EPITRE PREMIERE
Réveille-toi, milord, laisse au peuple des grands, Et sa bassesse altière, et ses riens importants; Puisqu'il n est qu un moment entre mourir et naître, Que le sage, du moins, l'emploie à se connoître.
C'est l'homme qu'avec toi je viens étudier ('); L'homme, dédale immense et pourtant régulier; Jardin semé de fleurs, champ hérissé d'épines, Plein de poisons mortels et de plantes divines.*
Portons sur cette terre un regard curieux :
Voyons ce qu'elle cache ou découvre à nos yeux; Sa trompeuse surface et ses profonds abîmes; Ses sentiers torttfeux et ses hauteurs sublimes; Observons le dessein de ses vastes tableaux ; Admirons ses beautés et même ses défauts ; Apprenons l'art profond d'être ce que nous sommes, Et vengeons l'Éternel des vains discours des hommes.
D'abord du Dieu puissant qui régne dans les ci eux, Ou de l'homme borné qui rampe dans ces lieux, Par quoi puis-je juger? Par le peu que ma vue Voit s'échapper du sein d'une profonde nue.
L'état présent de l'homme est seul connu de moi; Seul pour en raisonner il doit être ma loi.
m EPISTLE I. T.a3.
He, who through vast immensity can pierce, See worlds on worlds compose one universe, Observe how System into System runs, What other planets circle other suns, What varied being peoples every star, May tell, why Heaven has made us as we are.
But of this frame, the hearings and the ties, The strong connexions, nice dependencies, Gradations just, has thy pervading soûl Look'd through? or can a part contain the whole? Is the great chain, that draws ail to agrée, And drawn supports, upheld by God, or thee ?
Presumptuous man ! the reason wouldst thou find, Why form'd so weak, so little, and so blind?
First, if thou canst, the harder reason guess, Why form'd no weaker, blinder, and no less?
Ask of thy mother earth, why oaks are made Taller or stronger than the weeds they shade ! Or ask of yonder argent fields above, Why Jove's satellites are less than Jove !
ÉPITRE I. m
A des mondes sans fin, grand Dieu! tu donnas letre; Mais par ce monde seul l'homme peut te connoître. Qu'on me donne un mortel qui, dans l'immensité, Embrasse tout le plan de la Divinité, Tous ce$ globes semés par ses mains immortelles, Tous ces soleils nouveaux, ces planètes nouvelles; Ce vaste enchaînement de systèmes divers , Ces peuples inconnus qui roulent dans les airs, Et tous ces grands ressorts qui , par des lois fécondes, Forment un monde seul de la foule des mondes : Lui seul, homme orgueilleux ! lui seul connoit pourquoi Ton maître souverain dispose ainsi de toi.
Mais toi , pour décider si l'homme est à sa place , Ton œil mesure-t-il ce que Dieu seul embrasse ? As-tu de l'univers établi les rapports, Les vastes fondements et les justes accords; Cette gradation de toute la nature?
Membre de ce grand corps, en es-tu la mesure? La chaîne qui joint tout, par qui tout se soutient, Est-ce toi, vil mortel, ou ton Dieu qui la tient? Tu demandes pourquoi, sur un globe stérile, Tu naquis si borné, si petit, si débile !
Mais d aboM apprends-moi pourquoi tu n'es pas né Plus débile cent fois, plus petit, plus borné. Demande à ces vallons pourquoi sous son feuillage Le chêne voit ramper le buisson qu'il ombrage; Demande aux champs de l'air pourquoi le roi du jour Voit pâlir devant lui les astres de sa cour?
T. XVI. OEUT. POSTII. A.
50 EPISTLE I. v.43.
Of Systems possible, if 'tis confess'd, That wisdom infinité must form the hest, Where ail must full or not cohérent be, And ail that rises, rise in due degree; ."- Then, in the scale of reasoning life, 'tift pfcin, There must he somewhere, such a rank as man : And ail the question (wrangle e er so long) Is only this, if God has placed him wrong?
Respecting man, whatever wrong we call, May, must be right, as relative to ail.
In human works, though labour d on with pain, A thousand movements scarce one purpose gain : In God s, one single can its end produce ; Yet serves to second too some other use.
So man, who hère seems principal alone, Perhaps acts second to some sphère unknown, Touches some wheel, or verges to some goal :
Tis but a part we see, and not a whole.
When the proud steed shall know why man restrains His fiery course, or drives him o'er the plains; When the dull ox, why now he breaks the clod, Is now a victim, and now Egypt's god :
Then shall man s pride and dulness comprehend His actions 1 , passions 9 , being s use and end; Why doing, suffering, check'd, impelTd ; and why This hour a slave, the next a deity.
Grand Dieu ! si ta sagesse, en formant ton ouvrage, A dû de tous les plans préférer le plus sage, Où , suivant un progrès avec art établi , Pour que tout soit lié , tout doit être rempli ; L'homme, dans les degrés de la classe qui pense, De ce plan gradué doit être une nuance.
Ainsi, quoi que prétende un orgueil insensé, Tout se borne à ces mots : l'homme est-il bien placé ? Dana nos foibles travaux, que tant d efforts polissent, Pour produire un effet cent mouvements s'unissent; Mais dans ceux du Très-Haut un seul remplit sa fin , Et concourt à-la-fois pour un autre dessein.
Ainsi Thomme ici-bas pour lui seul semble naître ; Mais pour un autre monde il travaille peut-être ; Il tourne quelque roue, il meut quelques ressorts; Avant de te juger, connois donc tes rapports.
Quand le coursier saura pourquoi ma main prudente Presse ses pas trop lents, retient sa fougue ardente, Le bœuf, par quel tissu de contradictions L'homme l'enchaîne au joug, le pare de festons, Avec soin le nourrit ou sans pitié l'opprime, En fait tantôt un dieu, tantôt une victime; L'homme peut-être alors comprendra son destin, Ses folles passions, leur usage et leur fin; Ses vœux, ses actions, ses erreurs, sa sagesse, Ses maux et ses plaisirs, sa force et sa foiblcsse, Pourquoi fier ou rampant, jamais dans le milieu, Tantôt il est esclave, et tantôt presque dieu.
52 EPISTLE I. v.69.
Then say not maris imperfect, Heaven in fault; Say rather, man s as perfect as he ought :
His knowledge measured to<his state and place; His time a moment, and a point his space.
If to be perfect in a certain sphère, What matter, soon or late, or hère or there?
The bless'd to-day is as completely so, As who began a thousand years ago.
Heaven from ail créatures hides the book of fate, Ail but the page prescribed, their présent state : From brutes what men , from men what spirits know ; Or who could suffer being hère below ?
The larab thy riot dooms to bleed to-day, Had he thy reason, would he skip and play ?
Pleased to the last, he crops the flowery food, And licks the hand just raised to shed his blood. Oh blindness to the future ! kindly given, That each may fill the circle mark'd by Heaven : Who sees with equal eye, as Ood of ail, A hero perish, or a sparrow fall, Atoms or Systems into ruin hurl'd, And now a bubble burst, and now a world.
Hope humbly then; with trembling pinions soar; Wait the great teacher, Death ; and God adore.
Ne va donc point au ciel reprocher ta disgrâce. Dis plutôt : Je suis tel que 1 exige ma place ; Un état plus parfait ne me conviendroit point; Ma vie est un moment, mon espace est un point; Vivons en paix ici jusqu'à la dernière heure : Si je dois être heureux dans quelque autre demeure, Que m'importe le lieu, que m'importe le temps? L'homme, heureux d'aujourd'hui, l'est depuis cent mille ans.
Bénis, sur-tout, bénis ton heureuse ignorance ; Le ciel sur ton état mesura ta science ( a ); Le livre des destins à tout être vivant Montre l'instant qui coule, et jamais le suivant Chacun lit son feuillet; là son savoir s'arrête : L'ange en sait plus que l'homme, et l'homme que la bête. Et qui pourroit, grand Dieu ! s'il ouvroit ce rideau, De ses jours malheureux supporter le fardeau? Cet innocent agneau né pour ta faim superbe, S'il avoit ta raison, bondiroit-il sur l'herbe ? Heureux, il broute en paix le vert gazon des champs, Et vient lécher la main qui va percer ses flancs. Heureuse obscurité ! c'est par toi que tout être Marche sans crainte au but que lui prescrit son maître ; Ce maître universel, qui voit d'un œil égal Expirer un insecte ou périr Annibal, Des bulles d'eau crever, ou des cieux se dissoudre, . Un atome détruit, ou des mondes en poudre.
Ah ! puisqu'à tes regards tout est obscur encor, Tremblant devant ton Dieu , prends un timide essor.
fA EPISTLE I. v 9 3
What future bliss, he gives not thee to know, But gives that hope to be tby blessing now.
Hope springs eternal in the human breast :
Man never is, but always to be bless'd :
The soûl, uneasy, and confined from home, Rests and expatiates in a life to corne.
Lo, the poor Indian ! whose untutor'd mind Sees God in clouds, or hears him in the wind ; His soûl, proud science never taught to stray Far as the solar walk, or milky way ; Tet simple nature to his hope has given, Behind the cloud-topp'd hill, an humbler heaven; Some safer world in depth of woods embraced, Some happier island in the watery waste, Where slaves once more their native land hehold, No fiends tonnent, no Christians thirst for gold. To be, contents his natural désire, He asks no angel's wing, no seraph s fire; But thinks, admitted to that equal sky, His faithful dog shall bear him company.
60, wiser thou ! and in thy scale of sensé, Weigh thy opinion against Providence; Call imperfection what thou fanciest such ; Say, hère he gives too little, there too much :
La mort est le grand maître, attends qu'elle t'éclaire. Si du bonheur futur Dieu nous fait un mystère, Du moins le doux espoir vient consoler nos jours; L espoir au fond du cœur se reproduit toujours. L'homme, jamais heureux, s'attend toujours à 1 être ; ^(, dans le triste exil où le ciel la fait naître, Dans le riant lointain d'un avenir flatteur, Élance sa pensée, et repose son cœur.
Crois un doux avenir; vois l'Indien sauvage:
Il se peint Dieu dans l'air; il l'entend dans l'orage ; u pense par ses sens, raisonne par ses yeux; Son orgueil ne va pas s'égarer dans les cieux. Au-delà de ces monts qui terminent sa vue, Il imagine un monde, une terre inconnue (*), Asile impénétrable au milieu des déserts, Une île plus heureuse, au sein des vastes mers, Loin d'un cruel vainqueur, loin d'un tyran barbare, Des spectres infernaux et du chrétien avare.
Il ne demande pas l'éclat des chérubins, Le feu des esprits purs, l'aile des séraphins ; Sa simple ambition se borne au plaisir d'être ; Ou si quelque désir en son cœur ose naître, C'est que dans ce beau ciel, pour charmer son ennui, Son chien, ami fidèle, ait place auprès de lui.
Mais toi, sois plus hardi ; va, mets dans la balance Ta folle opinion avec la Providence ; Dis : tout est imparfait, quoique formé par Dieu ; lA sa main donne trop, ici donne trop peu;
56 EPISTLE I. y.i, 7
Destroy ail créatures for thy sport or gust, Yet say, if man s unhappy, God s uojust; If man alone engross not Heaven's high care, Alone made perfect hère, iminortal there :
Snatch frora his hand the balance and the rod, Re-judge his justice, be the god of God. ^
In pride, in reasoning pride, our error lies ; Ail quit their sphère, and rush into the skies. Pride still is aiming at the bless'd abodes, Men would bc angels, angels would be gods, Aspiring to be gods, if angels fell, Aspiring to be angels, men rebel :
And who but wishes to invert the laws Of order, sins ogainst the Eternal Cause.
Ask for what end the heavenly bodies shine; Earth for whose use? Pride answers, «Tis for mine For me kind nature wakes her génial power ; Suckles each herb, and spreads out every flower; Annual for me, the grape, the rose, renew The juice nectareous, and the balmy dew ; For me, the mine a thousand treasures brings; For me, health gushes from a thousand springs; Seas roll to waft me, suns to light me rise; My foot-stool earth, my canopy the skies.»
Détruis tout l'univers pour flatter ton caprice ;
Du Créateur commun accuse la justice.
Si tu n'es seul ici l'objet de son amour,
Seul parfait maintenant, seul immortel un jour,
Arrache-lui son sceptre, et ceins son diadème;
Ose juger ton juge, et sois dieu de Dieu même.
C'est toi qui nous séduis , 'Orgueil ambitieux ! Tout veut quitter sa sphère et s'élancer aux ci eux, Tout se plaint d'exister, si sa place ne change ; L'ange veut être un dieu, l'homme veut être un ange ; L'ange, jaloux de Dieu, fut perdu sans retour: L'homme, jaloux de lange, est coupable à son tour. Oui, former un seul vœu contre l'ordre suprême, C'est déclarer la guerre à l'Éternel lui-même.
Pour qui ces corps brillants suspendus dans les airs, Pour qui ces champs féconds, pour qui tout l'univers? « Pour moi, répond l'Orgueil ; pour moi seul la nature De la terre au printemps rajeunit la parure, Réveille chaque germe endormi dans ses flancs ; Sous les épis dorés fait ondoyer les champs; Gonfle d'un doux nectar la grappe transparente, Embaume le bouton de la rose odorante ; Pour moi germent ces fruits; pour moi ces jeunes fleurs De leur tendre duvet nuancent les couleurs ; De leur brillant trésor les mines m'enrichissent ; Des ruisseaux argentés les eaux me rafraîchissent ; Soleil , éclaire-moi ; portez-moi , vastes mers ; Mes lambris sont les cieux, mon palais l'univers. »
But errs not nature f roin this gracions end, From burning suns when livid deaths descend, When earthquakes swallow, or when tempests swe To wns to one grave, whole nations to the deep ? «No, 'tis replied, the first Almighty Cause Acts not by partial, but by gênerai laws; The exceptions few; some change since ail began : And what created perfect?»
Why thenman?
If the great end be human happiness, Then nature déviâtes; and can man do less?
As much that end a constant course requires Of showers and sun-shine, as of man's desires ; As much eternal springs and cloudless skies, As men for ever temperate, calm, and wise.
If plagues or earthquakes break not Heaven s design, Why then a Borgia, or a Gatiline ?
Who knows, but he whose hand the lightning forms, Who heaves old Océan, and who wings the stotms;
Oui, mais lorsque la terre, ouvrant ses noirs abîmes, Dévore en mugissant des milliers de victimes ; Lorsqu en montagnes d'eau l'océan débordé Roule sur les débris d'un empire inondé, Quand le soleil, dardant ses flammes dévorantes , Empoisonne les airs par des vapeurs brûlantes, La nature pour toi dément donc sa bonté?
* Non, réplique l'Orgueil ; la céleste équité Gouverne l'univers par des lois générales.
Quelques exceptions ont pu, par intervalles, Se glisser dans le cours de ces grands mouvements ; Le monde a pu souffrir de légers changements; Rien dans ce monde enfin n'est parfait hors son maître. »
Rien ne l'est, en effet ; l'homme seul doit-il l'être ? Si, comme tu le crois, dans ses vastes desseins La nature doit tendre au bonheur des humains, La nature à son but n'est pas toujours fidèle (4) ; L'homme sera-t-il donc plus infaillible qu'elle? Le cœur dans ses désirs n'est pas toujours réglé ; Mais l'ordre des saisons n est-il jamais troublé? Toi, qui voudrois trouver des cœurs exempts de crimes, Demande un ciel sans foudre et des champs sans abîmes ; Toi, qui veux voir partout d'équitables mortels, Demande donc à Dieu des printemps éternels.
Son plan n'est point troublé par un affreux orage : Crois-tu qu'un Borgia le trouble davantage ( 5 )? L'ordre n'est point détruit par les feux de l'Etna ; Est-il plus renversé par un Gatilina ?
60 EPISTLE I. *.i65.
Pours fierce ambition in a Cœsar s mind,
Or turns young Amraon loose to scourge mankind?
From pride, from pride, our very reasoning springs;
Account for moral as for natural things :
Why charge we Heaven in those, in thèse acquit?
In both, to reason right is to submit.
Better for us, perhaps, it might appear, Were there ail harmony, ail virtue hère ; That never air or océan felt the wind, That never passion discomposed the mind.
But ail subsists by elemental strife; And passions are the éléments of life.
The gênerai order, since the whole began, Is kept in nature, and is kept in man.
What would this man ? Now upward will he soar, And, little less than angels, would be more; Now looking downwards, just as grieved appears, To want the strength of bulls, the fur of bears. Made for his use ail créatures if he call, Say, what their use, had he the powers of ail ? Nature to thèse, without profusion, kind, The proper organs, proper powers assign'd; Each seeming want compensated of course, Hère with degrees of swiftness, there of force;
Qui le sait , hors celui qui tonne sur nos têtes,
Qui déchaîne Alexandre et souffle les tempêtes,
Dans le cœur de César verse l'ambition ,
Fait mugir un volcan , ou fait naître un Néron ?
Des éléments troublés , des passions humaines 9 j
Sachons d un œil égal juger les phénomènes.
Pouvons-nous excuser dans l'ordre naturel,
Et dans l'ordre moral accuser l'Éternel ?
Ah ! plutôt adorons-le, et dans Fun et dans l'autre^ :
La justice est sa régie, et l'orgueil est la nôtre.
Peut-être voudrois-tu ces deux mondes parfaits, Que la mer fût tranquille et les mortels en paix; Que le cœur fût sans vice et les airs sans orage. Insensé! ce désordre est Tordre le plus sage; Du choc des éléments, tout reçoit sa vigueur. Les passions , voilà les éléments du cœur ; Et pour la paix de l'homme, et pour la paix du monde, Dieu nourrit de tout temps cette guerre féconde.
L'homme! que prétend-il? S'il regarde les ci eux, Aux anges presque égal, il veut être plus qu'eux; S'il regarde sous lui, ce roi de la nature Envie au bœuf sa force, au tigre sa fourrure. « Les animaux, dit-il, sont formés pour leur roi. » Mais s'il a tous leurs dons, quel sera leur emploi? La nature envers eux sagement libérale, Diverse en ses faveurs, mais jamais inégale, Des trésors faits pour eux a daigné les doter ; Aucun n'a rien à perdre et rien à regretter ;
62 EPISTLE I. v.i83.
Ail in exact proportion to the state ;
Nothing to add, and nothing to abate.
Each beast, each insect, happy in its own :
l Is Heaven unkind to man, and man alone ?
: Shall he alone, wnom rational we call,
Be pleased with nothing, if not bless'd with ail ?
| The bliss of man (could pride that blessing find)
Is not to act or think beyond mankind;
No powers of body or of soûl to share, I But what bis nature and his state can bear.
Why has not man a microscopic eye?
For tbis plain reason, man is not a fly.
Say what the use, were finer optics given,
To inspect a mite, not comprehend the heaven?
Or touch, if tremblingly alive ail o'er,
To smart and agonize at every pore ?
Or quick effluvia darting through the brain,
Die of a rose in aromatic pain ?
If nature thuncjer d in his opening ears,
And stunn'd him with the music of the sphères,
Dans l'un l'agilité compense la foiblesse (7), L autre a reçu la force au défaut de l'adresse. L'insecte le plus vil de lui-même est charmé, Et l'homme seul se plaint du Dieu qui Fa formé. Cet homme ambitieux, qui seul croit être sage, Croira manquer de tout, si tout n'est son partage. Qu'il se rend malheureux, en cherchant le bonheur!
Hélas ! qui pourra donc le donner à son cœur? Seroit-ce de sentir, seroit-ce de connoître Au-delà du degré qui convient à son être ; De prendre aux esprits purs, de prendre aux animaux Une autre intelligence, et des ressorts nouveaux? Non ; c'est de mesurer ses vœux sur sa nature. » Pourquoi ce moucheron, abjecte créature, Voit-il ce que mon œil n'aperçoit pas? » Pourquoi? C'est qu'un homme n'est pas un insecte. Dis-moi , De quoi te servirait que de ta foible vue Un double microscope augmentât l'étendue?
Tu saisis le ciron agrandi pour tes yeux, Et ne peux embrasser le vaste aspect des cieux. Que ton tact plus sensible augmente sa finesse ; Des corps les plus polis accusant la rudesse, Insensé ! la douleur viendra de toutes parts Dans ton corps frissonnant enfoncer tous ses dards. Que d'organes plus fins l'odorat se compose, Malheureux ! tu mourras du parfum d'une rose. Que des sphères de l'air les corps harmonieux Tonnent à ton oreille en roulant dans les cieux ;
64 EPISTLE I. *.a«3-
How would he wish that Heaven had left him still The whispering zéphyr, and the purling rill ! Who finds not Providence ail good and wise, Alike in what it gives, and what dénies?
Far as creation's ample range extends, The scale of sensual, mental powers ascends : Mark how it mounts to man's impérial race, From the green myriads in the peopled grass ! What modes of sight betwixt each wide extrême, The moles dim eu r tain, and the lynx's beam: Of smell, the headlong lioness between, And hound sagacious on the tainted green ; Of hearing, from the life that fills the flood, To that which warbles through the vernal wood ! The spider s touch, how exquisitely fine !
Feels at each thread, and lives along the line : In the nice bee, what sensé so subdy true, From poisonous herbs extracts the healing dew ? How instinct varies in the groveling swine, Gompared, half-reasoning éléphant, with thine ! Twixt that qpd reason, what a nice barrier !
For ever separate, yet for ever near !
Remembrance and reflection how allied; What thin partitions sensé from thought divide ! And middle natures, how they long to join, Yet never pass the insuperable hne !
Bientôt tu t écrieras dans ce bruyant martyre :
« Ciel ! rends-moi le doux bruit des eaux et du zéphyre. »
Ainsi quitte im instant le point où Dieu ta mis ;
Tous ses présents pour toi sont autant d ennemis.
Conviens que la nature est toujours sage et bonne ( 8 ) ,
Dans ce qu'elle refuse , et dans ce qu elle donne.
De l'univers entier contemple les accords, Pour les dons de l'esprit et pour les dons du corps ; Observe avec quel art Dieu, de sa main féconde, Distribua les rangs et nuança le monde, Depuis l'homme, ce roi si fier de sa raison, Jusqu'à l'insecte vil qui peuple le gazon.
Le jour est pour la taupe un crépuscule sombre ; A l'œil perçant du lynx la nuit même est sans ombre ; . Le chien poursuit sa proie averti par l'odeur ; La lionne, au seul bruit s'élance avec ardeur (a); Le poisson est sans voix et presque sans oreille, Tandis que l'oiseau chante et qu'un zéphyr l'éveille. Quelle gradation des mêmes facultés Occupe le milieu de ces extrémités !
Comme elle croît, décroît, et s'élève et s'abaisse ! De l'agile Arachné combien j'aime l'adresse ! Que ses doigts sont légers ! que son tact est subtil ! Elle sent chaque souffle, et vit dans chaque fil. Admire avec quel art l'abeille 9ait extraire D'une herbe empoisonnée un nectar salutaire ; Compare au vil pourceau, stupidement glouton, L'éléphant dont l'instinct est presque la raison.
t. xvi. oerv. ros-rii. 5
66 EPISTLE I. v.»5.
Without this just gradation, could they be Subjected, thèse to those, or ail to thee ?
The powers of ail subdued by thee alone, Is not thy reason ail thèse powers in oïte ?
See, through this air, this océan, and this earth, Ail matter quick, and bursting into birth.
Above, how high progressive life may go !
A round, how wide ! how deep extend below !
Vast chain of being ! which from God began, Natures ethereal, human, angel, man, Beast, bird, fish, insect, what no eye can see, No glass can reach ; from infinité to thee, From thee to nothing. — On superior powers Were we to press, inferior might on ours; Or in the full création leave a void, Where, one step broken, the great scale's destroy'd From naturels chain whatever link you strike, Tenth, or ten thousandth, breaks the chain alike.
A la fière raison , combien l'instinct ressemble ! Mémoire, jugement, quel nœud vous joint ensemble? De sentir à penser qu'il est peu de degrés ( IO ) ! Ainsi, toujours voisins, mais toujours séparés, Les êtres sont placés à leur juste distance ; Leur inégalité produit leur dépendance.
Tous soumis l'un à l'autre, et tous soumis à nous, Chacun d'eux a ses dons; ta raison les vaut tous.
Vois dans l'air, dans les eaux, dans la nature entière S'agiter, s'échauffer, s'animer la matière ; Depuis l'humble ciron jusqu'au vaste éléphant, Depuis Dieu jusqu'à toi, de toi jusqu'au néant (* ') ; Autant que peut l'espace autour de toi s'étendre, S'élever sur ta tête et sous tes pieds descendre , De l'un à l'autre bout de l'immense univers, Rapproche, si tu peux, tous les êtres divers, Ceux qu'aperçoit ton œil, ceux qu'un utile verre Te montre dans les cieux, te grossit sur la terre, Ceux que n'atteignent point le verre ni tes yeux, Habitants de ce globe ou citoyens des cieux, Anges, homme, animaux, vaste mer, chaîne immense Qu'un atome finit, que l'Éternel commence.
Qu'au-dessus de son rang l'homme aspire à monter, Un être inférieur osera l'imiter ; La même ambition va déplacer le reste, Et j'aperçois un vide au monde entier funeste. Ainsi sors un instant du rang qui t'est prescrit, Tout ce vaste édifice au même instant périt.
68 EPISTLE I. v.143
And, if each system in gradation roll Alike essential to the amazing whole, The least confusion but in one, not ail That System only, but the whole must fall.
Let earth unbalanced from her orbit fly, Planets and stars run lawless through the sky ; 1 jet ruling angels from their sphères be hurl'd, Being on being wreck'd, and world on world; Heaven s whole foundations to their centre nod, And nature trembles to the throne of God.
Ail this dread order break — for whom? for thee? Vile worm !— oh madness ! pride ! impiety !
What if the foot, ordain'd the dust to tread, Or band, to toil, aspired to be the bead?
What if the bead, the eye, or ear repined To serve mère engines to the ruling mind ?
Just as absurd for any part to claim To be another in this gênerai frame :
Just as absurd, to mourn the tasks or pains The great directing Mind of ail ordains.
Ail are but parts of one stupendous whole, Whose body nature is, and God the soûl;
Oui, du plus mince anneau dépend la grande chaîne, Et le moindre en tombant dans sa chute l'entraîne.
Porte plus loin ton œil: suis dans leur cours pompeux Tous ces mondes roulants subordonnés entre eux( ia ) , Ressorts essentiels d'une vaste machine ; Qu'il s'en dérange un seul, et tout tombe eu ruine. Que la terre un instant quitte sa région, Le soleil sans appui sort de son tourbillon , Rien ne balance plus les sphères vagabondes ; Les mondes affaissés s'écroulent sur les mondes ; Un horrible chaos confond les éléments ; Les cieux sont ébranlés jusqu'en leurs fondements; Le trouble ose approcher du maître du tonnerre; Et pour qui? c'est pour toi, ver impur de la terre!
Eh quoi! si chaque membre osoit se révolter, Si l'œil lassé de voir prétendoit écouter; Si la main, dédaignant le vil rang d'ouvrière, Si le pied, dégoûté de fouler la poussière, Vouloient être la tête! ou si tous à-la-fois, Esclaves de l'esprit, voulaient être ses rois! Quel désordre, dis-tu? Ris donc de ton audace, Lorsque dans l'univers tu veux changer de place; Lorsque membre d'un tout, ton orgueil criminel Ose enfreindre les lois de l'esprit éternel.
Que parles-tu toujours de ta frêle existence ? Vois l'univers en grand : il forme un tout immense. Son corps c'est la nature, et son ame c'est Dieu ( l3 ), Dieu par-tout différent, et le même en tout lieu ,
70 EPISTLE I. v.i65
That, changed through ail, and yef in ail the same; Great in the earth, as in the ethereal frame ; Warms in the sun, refreshes in the breëze, Giows in the stars, and blossoms in the trees; Lives through ail life, extends through ail extent, Spreads undivided, opérâtes unspent; Breathes in our soûl, informs our mortal part, As full, as perfect, in a hair, as heart; As full, as perfect, in vile man that mourns, As the rapt seraph that adores and burns :
To him no high, no low, no great, no small; He fills, he bounds, connecte, and equals ail.
Gease then, nor order imperfection name :
Our proper bliss dépends on wbat we blâme.
Know thy own point : this kind, this due degree Of blindness, weakness, Heaven bestows on thee. Submit. — In this, or any other sphère, Secure to be as bless'd as thou canst bear :
Safe in the band of one disposing Power, Or in the natal, or the mortal hour.
Ail nature is but art, unknown to thee; AU chance, direction which thou canst not see;
ÉPITBE I. 71
Infini dans les deux, infini sur la terre,
Il brille dans l'éclair, parle dans le tonnerre ;
Û luit dans le soleil, rafraîchit dans les vents,
Échauffe dans Tété, fleurit dans le printemps,
Remplit tout l'univers sans occuper de place,
Produit sans qu'il s'épuise, agit sans qu'il se lasse ;
Sans jamais s'appauvrir, il verse ses trésors ;
Il inspire mon ame, organise mon corps.
Aussi grand dans un ver, qu'en son plus noble ouvrage:
Dans l'instinct de l'enfant, que dans l'esprit du sage;
Dans les foibles mortels de maux environnés,
Que dans les esprits purs de splendeur couronnés,
Dans le moindre cheveu que dans l'âme elle-même.
Anéanti devant sa majesté suprême,
Nul n'est foible ni fort, nul n'est grand ni petit;
Il joint tout, remplit tout, tout en lui s'engloutit :
Telle de l'Océan l'immensité profonde,
D'un fleuve ou d'un ruisseau ne distingue point l'onde.
N'appelle donc plus l'ordre une imperfection ; Dieu change en biens les maux que blâme ta raison. Tu dois à sa bonté, tu dois à sa sagesse, Ton degré d'ignorance et ton point de foiblesse. Comme il régla ton rang, sache régler tes vœux : Sois sûr que dans ce monde, ou bien dans d'autres lieux, Il te rendra parfait autant que tu peux l'être. Sujet respectueux, fléchis devant ton maître ; Au jour de ta naissance, au jour de ton trépas, Il est toujours ton Dieu ; jette-toi dans ses bras.
72 EPISTLE I. y. a 8 7
Ail discord, harmony not understood; Ail partial evil, universal good.
And, spite of pride, in erring reason s spite, One truth is clear, Whateveu is, is right.
ÉPITHE I. 73
La nature est un art que tu ne peux comprendre ; La discorde, un concert que tu ne peux entendre ; Le hasard, un dessein invisible pour nous; Et le mal de chacun, l'avantage de tous.
Ainsi, malgré l'orgueil de la raison altière, Conviens que tout est bien dans la nature entière.