DE SAINT-ANGE A DELILLE
Je vous imite de loin , mon cher maître , et du mieux que je peux. Je vis avec les anciens. Je cultive ce bel art de la poésie, qui a fait les délices et la gloire du siècle de Louis XIV, et dont nous semblons avoir perdu le goût , pour nous livrer a Yinsurgence la plus violente. Je ne lis point les pamphlets politiques dont on nous accable. Je préfère à tous ces écrits une fable de La Fontaine, une ode ou une épigramme de Rousseau, que je lis souvent et que j'admire toujours, malgré le veto de Quintilien-Laharpe. Le régime des chansons et de répîgramme sied mieux aux Français que celui de la politique et des troubles civils. Je travaille toujours a Ovide, J'achève le sixième livre. Je viens de métamorphoser Itys en faisan , et je voudrais savoir sur cela votre goût : du reste , il ne tiendra qu'à vous de nous régaler d'un meilleur; car je compte dtner avec vous, et je ne viendrai pas seul.
Mon beau-père à Tenir s'apprête, Qui, pour tracer Charles Martel, S'est mis jadis martel en tête, Et qui sait encore an pastel Esquisser des tableaux de fête.
Il fait des sophas et des vers; Mais il n'y met point les chevilles De ce menuisier de Nerers, Dont on vante , à tort, à travers , Quelques poétiques vétilles.
Il sait joindre à l'art de plisser Le velours, le pékin, la moire,