L. Buoker-Hill est le nom d’une bataille perdue
tre méricains par le général anglais Burde me te ere
FENIMORE COOPER
à son compagnon. Birch tressaillit, èt fit un mouvement pour fuir ; hais se remettant aussitôt. il attendit dans un sombre silence que l'étranger fût arrivë à la distance de quelques pas.
« Ce sont des ämis, » dit l'étranger, en baissant son mousquet, quoidü'il parüt encore èraindre de s’avancet.
« Vous ferez bien de décamper , » s’écria Birch, à haute voix, « il ne manque pas ici près de troupes fégulières pouit avoir soin de vous; nous ne sommes plus dans le- voisinage de la cavalerie de Dunwoodie , et vous ne me rattrapperez pas facilement.
— Au diable le major Dunwoôüdie et sa cavalerie ! + s’écria le chef des écorcheurs, car c'était lui; « Vive le toi George ! et puisse la révolte finit promptement ! Si vous voulez me conduire sans danger auprès des réfugiés, monsieur Birch, je vous récompenserai bien et, par-dessus le marché, je serai toujours votre ami. |
— Le chemin est libre pour vous tomme pour moi, » dit Birch , en se détournant de lui avec un dégoût mal déguisé; « si vous désirez trouver les réfugiés, vous savez bien -où les chercher.
— Oui, mais je n’ose pas aller les trouver tout seul. Vous, vous êtes connu d’eux, et il ne vous en coûterait guère de me laisser aller avec vous. »
Henri intervint , et, après avoir causé un instant avec l’écorcheur, il lui imposa la condition de rendre ses armes, s’il voulait se joindre à eux. L’écorcheur accepta aussitôt là proposition, et Bireh se chargea du fusil avec empressement :
il ne le plaça sur son épaule qu’après en avoir bien examiné l’arhorce , et s'être assuré qu’il contenait une borne car:
touche à balle, bien sèche.
Dès que l’on fut convenu de ces at.
rangements, ils se remirent en marche, en suivant les bords de la rivière. Ils arrivèrent en face de la frégate , firent un signal, et décidèrent un bateau à s’äpprocher. Toutefois ce ne fut pas sans beaucoup de précäutions que les
L'ESPION
marins consentirent à toucher la terre; mais Henri parvint à inspirer assez de confiance à l'officier qui commandait le poste, pour qu’il lui permit d'entrer dans la barque, et de rejoindre ses compagnons d'armes. Avant dequitter Birch; le capitaine lui mit daus la main sa bourse qui était passablement garnie pour l’époque. Le colporteur là reçut, et, guettant un moment favorable, pour n'être pas vu de l’écorcheut, la glissä dans une poche secrète, admirablement disposée pour recevoir de semblables trésors. | La barque s’éloigna du rivage, et
Birch, tournant les talons, poussa un profond soupir, cohuie quelqu'un qui se sent soulagé d’un grand poids. Il s’élanca sur la colline, ën faisant ces enjambées énormes qui lui étaient particulières. L’écorcheur le suivit, et ils prirent la même route, en jetant de temps en temps quelques regards suspects l’un sur l’autre; mais tous deux gardèrent un profond silence.
On rencontrait sur la route qui longeait le fleuve des fourgons, et parfois des détachements de cavalerie, qui con duisaient à la ville les fruits de leurs exeursions. Comme le colporteur avait ses vues, il évitait leur rencontre, plutôt que de chercher leur protection. Mais il suivit pendant quelques milles les rives
du fleuve, et, malgré les efforts de lé
corcheur pour entarner la conversation, il observa un obstiné silence; tenant toujours ferttie son mousquet, et jetant un tegard oblique sur son collègue, il entra tout à coup dans lä grande roùté âvec l'intention de traverser les montägnes pour s8 rendre à Harlem.
A peine avait-il atteint le chetin, qu’un corps de caÿalérie déboutha sur une petite éminerice, et arriva Sur eux avant qu'ils l'eussènt apercu ; il était trop tard ” pour faite retraite , et, après avoit jeté ün coup d'œil sur la composition de cette troupe, Birch 8e réjouit de cette rencontre, qui lui faciliterait les moôÿens de se débarrasser de son importun compagnon. |
Ils étaient enviroh une virigtaine, et portaient l'uniforme des dragons , quoi-
‘que leur apparence n’annoncât pas une
grande discipline. Ils avaient à leur têté un homme de moyen âge, dont les traits indiquaient uñ esprit brute et grossier.
. I] portait l’habit d’officier, mais il n’avait ni cette propreté däny ses vête.
ments, ni.cette grâce de maintien , qui earactérisaient les chefs porteurs de là commission royale; ses membres étaient robustes, mais ils manquaient de sou:
plesse; il se tenait. à cheval ävec assua rance, mais la mañière dont il maniait la bride eût fait rire le plus gauche des dragons de Virginie.
Ainsi qu'il s’y attendait, ce chef äbs rêta aussitôt le colporteur, ei lui disant d’une voix aussi peu agréuble jué tout le reste :
« Hälte-là ! où ecourez-vous si. vite ?
Washington vous envoié-t-il chez hots pour faire Je métier d’espion? -
— Je suis un simple colporteut , 8 reprit humblémient Harvey, « et jé ré rends à la ville pout m'y apptovi:
sionnet.
— Et comment comptez-vous y tbe
river , mon simple volpotteur ? croyexà
vous que nous occüpions les forts dé K ingsbridge pour protéger le trafië ainsi que les allées èt venues de miséräbleà comme vous. ME,
— Je crois que. j'ai tne passe qui
m'aidera à y arriver; » dit le colpots teur, en lui présentant un papier dreë la plus grande indifférence.
- L'officier, car il l'était, parcoüïüt là papier des yeux, et fit à Harveÿ ufl signe d’intelligence, extraordinaire dans un homme de son espète. Puis, 86 tournant d’un ait furieux vers ün où deux de ses hommes, qui s'étaient ävancés pour lui bärrer le chemiti :
« Pourquoi l’artétez-vous? s’écria-t-il, faites place , et laissez-le passer... Mais vous, qui étes- vous ici? votrë noi n’est pas sur ce papier. |
— Non, monsieur,» reprit l’écot.
cheur, en étant son chapeau d’un ai humble. « Je suis uh pauvre honirne
qui s’est laissé séduire, et qui a con-
senti à servir dans l’armée des rebelles :
mais, Dieu merci, j'ai vécu assez long-
temps pour sentir mes torts, et je
. viens les réparer, en m’enrôlant sous les drapeaux de l’oint du Seigneur.
— Holà ! un déserteur.… un écorcheur, je parie qu’il veut se faire vacher. Dans la dernière échauffourée que j'ai eue avec ces misérables, à peine si je reconnaissais mes hommes; nous ne sommes pas fort bien montés en uniformes, et quant aux visages, les coquins changent si souvent de parti, qu’on ne peut guère se fier à la figure; mais allons, marchez , nous tâcherons de tirer parti de vous avant qu’il soit longtemps. »
Quelque peu aimable que fût cette réception, s’il était permis de juger des sensations de l’écorcheur par son apparence , elle lui fit grand plaisir. Il marcha d’un air joyeux vers la ville, et réellement il se trouvait si heureux d'échapper au regard brutal et effrayant de l’interrogateur, qu’il oubliait toute autre considération. Mais celui qui remplissait les fonctions de sergent d’ordonnance dans la troupe irrégulière, vint se placer à côté de son commandant, et entama avec lui une longue conversation à voix basse. Ils jetaient de temps en temps un regard scrutateur sur l’écorcheur, au point que ce dernier commencça à croire qu’il excitait une attention plus grande que de coutume. Sa satisfaction parut s’accroître en remarquant un sourire dans les traits du capitaine , et quoiqu'il ressemblât plutôt à une grimace , il n’en indiquait pas moins une joie intérieure. Cette pantomime dura tout le temps qu’ils mirent à traverser un ravin, et se termina au moment où ils arrivaient au pied d’une colline. Là le capitaine et le sergent descendirent de cheval et firent faire halte à la troupe.
Chacun des guerriers prit un pistolet, mouvement qui n’excita ni soupçon, ni alarme : c'était une précaution qu’on observait toujours. Ils firent signe à Harvey et à l’écorcheur de les suivre; en peu de temps ils arrivèrent à un en-
e CE ra
FENIMORE COOPER
droit où la colline formait saillie sur le fleuve, le terrain s’avançant presque perpendiculairement au niveau de la rive.
Sur le haut de la colline était un bâtiment désert et en ruine qui avait jadis servi de grange. La plupart des planches qui en avaient formé la toiture en étaient arrachées, et de ses grandes portes l’une était tombée devant l’édi-.
fice, l’autre avait été poussée par le vent à moitié chemin dans le précipice. En entrant dans ce triste lieu, l'officier des réfugiés tira tranquillement de sa poche unepipe qui jadis peut-étre avait été blanche, mais à laquelle le service avait donné la couleur et le poli de l’ébène ; il prit aussi une boîte à tabac et un rouleau en cuir, contenant un acier, une pierre à fusil et de l’amadou. Avec cet appareil il eut bientôt fourni à sa bouche une compagne que l'habitude lui avait rendue indispensable quand il se trouvait obligé de réfléchir profondément. Dès qu’il en eut exhalé une colonne épaisse de fumée, le capitaine avança la main vers son aide. Le sergent tira de sa poche une petite corde et la remit à son officier, qui parut alors méditer réellement un projet sérieux. Il lança des bouffées de fumée qui lui cachaient presque entièrement la tête, et ses regards se portèrent autour du bâtiment avec inquiétude.
Enfin il ôta sa pipe, respira un instant l'air pur, la replaça à sa bouche et se mit aussitôt en besogne. Il y-avait une lourde pièce de charpente qui traversait l'enceinte du bâtiment à peu de distance de la porte du sud. Celle-ci avait vue en plein sur la riviere d'Hudson jusqu’à la baie de New-York. L'officier jeta -un des bouts de la corde sur cette poutre, et la resaisissant il ramena les deux extrémités dans sa main; il trouva dans un coin un petit baril défoncé, dont les ‘douves tenaient à peine ensemble. L'officier jeta un regard sur son sergent qui saisit aussitôt le baril et le plaça sous la poutre. Tous ces préparatifs s'étaient faits avec le plus grand ealme et paraissaient alors terminés à la satisfaction du capitaine.
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L’'ESPION, 241
« Venez , » dit-il froidement à l’écor-
cheur qui avait été spectateur silencieux de ces apprêts. L’écorcheur obéit et ce
ne fut que lorsqu'il se vit dépouillé de
sa cravate et de son chapeau qu’il commença à s’alarmer ; mais il avait si souvent eu recours lui-même à de pareils expédients pour faire avouer ce qu'il voulait savoir, ou pour se faire remettre ce qu’il voulait voler, qu’il ne ressentit nullement la terreur qu’aurait éprouvée un homme moins habitué à de telles pratiques. On lui plaça la corde autour du coup avec le même sang-froid qui avait présidé à tous ces apprêéts; on mit une planche en travers du baril, et on lui ordonna d’y monter.
« Mais il n’est pas solide, il peut tomber, » dit l’écorcheur, qui pour la première fois commençait à trembler. « Je vous dirai tout ce que je sais; je vous indiquerai même les moyens de surprendre ma bande stationnée à l’étang sans qu’il soit nécessaire d’en venir là, et c'est mon frère qui la commande.
— Je ne demande pas de renseignements, » reprit son bourreau ( car il en avait toute l’apparence), en faisant faire plusieurs tours à la corde sur la poutre après l’avoir bien serrée de manière à gêner un péu l’écorcheur; puis il jeta l’autre bout bien au delà de la portée de la main.
« C’est pousser trop loin la plaisanterie, » s’écria l’écorcheur d’un ton de remontrance, en se soulevant sur la pointe des pieds dans le vain espoir de se dé-
barrasser de la corde en glissant sa tête :
au travers du nœud ; mais la précaution et l'expérience du réfugié y avaient mis obstacle.
« Qu’avez-vous fait du cheval que vous m'avez volé, brigand? » s’écria l'officier des vachers en jetant deS bouffées épaisses de fumée pour attendre la réponse.
k. « Il a succombé en route, « reprit vivement l’écorcheur; « mais je puis vous dire où vous en trouverez un qui vaut autant que lui et son père.
. — Menteur ! quand j'en voudrai un,
TITI. 65° Zivraison.
je saurai le trouver; maïs vous ferez bien de vous recommander à Dieu, car votre heure est venue. »
En achevant cet avis consolant, il donna dans le baril un violent coup de pied qui en fit détacher toutes les douves, tandis que l’écorcheur restait suspendu en l'air. Comme ses mains n’étaient pas attachées, il les leva au-dessus de sa tête, et se soutint par la force de ses poignets.
. » Allons, capitaine, » dit-il d’un air de flatterie, tandis que sa voix commençait à devenir gênée et que ses genoux tremblaient; « finissez la plaisanterie; en voilà assez pour rire, et mes bras commencent à se lasser ; en vérité, je ne pourrai tenir ainsi long-temps.
t: — Écoutez, monsieur le colporteur, »
dit l'officier d’un ton qui annonçait qu'il fallait obéir : « je n’ai nul besoin de votre compagnie ; vous voyez cette porte, voilà votre chemin; marchez, et si vous avez le malheur de toucher à ce chien, je vous suspendrai à sa place, quand même vingt sirs Henri Clinton réclameraient vos services. » En achevant ces mots il se remit en route avec le sergent, et le colporteur descendit en toute hâte Ja colline. »
Birch n’alla que jusqu’à un buisson qu’il rencontra bien à propos pour s’y cacher; car il avait le plus grand désir de voir la fin de cette scène extraordinaire.
L’écorcheur, dès qu’il se vit seul commença à jeter des regards inquiets autour de lui, afin de découvrir la cachette de ses persécuteurs. Pour la première fois lui apparut l’horrible idée que les vachers avaient réellement lintention de le faire périr; il supplia instamment pour qu’on vint le remettre’ en liberté, et promit par des paroles incohérentes de donner des renseignements importants; il méla à ces offres des plaisanteries affectées sur ce qu'il appelait leur plaisanterie, pouvant à peine croire que leurs intentions fussent aussi terribles qu’elles le paraissaient. Mais düand il entendit le bruit des chevaux qui s’éloi-
gnalent sur la route et qu’il n’äperçut aucun secours humain, ün tremblernent violent l’agita, et là terreur fit sorir ses geux de léurs orbites : il tenta un effort désespéré pour atteindre la poutre, mäis Ses forces étaient trop épuisées; il mit là corde entre ses dents pour tâcher dé la rompre, mais vainement, et il gliSsa de toute la lohguéut de 5es bras : à c moinent ses cris devinrent aigus. |
« Au secours !... coupez la corde !.… capitainé!.. Birch! bon colporteur!… à bas le congrès! Sergent! pou l'amour de Dieu, au secours !.… vive lé roi! Oh Dieu! oh Dieu! miséticordel… miséricorde! .… miséricorde!»
Sa vaix s’embarrassdit, et l’une dé ses fnains cherchia à s’introdüire entre la corde et son cou. Il y réussit en par:
tie, mais l’autre retomba Sur son côté, Un frémissement tonvulsif parcourut tout son corps, et il ’offrit plus bientôt qu'un cadavre hideut et livide.
‘ Birch continuait à contempler cé speetacle avec une sorte de vertige. Dès qu’il fut terminé, il plaça ses mains sur ses oreillés et sé mit à courir vers la route!
Mais les cris de la victime continuaient à retentir dans son imagination, et il se passa bien du temps avant qu’il eût cessé de penspr à cet horrible événement.
Les vachers continuèrent tranquillement lut cherhin comme si rien ne fût arrivé, .et le corps de l’écorcheur resta sus:
pendu , balancé par les vents, jusqu’à ce que lé hasard eñt conduit en €e lieu jes as de quelque maraudeur.