‹ ŒuvresChapitre 16 sur 47 · T. XVI. OEUV. P08TH. Q · texte numérisé non relu

T. XVI. OEUV. P08TH. Q

130 EPISTLE III. r.4«

The hog, that ploughs not, nor obeys thy call, Lives on the labours of this lord of ail.

Know, Nature s children ail divide her care; The fur that warms a raonarch warai'd a bear. While man exclaims, See ail things for my use ! See man for mine ! replies a pamper d goose : And just as short of reason he must fall, Who thinks ail made for one, not one for ail.

Grant that the powerful still the weak control : Be man the wit and tyrant of the whole :

Nature that tyrant checks ; he only knows, And helps, another créature s wants and woes. Say, will the falcon, stooping from above, Smit with her varying plumage, spare the dove ? Admires the jay the insect s gilded wings?

Or hears the hawk when Philomela sings !

Man cares for ail : to birds he gives his woods, To beasts his pastures, and to fish his floods : For some his interest prompts him to provide, For more his pleasure, yet for more his pride: And feed on one vain patron, and enjoy The extensive blessing of his luxury.

That very life his learned hunger craves, He saves from famine, from the savage saves; Nay, feasts the animal he dooms his feast, And, till he ends the being, makes it bless'd:

Le sauvage animal dans les bois élevé, Vient se nourrir du grain qu'il n'a point cultivé ; Et l'oiseau, qui sans soin vit du fruit de ta peine, Ose du roi du monde infester le domaine.

Le ciel à ses enfants partage ses secours ; La fourrure des rois a revêtu des ours.

«Pourmoi,ditl'hommealtier, pour moi seul touts'empresse. L'homme vit pour moi seul, dit Toison qu'on engraisse. » L'un et l'autre s'abuse ; et le maître des cieux Les fit pour l'univers, non l'univers pour eux.

Mais des foibles enfin que les plus forts soient maîtres Sois et le bel esprit et le tyran des êtres ; Les cieux de ce tyran leur assurent les soins ; Lui seul connoît leur prix et prévoit leurs besoins. Ce plumage émaillé que le pigeon déploie A l'avide épervier fait-il lâcher sa proie?

Le chant du rossignol touche-t-il le faucon ? Le geai respecte-t-il l'éclat du papillon ?

Quelquefois par plaisir, d'autres fois par foiblesse, Plus souvent par orgueil, l'homme à tout s'intéresse ( 3 ) ; Il donne, sans regret, ses forêts aux oiseaux, Ses fleuves aux poissons, et ses prés aux troupeaux* Ceux dont ta faim savante un jour doit se repaître, Eux-mêmes sont nourris, défendus par leur maître ; Ces sujets fortunés d'un roi voluptueux Partagent avec lui son luxe fastueux ; Et mettant à profit ses superbes caprices, Pour mieux flatter son goût, vivent dans les délices.

132 EPISTLE III. v. 7 «

Which sees no more the stroke, or feels the pain, Than favour d mau by touch ethereal slain.

The créature had his feast of life before ; Thou too must perish, when thy feast is o er!

To each unthinking being, Heaven, a friend.

Gives not the useless kuowledge of its end:

To man imparts it; but with such a view As, while he dreads it, makes him hope it too : The hour conceaTd, and so remote the fear, Death still draws nearer, never seeming near. Great standing miracle ! that Heaven assign'd Its only thinking thing this turn of mind.

Whether with reason or with instinct bless'd, Know, ail enjoy that power which suits them best; To bliss alike by that direction tend, And find the means proportion'd to their end. Say, where full instinct is the unerrîng guide, What pope or cou n cil can they need beside?

Reason, however able, cool at best, Cares not for service, or but serves when press'd, Stays till we call, and then not often near; But honest instinct cornes a volunteer, Sure never to o'ershoot, but just to hit; While still too wide or short is human wit;

Ainsi, sans redouter et sans prévoir la mort, Au sein de l'abondance ils terminent leur sort : Enfin, tous ont joui jusqu'au moment suprême. Tu jouiras comme eux et périras de même(*).

Aux êtres sans raison Dieu cache par bonté L'irrévocable arrêt de leur mortalité.

De quoi leur serviroit cette attente funeste? L'homme sait qu'il mourra ; mais la faveur céleste De cette perspective adoucit les horreurs :

La mort, objet d'espoir ainsi que de terreurs, Se montre comme un port après un long orage ; Elle avance vers nous, mais derrière un nuage ; Nous marchons sans le voir au terme de nos jours ; Il semble toujours loin, en s'approchant toujours. Miracle subsistant, sublime Providence !

La mort ne s'offre ainsi qu'au seul être qui pense.

Soit que de la raison il écoute la voix, Soit que de l'instinct seul il reçoive des lois, Chaque être ici connoît tout ce qu'il doit connoître Pour arriver au but que lui prescrit son maître : Pour conduire au bonheur les moyens sont égaux. Dis-moi, puisque l'instinct suffit aux animaux, De quoi leur serviroit l'appareil des systèmes, L'orgueil dogmatisant, le faux jour des problèmes, De l'esprit des humains orgueilleux attribut? Souvent la raison passe, ou n'atteint pas le but : Sans jamais s'égarer leur instinct les y mène ; L'instinct vole au bonheur, et la raison s'y traîne ( 6 ).

184 EPISTLE III. v.y«

Sure by quick nature happiness to gain, Which heavier reason labours at in vain.

This too serves always, reason never long:

One must go right, the other may go wrong.

See then the acting and comparing powers, One in their nature, which are two in ours; And reason raise o'er instinct as you can, In this tis God directs, in that 'tis man.

Who taught the nations of the field and wood To shun their poison, and to choose their food? Prescient, the tides or tempests to withstand, Build on the wave, or arch beneath the sand?

Who made the spider parallels design, Sure as De Moivre, without rule or line?

Who bid the stork, Columbus-like, explore Heavens not his own, and worlds unknown before? Who calls the council, states the certain day? Who forms the phalanx, and who points the way?

God, in the nature of each being, founds Its proper bliss, and sets its proper bounds : But as he framed the whole, the whole to bless, On mutual wants built mutual happiness ; So from the first, eternal order ran, And créature iink'd to créature, man to man.

ÉPITHE III. 135

L'instinct fidèle accourt au cri de leurs besoins ; La raison nous refuse, ou diffère ses soins ; L'instinct rapide agit, quand la raison conseille ; L'un veille constamment, l'autre souvent sommeille ; L une marche par bonds, l'autre d un pas égal ; L'un tend toujours au bien, l'autre peut tendre au mal. Dans l'un Dieu réunit, et dans l'autre il sépare Le principe qui pousse et celui qui compare ; Enfin, malgré l'excès de notre ambition, Dieu dirige l'instinct et l'homme la raison ( 6 ).

Vois-tu les animaux, guidés par la nature, Entre mille poisons choisir leur nourriture ( 7 ) , Prévoiries ouragans, bâtir, Mansards nouveaux, Des voûtes sous le sable et des murs sous les eaux ? Vois ces plans alignés qu'en géomètre habile, Sans règle, dans un coin, trace un insecte agile ; Ces voyageurs ailés, Colombs audacieux, Dans un monde nouveau cherchant de nouveaux cieux. Qui préside au conseil où ce peuple si sage Détermine le but et le jour du voyage?

Qui donne le signal, range les bataillons, Et dans les champs de l'air conduit ces légions?

Dieu, bienfaiteur commun de chaque créature, Mit dans ses facultés, plaça dans sa nature Le germe du bonheur qui lui fut préparé, Et fixa ce bonheur à son juste degré.

Mais comme il fit un tout, sa sagesse profonde, Pour rendre heureux ce tout, et conserver le monde,

156 EPISTLE III. T.n5.

Whate'er of life all-quickening ether keeps,

Or breathes through air, or shoots beneath the deeps,

Or pours profiise on earth,»one nature feeds

The vital flarae, and swells the génial seeds.

Not man alone, but ail that roam the wood,

Or wing the sky, or roll along the flood,

Each loves itself, but not itself alone,

Each sex desires alike, till two are one.

Nor ends the pleasure with the fierce embrace;

They love themselves, a third time, in their race.

Thus beast and bird their coinmon charge attend, The mothers nurse it, and the sires défend; The young dismiss'd to wander earth or air, There stops the instinct, and there ends the care; The link dissolves, each seeks a fresh embrace, Another love succeeds, another race.

Fit naître; en prescrivant un échange de soins ,

Le bonheur mutuel de mutuels besoins.

Tel est Tordre éternel qui, dès le premier âge,

De la création embrassant l'assemblage,

Courut de rang en rang, et par d utiles nœuds

Enchaîna 1 être à l'être, et les hommes entre eux.

Vois tous les corps vivants, dont la flamme éthérée

Entretient chaque espèce à jamais réparée;

Ceux qui d un vol léger fendent le sein des airs ;

Ceux qu on entend bondir dans le gouffre des mers ;

Et tous ceux dont la terre, aux flancs inépuisables,

Enfante chaque jour les tribus innombrables :

Une même nature, ame de tous ces corps,

Allume en eux la vie, échauffe leurs ressorts,

Et d'un souffle puissant incessamment féconde

Les germes créateurs qui repeuplent le monde.

Chaque homme, et comme lui, chacun des animaux

Qui courent dans les bois, fendent l'air ou les eaux,

S'aime, mais jamais seul. Deux sexes se répondent:

Dans leurs brûlants transports leurs êtres se confondent!

Mais l'amour ne meurt pas avec la volupté ;

Os s'aiment de nouveau dans leur postérité.

Vois la brute ou l'oiseau dans l'air, dans les campagnes : De fidèles époux, et leurs chères compagnes De leur douce union soignent le tendre fruit ; Le père le défend, la mère le nourrit.

Peut-il sans leur secours chercher sa nourriture ? Le couple se livrant aux soins de la nature,

138 EPISTLE III. v..3

A longer care man's helpless kind demands; That longer care contracts more lasting bands ; Reflection, reason, still the ties improve, At once extend the interest, and the love :

With choice we fix, with sympathy we burn; Each virtue in each passion takes its turn ; And still new needs, new helps, new habits rise, That graft benevolence on charities.

Still as one brood, and as another rose, Thèse n a tu rai love maintain'd, habituai those: The last, scarce ripen'd into perfect mari, Saw helpless hîm from whom their life began : Memory and forecast just returns engage, That pointed back to youth, this on to âge ; rWliile pleasure, gratitude, and hope, combined, Still spread the interest, and preserved the kind.

L'envoie habiter l'air, ou les eaux ou les champs.

Tous deux sont étrangers à leurs propres enfants ;

Et l'instinct, dénouant la chaîne mutuelle,

Un nouveau nœud commence une race nouvelle.

Mais d un secours plus long notre enfance a besoin ;

Le nœud qui nous unit s'étend aussi plus loin.

La prudente raison en secret le cimente ;

Par la réflexion sa puissance s'augmente,

Et par d'heureux rapports nous sentons chaque jour

L'intérêt de s aimer s'accroître avec l'amour.

Le choix fixe nos cœurs que le penchant entraîne ;

Des vives passions qui forment cette chaîne,

Les transports épurés se changent en vertus ;

Des besoins, des secours, des rapports assidus

Viennent sur les bienfaits enter la bienveillance ;

Une race grandit lorsqu'une autre commence ;

Un amour d'habitude enchaîne les premiers ;

Un amour naturel lie entre eux les derniers.

Ceux-ci sont-ils formés? leur père en décadence

Réclame le secours qui soutint leur enfance :

Alors des soins reçus le tendre souvenir,

Et le pressentiment des besoins à venir,

Enfin ce qu'on obtient, et ce que l'on espère,

Appelle les enfants au secours de leur père ;

Ainsi les doux plaisirs, ou sentis, ou donnés,

Et la reconnoissance et l'espoir combinés,

Tout donne à Uintérêt une force puissante,

Et conserve l'espèce à jamais renaissante.

140 EPISTLE III. r. «47

Nor think, in nature s state they blindly trod; The state of nature was the reign of God:

Self-love and social at her birth began, Union the bond of ail things, and of man. Pride then was not; nor arts, that pride to aid; Man walk'd with beast, joint tenant of the shadc; The same his table, and the same his bed ; No murder clothed him, and no murder fed.

In the same temple, the rcsounding wood,

Ail vocal beings hymn'd their equal God:

The shrinc with gore unstain'd, with gold undress'd,

Unbribed, unbloody, stood the blameless priest-

Heaven s attribute was universal care,

And man s prérogative, to rule, but spare.

Ah ! how unlike the man of times to corne !

Of half that live the butcher and the tomb;

Who, foe to nature, hears the gênerai groan,

Murders their species, and betrays his own.

But just disease to luxury succeeds,„

And every death its own avenger breeds;

Ainsi l'homme, ô nature ! est sorti de ta main. Croit-on qu'il fût alors abandonné, sans frein? Non : Dieu même en son cœur grava ta loi suprême ; L'amour du gcure humain et l'amour de soi-même Sont nés avec le monde, et tout marche d'accord : L'homme à ce grand concert s'unit avec transport. L'orgueil, ce fier tyran de tout ce qui respire, Les arts par qui l'orgueil établit son empire, N'existoient pas encore ; et l'homme et ses sujets , Libres concitoyens de leurs libres forêts, Jouissoient en commun des biens de la nature, Avoient le même lit, la même nourriture.

Le roi des animaux ignoroit l'art pervers De ravir leur dépouille et d'engloutir leurs chairs. Tous dans le fonds d'un bois, agreste sanctuaire, Par des hymnes divers louoient leur commun père. Ni le meurtre , ni l'or, ne profanoient l'autel ; Le pontife n'étoit ni vénal ni cruel :

Dieu sur tout ftmivers étepdoit son empire ; L'homme régnoit sousiui, mais régnoit sans détruire, Et de son peuple heureux, bienfaiteur couronné, De respect et d'amour marchoit environné.

Combien il a perdu sa pureté première!

Des animaux, voués à sa faim meurtrière, La gémissante voix accuse leur bourreau ; Il en est l'assassin, il en est le toirfbeau. Meurtrier de leur race et perfide àt la sienne, Le monde entier maudit sa puissance inhumaine;

142 EPISTLE III. *. >r,8

The fury-passions froni that blood began, Ând turn d on man a fiercer savage, man.

See him from nature rising slow to art!

To copy instinct then was reason s part:

Thus then to man the voice of nature spake — a Go, from the créatures thy instructions take : Learn from the birds what food the thickets yield; Learn from the beasts the physic of the field; Thy arts of building from the bee receive; Learn of the mole to plough, the worm to weave; Learn of the little Nautilus to sail, Spread the thin oar, and catch the driving gale. Hère too ail forms of social union find, And hence let reason, late, instruct mankind, Hère subterranean works and cities see; There towns aërial on the waving tree.

Learn each small people s genius, policies, The ants' republic, and the rfealm of bées; How those in common ail their wealth bestow, And anarchy without confusion know; And thèse for ever, though a monarch reign, Their separate cells and properties main tain. Mark what unvaried laws préserve each state, Laws wise as nature, and as fix'd as fate.

In vain thy reason finer webs shall draw, Entangle justice in her net of law,

Par-tout de la nature il entend les clameurs. Mais ces morts dans son sein nourrissent leurs vengeurs; Et contre l'homme enfin leur violence extrême, Arma des ennemis le plus grand, l'homme même. Mais voyons sa faiblesse, avant ce changement, De la nature aux arts s'élever lentement.

Les animaux alors furent ses premiers maîtres, La nature lui dit: « Va, foible roi des êtres; Que l'instinct de la brute éclaire ta raison: Vois l'oiseau de ses fruits dépouiller le buisson; Vois la brute, cherchant des herbes bienfaisantes, Extraire la santé de la sève des plantes; De l'insecte qui file apprends à te parer; Vois l'abeille bâtir, la taupe labourer; Et déployant sa rame et sa voile vivante, Le nautile guider sa gondole flottante ( 8 ). Ces précepteurs des arts le sont aussi des mœurs: De la société connoissant les douceurs, Us en donnent l'exemple à la foiblesde humaine : Là, ce peuple bâtit sa ville souterraine; Ici des bois touffus, par les vents agités, Balancent dans les airs de flottantes cités.

Vois de l'humble fourmi la sage république; L'abeille offre à tes yeux un état monarchique (&). Observe leur génie, et compare leurs lois:

L'une méconnoissant l'autorité des rois, Riche du bien public, et, sage quoique libre, Maintient dans l'anarchie un heureux équilibre;

And right, too rigid, harden into wroug;

Still for the strong too weak, the weak too strong.

Yet go ! and thus o er ail the créatures sway,

Thus let the wiser make the rest obey :

And for those arts mère instinct could afford,

Be crown'd as monarchs, or as gods adored.»

Great nature spoke; observant man obey 71 ; Cities were built, societies were made :

Hère rose one Httle state ; another near Grew by Hke means, and join'd through love or fear. Did hère the trees with ruddier burdens bend, And there the streams in purer rills descend? What war could ravish, commerce could bestow; And he return'd a friend, who came a foe.

Converse and love mankind might strongly draw, When love was liberty, and nature law.

Thus states were form'd; the name of king unknown, Till common interest placed the sway in one.

L'autre, servant l'état sous un maître adoré,

A pourtant sa cellule, et son bien séparé.

Leurs lois ne changent pas, et cette règle sûre

Est l'arrêt du destin, l'esprit de la nature.

Les tiennes, ô mortel ! sont des freins impuissants,

Trop forts pour les petits, trop foibles pour les grands ;

Et leur justice extrême est l'extrême injustice ;

C'est un piège au bon droit tendu par l'artifice.

Va cependant, commande à tous les animaux ;

Que le plus éclairé régne sur ses égaux ;

Que chacun pour ces arts, dont l'instinct fut le père,

T'honore comme un roi, comme un dieu te révère. »

La nature parla, l'homme entendit sa voix.

Pour bâtir des cités, on déserta les bois.

Des hommes réunis déjà vivoient ensemble; Dans un petit état un canton se rassemble; Et bientôt, imitant ce modèle grossier, Un autre état s'élève à côté du premier; Par crainte ou par amour, l'un à l'autre se lie. Quelque avantage en eux fait-il naître l'envie? Dans l'un, de plus beaux fruits courbent-ils les rameaux? L'autre est-il arrosé par de plus clairs ruisseaux? Bientôt, ce qu'on pou voit arracher par les armes, Par un commerce heureux on l'obtient sans alarmes. Attirés par le gain, on arrive ennemis; Gagnés par les bienfaits, on s'en retourne amis. Quand la simple nature étoit la loi suprême, Lorsque la liberté naissoit de l'amour même,

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