T. 11. GÉORG
('^) L'Euxin voit le castor se joaer dans ses ondes.
Le castoreum est d^un grand usage en médecine ; c'est un soporifique très efficace. Lucrèce a dit :
Castoreoque gravi mulier sopita recumbit.
On s'en sert sur-tout pour les maladies de nerfs. Les Ro* mains le tiroicnt du Pont. Le meilleur vient maintenant de la Moscovie et des pays les plus septentrionaux.
('^) Le Pont s'enorgueillit de ses mines fécondes.
Les Chalybes étoient des peuples du Pont qui exploitoient de riches mines de fer sur les bords du Thermodon.
(*7) Lorsqu'un mortel, sauvé des ondes vengeresses...
On peut lire dans Ovide Thistoire deDeucalion et de Pyrrha. Ce poète la termine par ces vers , où Ton trouve presque les mêmes expressions que dans Virgile :
Inde genus durum sumus experien^ue laborum , Et documenta damus qua simus origine nati.
Mais Ovide, selon son usage, exprime longuement ce que Virgile indique finement; l'un est pour ainsi dire le texte, et l'autre le commentaire.
(^^) Qu'au retour du Bouvier le soc l'effleure à peine.
L'Arcture ou le Bouvier, du temps de Columelle et de Pline, se levoit , pour les Athéniens, avec le soleil, quand il étoit dans le douzième degré un tiers de la Vierge, et pour les Romains trois jours plus tôt, quand le soleil étoit dans le neuvième degré un quart de la Vierge ; l'équinoxe d'automne commençant alors le a4 ou le nS septembre.
('9) Qu'un vallon moissonné dorme un an sans culture.
Pline entend par le mot navales, une terre qu'on ensemence de deux ans Fun.
[**) Qui n'a produit d'abord que le frêle lupin.
Tristis signifie amer, comme Pline le fait entendre par ce passage, Lupinum ab omnibus animalibus amaritudine sua tutum. Le lupin des Romains n'est pas le même que le nôtre; c'est une graine qu'ils laissent long-temps dans l'eau pour lui faire perdre son amertume, et on l'achète ainsi dans les rues d'Italie. Notre lupin n'est autre chose que la faisole des Romains.
(") Pour l'aToine, et le lin, et les pavots brûlants, De leurs sucs nourriciers ils épuisent les champs.
Virgile ne défend point ici de semer du lin, de Favoine, et des pavots, comme on peut le voir par le vers 212, où il prescrit le temps de les semer; mais il ordonne aux cultivateurs d'observer que ces sortes de graines, au lieu d'amender la terre comme les légumes , Fépuiscnt et Famaigrissent ; qu'ainsi, lorsqu'ils sèment du blé immédiatement après, il faut fumer la terre que ce produit a épuisée, arida et ef" fêta : ces deux mots sont essentiels pour l'intelligence de ces vers. Columelle dit, liv. II, chap. 10: Lini semen, nisi magnus est ejuSy in ea regione quam colis, proventus, ei pretium profitât^ serendum non est; agris enimjfgwcipue noxium est. Et au chap. i4- i^'^ prœsens medicina est, utstercore adjuves, et absumptas vires hoc velut pabulo rejbveas,
{") La terre toutefois, malgré leurs influences...
Virgile, en parlant plus haut du repos des terres, se sert du mot altemis, et c'est sans doute pour cela que les com* mentateurs Fexpliquent ici dans le même sens; mais il faut observer que plus haut il est joint aux mots navales et cessare,
ce qui en détermine le sens dans cet endroit Je pense qu^ci il ne peut être entendu de même, et que Virgile veut parler seulement du changement de semence. En effet le poète parle maintenant de ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas laisser reposer leur terre , aut ibifiava seresy etc. Il les avertit de semer du blé imm^iatement après des fèves, du lupin, ou de la vesce, parceque ces graines amendent la terre; mais il ajoute qu^il faut craindre les pavots, le lin etFavoine, parceque ce produit épuise la terre : cependant il permet de les semer alternativement, pourvu qu^on prenne soin d^engraisser le sol qu'ils ont desséché.
Arida taqtnm Ne saturare fimo piDgui pudeat sola, neve EfFetos cinerem immondum jactare per açros.
Ce qui rend encore cette interprétation plus naturelle, c'est ce vers.
Sic qnoque mutatis requiescunt fetibus arva,
qui prouve que le poète regarde le changement de semence comme Féquivalent d'un repos absolu. Cependant pour l'encouragement de ceux qui laissent leurs terres en jachère ^ il ajoute:
Nec nolla interea est inaratae gratia terne.
Je crois que ce morceau ainsi interprété, devient plus clair et plus suivi, 'ù^
('^) Cërès approuve encor que des chaumes flétris. . .
Cet usage s'est conserve en Italie. Fontanini , dans son Histoire des j4ntiquités<fHorta^ rapporte à ce sujet une anecdote assez singulière. Marie Lancisius, qui a voit beaucoup Je crédit auprès du pape Clément XI , incommodé par la chaleur que causpit l'incendie des chaumes dans les campagnes voisines de Rome, persuada au souverain pontife de
proscrire cet usage par un édit. Le pape fit part de ce projet au cardinal Nuptius, qui Ten détourna, en lui représentant Fantiquité et Futilité de cet usage, et en lui citant ces beaux vers de Virgile. Le pape supprima son édit. Cette méthode s^observe aussi dans les provinces méridionales de la France, qui, plus voisines de Fltalie, se rapprochent aussi davantage de ses coutumes et de ses usages en tous genres.
{*^) Voi^-tu ce labonreur, constant dans ses travaux...
Les Romains brisoient d^abord la terre avec des râteaux, et Faplanissoient ensuite en y traînant des claies; c^est ce que Columelle exprime par ces mots , qui répondent exactement aux vers de Virgile: glebas sarculis resolverCy et inducta crate coœquare.
{^) J'aime des hnrers secs et des étés humides.
Ceci ne peut s'entendre que du solstice d'été. Ovide a employé soUtitium dans le même sens :
Nec mihi solstitium quidquam de noctibus aufert.
Pline trouve qu'en cet endroit Virgile a été plus poëte qu'agriculteur. Virgile a pour lui l'expérience ; ce précepte même étoit proverbial. Macrobe nous apprend que dans un vieux livre en vers , qu'on dit être le plus ancien des livres romains, on lisoit les mots suivants, Hibemo pulvere , verno lutOy grandiafarra, Camille, metes. D'ailleurs ce précepte ne doit pas se prendre à la lettre : Virgile ne veut pas que tout l'été soit pluvieux, que l'hiver entier soit sec ; il veut seulement que la chaleur de l'un soit tempérée par des pluies , et l'humidité de Fautre par des gelées.
(^ Et le riche Gai^re, et l'heureuse Mysie. ..
La Mysie est une partie de l'Asie mineure; il y a dans cette province une montagne et une ville appelées Gar^arr?. Comme les peuples de ce pays dévoient moins leurs belles
nioissons à leur industrie, qu^à la bonté du sol, Vii^ile a dit très bien, ipsasuas mirantur Gargara messes,
('?) Puis d*im fleuve , coupé par de nombreux canaux...
Ceci ne se pratique point en France, et n'est plus guère en usage en Italie que pour les jardins.
('*) Crains pour tes jeunes blés
L'ombre, et lliertie indomptable...
Quelques interprètes ont cru qu'il s'agissoit ici du chiendent; il est plus probable qu'il est question de la chicorée. Pline dit : Est eterraticum intubum , quod in Mgypto cichorium vacant. Cette plante s'appelle encore à Rome cichorio : elle sert de nourriture au peuple ; mais comme elle est très amère , il en ôte la peau , et sur-tout les fibres , qui sont d'une amertume plus piquante : c'est sans doute ce que Virgile a voulu dire par amarisfibris.
(^) Et les brigands ailés...
Virgile parle des oies comme d'un oiseau funeste aux moissons: on en rencontre encore aujourd'hui des troupeaux dans la Campanie , que Virgile avoit principalement en vue en composant ses Géorgiques. A l'égard des grues, on sait qu'elles habitoient en foule sur les bords du Strymon, fleuve de la Thrace.
(^) Lui-même il força l'homme à cultiver la terre.
Ceci ne veut pas dire qu'il inventa le labourage , puisque Virgile, quelques vers plus bas, attribue cette invention à Cérès ; mais seulement qu'il obligea l'homme h cultiver la terre, en la hérissant de plantes inutiles ou nuisibles.
(3>) Dépouilla de leur miel les riches arbrisseaux.
Il est assez ordinaire de trouver une liqueur douce et glutincuse sur les feuilles de quelques arbres ; ce qui peut avoir
donné lieu aux poètes d'imaginer que dans Yàge d'or les arbres distilloient du miel.
(3a) Quand Dodone au mortel* réfuta leur pâture.
Arbuta signifie ici Farboisier : son fruit ressemble beaucoup à la fraise, mais il est plus gros, et n'a point comme elle ses graines en dehors. Cet arbre est très commun en Italie, et donne un fruit amer dont le bas peuple se nourrit.
(33) La rouille vient ronger le fruit de nos travaui.
La rouille est une maladie h laquelle le blé est très sujet. Selon Pline, la rouille et le charbon sont la même chose, et nuisent non seulement aux blés, mais aux vignes, quMls brûlent comme le feu. Varron invoque le dieu Robigus , qu'il prie de préserver la vigne de ce que les Latins appeloient robigo.
(^) La ronce nait en foule , et les ëpis périssent ; D'arbustes épineux les sillons se hérissent.
Il y a dans le texte :
•% Lapparqne, tribuliqne, interque nitentia culia Infelix lolinm et stériles dominanlur ayena;.
Par ^^ûP Virgile entend la'bardane^ plante qui porte une feuille large, et dont les fruits s'attachent aux habits; par tribuli, la chausse-trappe ou chardon étoile^ dont le fruit est armé d'épines, et qui est commun en Italie et dans les pays chauds. Lolium est Vivraie. C'est une opinion générale dans ritahe, que Vivraie^ ou le gioglio^ selon la manière de parler du peuple, si elle est mêlée dans le pain avec la farine , dérange la tête de celui qui en mange. On dit aussi d'un homme mélancolique, a mangiato di pane con loglio. L'avoine sauvage, avencBy ainsi que l'ivraie , ressemble au blé ; mais l'une et l'autre s'élèvent plus haut, ce qui rend l'expression dominantur aussi juste que brillante.
(**) On taille de» traiueaux.
Ces instruments servoient à fouler le blé. Varron dëcrit ainsi le tribulum : Idfit e tabula lapidibus^ autfèrro asperata, quo imposilo aurigOy aut pondère grandi, trahilur jumends junctisj ut discutiat e spica grana» Cap. lu. Traheœ étoit aussi un instrument à -peu «-près semblable, et destine au même usage. Au reste les anciens avoient pour battre leur blé trois manières, exprimées par ces mots de Pline: Messis alibi tribulis in area^ alibi equarum gressibus exteritur, alibi perticisfiagellatur,
(36) Le van chasse des grains une paille inutile.
XiCS personnes qui étoient initiées aux mystères dévoient être scrupuleusement vertueuses ; elles se regardoient comme séparées du vulgaire : c'est peut-être ce qui a fait employer le van dans la célébration des mystères. Ce qui sépare la paille du grain , étoit un en:â)Icme propre à représenter la séparation des hommes vertueux, d'avec le vulgaire des homçies vicieux. Il existe des copies de deux tableaux anciens qui semblent avoir rapport aux initiations: dans Fun, la personne initiée paroit couverte d'un voile , taudis gue deux autres tiennent un van sur sa tête; dans l'autre, on voit un personnage qui tient un van , dans lequel est un enfant.
(^7) D'abord il faut choisir, pour en former le corps...
Cette description de la charrue renferme quelques obscurités qui n'ont été éclaircies par personne. L'endroit le plus difficile, c'est duplici aptantur dentalia dorso. Lacerda et Servius veulent que duplici signifie lato. Cette explication est insoutenable; il faudroit , pour entendre cette description , avoir devant les yeux la charrue qu'a voulu peindre Virgile. A ce passage près , j'ai tâché de faire en sorte que ma traduction fût à-la-fois une interprétation fidèle et un commen-
taire de Virgile : aussi suis<je plus long^ que lui en cet endroit.
(^) Sur deux orbes roulants que ta main le suspende.
Tai cru que currus si^piifioit une charrue à roues, et j'ai traduit en ce sens.
(^) Le charan^n dérore un vaste amas de grains.
Il y a dans le texte curculio, A Lyon , le bas peuple appelle gourguilton un petit insecte dont la forme ressemble à celle d^un escarbot, et qui se trouve souvent dans les fèves: on rappelle communément calandre.
(4*) Des légumes souvent l'enveloppe infidèle Déguise la maigreur des fruits qu elle recèle.
Quoique le mot semina s'entende généralement de toute sorte de semences, Virgile parle ici des légumes seulement : cette interprétation est appuyée sur ce passage de Columelle, Priscis rusticisy nec minus Firgilio, prius amurca vel nitro macerari fabam , et ita seri plaçait. Il me semble que dans la plupart des éditions, cet endroit est mal ponctué ; il faut un point après mcuierent, et une virgule seulement après esset:
Grandior ut fétus siliquis falladbus esset, Et quamvis igni exiguo properata maderent.
Et voici, à ce qu'il me semble, ce que veut dire Virgile. On trouve deux avantages à tremper la semence dans du marc d'huile et du nitre: d'abord les légumes sont plus gros, et en second lieu cuisent plus promptement. Palladius rapporte le même effet : Grœci asseruntfabœ semina,,. nitrata aqua respersa cocturam non habere difficilem. Madère y dans plusieurs auteurs latins, signifie bouillir; on en trouve des exemples sans nombre: mais, sans multiplier les citations, il suffira de ce passage de Columelle: Hœc res ejfficit, ut in
coctura celenus madescat Les commentateurs auroient dû, au lieu de s'épuiser en conjectures absurdes, chet^her dans les anciens auteurs astronomiques Pinterprétation des endroits obscurs des Géorgiques, Les véritables commentateors de Virgfile en ce genre sont Palladius, Varron , Pline, et sur-^ tout ColumeUe.
On prépare ainsi la semence dans plusieurs provinces : il y a même des laboureurs qui sont si sûrs du bon eflet de leur préparation , qu'au lieu de cent vingt livres de blé , ils n'en emploient que les deux tiers, ou même la moitié, et mélangent pour chaque arpent soixante ou soixante*dix livres de blé avec de la paille hachée , pour remplir la main du semeur à l'ordinaire.
On a vu plusieurs fois , en conséquence de la préparation des semences, un seul grain pousser sept ou huit tiges , dont chacune portoit un épi de plus de cinquante grains: le nombre des tiges sur un même pied s'est quelquefois trouvé prodigieux ; on en a compté jusqu'à trente, soixante, et près de cent. Un grain de seigle, qui a voit crû sous les débris d'une couche de mon jardin , m'a donné quatorze épis et huit cent trente-trois grains. Pline raconte qu'on avoit envoyé d'Afrique à Auguste un grain qui avoit poussé quatre cents tiges , et que Néron en avoit reçu un sur lequel on en comptoit cinq cent soixante ( Pluche).
(4*) Avant que des yents froids le souffle la resserre. Tandis qu'elle est traitable, on façonne la terre.
Pline a expliqué le fond de ce passage : Firgilius serijubet hordeum inter œquinoxium autumni et brumam ; mais le mot extremum est obscur dans Virgile. Gomment, si l'hiver est intraitable pour le laboureur, peut-on semer l'orge jusqu'aux derniers orages de cette saison? Ne pourroit-on pas dire que extremus signifie les extrémités d'une chose, soit d'un côté, soit de l'autre; et qu'ainsi extremum imbrem peut signifier aussi bien les premières pluies que les dernières ? Ceci n'est
qu'une conjecture, mais elle s'accorde avec tout ce qu'ont écrit Varron, Gaton, Golumelle, qui assurent que les laboureurs habiles s'abstiennent scrupuleusement de travailler à la terre pendant le temps qu'on appeloit brama; et Virgile le £ait entendre lui-même par le mot intractabilis. D'ailleurs il est ici question d'orge ; et Columelle assure qu'il ne faut jamab la semer que dans une terre sèche.
(4>) Sème l'orge, le lin, les pavots noi^ssants.
Il y a dans le texte Céréale pa-paver. Pourquoi céréale attribué au pavot? Les commentateurs se sont tourmentés pour interpréter ce mot. Le pavot se méloit avec le blé chez les anciens pour faire le pain ; d'ailleurs on en ornoit les statues de Gérés: voilà, je crois, l'explication la plus naturelle du mot céréale.
(^) Sitôt que dans nos champs Zéphire est de retow, On y sème la fève.
Aucun des anciens écrivains agronomiques ne s'accorde avec Vir^e sur le temps auquel il faut semer les fèves : Varron veut que ce soit à la fin d'octobre; Palladius au commencement de novembre. Golumelle assure que le temps le moins favorable est le printemps. Pline veut qu'on les sème en octobre : mais il ajoute que VirgjBe s'est conformé à l'usage suivi par les peuples qui habitoient près du Pô; ce qui explique la contradiction qui se trouve entre Virgile et
les autres auteurs latins.
(^) Et qaand l'astre du jonr,
OaTrant dans le Taureau sa brillante carrière. . .
VirgOe a dit :
Candidns auratis aperit quum comibns annum Taurns.
G'est par le Bélier que commence l'année astronomique;
mais, comme c^est au mois d'avril que la terre ouvre son sein, et que c'est Fétymoloçie d'apnïis, Virgile a jugé à propos de faire ouvrir l'annëe rurale par le signe du Tau» reau, où le soleil entre le 22 d'avril. Virgile donne au Taureau deux cornes dorées, à cause d'une étoile brillante qu'il porte au bout de chacune de ses deux cornes.
(^) Engloutit Sirias dans des flots de lumière.
Il y a dans le texte adverso cedens Canis occidit astro. Ce vers a exercé les plus savants commentateurs : je le crois le plus inintelligible de toutes les Géorgiques, J'ai suivi dans ma traduction l'interprétation de Macrobe, qui m'a paru la plus naturelle.
(4^ Et le millet doré redemande tes soins.
Il y a dans le texte milio venit annua cura. Le sainfoin, dont nous venons de parler, dure plusieurs années ; le millet , au contraire, veut être semé tous les ans.
(47) Attends jusqu'au lever de la Couronne d'or.
Plusieurs jettent leurs grains quand Maia luit encor.
U y a dans le texte :
Ante tibi Eoae Atlantldes abscondantur.
Par le mot Eoœ Virgile entend le coucher des Pléiades au matin, c'est-à-dire quand les Pléiades descendent sous l'horizon au couchant , en même temps que le soleil paroit sur l'horizon à l'orient. Columelle, en expliquant ce passage de Virgile, nous apprend que cela arrivoit au neuvième jour des calendes d'octobre.
Par cet autre vers ,
Gnosiaque ardentis decedat Stella Goronae ,
Virgile entend , selon tous les conmientateurs , le lever héliaque de la Couronne d'Ariane, qui se fait lorsque cette
constellation, éclipsée auparavant par les rayons du soleil, commence à s'en dégager et à paroître à Forient avant le lever du soleil : c'étoit, selon Columelle, le 1 3 ou le i4 d'octobre. Cette interprétation me paroit suspecte à cause du mot decedere, qui par-tout marque le coucher d'un astre: ij y en a une foule d'exemples. En général tout ce morceau sur l'astronomie est encore plus obscur que poétique.
(4^) Attends que dans les deux disparoisse l'Arcture.
L'Arcture ou le Bouvier {Bootes) se couche, selon Columelle, le 21 d'octobre.
(49) Cinq zones de l'Olympe embrassent le contour.
Sous la zonetorrîde est cette partie de la terre qui est contenue entre les deux tropiques. Les anciens la croyoient inhabitable à cause de son excessive chaleur; mais on a découvert depuis qu'elle étoit habitée par un grand nombre de nations. Elle contient une partie considérable de l'Asie, de l'Afrique, et de l'Amérique méridionale. Sous les deux zones glaciales sont les parties de la terre que renferment les deux cercles polaires; au nord sont la Nouvelle-Zemble, la Laponie, le Groenland; au midi, des pays qui sont encore sans nom, et où l'on n'a fait en&re aucune découverte : sous les zones tempérées sont les parties du ^tlft renfermées entre les tropiques et les cercles polaires. La zone tempérée, qui est entre le cercle arctique et le tropique du Cancer, contient la plus grande partie de l'Europe et de l'Asie, une partie de l'Afrique, et presque tout le nord de l'Amérique. Celle qui est entre le cercle antarctique et le tropique du Capricorne , contient une partie de l'Amérique méridionale. Au reste, il ost inutile d'expliquer les différents traits qui composent cette description ; un coup d'œil jeté sur la sphère en apprendra davantage que le plus long commentaire.
[^) Le globe, vers le nord hérissé de frimas,
S'éléye, et redescend vers les brûlants climats.
Virgule parle ici des pôles, et de leur élévation relative à rhorizon de chaque peuple.
(^') Calisto, dont le char craint les floU de Téthys...
C'est une manière poétique d'exprimer que l'Ourse est toujours sur Fliorizon.
{^*) Le pôle du midi, noir séjour da silence...
Les anciens imaginoient que le soleil n'éclairoît point l'autre hémisphère; on voit cependant, par la suite de ce morceau, que Virgile a du moins soupçonné le contraire. Lucrèce s'en étoit douté avant lui(Liv. V, 649% comme on peut le voir dans ces vers que Virgile a sûrement imités:
At nox obmit ingenti caligine terras , Aut nbi de longo cnrsu sol extima cœli Impulit, atque suos efflaTÏt languidns ignés Concussos itère , et labefactos aerc multo:
Aut quia sub terras cursnm convertere cogit Vis eadem, supera terras quae pertulit orbem.
(^^) Creusent une nacelle, on marquent leurs troupeaux.
On marouoit les troupeaux avec un fer chaud, comme ùous le v3Ç&ns dans ce vers du troisième livre des Géor^ giques,
Continuoque notas et nomina gentis inurunt.
(^4) La meule met en poudre on le feu cuit leurs grains.
Les Romains séchoient leurs grains avant de les moudre; et il est prohahle qu'ils y étoient obligés par une ancienne loi. Nous lisons dans Pline: Itistituit far torrere , quoniam tostmm cibo saiubrlus esset, Id uno modo coîiseculum,statuendo non esse purum ad rem divinam, nisi tostum.
(^) Oa baigner ses brebis dans une eaa salutaire.
Rarement on trouve dans Virgile des mots oisifs : il y a dans le texte :
Balantmnqae gregem fluTio mersare salubri.
Scdubri est essentiel au sens ; car Columelle nous apprend qu'il n'étoit pas permis de baigner les brebis aux jours Si fêtes pour épurer leur laine, mais seulement pour cause de maladie.
(^) Et, rapportant ches soi les tributs de la ville...
11 y a dans le texte :
Lapidemcpie revertens Incosnm, aut atrae massam picis, urbe reportât.
Lapidem signifie, selon Servius, une pierre à moudre ; selon d'autres, un mortier de pierre où Ton broyoit le grain, comme on Fapprend par ce passage de Rosinus sur les Antiquités romaines: Jlnte usnm molarum ^ frumenta in pila comminuebantur. APégarddela poix, les Romains en faisoientgrand usage pour goudronner les vases où ils gardoient le miel et le vin.
(^) l^rois fois, reniant des monts arraches des campagnes...
On a remarqué avant moi le bel effet que produisent ces élisions.
Ter stmt conati imponere Pelio Ossam ;
mais les efforts pénibles des géants, primés par deux vers dW rhythme laborieux, tandis que .leur défaite est rendue en un seul vers d'une tournure facile, forment un contraste qui valoit la peine d'être remarqué. J'ai tâché de le faire sentir dans ma traduction. Au reste, dans cette énumération des jours heureux ou malheureux, il est difficile de croire
que Virgile ait été de bonne foi : les poètes anciens, en général, se faisoient une loi de suivre les préjugés populaires, surtout lorsqu'ils tenoient à la religion. L'expérience prouve qu'il est très indifférent de planter, de semer, etc., dans le croissant ou le déclin de la lune; la nature du terrain, la qualité des vents. Faction du soleil, voilà ce qui influe sur les fruits de la terre. M. (îfe La Quintinie a réfuté le préjugé ftr les lunaisons dans le second tome des Instructions sur le Jardinage,
(^^) Et des mers en courroux le noir abîme gronde.
Il y a dans le texte :
Fenretque fretis spirantibus aequor.
Quelques traducteurs ont cru que Virgile parloit ici des fleuves trop serrés dans leur lit : c'est défigurer entièrement ce morceau. Virgile a mis dans ces vers une gradation admirable; d'abord oti voit les fossés se remplir, ensuite les fleuves mugissants se déborder, et enfin la mer bouillonner dans ses gouffres :
Implentur fossae, cava flumina crescunt Cumi sonilu, fervetque firetis spirantibus aequor.
D'ailleurs on sait que Virgile écrivoit dans un pays très voisin de la mer; aussi en parle- t-il souvent dans les quatre livres des Géorgiques,
(^) Les animaux ont fui...
Il y a dans le texte fugere ferœ. J'ai cru quW me pardonneroit d'avoir essayé de rendre la vivacité admirable de ce trait, produit, à ce qu'il me semble, par sa précision, et par le changement du présent en parfait. Je suis étonné que Dryden, écrivant dans une langue plus hardie que la nôtre, ait défiguré cet endroit par ce vers traînant et froid :
And flying beasts in fbrests seek abode.
D\j^ LIVRE I. 65
(^) L'nniren ébranlé t'éponyante. . . le diea. . .
Le texte dit :
Et mortalia corda Per gentes bumilis stravit pavor. . .
Pour peu qu^on soit sensible à la belle poésie , on sent FefFet de cette cadence suspendue. J'ai osé passer, pour la rendre, sur la règle de Thémistiche : je crois que c'est dans ces occasions que les licences sont permises. On sera sans doute charmé de trouver ici une peinture admirable d'un orage, tirée du poème des Saisons, par M. de Saint-Lambert.
On Toit à l'horizon , de deai points opposés , Des nnages monter dans les airs embrasés; On les voit s'épaissir, s'élever, et s'étendre. D'nn tonnerre éloigné le bruit s'est fait entendre; Les flots en ont frémi, l'air en est ébranlé. Et le long du vallon le feuillage a tremblé r Les monts ont prolongé le lugubre murmure Dont le son lent et sourd attriste la nature. Il succède à ce bruit un calme plein d'horreur. Et la terre en silence attend dans la terreur. Des monts et des rochers le vaste amphithéâtre Ditparoft tout-à-coup sous un voile grisâtre; Le nnage élargi les couvre de ses flancs ; U pèse sur les airs tranquilles et brûlanu.
Mais des traits enflammés ont sillonné la nue , Et U foudre en grondant roule dans l'étendue; Elle redouble, vole, éclate dans les airs :
Leur nuit est plus profonde , et de vastes éclairs En font sortir sans cesse un jour pâle et livide. Du couchant ténébreux s'élance un vent rapide; n tourne sur la plaine, et , rasant les sillons. Il roule un sable noir qu'il pousse en tourbillons. Ce nuage nouveau, ce torrent de poussière.
Dérobe à la campagne im reste de lumière.
La peur, l'airain sonnant, dans nos temples sacrés Font entrer à grands flots les peuples égarés. Grand Dieu , vois à tes pieds leur foule consternée
T.n. oioiio. 5
Te demaoder le prix des travaux de rannée.
Hélas ! d'an ciel en fea les globales glacés Ecrasent en tombant les épis renversés ; Le tonnerre et les vents déchirent les nuages ; Les ruisseaux en torrents dévastent leurs rivages. O récolte ! ô moissons ! tout périt sans retour: L'ouvrage de l'année est détruit dans un jour.
(6>) Observe si Saturne «st d'un heoreux présage.
Il y a dans le texte :
Frigida Satnmi sese quo Stella receptet.
Ce qui peut avoir donne lieu à Yépiihète frigida y c'est que Saturne est à une plus grande distance du Soleil , que les autres planètes. D'ailleurs les anciens le regardoient comme le dieu du froid , ainsi qu'on peut le voir par ce vers de Lucain,
Frigida Satumo glades et zona nival is Cessit.
(^') Quand l'ombrage au printemps invite au doux sommeil.
Je ne sais si mon admiration pour Virgile ne me fait pas trop d'illusion ; mais je trouve bien de l'adresse à avoir placé cette fête de Cérès immédiatement après la description d'un orage. Ces fêtes s'appeloient jimbarvalia, parceque la victime faisoit le tour des moissons , ambiret arva.
(^^) Pour offrande du vin , et du lait , et du miel.
Si on veut voir combien ceux qui composent de gros livres font profit de tout, et combien ceux qui écrivent sur l'antiquité hasardent d'opinions peu fondées, on n'a qu'à lire le passage suivant du P. Montfaucon , dont l'ouvrage d'ailleurs est très estimable. Il s'agit de prouver que Gérés et Bacchus étoient adorés conjointement.
u Virgile marque aussi le culte des deux dans les Géorgi-
u queSy où il parle des trois tours qu'on faisoit faire à la vicu time autour des moissons avant que de Fimmoler... Il met « Gérés et Bacchus ensemble , etc. » Cette assertion est fondée sur ce vers :
Cui ta lacté favos et mitt dilue Baccho...
Il est clair que Baccho signifie ici du vin , comme dans mille autres endroits ; on déiayoit le miel dans du lait et du vin. Il est vrai que Bacchus et Cérès partageoient souvent les honneurs du même sacrifice ; mais ce passage ne le prouve assurément pas.
(^) Même avant que le fer dépouille les guérets ,
Tous entonnent un hymne ; et , couronné de chêne. . .
Virgile parle ici d'une autre fête qui précédoit les moissons. Un commentateur anglois( M. Holdsworth) dit avoir vu des paysans florentins danser et chanter dans le mois de juillet, la tête couronnée de feuilles de chêne. Horace fait paître la poésie en Italie des fêtes qui précéd oient ou suivoient les moissons. {Lib, II y ep. lyV. iSg.)
(^) Déjà l'arc éclatant qu'Iris trace dans l'air Boit les feux du soleil et les eaux de la mer.
Les anciens croyoient que Farc-en-ciel pompoit les eaux de la mer. On trouve parmi les poètes plusieurs allusions a ce préj ugé. Dans une comédie de Plante , quelqu'un voyant boire une femme vieille et courbée , dit plaisamment :
Ecce autem bibit arcus : pluet, credo , hodie.
On crok communément aujourd'hui que l'arc-en-ciel présage tantôt la pluie et tantôt le beau temps. Il est à remarquer que Virgile a presque copié ce morceau de Varron et autres, et en particulier ce vers,
Aut arguta lacus circomyolitayit hirundo.
(^) Ni l'oUeau de Thëti». . .
L'alcyon. On peut lire dans les Métamorphoses d'Ovide celle d'Alcyon et de Céyx; liv. XL
(^) Tantôt l'aHreiu NUus, avide de yengeance...
Nisus avoit un cheveu couleur de pourpre dont dëpendoit le sort de ses états. Scylla sa fille, amoureuse de Minos, qui assiégeoit Nisus dans Mégare, lui coupa le cheveu fataL Nisus fut métamorphosé en épervier, et Scylla en alouette. Depuis ce temps-là le père, pour se venger de sa fille, la poursuit dans les airs.
(^) Non qae du ciel en eux la sagesse immortelle
D'un rayon prophétique ait mis quelque étincelle.
Il y a dans le texte :
Haud equidem credo quia sit diTinitns illis Ingenium , aut rerum falo prudentia major.
On a été fort partagé sur le sens de ces deux vers. Virgile veut dire, à ce qu'il me semble, non que les animaux aient une portion de l'ame divine ( comme certains philosophes l'ont dit des abeilles), ni [que le destin, qui assigne à chaque être ses facultés, leur ait donné des connoissances supérieures : divinitus est opposé kfato,
(%) Le quatrième jour, ( cet augure est certain ). . .
Il s'agit ici dû quatrième jour de la lune. Virgile a suivi l'opinion des astronomes égyptiens, Quartam maxime obser^ vat ^gyptus.
(7") Et les nochers heureux
Bientôt sur le rivage acquitteront leurs voeux.
Ily adans le texte:
Glauco, et Panope ar, et Inoo Melicerisr.
Cétoïent des divinités de la mer. Glaucus, selon la fable, fut un berger qui, ayant péché des poissons, les vit sauter dans la mer et lui échapper, parcequ^ils a voient touché une certaine herbe. Le berger surpris voulut goûter cette herbe; il sauta lui-même dans la mer, et devint dieu marin. Panope ou Panopée étoit fille de Nérée et de Doris, et par conséquent nymphe de la mer. Mélicerte fut le fils dlno, fille de Cadmus, et femme d'Athamas roi de Thèbes. Ino, selon la fable, se précipita dans la mer avec son fils; et Fun et Fautre ils devinrent dieux marins. Ino est le même que les Grecs appellent Leucothoé^ et les latins Matuta, Les Grecs donnèrent aussi h Mélicerte le nom de Palœmon^ et les Latins celui de Poriunus. (Desfomtaimes.)
(7>) Quand César expira, plaignant notre misère...
Tous CCS prodiges qui précédèrent ou suivirent la mort de César sont rapportés différemment par les différents historiens qui en ont parlé. On peut lire dans Ovide un récit de ces mêmes prodiges : son morceau ne peut soutenir la comparaison avec cehii de Virgile. L'art de peindre par les sons, qui caractérise les grands poètes, lui manque entièrement: Virgile, dans cet épisode, le porte au plus haut point.
(7') Combien de fois l'Etna, brisant ses arsenaux, Parmi des rocs ardents, des flammes ondoyantes. Vomit en bouillonnant ses entrailles brûlantes !
Il y a dans le texte liquefactaque volvere saxa. Le père Larue Finterprcte par exesa^ imminuta ign(\ C'est un contresens. Liquefacta saxa veut dire des rochers réellement fondus. L'académie de Napbes, qui assurément ne peut que trop bien juger de la description d'un volcan , dans le compte qu'elle a publié de l'éruption du Vésuve, arrivée en 1737, applaudit justement à la justesse des expressions de Virgile, et relève durement la méprise du père Larue : Ex qui»
70 ^OTES
bus mamfestum est poètœ phrasim imperiti hominis temerario judicio in prœposteram explicatUmem esse deductam.
(7^) Aussi la ICacédoiiie a Ta nos combatunis Une seconde feu s*égorger dans ses champs.
Virgile a dit:
Ergo inter sese paribas concnrrere telis Romanas acies itemm Tidere Philippi.
Ce passage a fort embarrassé les interprètes. Il faudroit .des pages entières, je ne dis pas pour apprécier^ mais pour rapporter les difFérentes opinions. Le père Lame est un de ceux qui ont discuté ce passage avec le plus de soin; mais son explication me paroit peu naturelle. Je crois que Virgile parle ici de deux batailles différentes, livrées dans deux endroits différents qui portoient le même nom ; la première à Philippes, près de Pharsale en Thessalie ; la seconde près d'une autre Philippes, sur les confins de la Thrace. Pour donner plus de clarté à cette interprétation , je crois qu'il est à propos de faire voir, i** qu'il y avoit deux Philippes auprès desquelles les deux batailles ont été livrées; a"" que ces deux villes étoient dans la Macédoine, autrement nommée Énuuhie; y que ces deux villes étoient au pied du mont Hémus.
La première de ces deux propositions servira à expliquer les deux premiers vers :
Ejrgo intsr sese paribas concturere telis Romanas acies itemm videre Philippi.
La seconde fera comprendre ces deux autres :
Nec fait indignum snperis bis sanguine nostro Emathiam et latos Haemi pingaescere campos.
D'abord on convient généralement qu'il y avoit une fameuse ville nommée Philippes sur les confins de la Thrace et
de la Macédoine : elle fut dans son origine appelée Dàtum^ ensuite CrenideSy jusqu^à ce qu'elle fût nommée du nom de Philippe^ père W Alexandre. Outre cette ville célèbre, il y en avoit une autre du même nom en Thessalie, qui fut d'abord nommée Thèbes^ et ensuite Philippopolis^ et par contraction Philippin de Philippe^ fils de Démétrius. Lucain désigne souvent la bataille de Pharsale par le mot de Philippi.
Video Pangxa nivosis Cana jugis , latosque Haemi sub rupe Philippoc.
1* Stace donne indifféremment au poëme de Lucain le nom de Pharsale ou de Philippes, Outre la fameuse ville de Philippes sur les confins de la Thrace, il y en avoit donc encore une dans la Thessalie près de Pharsale ; et la bataille où Pompée fut vaincu par César est aussi souvent désignée dans les auteurs grecs et latins par le nom de Philippes^ que par celui de Pharsale.
a** U n'est pas plus difficile de prouver que les deux Philippes étoient dans la Macédoine, autrement appelée Éma^thie. Ce pays , copime beaucoup d'autres , a éprouvé plusieurs changements, tant pour son nom que pour son étendue : il fut d'abord appelé Péonie, ensuite Émathie^ et enfin Macédoine, L'Émathic ou la Péonie proprement dite, n'étoit qu'une petite partie de ce qu'on nomma ensuite la Macé» doine; mais par la suite des temps le nom d^Émathie fut donné à toute la MacÀloine, et ces deux mots signifièrent ia même chose. Les prosateurs employoient le mot Macedonia; et les poètes, par une raison facile à deviner, celui d'^mathia. Il s'agit maintenant de montrer que les deux Philippes étoient dans cette province. Depuis qu'elle fut devenue tributaire des Romains, elle s'étendoit à l'orient jusqu'au Nessus, et par conséquent renfermoit Philippes de Thrace; au sud, elle comprenoit toute la Thessalie, et par la même raison Philippes , voisine de Pharsale. Il n'y a que ceux qui
s^en sont rapportes aux anciennes divisions delà Macédoine, pour qui ce passag;e a été inintelligible.
y Enfin les deux Philippes étoient au pied du mont Hémus. Cette assertion paroît d^abord contredire manifestement ce que je viens d^avancer ; car, si les deux Philippes étoient aux deux extrémités de la Macédoine, comment pouvoient-elles être situées toutes deux au pied du mont Hémus, montage de Thrace ? D^abord Fune des deux étoît sur les confins de la Thrace, et par conséquent on peut la placer au pied de THémus ; mais prolonger FHémus jusqu^en Thessalie , il semble que c'est vouloir imiter en quelque sorte les géants, qui dans ce même pays transportoient rOssa et le Pélion Fun sur Fautre. Cependant, à examiner la chose de près, elle paroit moins difficile à concevoir. Ne peut-on pas regarder le mont Hémus non comme une seule montagne, mais comme une chaîne de montagnes? Il est bien vrai que la plus haute partie, ou, si Fon veut, la tète du mont Hémus, étoit dans la Thrace, ce qui a fait donner à une province de ce pays le nom d'Hœmimontcuia; mais plusieurs autres montagnes , telles que le Rhodope, le Pangée, etc., peuvent être regardées comme des membres du même corps : c'est ainsi qu'on a donné à différentes parties des Alpes et de FApennin les noms de Saint-Gothard, Cenisy etc., quoique ces montagnes ne soient pour ainsi dire que des chaînons d'une même chaîne. Les Italiens appellent encore le mont Hémus Catena del moiido. Si je ne craignois d'alonger cette note, déjà trop diffuse , je pourrois citer plusieurs passages qui favorisent cette interprétation ; je me contenterai d'un seul endroit de Lucain : à la fin du premier livre, il prédit que la bataille de Pharsale, qu'il désigne sous le nom de Philippes^ sera livrée au pied du mont Hémus:
Latosqne Hcmi snb rupe Philippos.
Enfin on sait que les anciens donnoient aux mots géogra-
phiques une g;rande extension : Didichias rates signifient les vaisseaux de la Grèce, quoique Ehilichium ne fut qu^une petite île.
(74) Un jour le laboureur...
J'ai déjà fait remarquer dans le discours préliminaire comment Virgile, dans cet épisode, raraenoit adroitement l'agriculture, qu'il sembloit avoir perdue de vue.
(7^) Et des soldats romains les ossements rouler.
Il y a dans le texte : ^
Grandiaque e£Fossis mirabitur ossa sepnicris.
Je n'ai pu rendre ce mot grandia^ qui, si l'on en croit les commentateurs, fait allusion à une opinion particulière des anciens : ils croyoient que les hommes dégénéroient de siècle en siècle. Voilà de ces expressions qui sont intraduisibles, parcequ'elles tiennent aux préjugés et aux opinions des anciens.
(7*) Dieux pktemels ! ô dieux de mon pays !
Lame joint ensemble Du patrii indigetes. Je crois qu'il se trompe. Une foule d'exemples me fait penser que Virgile parle ici de deux sortes de dieux : dii patrii^ les dieux du pays, les dieux tutélaires, les dieux pénates; dii indigetes^ les hommes déifiés. ,
(77) Ici le Rhin se trouble, et là mugit llEuphrate.
Cet endroit des Géorgiques semble avoir été écrit dans le temps qu'Auguste et Antoine rasserabloient leurs forces pour cette guerre dont le succès fut décidé par la défaite d'Antoine et de Cléopâtre au promontoire d'Actium. Antoine tiroit ses forces de la partie orientale de l'empire; c'est ce que Virgile désigne par l'Ëuphrate : Auguste tiroit les
siennes de la partie septentrionale ; ç^est ce qu'exprime Germania, »
(7*) Ainsi , lorsqu'une fois lancés de la barrière. . .
Cette comparaison est une apologie adroite d'Auguste, qu'il suppose faire la guerre malgré lui , et comme entraîné par le torrent des événements.
LES GÉORGIQUES
p. VIRGILII
MARONIS
GEORGICA.
LIBER SECUNDCS.
Hactenus arvorum cultus et sidéra cœli :
Nunc te, Bacche, canam, nec non silvestria tecum Virgulta, et prolem tarde crescentis olivœ.
Hue , pater o Lenaee ! tuis hic omnia plena Muneribus; tibi pampineo gravidus auctumno Floret ager ; spumat plenis vindemia labris : Hue, pater o Lenaee, veni! nudataque musto Tinge novo mecum dereptis crura cothurnis.
Tuque ades, inceptumque una decurre laborem, O decus, o famae merito pars maxima nostrae, Maecenas! pelagoque volans da vêla patenti.
Non ego cuncta meis amplecti versibus opto; Non, mihi si linguae centum sint, oraque centum, Ferrea vox. Ades, et primi lege litoris oram. In manibus terrae. Non hic te carminé ficto, Atque per ambages et longa exorsa , tenebo.
Principio, arboribus varia est natura creandis : Namque aliae, nuUis hominum cogentibus, ipsae
LES GÉORGIQUES
DE
VIRGILE