiers nous soufflent la lumière. Pour eux l'obscure nuit commence sa caixière.

Le globe ainsi connu t'annonce les saisons; Quand il faut ou semer, ou couper les moissons, Abattre le sapin destiné pour Neptune, Aux infidèles mers confier sa fortune :

Et ce n'est pas en vain que ces astres brillants En quatre temps égaux nous partagent les ans.

Plusieurs font à loisir, retenus par Forage ,

24 GE0R6IC0N LIB. I. t aCo.

Multa , forent quae mox cœlo properanda sereno, Maturare datur. Durum procudit arator Vomeris obtusi dentem ; cavat arbore lin très ; Aut pecori signum, aut numéros impressit acervis. ^xacuunt alii vallos furcasque bicornes, Atque Ahierina parant lentae retinacula viti. Nunc facilis rubea texatur fiscina virga ; Nunc torrete igni fruges, nunc frangite saxo.

Quippe etiam festis quaedani exercere diebus Fas et jura sinunt : ri vos deducere nulla Relligio vetuit, segcti praetendere sepem, Insidias avibus moliri, incendere vêpres, Balantumque gregem fluvio mersare salubri.

Saepe oleo tardi costas agitator aselli Vilibus aut onerat pomis , lapidemque revertens Incusum, aut atrae massam picis, urbe reportât.

Ipsa dies alios alio dédit ordine luna Felices operum. Quintam fuge; pallidus Orcus, Eumenidesque satae. Tum partu Terra nefando Cœumque lapetumque créât, saevumque Typhœa, Et conjuratos cœlum rescindere fratres.

Ter sunt conati imponere Pelio Ossam Scilicet, atque Ossae frondosum involvere Olympum; Ter pater exstructos disjecit fulmine montes.

Septima post dccimam felix, et ponere vitem , Et prensos domitare boves , et licia tela?

Ce qu'il faudroit hâter sous un ciel sans nuage : Ils aiguisent leur soc, ils comptent leurs boisseaux; Creusent une nacelle (^^), ou marquent leurs troupeaux ; Préparent des liens à leurs vignes naissantes ; TaiUent des pieux.aigus , des fourches menaçantes : La meule met en poudre (^4) ou le feu cuit leurs grains; Et le jonc en panier s'arrondit sous leurs mains.

Les fêtes même, il est un travail légitime.

Jie peut-on pas alors, sans scrupule et ^ns crime, Rendre un piège aux oiseaux, embraser des buissons, D'un mur tissu d'épine entourer ses moissons, Ou rafraîchir ses prés que la chaleur altère. Ou baigner ses brebis (^^) dans une eau salutaire? C'est dans ces mêmes jours, que, libre de travaux. Chacun porte aux cités les présents des hameaux; Et, rapportant chez soi les tributs de la ville (5^), Presse les pas tardifs de son âne indocile.

La lune apprend aussi, dans son cours inégal. Quel jour à tes tipvaux est propice ou fatal. Le cinquième est funeste ; en ce jour de colère Naquirent Érinnys, Tisiphone, Mégère^ Et vous , fameux Titans , géants audacieux , Que la Terre enfanta pour attaquer les cieux. Trois fois, roulant des monts (^7) arrachés des campagnes. Leur audace entassa nffontagnes sur montagnes, Ossa sur Pélion, Olympe sur Ossa ; Trois fois, le foudre en main, le dieu les renversa.

Au dixième croissant de la lune nouvelle.

On peut du fier taureau dompter le front rebelle. Planter la jeune vigne, ou d'une agile main

26 6E0R6IG0N LIB. I. ^.idr.

Addere : Nons^fugae melior, contraria furtis. Multa adeo gelida melius se nocte dedere, Aut quum sole novo terras irrorat Eous.

Nocte levés melius stipulas , nocte arida prata Tondentur ; noctes lentus non déficit humor .

Et quidam serôs hiberni ad luminis ignés Pervigilat, ferroque faces inspicat acuto.

Interea, longum cantu solata laborem, Arguto conjux percurrit pectine telas, Aut dulcis musti Vulcano decoquit humorem.

Et foliis undam trepidi despumat aeni.

At rubicunda Gères medio succiditur aestu , Et medio tostas aestu terit area fruges.

Nudus ara, scre nudus : hiems ignava colono.

Frigoribus parto agricolae plerumque fruuntur, Mutuaque inter se laeti convivia curant.

Invitât genialis hiems,. curasque resolvit:

Ceu pressae quum jam portum tetigere carinae, Puppibus et laeti nautae imposuere coronas.

Scd tamen et quernas glandes tum stringere tempus , Et lauri baccas, oleamque, cruentaque myrta; Tum gruibus pedicas et retia ponere cervis , Auritosque sequi lepores; tum figere damas

Promener la navette errante sur le lin.

Une clarté plus pure embellit le neuvième :

Lie brigand le redoute, et le voyageur laime. Chacun a son emploi ; mais, dans ce choix du temps , Ainsi que d'heureux jours, il est d'heureux instants. Faut-il couper le chaume? on le coupe sans peine. Quand la nuit Fa mouillé de son humide haleine : Pour dépouiller les prés, attends que sur les fleurs L'Aurore en souriant ait répandu ses pleurs.

Plusieurs pendant l'hiver, près d'un foyer antique, Veillent à la lueur d'une lampe rustique :

Leur compagne près d'eux, partageant leurs travaux, Tantôt d'un doigt léger fait rouler ses fuseaux; Tantôt cuit dans l'airain le doux jus de la treille,

Et charme par ses chants la longueur de la veille. I&h

Mais c'est en plein soleil, dans l'ardente saison. Qu'au tranchant de la faux on livre la moisson, Que sur l'épi doré le fléau se déploie.

Donne aux soins les beaux jours, et l'hiver à la joie. L'hiver, tel qu'un nocher qui, plein d'un doux transport. Couronne ses vaisseaux triomphants dans le port. Tranquille sous le chaume, à l'abri des tempêtes, L'heureux cultivateur donne ou reçoit des fêtes : Pour lui ces tristes jours rappellent la gaité ; Il s^applaudit l'hiver des travaux de l'été.

Alors même sa main n'est pas toujours oisive; De l'arbre de Pallas il recueille l'olive ; Le myrte de Vénus lui cède un fruit sanglant. Et le laurier sa giaine, et les chênes leur gland. Les flots sont-ils glacés, les champs couverts de neige?

28 GEORGICON LIB. I. t. 309.

Stuppea torquentem Balearis verbera fundœ, Quum nix alta jacet, glaciem quum flumina trudunt.

Quid tempestates auctumni et sidéra dicam?

Atque, ubi jam breviorque*dies, et moUior œstas, Quaî vigilanda viris? vel , quum ruit imbriferum ver ; Spicea jam campis quum messis inhorruit, et quum Frumenta in viridi stipula lactentia turgent?

Saepe ego, quum flavis messorem induceret arvis Agricola, et fragili jam stringeret hordea cuhno, Omnia ventorum concurrere prselia vidi , Quae gravidam late segetem ab radicibus imis Sublime expulsam eruerent ; ita turbine nigro Ferret hiems culmumque levem stipulasque volantes.

Saepe etiam immensum coelo venit agmen aquarum, Et fœdam glomerant tempestatem imbribus atris CoUectae ex alto nubes : ruit arduus aether, Et pluvia ingenti sata laeta boumque labores Diluit; implentur fossae, et cava flumina crescunt Gum sonitu, fervetque fretis spirantibus aequor. Ipse pater, média nimborum in nocte, corusca Fulmina molitur dextra ; quo maxima motu Terra tremit, fugere ferae, et mortalia corda Per gentes humilis stravit pavor. Ille flagranti

Il tend des rets au cerf, prend Foiseau dans un piège, On presse un lièvre agile, ou, la fronde à la main. Fait siffler un caillou qui terrasse le daim.

D'autres temps, d'autres soins. Dirai-je à quels désastres De Tautomne orageux nous exposent les astres , Quand les jours sont moins longs, les soleils moins ardents; Ou quels torrents affreux épanche le printemps. Quand le blé d'épis verts a hérissé les plaines , Et des flots d'un lait pur déjà gonfle ses veines?

L'été même, à l'instant qu'on lioit en faisceaux Les épis jaunissants qui tombent sous la faux. J'ai vu les vents, gi^ondant sur ces moissons superbes, Déraciner les blés, se disputer.les gerbes, Et, roulant leurs débris dans de noirs tourbillons, Enlever, disperser les trésors des sillons.

Tantôt un vaste anias d'effroyables nuages, Dans ses flancs ténébreux couvant de noirs orages, STéléve, s'épaissit, se décBIre; et soudain La pluie, à flots pressés, s'échappe de son sein; Le ciel descend en eaux, et couche sur les plaines Ces riantes moissons, vains fruits de tant de peines; Les fossés sont remplis ; les fleuves débordés Roulent en mugissant dans les champs inondés ; Les torrents bondissants précipitent leur onde, Et des mers en courroux (5^) le noir abîme gronde. Dans cette nuit affreuse, environné d'éclairs. Le roi des dieux s'assied sur le trône des airs : La terre tremble au loin sous son maître qui tonne; Les animaux ont fui(%); l'homme éperdu frissonne; L'univers ébranlé (^) s'épouvante... le dieu,

30 GEORGICON LIE. I. ^ 33i

Aut Atho , aut Rhodopen , aut alta Ceraunia telo Dcjicit. Ingeminant austri , et densissimus imber ; Nunc nemora ingenti vento , nunc litora plangunt.

Hoc metuens, cœli menses et sidéra serva, Frigida Satumi sese qtio Stella receptet; Quos ignis cœlo Cyllenius erret in orbes.

In primis venerare deos , atque annua magnae Sacra refer Cereri , laetis operatus in herbis, Extremae sub casum hicmis, jam vere sercno :

Tune agni pingues, et tune mollissima vina, Tune somni dulces, densaeque in mçntibus umbrae. Cuncta tibi Cererem pubes agrestis adoret ; Gui tu lacte favos et miti dilue Baccho ; Terque noyas circum felix eat bostia fruges, Omnis quain chorus et s(K;ii comitentur ovantes. Et Cererem clamore vocent in tecta ; neque ante Falcem maturi3 quisquam supponat aristis, Quam Cereri , torta redimitus tempora quercu , Det motus incompositos, et carmina dicat.

Atque haec ut certis possimus discere signis, iEstusque, pluviasque, et agentes frigora ventos, Ipse pater statuit, quid menstrua luna monerct, Quo signo caderent Austri, quid saepe videiites Agricolae propius stabulis armenta tenerent.

Continuo ventis surgentibus, aut fréta ppnti

D^un bras étincelant <Jardant un trait de feu, De ces monts si souvent mutilés par la foudre, De Rhodope ou d'Athos met les rochers en poudre. Et leur sommet brisé vole en éclats fumants : Le vent croît, Fair frémit d'horribles sifflements; En torrents redoublés les vastes ciéux se fondent; La rive au loin gémit, et les bois lui répondent.

Pour prévenir ces maux, lis aux voûtes des cieux; Suis dans son cours errant le messager des dieux; Observe si Saturne (^') est d'un heureux présage : Sur-tout aux dieux des champs présente un pur hommage. Quand Fombrage (^^)an printemps invite au douxsommeil , Lorsque Tair est plus doux, Thorizon plus vermeil, Les vins plus délicats, les victimes plus belles, Offire des vœux nouveaux pour des moissons nouvelles; Choisis pour temple un bois, un gazon pour autel, Pour offrande du vin (^3), et du lait, et du miel : Trois fois autour des blés on conduit la victinèe ; Et trois fois, enivré d'une joie unanime.

Un chœur nombreux la suit en invoquant Cérès : Même, avant que le fer(^) dépouiUe les guérets. Tous entonnent un hymne; et, couronné de chêne, Chacun d'un pied pesant frappe gatment la plaine.

Si ce culte pieux n'obtient pas de beaux jours, La lune de l'orage annonce au moins le cours ; Et le berger connoit par d'assurés présages Quand il doit éviter les lointains pâturages. Au premier sifflement des vents tumultueux, Tantôt au haut des monts d'un bruit impétueux On entend les éclats ; tantôt les mers profondes

32 GEORGICON LIB. I. ..as-.

Incipiunt agitata tumescere , et aridus altis Montibus audiri fragor ; aut resonantia longe Litora misceri, et nemorum increbrescere murmur. Jam sibi tum curvis maie tempérât unda carinis , Quum medio celeres revolant ex aequore mergi, Clamoremque ferunt ad litora ; quumque marinœ In sicco ludunt fulicae ; notasque paludes Deserit , atque altam supra volât ardea nubem.

Saepe etiam stellas, vento impendente, videbis Praecipites cœlo labi , noctisque per umbram Flammarum longos a tergo albescere tractus ; Saepe levem paleam et frondes volitare caducas, Aut suqjLma nantes in aqua colludere plumas.

At Borea? de parte trucis quum fulminât, et quum Eurique Zephyrique tonat domus, omnia plenis Rura natant fossis, atque omnis navita ponto Humida vêla legît. Nunquam imprudentibus imber Obfuit : aut illum surgcntcm vallibus imis^ Aeriae fugere grues; aut bucula, cœlum Suspiciens, patulis captavit naribus auras ; Aut arguta lacus circumvolitavit hirundo, Et veterem in limo ranae cecincre querelam.

Saepius et tcctis pcnctralibus extulit ova Angustum formica térens iter ; et bibit ingens

Soulèvent en grondant , et balancent leurs ondes;

Tantôt court sur la plage un long mugissement ,

Et les noires forêts murmurent sourdement.

Que je plains les nochers, lorsqu'aux prochains rivages

Les plongeons effrayés, avec des cris sauvages,

Volent du sein de Tonde, ou quand Toiseau des mers

Parcourt en se jouant les rivages déserts;

Ou lorsque le héron, les ailes étendues,

De ses marais s'élance, et se perd dans les nues!

Quelquefois, de Forage avant-coureur brûlant, Des cieux se précipite un astre étincelant, Et dans le sein des nuits, qu'il rend encor plus sombres, Tratne de longs éclairs qui sillonnent les ombres : Tantôt on voit dans Tair des feuilles voltiger, Et la plume, en tournant, sur les oiides nager. Si Féclair. brille au nord; de TEure et de Zéphire Si la foudre en éclat ébranle au loin Fempirè : Alors, ô laboureur, crains les torrents des cieux; Nochers, ployez la voile, et redoublez vos vœux. Que dis-je? tout prédit l'approche des orages : Nul, sans être averti, n'éprouva leurs ravages : Déjà l'arc éclatant qu'Iris ^^ trace dans l'air Boit lesJFeux du soleil et les eaux de la mer; La-grue, avec effroi s'élançant des vallées.

Fuit ces noires vapeurs de la terre exhalées ; Le taureau hume l'air par ses larges naseaux ; La grenouille se plaint au fond de ses roseaux ; L'hirondelle en volant effleure le rivage; Tremblante pour ses œufs , la fourmi déménage ;

T. II. ciOBG. 3

54 GEOROICON LIB. I. ^asi

Arcus ; et e pastu decedens agpmne magno Corvorum increpuit densis exercitus alis.

Jam varias pelagi volucres, et quae Asia circum Dulcibus in stagnis rimantur prata Caystri, Certatim largos humeris infundere rores , Nunc caput objectare fretis, nunc currere in undas, Et studio incassum videas gestire lavandi.

Tum cornix plena pluviam vocat improba voce, Et sola in sicca secum spatiatur arena.

Nec nocturna quidem carpentes pensa puellae Nescivere hiemem , testa quum ardente vidèrent Scintillare oleum, et putres concrescere fîingos.

Ne minus ex imbri soles et aperta serena Prospicere , et certis poteris cognoscere signis. Nam neque tum stellis acies obtusa videtur, Nec fratris radiis obnoxia surgere luna ; Tenuia nec lanae per cœlum vellera ferri.

Non tepidum ad solem pennas in litore pandunt Dilectœ Thetidi alcyones ; non ore solutos Immundi meminere sues jactare maniplos.

At nebulae magis îma petunt, campoque recumbilnt ; Solis et occasum servans de culmine summo Nequidquam seros exercet noctua cantui.

, GÉQRGIQUES, LIV. I. 35

Et des affreiix corbeaux les noires légions Fendent rair, qui frémit sous leurs longs bataillons.

Vois les oiseaux des mers, et ceux que les prairies Nourrissent près des eaux sur des rives fleuries ; De leur séjour bumide on les voit s'approcber : Offrir leur tête aux flots qui battent le rocber, Promener sur les eaux leur troupe vagabonde, Se plonger dans leur sein, reparottre sur Fonde , S'y replonger encore , et par cent jeux divers Annoncer les torrents suspendus dans les airs.

Seule, errant à pas lents sur Faride rivage, La corneille enrouée appelle aussi Forage.

Le soir la jeune fille, en tournant son fuseau, Tire encor dç sa lampe un présage nouveau, Lorsque la niebhe en feu, dont la clarté s'émousse. Se couvre, en pétillant, de noirs flocons de mousse.

Mais la sérénité reparott à son tour :

Des signes non moins sûrs t'annoncent son retour; Des astres plus brillants ont peuplé Fbémispbère ; La lune sur son char le dispute à son frère ; On ne voit plus dans Fair des nuages errants Flotter, conune la laine éparse au gré des vents ; Ni Foiseau de Thétis(^) sur Fbumide rivage Aux rayons du soleil étaler sonÉdumage ; .

Ni ces vils animaux dans la fange engraissés Délier des épis les faisceaux dispersés.

Enfin Fair s'éclaircit; du sommet des montagnes Le brouillard affaissé descend dans les campag||ps; Et le triste hibou , le soir au haut des toits , * En longs gémissements ne traîne plus sa voix.

36 GEOBGICON LIB. I. ^.404

Apparet liquido sublimis in aëre Nisus, Et pro purpureo pœnas dat Scylla capillo.

Quacumque illa levem fugiens secat œthera pennis, Ecce inimicus , atrox, magno stridore per auras, Insequitur Nisus; qua se fert Nisus ad auras, Illa levem fugiens raptim secat aethera pennis.

Tum liquidas corvi presso ter çutture voces Aut quater ingeminant ; et saepe cubilibus altis, Nesciqjqua praeter solitum dulcedine laeti, Inter se in foliis strepitant ; juvat imbribus actis Progeniem parvam dulcesque revisere nidos.

Haud equidem credo quia sit divinitus illis Ingenium, aut rerum fato prudenti|j|ilajor; Verum, ubi tempestas et cœli mobilis humor Mutavere vias, et Jupiter uvidus austris Densat, erant quae rara modo, et quœ densa, relaxât, Vertuntur species animorum, et pectora motus Nunc alios, alios dum nubila ventus agebat, Goncipiunt. Hinc ille avium concentus in agris. Et laetœ pecudes, et ovantes gutture corvi.

Si vero solem ad rapidum lunasque sequentes Ordine respicies , nmquam te crastinaijj&llet Hora , neque insidiis noctis capiere serenae. Luna revertentes quum primum coUigit ignés.

Si nig|^m obscuro cpmprenderit aëra cornu, Maxittus agricolis pelagoque parabitur imber. At, si yirgineum sufFuderit ore ruborem,

GÉORGIQDES, LIV. I. 37

Tantôt Taffreux Nisus(^), avide de vengeance, Sur sa fille, à grand bruit, du haut des cieux s'élance; ScyUa vole et fend Tair; Nisus vole et la suit; Scylla, plus prompte encor, se détourne et s'enfuit.

Même les noirs corbeaux, bannissant la tristesse, Annoncent les beaux jours par trois cris d'alégresse; Et d'un gosier moins rauque expriment leur gatté : Souvent, au baut de Tarbre où flotte leur cité. Vous voyez leurs ébats agiter le feuillage ; Une douceur secrète attendrit leur ramage :

Ils aiment à revoir, depuis long-temps bannis. Leur arbre hospitalier, leur famille et leurs nids.

Non que du ciel(^) en eux la sagesse imn^ortelle D^im rayon prophétique ait mis quelque étincelle : L'instinct seul les éclaire ; et lorsque ces vapeurs D'où naissent tour-à-tour le froid et les chaleurs. Ou des vents inconstants lorsque Fhumide haleine Change pour nous des cieux Finfluence incertaine. Les êtres animés changent avec le temps :

Ainsi, muet Fhiver, Foisçau chante au printemps. Ainsi l'agneau bondit sur le naissant herbage. Et même le corbeau pousse un cri moins sauvage.

Mais, malgré ces leçons, crains-tu d'être séduit Par le perfide éclat d'une brillante nuit?

Du soleil, de sa sœur, observe la carrière.

Quand la jeune Phébé rassemble sa lumière.

Si son croissant terni s'émousse dans les airs, La pluie alors menace et la terre et les mers.

38 GEORGICON LIB. I. ^.43..

Ventus erit ; vente semper rubet aurea Phœbe. Sin ortu in quarto , namque is certissimus auctor, Pura, neque obtusis per cœlum comibus ibit; Totus et ille dies, et qui nascentur ab illo Exactum ad mensem y pluvia ventisque carebunt, Votaque servati solvent in litore nautae Glauco , et Panopeae ^ et Inoo Melicertae.

Sol quoque et exoriens, et quum se condet ih undas, Signa dabit : solem certissima signa sequentur, Et quae mane refert, et quae surgentibus astris. Ille ubi nascentem maculis variaverit ortum Gonditus in nubem, medioque refiigerit orbe, Suspecti tibi sint imbres : namque urget ab alto Arboribusque satisque Notus pecorique sinister. Aut ubi sub lucem densa inter nubila sese Diversi rumpent radU, aut ubi pallida surget Tithoni croceum linquens Aurora cubile ; Heu ! maie tum mites defendet pampinus uvas ! Tarn multa in tectis crepitaûs salit horrida grando.

Hoc etiam, emenso quum jam decedet Olympo, Profuerit meminisse magis ; nam saepe videmus Ipsius in vultu varios errare colores.

Caeruleus pluviam denuntiat, igneus Euros.

Sin maculae incipient rutilo immiscerier igni, Omnia tune pariter vento nimbisque videbis

Du fora de la pudeur peint-elle son visage?

Des vents prêts à gronder c'est le plus sûr présage. Le quatrième jour (^), (cet augure est certain) Si son arc est brillant, si son front est serein, Durant le mois entier que ce beau jour amène, Le ciel sera sans eau, laquilon sans baleine. L'océan sans tempête ; et les nocbers beureux(7<>) Bientôt sur le rivage acquitteront leurs vœux.

Le soleil à son tour t'instruit, soit dès l'aurore. Soit lorsque de ses feux l'occident se colore. Si, de taches semé, sous un voile ennemi Son disque renaissant se dérobe à demi.

Crains les vents pluvieux; leurs humides haleines Menacent tes troupeaux, tes vergers, et tes plaines. Si de son lit de pourpre on voit l'Aurore en pleurs Sortir languissamment sans force et sans couleurs; Si Phébus, à travers une vapeur grossière Dispersant foiblement quelques traits de lumière, | Semble luire à regret, de leurs feuillages verts Les raisins colorés, vainement sont couverts; Sous les grains bondissants dont les toits retentisseqt, La grêle écrase, hélas! les grappes qui mûrissent.

Sur-tout sois attentif lorsque achevant leur tour Ses coursiers dans la mer vont éteindre le jour; Du pourpre, de l'azur, les couleurs différentes Souvent marquent son front de leurs taches errantes : Saisis de ces vapeurs le spectacle mouvant; L'azur marque la pluie, et le pourpre le vent : Si le pourpre et l'azur colorent son visage, De la pluie et des vents redoute le ravage :

40 GEORGICON LIfi. I. t. 456.

Fervere. Non illa quisquam me nocte per altum Ire, neque a terra moneat conyellere fîinem.

At si, quum referetque diem, condetque relatiim, Lucidus orbis erit, frustra terrebere nimbis, Et claro silvas cernes Aquilone moveri.

Denique, qyid vesper seras vehat, unde serenas Yen tus agat nubes, quid cogitet humidus Auster, Sol tibi signa dabit. Solem quis dicere falsum Audeat? Ille etiàm caecos instare tumulti^s Saepe monet, fraudemque et ôperta tumescere bella.

Ille etiam exstincto miseratus Caesare Romam, Quum caput obscura nitidum ferrugine texit, Impiaque seternam timuerunt ssecula noctem.

Tempore quamquam illo tellus quoque, et aequoraponti , Obscenique canes , importunaeque volucres , Signa dabant. Quoties Cyclopum efFervere in agros Vidimus undantem ruptis fornacibus iEtnam, Flammarumquc globos liquefactaque volvere saxa ! Armorum sonitum toto Germania cœlo Audiit; insolitis tremuerunt motibus Alpes.

Vox quoque per lucos vulgo exaudita silentes Ingens; et simulacra modis pallentia miris Visa sub obscurum noctis ; pecudesque locutae,

Je nuirai point alors, sur de frêles vaisseaux. Dans rhorreur de la nuit m'égarer sur les eaux.

Mais lorsqu'il recommence et finit sa carrière, S'il brille tout entier d'une pure lumière, Sois sans crainte : vainqueur des humides Autans, L^Aquilon va chasser les nuages flottants.

Ainsi ce dieu puissant, dans sa marche féconde, Tandis que de ses feux il ranime le monde.

Sur rhumble laboureur veille du haut des cieux; Lui prédit les beaux jours, et les jours pluvieux. Qui pouiiroit, ô soleil, t'accuser d'imposture? Tes immenses regards embrassent la nature :

(Test toi qui nous prédis ces tragiques fureurs Qui couvent sourdement dans l'abîme des cœurs.

Quand César expira (71), plaignant notre misère , D'un nuage sanglant tu voilas ta lumière; Tu refusas le jour à ce siècle pervers; Une étemelle nuit menaça l'univers.

Que dis-je? tout sentoit notre douleur profonde. Tout annonçoit nos maux: le ciel, la terre, et l'onde. Les hurlements des chiens, et le cri des oiseaux. Combien de fois l'Etna (7^), brisant ses arsenaux. Fourmi des rocs ardents, des flammes ondoyantes. Vomit en bouillonnant ses entrailles brûlantes! Des bataillons armés dans les airs se heurtoieht; Sous leurs glaçons tremblants les Alpes s'agitoient; On vit errer, la nuit, des spectres lamentables ; Des bois muets sortoient des voix épouvantables; L'airain même parut sensible à nos malheurs; Sur le marbre amolli l'on vit couler des pleurs :

42' GEORGICON LIB. I. t. 479.

Infandum! sistunt amnes, terraequç dehiscunt; Et mœstum illacrimat templis ebur, aeraque sudant. Proluit insano contorquens vortice silyas Fluviorum rex Eridanus, camposque per omnes Gum stabulis armenta tulit; nec tempore eodem Tristibus aut extis fibrae apparere minaces, Aut puteis manare cruor cessavit, et alte Per noctem resonare, lupis ululantibus, urbes. Non alias cœlo ceciderunt plura sereno Fulgura ; nec diri toties arsere cometae.

Ergo inter sese paribus concurrere telis FiOmanas acies iterum videre Philippi ; Nec fuit indignum superis bis sanguine nostro Emathiam et latos Haenii pinguescere campes.

Scilicet et tempus veniet, quum finibus illis Agricola, incurvo terram molitus aratro, Exesa inveniet scabra rubigine pila , Aut gravibus rastris galeas pulsabit inanes j Grandiaque efFossis mirabitur ossa sepulcris.

Di patrii indigetes, et Romule, Xestaque mater, Quae Tuscum Tiberim et Romana palatia servas, Hune saltcm everso juvenem succurrere sa^lo Ne prohibete! Salis jampridem sanguine nostro Laomedonteae luimus perjuria Trojae.

Jampridem nobis cœli te regia, Caesar, Invidet, atque hominum queritur curare triumphos. Quippe ubi fas^ersum atque nefas, tôt bella p&r orbem:

La terre s^entr^ouvrit, les fleuves reculèrent;

Et 9 pour comble d'effroi... les animaux parlèrent.

Le superbe Éridan, le souverain des eaux.

Traîne et roule à grand bruit forêts, bergers , troupeaux;

Le prêtre 9 environné de victimes mourantes,

Observe avec borreur leurs fibres menaçantes;

L'onde changée en sang roule des flots impurs;

Des loups hurlant dans Tombre épouvantent nos murs;

Même en un jour serein Téclair luit, le ciel gronde.

Et la comète en feu vient effrayer le monde.

Aussi la Macédoine (7^) a vu nos combattants Une seconde fois s'égorger dans ses champs ; Deux fois le ciel souffrit que ces fatales plaines S'engraissassent du sang des légions romaines.

Un jour le laboureur (74), dans ces mêmes sillons Où dorment les débris de tant de bataillons, Heurtant avec le soc leur antique dépouille, Trouvera, plein d'effroF, des dards rongés de romlle : Verra de vieux tombeaux sous ses pas s'écrouler. Et des soldats romains (7^) les ossements rouler.

O père des Romains, fils du dieu des batailles ! Protectrice du Tibre, appui de nos murailles, Vesta! dieux patemels(7^), ô dieux de mon pays! Ah! du moins que César rassemble nos débris!

Par ces revers sanglants dont elle fut la proie, Bome a bien effacé les parjures de Troie.

Hélas! le ciel, jaloux du bonheur des Romains, César, te redemande aux profanes humains.

Que d'horreurs en effet ont souillé la nature! Les villes sont sans lois, la terre sans culture ;

GEORGIGON UB. I.

Tarn multae scelerum fkcies : non uUus aratro Dignus honos; squalent abductis arva colonis. Et curvœ rigidum falces conflantur in ensem.

Hinc movet Euphrates, illinc Germania, bellum ! Vicinœ, ruptis inter se legibus, urbes Arma ferunt : saevit toto Mars impius orbe.

Ut, quum carceribus sese efFudere quadrigae, Addunt in spatia, et frustra retinacula tendens Fertur equis auriga, nequé audit currus habenas.

£n des champs de carnage on change nos guérets, Et Mars forge ses dards des armes de Cérès.

Ici le Rhin s^ trouhle(77), et là mugit TEuphrate; Par-tout la guerre tonne et la discorde éclate; Des augustes traités le fer tranche les nœuds. Et Rellone en grondant se déchaîne en cent lieux. Ainsi, lorsqu'une fois (7^) lancés de la han;ière, D'impétueux coursiers volent dans la carrière. Leur guide les rapjpelle et se roidit en vain : Le char n'écoute plus ni la voix ni le frein. .

Xai déjà dit, dans le discours préliminaire^ que Mécène avoit eng;agé Virgile à composer les Géorgiques :îl sut faire servir à la gloire de son ami et de son maître les talents de tous les genres ; il fut aussi utile à Auguste par la finesse de sa politique , qu'Agrippa par son courage. Il rassembloit les qualités les plus opposées: la plus infatigable activité, et la plus excessive moUesse; les vues d'un grand homme, et les foiblesses d'une femmelette.

(') Protecteur des raisins, déesse des moissons.

Quelques interprètes ont cru que par Gérés et Bacchus Virgile entendoit le Soleil et la Lune. Voilà un de ces paradoxes que les commentateurs n'avancent que pour avoir un prétexte d'étaler de l'érudition. Varron, comme Virgile, invoque au commencement de son ouvrage tous les dieux qui président à l'agriculture: i*" Jupiter et la Terre, a*" le Soleil et la Lune, 3** Gérés et Bacchus , 4** Robigus et Flore, 5" Minerve et Vénus, 6" l'Eau qu'il appelle Lympha, 7* et le Succès, qu'il nomme Bonus Eventas, On voit que ces divinités sont absolument distinguées : cela doit suffire pour faire entendre le véritable sens de Virgile. .

(') Pallas, dont Tolivier enrichit nos rivages.

«Tai rapproché dans ma traduction Pallas de Neptune, parceque ayant fait naître dans le même jour, l'une l'olivier, et l'autre le cheval, ce rapprochement m'a paru naturel.

(') Vous, jenne diea de Cet, ami de« veru bocages.

Aristée, fils d'Apollon et de Cyrène, révéré particulièrement des berg^ers, auxc[uels il enseigna Fart de recueillir le miel.

(^) Vieillard, qui dans ta main dens nn jeane cyprès ; Enfant , qoi le premier sillonnas les guërets.

n s'agit, dans le premier vers, de Sylvain, par qui le jenne Gyparisse fut changé en cyprès; dans le second, de Triptolème selon les uns; d'Osiris suivant les autres.

{*) Qni de nos firnits heureux nonrrisseï les pcémices.

Quelques éditions portent non nullo : cette leçon me parolt fausse. Il est question ici des plantes qui viennent d'ellesmêmes, et Virgile les distingue des plantes semées, satis, dont il parle dans le vers suivant.

(') Et toi qu'attend le ciel, et que la terre adore.

Rien de plus pompeux et de plus bas quecetteinvocation k César. Deux poëtes, après Virgile, se sont avilis par des invocations moins poétiques et plus basses encore ; Lucain a prodigué les plus viles flatteries à Néron , et Stace à Domitien. Ce dernier est le plus coupable des trois : Auguste eut pour lui la fin de son régne, Néron le commencement du sien; Domitien ne fut jamais qu'un monstre. Au reste, ce n'est pas d'avoir divinisé des hommes qu'il faut accuser ces poëtes, les mœurs de leur pays les y autorisoient; mais d'avoir mis au rang des dieux des scélérats qu^méritoient à peine le nom d'hommes.

(7) Veni-(n, le firont paré du myrte maternel...

Le myrte étoit consacre à Vénus , dont les . Jules se croyoient issus. On sait que les Romains avoient la prétention d'être descendus des Troyens. L'ambition des généalo-

m NOTES

gies a donné de tout temps des ridicules aux peuples comme aux particuliers.

(*) yenx-m sur l'océan un ponToirtouTeram?

Les géographes ne s'accordent pas sur la situation de Thulé : tous les auteurs et tous les poètes qui en ont fait mention, en parlent comme de la partie la plus reculée vers le nord du monde connu. Il n'est pas vraisemblable que ce soit aucune des petites tles qui environnent la Grande- Bretagne. Cette contrée étoit regardée , du temps de Virgile,' comme faisant partie de Fempire romain : Virgile, qui youloit flatter Auguste, avoit donc en vue un pays plus reculé. Quelques auteurs ont conjecturé que ce pouvoit être ITslande.

(9) Nonrean sig;ne à* été , Tenz-tn briller au deaz?

Par ces mots tordis mensibus on entend généralement les mois d'été, parcequ'alors les jours sont plus longs. Peutêtre ce passage, qui a tant exercé les conunentateurs , peut s'expljquer encore plus naturellement, si on veut se rappeler que le Lion, la Vierge, et le Scorpion, sont en efifieC plus lents dans leur ascension , que les neuf autres signes du zodiaque.

("*) Le Scorpion brûlant, déjà loin d'Érif^ne...

Érigone est le même signe que la Vierge. Les Égyptiens et les Chaldéens, créateurs de l'astronomie, différoient sur le nombre des signes du zodiaque. Les premiers en comptoient douze, et les autres onze. Virgile s'autorise de cette diversité d'opinions entre les anciens astronomes, et substitue Auguste à la Balance, entre la Vierge et le Scorpion qui se resserre pour lui. Il peut y avoir aussi deux allusions dans ces vers : Auguste étoit né sous le signe de la Balance, et ce signe est l'emblème de la justice.

(") Quand la neige au printemps s'écoule des moniaQues.

Le printemps commençoit au mois de mars. Mais ce n'est pas là ce que Virgile entend oit par vere novo ; et ceux qui écrivent sur l'agriculture n'afFectent point, en parlant des saisons, la précision des astronomes ; la fin des gelées est pour eux le commencement du printemps. C'est ainsi que Golumelle explique ce passage.

(*') Par les soleils brûlants, par les frimas humides.

Ce passage esfun de ceux qui ont le plus exercé les commentateurs. Servius, le plus ancien, et peut-être le moins judicieux, entendoit parfriyora la fraîcheur de la nuit, et par sotem la chaleur du jour. Ce vers s'explique naturellement par le passage de Pline, Quarto seri suico Firgilius existimor tur voluisse, cum dixit optimam esse segetem, bis quœsolem, bis frigora sensisset. Columelle emploie souvent ces expressions, secundo^ tertio, quarto sulco, pour exprimer un second , un troisième , un quatrième labour. Virgile ne se contente pas d'ordoniier aux cultivateurs quatre labours, il en donne la raison ; c'est ^^n que la chaleur et le froid mûrissent la terré.

(>3) Toutefois dans le sein d'une terre inconnue Ne va point vainement enfoncer la charrue.

Columelle, en citant ce passage de Virgile, dit, Verissimo vaii, velutoraculoy crediderimus. Cet éloge, que Virgile mérite presque partout, me paroit assez mal appliqué à cet endroit, qui n'est qu'un précepte très ordinaire, quoique très important. Je l'ai cité cependant, pour prouver combien Virgile étoit estimé, pour la partie agronomique, par les auteurs qui ont écrit sur le même sujet.

C^) Le Tmole est parfumé d'un safran précieux.

Montagnede la grande Phrygie, fertile en vin et en safran.

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