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ÉPITRE QUATRIÈME

O bonheur! notre but et notre bien suprême, Douceur, repos, plaisir, sous quelque nom qu'on t aime, Charmant je ne sais quoi! vers qui 1 être mortel Élance incessamment un soupir éternel ; Bien toujours espéré, pour qui lame enhardie Ose braver la mort, ose endurer la vie; Qui, sans le satisfaire irritant le désir, Te laisses toujours voir, sans te laisser saisir ; Toi qu'on pense embrasser en tenant ton image, Ainsi que par le fou, méconnu par le sage :

Plante divine ! hélas, si descendant du ciel Tu daignes te montrer dans ce séjour mortel, Parle : dans quel climat ta fleur est-elle éclose? Faut-il t aller ravir aux mines du Potose?

Dans les lieux où les rois ont fixé leur séjour, Vas-tu t épanouir au soleil de la coiir?

Faut-il qu'au champ de Mars le glaive te moissonne? Des élèves du Pinde ornes-tu la couronne?

Quels sont les lieux charmants où l'on peut te cueillir ? Quels sont les tristes lieux que tu crains d'embellir? Que dis-je ? tu fleuris dans toute la nature ; Si le sol est stérile, accusons la culture.

170 EPISTLE IV. v. ,5.

Fix'd to no spot is happiness sincère,

Tis no where to be found, or every where:

Tis never to be bought^ btit always free,

And flcd frora monarchs, St John! dwells with thcc.

Ask of the learn'd tbe way ? The learn'd are blind Tbis bids to serve, and tliat to shun mankind; Sonie place the bliss in action, some in ease, Those call it pleasure, and contentment thèse: Some, sunk to beasts, find pleasure end in pain; Some, swell'd to gods, confess c'en virtue vain ; Or, indolent, to each extrême they fall, To trust in every thing, or doubt of ail. Who thus define it, say they more or less Than this, that happiness is happiness?

Take naturel path, and mad opinions leave; AU states can reach it, and ail heads conceive ; Obvious her goods, iu no extrême they dwell; There needs but thinking right, and meaning welf ;

Le bonheur ne sait point distinguer les états ;

Dans des liens dorés on ne l'arrête pas.

Au milieu de la pompe où son rang l'emprisonne ,

La grandeur le promet, et rarement le donne ;

A son ennui superbe il abandonne un roi ,

Et loin des cours, milord, il habite avec toi.

Qu'est-ce que le bonheur? parlez, sages célèbres ! Mais quoi ! pour m'éclairer, vous m'offrez des ténèbres; Tous sur ce grand sujet raisonnent vaguement : L'un l'appelle plaisir, l'autre contentement. L'un me dit : Sois actif, deviens utile au monde ; L'autre : Vis pour toi seul dans une paix profonde (*). Celui-ci, s abaissant jusqu'aux vils animaux, Dit que le bonheur cesse où commencent les maux; L'autre , croyant voler jusqu'à l'Être suprême, Prétend que tout est vain , jusqu'à la vertu même ; D'autres, trop négligents pour chercher le vrai bien, Sont incertains de tout, ou ne doutent de rien : Sont outrés par paresse; et leur molle indolence Laisse vers deux excès trébucher la balance.

Moi, j'aimerois autant que ces fous ténébreux Me disent: Le bonheur consiste à vivre heureux.

Fuis donc les préjugés, consulte la nature, Marche entre les excès dont la route est peu sûre; Aux plus grossiers esprits, aux plus humbles états, Le bonheur fait briller, fait sentir ses appas. Il se trouve par-tout. Pour lavoir en partage, Il ne faut qu'un bon cœur aidé d'un esprit sage.

172 EPISTLE IV. t. 33.

And, mourn our various portions as we please, Equal is common sensé, and common ease.

Remember, man, the Universal Cause Acts not by partial, but by gênerai laws ; And makes what happiness we justly call, Subsist not in the good of one, but ail.

There's not a blessing individuals find, But some way leans and hearkens to the kind : No bandit fierce, no tyrant mad with pride.

No cavern d hermit, rests self-satisfied :

Who most to shun or hâte mankind prétend, Seek an admirer, or would fix a friend :

Abstract what others feel, what others think, Ail pleasures sicken, and ail glories sink:

Each has his share; and who would more obtain, Shall find the pleasure pays not half the pain.

Order is Heaven s first law ; and this confess'd, Some are, and raust be, çreater than the rest, More rich, more wisej but who infers from hence That such are happier, shocks ail common sensé. Heaven to mankind impartial we confess,

En vain nous nous plaignons: le ciel a, sans faveur, Ainsi que le bon sens, partagé le bonheur.

Souviens-toi que les lois de l'arbitre suprême, De l'univers entier embrassent le système ( a ). Nous voulons qu'ici-bas tout soit formé pour nous; Mais le ciel veut le bien, non d'un seul, mais de tous. Il n'est point en ces lieux de bonheur solitaire ; Et l'homme paie à l'homme un tribut nécessaire. Vois-tu de ses grandeurs le despote enivré, Et cet affreux brigand des humains abhorré , Et cet humble reclus qui crut mourir au monde ? Leur cœur cherche toujours un cœur qui lui réponde; Du reste des humains le plus sombre ennemi Cherche un admirateur, et demande un ami.

Sans ces rapports heureux, le sentiment s'émoussc; Le plaisir est moins vif, et la gloire moins douce. Nos égaux de ces biens augmentent la douceur; On vit dans leur estime, on jouit dans leur cœur. Mon bonheur a besoin du bonheur de mes frères; L'un s'embellit de l'autre : en vain des téméraires Du partage d'autrui prétendent se saisir; Ils rencontrent la peine, en courant au plaisir.

L'ordre est la grande loi du Dieu par qui nous sommes. Dès-lors, sans doute, il est, il doit être des hommes Mieux partagés en biens, en talents, en grandeur : Dieu les fit donc aussi plus heureux ? Quelle erreur ! Si Dieu du vrai bonheur fit un égal partage, Ce Dieu, vous l'avouerez, est juste autant que sage.

If ail are equal in their bappiness :

But mutiial wants tbis happiness increase;

AH nature's différence keeps ail nature s peace.

Condition, circumstance, is not the thing;

Bliss is the same in subject or in king,

In who obtain defence, or who défend,

In him who is, or him who finds a friend :

Heaven breathes through every member of the whole

One common blessing, as one conunon soûl.

But fortune's gifts, if each alike possess'd,

And each were equal, must not ail contest?

If then to ail men happiness was meant,

God in externals could not place content.

Fortune her gifts may variously dispose, And thèse be happy calFd, unhappy those; But Heaven s just balance equal will appear, While those are placée! in hope, and thèse in fear: Not présent good or ill, the joy or curse, But future views of better or of worse.

Oh sons of earth! attempt ye still to rise, By moun tains piled on mountains, to the skies ! Heaven still with laughter the vain toil surveys, And buries madmen in the heaps they raise.

Know, ail the good that individuals find, Or God or nature meant to mère mankind,

Eh bien ! des rangs divers le partage inégal

Accroît, par les besoins, le bonheur général.

Biens, rangs, pouvoir, que tout soit égal sur la terre;

Le monde entier n est plus qu un théâtre de guerre :

Le besoin nous unit par le nœud des bienfaits;

De l'inégalité Dieu fait naître la paix.

Les rangs ne sont, crois-moi, qu'une vaine apparence.

Le bonheur n admet point d'injuste préférence;

Le monarque orgueilleux, le sujet suppliant,

Et le fier protecteur, et le foible client,

Tous ont part, 6 Dieu juste ! à ta bonté féconde;

Et quand d êtres vivants ta main peupla le monde,

Dans ce vaste univers ton souffle créateur

Fit par-tout, comme l'air, circuler le bonheur.

Mais s'il est fait pour tous, ses décrets toujours sages Ne lattachent donc point à de vains avantages. En vain bravant du sort les dons capricieux, On nomme heureux les uns, les autres malheureux. Le ciel nous pesa tous dans la même balance : Il donne aux uns la crainte, aux autres l'espérance; Mon sort ne dépend pas des biens, des maux présents, Mais des biens que j'espère et des maux que j'attends ( 3 ),

O vous, nouveaux géants, superbes Encelades, Redoublez jusqu'au ciel vos folles escalades; Le ciel rit de ces monts par l'orgueil entassés, Et renverse sur vous vos projets insensés.

Les plus riches présents que le ciel puisse faire, Quels sont-ils? la santé, la paix, le nécessaire.

176 EPISTLE IV. v. 7î)

Reason's whole pleasure, ail the joys of sensé,

Lie in three words, health, peace, and compétence.

But health consiste with tempérance alone;

And peace, O virtue! peace is ail thy own.

The good or bad the gifts of fortune gain ;

But thèse less taste them, as they worse obtain.

Say, in pursuit of profit or delight,

Who risk the most, that take wrong means, or right?

Of vice or virtue, whether bless'd or cursed,

Which meets contenipt, or which compassion first?

Count ail the advantage prospérons vice attains,

Tis but what virtue Aies from and disdains:

And grant thé bad what happiness they would,

One they must want, which is, to pass for good.

Oh blind to truth, and God s whole scheme below, Who fancy bliss to vice, to virtue woe !

Who sees and follows that great scheme the best, Best knows the blessing, and will most be bless'd. But fools, the good alone unhappy call, For ills or accidents that chance to ail.

See Falkland dies, the virtuous and the just! See godlike Turenne prostrate on the dust !

See Sidney bleeds amid the martial strife !

Was this their virtue, or contempt of life?

C est là que sont bornés tous ces biens innocents, Plaisirs de la raison, ou délices des sens.

Qui nourrit la santé? la sage tempérance; Et la paix, ô vertu ! forme ta récompense.

La fortune sourit aux méchants comme aux bons ; Mais les cœurs les plus purs goûtent le mieux ses dons : Chacun tend aux plaisirs, et brigue les richesses, Les uns avec honneur, d autres par des bassesses. Qui d eux risque le plus? Du juste humilié, Du méchant triomphant, lequel te fait pitié? Est-il quelque succès du vice heureux qui régne, Que la vertu n'abhorre, ou du moins ne dédaigne? Prodigue tous les biens à des cœurs criminels; 11 en reste encore un.... l'estime des mortels.

Insensés, qui, séduits par une erreur honteuse, Croyez le vice heureux, la vertu malheureuse, Combien vous vous trompez ! que vous connoissez peu Le système du monde et les desseins de Dieu ! Celui qui sait le mieux connoître ce système, Seul juge du bonheur, seul est heureux lui-même. Quelle erreur de penser que, pour quelques revers, Par l'aveugle hasard semés dans l'univers, Que nul ne peut prévoir, et que tous doivent craindre, Plus que d autres mortels le juste soit à plaindre ! Vois d'un coup foudroyant Turenne terrassé; Vois l'immortel Bayard dans son sang renversé. D'où vient qu'à ces héros la lumière est ravie? Est-ce trop de vertu ? C'est mépris de la vie.

T. XVI. ŒCV. POSTH. 13

178 ft EPISTLE IV. v io3.

Say, was it virtue, more though Heaven ne er gave, Lamented Digby ! sunk thee to the grave?

Tell me, if virtue made the son expire, Why, full of days and honour, lives the sire? Why drew Marseilles' good bishop purer breath, When nature sicken'd, and each gale was death ? Or why so long (in life if long can be) Lent Heaven a parent to the poor and me?

What makes ail physical or moral ill ?

There déviâtes nature, and hère wanders will. God sends not ill, if rightly understood, Or partial ill is universal good, Or change admits, or nature lets it fall, Short, and but rare, till man improved it ail. We just as wisely might of Heaven complain That righteous Abel was destroy'd by Gain, As that the virtuous son is ill at ease , When his lewd father gave the dire disease.

Et toi, brave Cossé, jeune et brillante fleur,

Que du sort des combats moissonna la fureur (4),

Est-ce pour ta vertu qu'une épouse adorée

Pleure encore aujourd'hui ta mort prématurée?

Ah ! si par sa valeur le fils est immolé,

Pourquoi, surchargé d'ans, et d'honneurs accablé,

Le père jouit-il de l'amour de la France ?

Quand l'air souffle la mort aux champs de la Provence,

D'où vient qu'un saint prélat, de mourants entouré,

Semble respirer seul un air plus épuré ( 5 )?

Pourquoi ma mère enfin, ma vertueuse mère (*) ,

Prolongeant le bonheur d'un fils qui la révère,

Voit-elle si long-temps, pour prix de ses secours,

Les malheureux et moi bénir ses heureux jours?

Des lois de l'Éternel accusateur inique, Qu'est-ce qu'un mal moral? un désordre physique : C'est de la volonté l'égarement pervers; C'est le renversement des lois de l'univers.

Dieu ne fit point le mal; ou sa bonté féconde Le force de servir au bien commun du monde; Ou , dans l'immensité de ses vastes desseins, La nature le laisse échapper de ses mains; Ou bien le changement lui donne la naissance. L'homme accrut sa durée, étendit sa puissance; Dieu maintient ses décrets. Qu'à son fils vertueux Un père débauché transmette un mal honteux, Ou que par un forfait le juste Abel périsse, En faut-il moins, grand Dieu ! révérer ta justice?

ïhink we, like some weak prince, the Eternal Cause Prone for his favourites to reverse his laws?

Shall burning iEtna, if a sage requires, Forget to thunder, and recall her fires?

On air or sea new motions be inipress'd, Oh blameless Bethel ! to relieve thy breast?

When the loose mountain trembles from on high , Shall gravitation cease, if you go by?

Or some old temple, nodding to its fall, For Chartres' head reserve the hanging wall ?

But still this world (so fitted for the knave) Contents us no t. A better shall we hâve ?

A kingdom of the just then let it be :

But first consider how those just agrée.

The good must merit God s peculiar care :

But who, but God, can tell us who they are ?

One thinks on Calvin Heaven s own spirit fell : Another deems him instrument of hell; If Calvin feel Heaven*s blessing, or its rod, This cries, there is, and that, there is no God. What shocks one part will edify the rest, Nor with one System can they ail be bless'd.

The very best will variously incline, And what rewards your virtue, punish mine.

Croit-on que l'Éternel, ainsi qu'un foible roi , Pour quelques favoris doive changer sa loi?

Faut-il qu'aux cris de Pline, un volcan sous la terre Assoupisse ses feux, éteigne son tonnerre?

Dieu doit-il, des saisons changeant l'ordre éternel , Rendre l'hiver plus doux pour le sage Béthel ( 7 ) ? Malgré la pesanteur, faut-il que sur ta tête, D'un toit prêt à crouler Dieu suspende le faîte ? Que ce dôme ébranlé se soutienne dans l'air, Et réserve sa chute à l'infâme Charter (*) ?

Mais, me dis-tu, ce monde est le régne du crime ! Eh bien ! soit, j'y consens ; ta plainte est légitime : Peuplons un monde entier de mortels vertueux. Mais d'abord pourront-ils s'accorder tous entre eux ? Les bons aux soins du ciel ont bien droit de prétendre; Mais ces bons qui sont-ils? Dieu seul peut nous l'apprendre. L'un de rayons de gloire environne Luther ; L'autre allume pour lui les brasiers de l'enfer : L'un révère en Calvin un organe céleste ; Comme un monstre infernal un autre le déteste; ' Ce qui déplaît à l'un , par l'autre est adopté ; Ce que l'un applaudit, par l'autre est rejeté. Les mortels ne pensant, ne sentant point de même, Peuvent-ils être heureux par un même système? Que chacun ait le sien; quels combats parmi vous ! Les sages même entre eux diffèrent par leurs goûts. Ce qui flatte ton ame offenseroit la mienne; Le prix de ma vertu feroit souffrir la tienne :

182 EPISTLE IV. v..4*.

Whatever is, is right. — This world, 'tis true, Was made for Caesar — but for Titus too ; And which more bless'd? who chain'd his country, say, Or he whose virtue sigh'd to lose a day ?

But sometimes virtue starves, while vice is fed. What then? Is the reward of virtue bread?

That, vice may merit, 'tis the price of toil; The knave deserves it, when he tills the soil; The knave deserves it, when he tempts the main, Where folly fights for kings, or dives for gain. The good man may be weak, be indolent; Nor is his daim to plenty, but content.

But grant him riches, your demaod is oer ?

No— shall the good want health, the good want power? Add health and power, and every earthly thing. Why bonnded power? why private? why no king?

Nay, why external for internai given?

Why is not man a god, and earth a heâven ?

Who ask and reason thus, will scarce conceive God gives enough, while he has more to give; Immense the power, immense were the demand; Say, at what part of nature will they stand?

What nothing earthly gives or can destroy, The souFs calm sun-shine, and the heart-felt joy,

Va, l'Éternel est juste, et tout est bien ici; Le monde est pour César, mais pour Titus aussi ; Et lequel à ton gré fut plus digne d envie, Ou celui qui donna des fers à sa patrie, Ou celui qui, fameux par ses nobles regrets, La nuit pleurote le jour écoulé sans bienfaits?

Mais Thonnête homme est pauvre et le vice prospère ! Depuis quand des vertus l'or est-il le salaire? G est le prix du travail, c'est le prix des méchants. Lorsque leurs bras vénaux fertilisent les champs, Quand sur les vastes mers, que la rame importune, Us s'arment pour les rois, ou tentent la fortune, Le sage, du repos préfère la douceur.

Est-ce de For qu'il veut? non : c'est la paix du cœur. Mais enfin, que le ciel lui donne l'opulence, Est-ce assez? Non, dis-tu ; la santé,, la puissance Sont un prix que les cieux doivent à ses vertus. Accordons-les encor; ne faut-il rien de plus? — Pourquoi lui refuser la puissance suprême ? — Et bien ! soit; sur son front ceignons le diadème. Ces biens extérieurs sont-ils encor trop peu? Fais de la terre un ciel, et d'un mortel un dieu ; Car enfin, à ton gré, l'Éternel pour le sage N'a jamais fait assez, tant qu'il peut davantage. Dis donc où sa bonté doit s'arrêter enfin, Si, comme son pouvoir, tes désirs sont sans frein.

Les doux plaisirs du cœur, la paix d'une ame pure. Inestimables biens, que toute la nature

184 EPISTLE IV. v.« 7 o

Is virtue s prize : a better would you fix ?

Then give humility a coach and six,

Justice a conqueror s sword, or truth a gown,

Or public spirit its great cure, a crown.

Weak, foolish man ! will Heaven reward us there

With the same trash mad mortals wish for hère?

The boy and man an individual makes,

Yet sigh'st thou now for apples and for cakes?

Go, like the Indian, in another life

Expect thy dog, thy bottle, and thy wife;

As well as dream such trifles are assign d,

As toys and empires, for a god-like mind.

Rewards, that either would to virtue bring No joy, or be destructive of the thing; How oft by thèse at sixty are undone The virtues of a saint at twenty-one !

To whom can riches give repute or trust, Content or pleasure, but the good and just? • Judges and senates hâve been bought for gold ; Esteem and love were never to be sold.

Oh fool ! to think God hâtes the worthy mind, The lover and the love of human-kind,

Ne peut ravir au bon, ni donner au méchant,

Voilà de la vertu le prix le plus touchant.

N'en est-ce point assez? veux-tu que, pour partage,

L'humilité demande un pompeux équipage;

La paisible équité, le fer des conquérants;

L'amour du bien public, le sceptre des tyrans;

La vérité modeste, une mitre éclatante?

Insensé ! songe aux biens dignes de ton attente :

Pour prix de tes vertus , attends-tu dans les cieux

Tous ces riens imposants qu on poursuit en ces lieux ?

Parle : quand les enfants sont devenus des hommes,

Boudent-ils pour des noix, pleurent-ils pour des pommes?

Veux-tu dans l'autre vie, ainsi que l'Indien,

Retrouver ta bouteille, et ta femme, et ton chien?

Tout ce que l'homme aveugle à tout âge désire,

Des sceptres, des grelots, un bonbon, un empire,

Les vains jeux des enfants, des rois le fol orgueil,

Sont d'un esprit divin regardés du même œil.

Tous ces biens si vantés, la vertu s'en dégoûte, Ou comme son fléau bien souvent les redoute.

Combien pour leurs vertus brilloient dans leur printemps, Qui, gâtés par ces biens, ont flétri leurs vieux ans ! Des trésors sans vertus, des honneurs dus au crime, Donnent-ils le plaisir, inspirent-ils l'estime ? On achète à prix d'or des juges , des sénats ; Mais l'estime et l'amour ne se marchandent pas. Eh quoi ! du vrai bonheur, vains juges que nous sommes, L'adorateur d'un Dieu, le tendre ami des hommes,

186 EPISTLE IV. v., 9 ..

Wbose life is healthful, and whose conscience clear, Because lie wants a thousand pounds a-year.

Honour and shame f rom no condition rise ; Act well your part, there ail the honour lies. Fortune in men bas some small différence made, One flaunts in rags, one flutters in brocade; Tbe cobbler apron d, and the parson gown d, The friar hooded, and the monarch crown d.

What differ more, you cry, than crown and cowl ? 111 tell you , friend ! a wise man and a fool. Youll find, if once the monarch acts the monk, Or, cobbler-like, the parson will be drunk, Worth makes the man, and want of it, the fellow : The rest is ail but leather or prunella.

Stock o'er with tides, and hung round with strings, That thou may'st be by kings, or whores of kings ; Boast the pure blood of an illustrious race, In quiet flow from Lucrèce to Lucrèce :

But by your fathers' worth if y ours you rate, Gount me thos^nly who were good and great.

Go ! if your ancient, but ignoble blood

Dont Famé est sans remords, et le corps sans douleur, Et dont l'esprit est droit aussi bien que le cœur, Sera haï du ciel, lui, son plus bel ouvrage, Parcequ'il n aura pas un million en partage !

Le devoir fait l'honneur, et les rangs sont égaux ; L'un étale sa pourpre, et l'autre ses lambeaux; Sous un leste uniforme un colonel se carre :

Le magistrat se plaît dans sa longue simarre; Un cordon fastueux pare le courtisan, Un simple tablier distingue l'artisan ; Le prêtre s'applaudit en soutane moirée, Le laquais insolent est fier de sa livrée ;

Le docteur fièrement enfonce son bonnet,

Le gentillâtre altier arbore le plumet;

L'un se couvre d'un froc, l'autre d'un diadème.

Un diadème, un froc ! quelle distance extrême !

Quoi de plus opposé (me le demandes-tu) ?

Que les bons, les méchants, le vice et la vertu?

Qu'au néant, comme un moine, un lâche roi se livre ;

En valet crapuleux qu'un vil prêtre s'enivre;

Pour la honte ou l'honneur que font des titres vains ?

La vertu fait les grands ; le vice, les faquins.

Tout prince ou son ministre, ou plutôt sa maîtresse,

Ont pu te surcharger de marques de noblesse,

Et d'étoiles d'argent, et de cordons d'azur;

Le sang de tes aïeux , peut-être toujours pur,

De Lucrèce en Lucrèce a passé dans tes veines;

Mais si par leurs vertus tu calcules les tiennes,

188 EPISTLE IV. v.*. a

Has crept through scoundrels ever since the flood, Go ! and prétend your family is young; Nor own, your fathers hâve been fools so long. What can ennoble sots, or slaves, or cowards ? Alas ! not ail the blood of ail the Howards.

Look next on greatness; say where greatncss lies : Where, but among the heroes and the wise?

Heroes are much the sanie, the point's agreed, From Macedonia's madman to the Swede ; The whole strange purpose of their lives, to find, Or make, an enemy of ail mankind !

Not one looks backward, onward still he goes, Yet ne'er looks forward further than his nose. No less alike the politic and wise ; Ail sly slow things, with circumspective eyes : Men in their loose unguarded hours they take, Not that theniselves are wise, but others weak. But grant that those can conquer, thèse can cheat ; Tis phrase absurd to call a villain great :

Who wickedly is wise, or madly brave, Is but the more a fool, the more a knave.

Who noble ends by noble means obtains, Or failing, smiles in exj\e or in chains,

Efface donc, au moins, ceux qui n en eurent pas. Va, crois-moi : si ton sang est antique, mais bas, Et si de lâche en lâche il a coulé sans gloire, Même par vanité, laisse en paix leur mémoire; Garde-toi d'avouer, pour l'honneur de ton nom , Qu'un aussi long opprobre a souillé ta maison : Déchire ces portraits de tes lâches ancêtres; Rien n'ennoblit des sots, rien n'ennoblit des traîtres ; Et toi, si tes vertus ne te font honorer, Tout le sang des Talbot ne sauroit t'illustrer ( 9 ).

Et la grandeur, dis-moi, qui l'obtient en partage ? Un conquérant rapide, un politique sage.

Qu'est-ce qu'un conquérant? un bandit meurtrier, Qui se fait l'ennemi de l'univers entier; Qui, sans avoir de but, sans retourner la tête, Court, noble extravagant, de conquête en conquête : Du brigand de Stokholm, à celui de Pella, Tels sont tous ces héros, devant qui tout trembla. Qu'est-ce qu'un politique? un fourbe sans scrupule, Qui, tentant des humains l'imprudence crédule, Cherche à les attirer dans des pièges trompeurs, Fort par notre faiblesse, et graùd par nos erreurs. Eh quoi? Fart de tromper, l'art affreux de détruire, Au véritable honneur ont-ils droit de conduire? Non : ces fourbes d'état, ces conquérants fougueux, Ne sont que des fripons, que des fous plus fameux. Qui sait pour un but noble agir avec noblesse, Etre heureux sans orgueil, malheureux sans foiblesse,

190 EPISTLE IV. v *3

Like good Aurelius let him reign, or bleed Like Socrates, that man is great indeed.

What's famé? a fancied life in others' breath, A thing beyond us, e en before our deatb.

Just what you hear, you hâve; and wbat s unknown, The same (my lord) if Tully's, or your own.

Ali that we f eel of it begins and ends In the small circle of our foes or friends; To ail beside as much an empty shade, An Eugène living, as a Caesar dead; Alike or when, or where, they shone or shine, Or on the Rubicon, or on the Bhine.

A wit s a feather, and a ehief a rod; An honest man s the noblest work of God.

Famé but from death a villain s name can save,

As justice tears his body from the grave;

When what to oblivion better were resign'd,

Is hung on high, to poison half mankind.

Ail famé is foreign, but of true désert,

Plays round the head, but cornes not to the heart :

Sourire dans l'exil, les fers ou la prison,

Soit qu'il régne en Titus, ou qu'il meure en Caton;

Celui-là seul est grand : le reste est le vulgaire.

La renommée aussi, qu'es t-elle? une chimère Qui condamne un mortel à vivre hors de lui, Et le fait respirer par le souffle d autrui : C'est d'un fantôme vain la fausse perspective; C'est le lointain écho d'une voix fugitive, Qui, même avant la mort, nous échappe souvent, Et dont on n'a jamais que le peu qu'on entend. Milord , à ton insu, lorsqu'on vante un grand homme , Qn on cite Bolingbroke, ou l'orateur de Rome, Que t'importe, dis-moi? D'un bien qu'on croit si doux Le peu que nous sentons naît et meurt près de nous, Dans un cercle borné d'amis ou d'adversaires. A l'égard de la foule, et des voix étrangères, Un Eugène, un César, un Français, un Romain, L'un sur le Rubicon, et l'autre sur le Rhin ; Celui qu'on admira, celui que l'on admire, Homère qui n'est plus, Voltaire qui respire ( ,0 ) , Sont tous également, pour tous ces vains discours, Une cendre insensible, et des fantômes sourds. Le bel esprit armé de sa plume légère, lie guerrier décoré du sceptre militaire, Que sont-ils l'un et l'autre aux yeux du Créateur? Un frivole jouet, un fléau destructeur:

Mais l'honnête homme , ô ciel ! est ton chef-d'œuvre auguste. Que peut la renommée en faveur de l'injuste?

192 EP1STLE IV. v ,v,

One self-approving hour whole years outweighs Of stupid starers, and of loud huzzas; And more true joy Marcellus exiled feels, Than Gaesar with a senate at his heels.

In parts superior what advantage lies ?

Tell (for you can) what is it to be wise ?

Tis but to know how littlc can be known, To see ail others' faults, and feel our ownj Condemn'd in business or in arts to drudge, Without a second, or without a judge :

Truths would you teach, or save a sinking land? Ail fear, none aid you, and few understand.

Painful pre-eminence ! yourself to vie w Above llfe s weakness, and its comforts too.

Bring then thèse blessings to a strict account; Make fair déductions; see to what thcy mount : How much of other each is sure to cost; How each for other oft is wholly lost; How inconsistent greater goods with thèse; How sometimes life is risk'd, and always ease : Think, and if still the things thy envy call, Say, wouldst thou be the man to whom they fall ?

ti l

Hélas ! sauver son nom de la foule des morts; Mais comme la justice en distingue son corps, Tous deux dévoient périr dans une nuit profonde, Et tous deux au grand jour empoisonnent le monde. La gloire sans mérite est aussi sans douceur : Elle porte à la tête, et ne va pas au cœur.

Crois-moi : le calme heureux d une ame irréprochable, Vaut bien tout le fracas d'une gloire coupable. Marcellus en exil éprouve un sort plus doux, Que César, entouré d'un sénat à genoux.

Dis-nous, (et mieux que toi, qui peut nous en instruire)? Quel fruit des grands talents un grand homme retire ? C'est de savoir combien ses principes sont faux ; De mieux voir nos erreurs et ses propres défauts. Chargé de gouverner ou d'éclairer le monde, Hélas ! chacun le craint, aucun ne le seconde : Lui, de l'illusion ignorant les douceurs, Perd les plaisirs du peuple, en perdant ses erreurs.

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Calcule donc ces biens où ton orgueil aspire : Vois ce qu'il faut compter, et ce qu'il faut déduire; Comment l'un prend sur l'autre, et souvent le détruit; Comment loin des vrais biens leur route nous conduit. Songe que leur douceur d'amertume est suivie; Qu'elle coûte la paix, et quelquefois la vie : Ou, si tu peux encor envier leur douceur, Voudrois-tu l'échanger contre leur possesseur?

T. XVI. OEUV. P08TH. l3

194 EPISTLE IV. v., 77 .

To sigh for ribands if thou art so silly,

Mark how they grâce Lord Umbra, or Sir Billy.

Is yellow dirt the passion of thy lif e ?

Look but on Gripus, or on Gripus* wife.

If parts allure thee, think how Bacon shined,

The wisest, brightest, meanest of mankind :

Or ravish'd with the whistling of a name,

See Gromwell damn'd to everlasting famé !

If ail, united, thy ambition call,

From ancient story, Iearn to scorn them ail.

There, in the rich, the honour'd, famed, and great,

See the false scale of happiness complète !

In hearts of kings, or arms of queens who lay,

How happy ! those to ruin, thèse betray.

Mark by what wretched steps their glory grows,

From dirt and sea-weed as proud Venice rose;

In each how guilt and greatness equal ran,

And ail that raised the hero sunk the man :

Now Europe s laurels on their brows behold,

But stain d with blood, or ill exchanged for gold :

Then see them broke with toils, or sunk in case,

Or infamous for plunder d provinces.

Oh wealth ill-fated ! which no act of famé

E'er taught to shine, or sanctified from shame !

What greater bliss attends their close of life?

Some greedy minion, or imperious wife,

The trophied arches, storied halls invade,

And haunt their slumbers in the pompous shade.

Est-ce un ruban d'azur dont l'éclat t'intéresse ?

Vois, si du plat Dorante il couvre la bassesse.

Est-ce le vil limon qu'on appelle de l'or ?

Vois Gripus et sa femme auprès de leur trésor.

Sont-ce les grands talents, la science profonde?

Vois Bacon, la lumière et l'opprobre du monde (' ').

Est-ce le bruit d'un nom ? Vois le ciel irrité

Qui condamne Cromwel à l'immortalité.

Sont-ce enfin tous les biens, l'or, le plaisir, la gloire?

Pour les dédaigner tous, hélas ! ouvre l'histoire :

Vois, par tous ces degrés d'un prétendu bonheur,

Cent mortels enviés n'arriver qu'au malheur.

D'une reine ou d'un roi l'un surprend la tendresse,

Pour détrôner son maître, ou trahir sa maîtresse; D'autres devinrent grands par leur férocité, Et l'héroïsme en l'un détruit l'humanité (")•

Voyez-vous dans leurs mains ces palmes triomphantes,

Acquises à prix d'or, ou de sang dégouttantes?

Leur crime fait leur gloire : ainsi, d'un vil marais,

Venise voit sortir ses superbes palais.

Se sont-ils fatigués à ravager la terre?

Regarde dans la paix tous ces foudres de guerre :

Plongés dans la mollesse, on bien affamés d'or,

Des dépouilles du peuple ils enflent leur trésor ;

Trésor, dont leurs exploits ne lavent point la honte,

Et dont l'affreux remords leur redemande compte.

Le terme de leur vie est-il moins malheureux ?

Non : leur sommeil, troublé sous leurs rideaux pompeux,

196 EP1STLE IV. v.3.5.

Alas ! not dazzled with their noon-tide ray, Compute the morn and evening to the day ; The whole amount of that enormous famé, A taie that blends their glory with their shame !

Know then this truth (enough for man to know) Virtue alone is happiness below.

The only point where human bliss stands still, And tastes the good without the fall to il], Where only merit constant pay receives, Is bless'd in what it takes, and what it gives; The joy unequall'd, if its end it gain, And if it lose, attended with no pain :

Without satiety, though e er so bless'd, And but more relish'd as the more distress'd : The broadest mirth unfeeling folly wears, Less pleasing far than virtue s very tears :

Good, from each object, from each place acquired, For ever exercised, yet never tired; Ne ver elated, while one man s oppress'd; Never dejected, while another's bless'd :

And where no wants, no wishes can remain, Since but to wish more virtue, is to gain.

See the sole bliss Heaven could on ail bestow ! Which who but feels can taste, but thinks can know;

Leur offre un vil mignon, une femme hautaine,

Engloutissant déjà tout ce vaste domaine, . '

Ce parc délicieux , ces immenses palais ,

Tout pleins des monuments de leurs nobles forfaits. '

De leur midi brillant ta vue est éblouie ?

Hélas ! songe au matin, songe au soir de leur vie;

Alors que reste-t-il de toute leur splendeur ?

Une page, où se lit leur honte et leur grandeur.

Connois donc ce qu'à l'homme il suffit de connaître : « De la seule vertu le vrai bonheur peut naître ; » G est elle qui , toujours marchant d'un pas égal , Ou s applaudit du bien , ou se soumet au mal ; Dans ses nobles efforts trouve sa récompense ; Pour juge , avant les lois , choisit sa conscience ; Soit que le sort trahisse ou serve son desïr, Ignore la tristesse, et trouve le plaisir; Goûte les biens reçus , et les biens qu'elle donne ; Des ronces de la vie embellit sa couronne.

Elle chérit ses maux, savoure ses douleurs, Et le rire du vice est moins doux que ses pleurs. Riche de ce qu elle a , fière de ce qu'elle aime , *,

Elle jouit du monde, et surtout d'elle-même ; Agit sans se lasser, regarde du même œil L'abaissement des uns , et des autres l'orgueil . Tout, jusqu'à ses désirs, est une jouissance ; Car qui veut être bon, est exaucé d'avance.

Pour trouver ce plaisir, pour goûter sa douceur, Il suffit du bon sens, il suffit d'un bon cœur;

198 EPISTLE IV. *.3o 9

Yet poor with fortune, and with learning blind, The bad mu&t miss, tbegood untaught will find; Slave to no sect, who takes no private road, But looks through nature, up to nature s God; Pursues that chain which links thc immense design, Joins heaven and earth, and mortal and divine ; Sees that no being any bliss can know, But touches some above, and some belo w ; Learns f rom this union of the rising whole, The first, last purpose of the human soûl ; And knows where faith, law, morals, ail began, Ail end, in love of God and love of man.

For him alone, hope leads from goal to goal, And opens still, and opens on his soûl; Till lengthen'd on to faith, and unconfined, It pours the bliss that fills up ail the mind. He sees why nature plants in man alone Hope of known bliss, and faith in bliss unknown : (Nature, whose dictâtes to no other kind Are given in vain, but what they seek they find.) Wise is her présent; she connects in this His greatest virtue with his greatest bliss ; At once his own bright prospect to be bless'd; And strongest motive to assist the rest.

Il échappe au méchant, pauvre dans sa richesse, Aveugle en son savoir, et fou dans sa sagesse ; Mais le juste le trouve et sans frais et sans art. Le juste ne suit point des sentiers à l'écart : Fuyant l'esprit de secte et sa lueur obscure, La nature le guide au Dieu de la nature ; H suit l'enchaînement de cet ordre éternel, Qui joint l'homme avec Dieu, la terre avec le ciel. Il voit que le bonheur où l'homme peut prétendre, Doit croître en s'étendant, remonter, redescendre; Il voit pourquoi le ciel la formé tel qu'il est; Quel est son premier but, et son dernier objet; Par quels nœuds, l'attachant à cette vaste chaîne, Les lois, la foi divine, et la morale humaine N'ont qu'un même principe et qu'une même fin : L'amour de l'Éternel, et l'amour du prochain.

Lui seul est au bonheur conduit par l'espérance, Qui , se développant dans son essor immense , Vole jusqu'à la foi, dont la divine ardeur L enivre tout entier d'un torrent de bonheur. Enfin il voit comment la prudente nature, Dont l'instinct sûr ne trompe aucune créature , En donnant à lui seul l'espoir d'un bien connu, fit la foi pour un bien que l'œil n'a jamais vu, Lui montre en même temps un lointain agréable , Et le plus fort motif de servir son semblable ; Et, par ces doux ressorts, fait naître dans son cœur, Et la vertu parfaite et le parfait bonheur.

200 EPISTLE IV. v.353.

Self-love thus push'd to social, to divine, Gives thee to make thy neighbour s blessing thine. Is this too little for the boundless heart?

Extend it, let thy enemies hâve part; Grasp the whole world of reason, life, and sensé, In one close System of benevolence :

Happier as kinder, in whate er degree, And height of bliss but height of charity.

God loves from whole to parts : but human soûl Must rise from individual to the whole.

Self-love but serves the virtuous mind to wake, As the small pebble stirs the peaceful lake ; The centre moved, a circle straight succeeds, Another still, and still another spreads; Friend, parent, neighbour, first it will embrace; His country next, and next ail human race:

Wide and more wide, the o erflo wings of the mind Take every créature in, of every kind; Earth smiles around, with boundless bounty bless'd, And Heaven beholds its image in his breast.

, C'est ainsi que joignant à l'amour de soi-même L'amour du genre humain et de l'Etre suprême, On trouve son bonheur dans celui du prochain. Est-ce peu pour ton cœur? Rempli d'un feu divin, Donne un plus vaste essor à ta vaste tendresse : Que pour tes ennemis ton ame s'intéresse; Plein des nobles besoins d'un coeur compatissant, Sur tout ce qui respire, et sur tout ce qui sent, Épanche cet amour dont ton cœur surabonde; Ne donne à tes transports de bornes que le monde. Le cœur le plus content, c'est le plus généreux, Et plus on sait aimer, plus on sait être heureux.

Dieu descend, en aimant, du tout jusqu'à l'espèce; Mais, de l'espèce au tout, l'homme étend sa tendresse. De l'amour-propre actif l'instinct impétueux N'est qu'un heureux ressort dans un cœur vertueux. C'est ce caillou jeté dans un étang paisible : En tombant, il décrit un cercle imperceptible; Un autre lui succède, et tous les flots troublés Étendent jusqu'aux bords leurs cercles redoublés. Tel l'homme aime d'abord ceux dont il tient la vie; Puis l'ami , le voisin , ensuite la patrie ; Puis tout le genre humain ; et ces cercles d'amours S'éloignant de leur centre, et s accroissant toujours, Enfin il les étend à tout ce qui respire.

La terre au loin sourit à son heureux empire : Le ciel voit le bonheur se répandre en tout lieu; Et l'homme bienfaisant est l'image de Dieu.

202 EPISTLE IV. v , 7 3.

Corne then, my friend ! my genius ! corne along ; O master of the poet, and the song !

And while the muse now stoops, or now ascends, To man's low passions, or their glorious ends, Teach me, like thee, in various nature wise, To fall with dignity, with teniper rise ; Form'd by thy converse, happily to steer, From grave to gay, from lively to severe; Correct with spirit, éloquent with ease, Intent to reason, or polite to please.

Oh ! while along the stream of time thy namc Expanded Aies, and gathers ail its famé, Say, shall my little bark attendant sail, Pursue the triumph, and partake the gale?

When statesmen, heroes, kings, in dust repose, Whose sons shall blush their fathers were thy focs, Shall then this verse to future âge prétend Thou wert my guide, philosopher, and friend?

That, urged by thee, I turn'd the tuneful art From sounds to things, from fancy to the heart ; For wit s false mirror held up nature s light,

Viens donc, viens, ô mon maître ! inspirer ton élève ! Et tandis que ma muse et s abaisse et s'élève Des viles passions à leur but glorieux , De l'Éternel à l'homme, et de la terre aux deux, De tes tons variés imitant la justesse y Puissé-je, comme toi, descendre sans bassesse, RTélever sans orgueil, être fort sans raideur ; Éloquent sans apprêt, et correct sans froideur; Passer du grave au doux, du brillant au sévère : Trouver l'art de convaincre, et le secret de plaire; Et puisque tu m'appris ces mystères profonds , Daigne m apprendre aussi l'art d'orner tes leçons. Ah ! quand du monde entier rassemblant les suffrages, Ton grand nom volera sur l'océan des âges, Sur mon frêle vaisseau pourrai-je, au moins des yeux, Accompagner de loin ton triomphe pompeux; Et, guidé par ton astre au temple de mémoire, Partager avec toi le souffle de la gloire ?

Quand l'âge aura plongé dans la destruction Rois, ministres, guerriers, tout, excepté ton nom; Quand de tes vains rivaux, de tes vils adversaires, Les enfants rougiront des erreurs de leurs pères, Mes vers te suivront-ils à l'immortalité?

Vivront-ils, pour apprendre à la postérité Que tu fus mon ami, mon oracle, mon guide !

Que par toi seul, armé d'un courage intrépide, Écoutant la nature , au lieu d'un faux savoir, J'osai fuir de l'esprit l'infidèle miroir :

Show'd erring pride, Whatever is, is right; Tbat reason, passion, answfcr one great aim; That true self-love and social fire the same; That virtue only makes ou r Miss below; And ail our knowledge is, ourselves to know.

Préférer la morale aux fictions frivoles , La force à Harmonie, et le sens aux paroles ; Montrer que Tout est bien, et que l'orgueil a tort; Qu avec les passions la raison est d accord; Que l'amour du prochain, par une loi suprême, Ne se peut séparer de l'amour de soi-même :

Que savoir se connoître est Tunique savoir, Et qu'enfin le bonheur est enfant du devoir.

SB

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