CHAPITRE XXXIII
Qu'un gason tonjours vert rècouyré ta tombe i de mes jours heureux ; nu] ne-t’a cohnu sang entr: nul ne te nommaït que pour te louer.
- Hpreps:
‘ Panpis due ces événernents sé pssaient , le capitaine Lawwton conduisait sa petite troupe, par des chemins longs et pénibles, des Quatre-Coins au lieü où se trouvait l’ennemi. Lawton manœuvrä avec tant dé succès pendant quelques
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temps , qu'il déjoua tous les pièges de l'enñeïni, ët il Ni cacha si bien la falblesse de sà troupe, ui lui fit toujours craindre une attaque de la part des Amériedins. Cette politique temporisante du capitaine n’était die ae ordres qu’il avait recus dè soñ commändant. - :
Quand Dünwoodie quitta soh détaéhemient, ôn Savait que l’enñiemi s’avantait à petifes journées, et il dénnd l’ordre à Lawtôn de lé harasser jusqu’à ce que son retour et l’arrivée d’un corps d’infantetie lui pérniissent de lui couper la retrdite. n Le cavalier s’acquitta de son devoir À la lettre, mais non sans éprouver cette impatience qui faisait partie de sop caracièré quand on l’epêchaif d’ättaquer.
Pendant ces motvements Betty Flanagan conduisait sa petite charrette avec un zèle infatigable patmi les rochérs de Westchester, tantôt discutant ävec le sergent Hollister suf la nature des mauvis esprits, tantôt débaitant ävec le chirurgien diverses questions pratiques qui s’élevaient à tous moments éñtre eux. Mais enfin arriva l'instant qui deait mettre fin à leurs querelles, et détider à qui resterait le champ de bataille. Un détachement de la milite de Pést sortit de sës forts et s’äpprocha de l'ennemi. | La jonction entre Lawton et séë auxflliaires se fit 4 minuit, et les deux clefs tinrent sur-lé-Charnp Cohseil. Après avoir entendu les rapports di capitäjhe , qi rabaissait la valeur de sés ehñémis, Île commandait dü corps auxiliairé décida qu’on attadüerait les Anglais dès que lé jout permettrdit dé recohnaître leur position, sans attendre l’arfivéé dé Dunwoodie ét üe ses dfägons. fjès qu'ils éurent pris cette décision, Lawton sortit du bâtiment où ils avdiént délibéfé et re»
foignit sa petite troupe.
Les dragons qui accompagnafëht le capitairie avaient attaché fébrs chevaux rès d’une meuje de foin, ét eux-mêmes étaient couchés alentoùr pour tâche de prendre quelques héüres de repos.
Mais le docteur Sitgreaves, lè sergent
L'ESPION
Holistes et Bettÿ Managan, formant ug groupe isolé à quelque distance, s'étaient jetés sut des couvertures qu’on avait étendues sur la surface sèche d’un rocher. Lawton étendit son grand corps À côté du chirurgien, s'enveloppa de son manteau, et là téte appuyée sur d'añe de 865 mins 11 parut contempler aitentivement la lune qui semblait voguër majestueusement dans les nuages.
Le sergurit était assis sür son séant par æespect pour la conversation que le chirurgien avait daigné entéiner; la blanchisseuse soulévait de tenips én temps sa tête pour Boutenir quelques-unes de ses maximes favorites, et la replaçant aussitôt sur un de ses tonneaux de genièvre, tâchait de trouver le sommeil.
« Ainef , sergent, » continua l'opérateur , qui s'était arrêté un instant pendant que Läwton prehait l’attitude que nous avons décrite, «si vous frappez du bas en häut, vôtre coup n'étant pas appuyé pat l'addition de votre poids, en devient moins destructeur sans rien perdre du but qu’on se propose, celui de mettre son enneini hors de combat. »
« Bah, Bäh! ion cher sergent, » dit la blanchissétisé en lévant sa tête de dessous 5a éouvertüre, « quel mal y at:il à ôter la vie dans une bataille Sont-ve les trouges régülières qui vous feront grâce en se battant? Demandez aù capitaine Juck vommieñit le pays regrouvrerait sa liberté, si ces braves gar-
ons ne frappuient pas de touté leur } Je ne voudrais pas leur voir dé- #honoïer ainsi le whÿskey qu'ils boivent. |
— On ne doit pas s'altéridre qu’une femme ignorante comme vous l’êtes, thistriss Flahaganh , » reprit le docteur avecun calme qui rendéit ëncore son dédain plus poignant pouf Bettÿ, « puisse comprendre les distinctions de lé science bhirurgicale ; vous n’étes pas plus entendue aur 18 maniement du sabre, de sortë que toutes les dissertations possibles ne yous seraient utiles ni dans la théorie ni dans la pratique.
- — Je ne nl'inquiète pas beducoup de
| | 343 tous vos radotages, » dit Betty en remettant la tête sous sa couverture, «mais on ne se bat pas pour rire, et on ne doit pas s'inquiéter comment on frappe et qui on tue, pourvu que ce soif un ennemi.
— Croyez-vous que la journée sera chaude, capitaine Lawton , » demanda le chirurgien en se détournant de la blanchisseuse avec un profond mépris,
— C'est plus que probable, » reprit le cavalier, d’un ton qui fit tressaillir son compagnon; «il est rare que ces iliciens ne fassent pas un champ de bataille sanglant , soit par leur lâcheté soit par leur ignorance , et le véritable soldat en paye la folle enchère.
" — Etes-vous malade, John? » dit le chirurgien en passant sa main le long du bras du capitaine, jusqu’à ce qu’il s’arrétât sur son pouls: mais le battement calme et régulier n’annonçait aucune indisposition physique ou morale.
« C’est mon cœur qui est malade, Archibald , quand je vois la folie de mes chefs qui croient qu’on livre des batailles et qu’on gagne des victoires avec des hommes qui manient un mousquet comme on manie un fléau, des drôles qui clignent de l'œil quand ils lâchent la détente, et qui forment une ligne semblable à un cerceau ; c’est la
confiance que nous avons en eux qui fait
couler le meilleur sang du pays. »
Le chirurgien écoutait cette philippique avec surprise ; ce n’était pas le sujet, mais le ton qui le surprenait. Le cavalier avait toujours montré, à la veille d’une bataille, un empressement, une ardeur directement opposés au sangfroid admirable qu’il possédait en tout autre temps; mais il y avait maintehant dans sa voix un ton d’abattement et dans son regard un vague inexplicable : il était tout différent de luimême. Le docteur hésita un instant pour réfléchir comment il s’y prendrait pour tirer parti de ce changement afin de propager son système favori.
« 11 serait prudent, John, de conseil.
ler au colonel de se tenir à une distance
raisonnable de la portée du fusil; une balle morte peut mettrehors decombat.….
-— Non, » dit impatiemment le cavalier; » que les coquins se brülent la moustache à la gueule des mousquets anglais , si l’on réussit à en faire aller quelques-uns jusque-là. C’est assez parler d'eux... Archibald , croyez-vous que cette lune soit un monde comme celui-ci, contenant des créatures semblables à nous ?
- « Rien n’est plus probable, mon cher Jonh; nous en connaissons le volume, et en raisonnant par analogie, nous pouvons supposer son usage ; mais que ses habitants aient atteint dans les sciences cette perfection que nous possédons , c'est ce qui dépend grandement de l’état de sa société, et jusqu’à un certain point de ses influences physiques.
, — Je m'inquiète fort peu de leurs sciences ; mais c’est une puissance merveilleuse que celle qui peut créer de semblables mondes et les gouverner dans leur cours. Je ne sais pourquoi, mais j'éprouve un sentiment profond de mélancolie quand je contemple ce corps lumineux, légèrement ombré par ce que vous appelez des terres et des mers : on serait tenté de croire que c’est le séjour des esprits bienheureux après la mort.
— Buvez une goutte, mon chéri, »
dit Betty en relevant encore la tête et en lui présentant la bouteille. C’est l'humidité de la nuit qui vous gèle le sang , et puis la conversation des maudits miliciens est malsaine pour un esprit fougueux. Buvez une goutte, bijou, vous dormirez jusqu’au jour. J’ai moimême donné à manger à Roanoke, car j'ai prévu qu’il aurait demain une rude besogne.
. — Quel glorieux spectacle nous offre ce ciel! » continua le cavalier sur le ” même ton , et sans faire la moindre attention à l'offre de Betty; « il est pitoyable que les passions d’insectes tels que les hommes déshonorent une œuvre si glorieuse.
— Vous dites vrai, mon cher John; il y a assez d’espace pour que chacun
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vive en paix et jouisse des douceurs de Ja vie, si chacun se contentait de ce qui Jui appartient... Néanmoins la guerre a ses avantages... elle fait surtout faire des progrès à l’art de la chirurgie, et.
— Voilà une étoile, » interrrompit Lawton en poursuivant le fil de ses idées , « qui lutte entre ces nuages flottants ; peut-être est-ce aussi un monde renfermant des êtres doués de la même raison que nous. Croyez-vous qu’ils sachent ce que c’est que la guerre et l’effusion du sang ?
— Si j'osais me permettre de dire un
mot , » dit le sergent Hollister en portant machinalement la main à son bonnet ; « il est dit dans la sainte Écriture que le Seigneur fit arrêter le soleil tandis que Josué chargeait l’ennemi, afin, je pense, qu’il pût voir clair à tourner leur flanc, ou peut-être pour faire une feinte à l’arrière-garde, ou quelque chose de semblable; par conséquent si le Seigneur est venu en aide à Josué, se battre n’est pas péché; mais ce qui m’embarrasse , c’est de penser qu’ils se servaient de chariots au lieu de dragons, qui sont, certes, bien plus propres à enfoncer une ligne d’infanterie; car il était facile de tourner ces chariots et tombant sur leurs derrières, de faire un fier remue-ménage dans leurs chevaux et tout l’équipage.
. — C’est parce que vous ne connaissez pas la construction de ces chars de guerre que vous en jugez si désavantageusement, dit le chirurgien. Leurs roues étaient armées d’instruments tranchants , qui coupaient les colonnes d’infanterie comme les parties divisées d’une substance. Je ne doute pas que si l’on ajustait de pareils instruments à la charrette de mistress Flanagan, on ne vit aujourd’hui même , une grande eonfusion parmi les rangs des ennemis.
— Je ne crois pas que ma jument consentit à avancer quand elle entendrait le feu des troupes régulières , »
.murmura Betty sôus sa couverture ;
« quand nous avons ramassé le pillage, le jour qu’on les chassa de Jer-
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sey, c’est moi qui ai été obligée de conduire la pauvre bête au milieu des morts; car du diable si elle aurait avancé d’un pied, avec ses grands yeux ouverts, quand elle entendait le feu... Roanoke et le capitaine Jack suffiront bien pour les habits rouges sans m'envoyer avec ma jument. »
Un long roulement de tambours, venu de la colline qu’occupaient les Anglais, annonça qu’ils étaieut sur le quivive, et un signal analogue se fit ausitôt entendre du côté des Américains. La trompette des Virginiens sonna son air martial, et en peu d’instants les deux collines, celle où étaient les troupes royales, et celle qu’occupaient leurs ennemis, furent en mouvement.
Le jour commençait à paraître , et
chaque parti se prépara, l’un à com-.
mencer l'attaque, l’autre à la soutenir.
Les Américains avaient grandement l’avantage du nombre; mais, quant à la disciple et à l'équipement, les Anglais étaient bien supérieurs à leurs ennemis.
Les préparatifs du combat furent bientôt terminés , et au soleil levant la milice se mit en mouvement. Le terrain n’était pas favorable pour la cavalerie, et le seul devoir qui pût lui être assigné consistait à épier l'instant de la victoire pour tâcher de la compléter. Lawton fit sonner le boute-selle, et con-
fiant ses dragons à la garde d’Hollister,
il parcourut seul les lignes de l’infanterie, qui, vêtue de divers uniformes et imparfaitement armée, semblait plutôt offrir un échantillon de désordre militaire. Un sourire de dédain erra sur les lèvres du cavalier, tandis que d'une main habile il conduisait Roanoke dans les zigzags de leurs rangs ; et, dès que le signal de la marche fut donné, il
tourna le flanc du régiment, et sui-
vit à l’arrière. Les Américains avaient à descendre dans un petit ravin, et à gravir une colline opposée paur s’approcher de l’ennemi.
La descente se fit avec assez de calme jusqu’à ce qu'ils fussent arrivés presqué au pied de la colline ; à ce moment,
les troupes royales s'avançaient sur une belle ligne, tandis que leurs flancs étaient protégés par la nature du ter-
rain. Dès que les Anglais parurent, les
miliciens commencèrent leur feu. Il réussit assez bien ; car les troupes régulières parurent s’ébranler ; mais les officiers anglais les eurent bientôt ralliées, et ils tirèrent des volées l’une après l’autreavecbeaucoupdecalme. Pendant quelque temps le feu fut vif et destructeur, mais bientôt les Anglais s’avancèrent, la baïonnette en avant ; la milice n'avait pas assez de discipline pour soutenir cet assaut. Sa ligne s’ébranla, puis s'arrêta, et enfin se divisa par compagnies et par fragments de compagnie, ne faisant plus qu’un feu irrégulier et momentané.
Lawton avait gardé le silence pendant cette manœuvre, et il ne le rompit que lorsqu'il vit le champ de bataille eouvert de partis de fuyards américains. Aussi, à ce moment , il parut ressentir la honte qui retombait sur les armes de son pays.
Il galopa le long de la colline, et rappelant les fuyards avec toute la force de sa voix de Stentor , ii leur montra l’ennemi, en assurant ses compatriotes qu’ils se trompaient de chemin. Il y avait, dans son exhortation, un mélange d’ironie et d’indifférence, qui fit que quelques-uns s’arrétèrent de surprise. D’autres se joignirent à eux jusqu’à ce qu’enfin, animés par l'exemple du cavalier, et sentant leur courage renaître, ils demandèrent à étre reconduits à l’ennemi.
« En avant donc, mes braves amis, »
s’écria Lawton, en tournant la tête de son cheval du côté de la ligne anglaise, dont le flanc se trouvait très-près de lui. « Avancez, et ne faites feu que lorsque vous pourrez leur brûler les sourcils. »
Les soldats s’élancèrent, et suivirent son exemple , ne faisant ni ne recevant de feu que lorsqu'ils se furent approchés à une très-petite distance de l’ennemi. Un sergent anglais, qui se trouvait caché par un rocher, furieux de Paudace de cet officier, qui osait ainsi
. La
Praver leurs armes, sortit de son cou-
vert, et, s’avariçcant à quelques pas du
‘cavalier Ie coucha en ‘joué avec son mousquet. | |
" « Tire, et tu es mort! » s’écria Lawton, en donnant un coup d’éperon à son éoursier , qui s’élança aussitôt en avant.
” Son mouvement et le son de sa voix épouvantèrent l’Anglais, qui fit partir ‘sa, détente d’une main mal assurée.
Roanoke fit un bond, et tomba privé de vie aux pieds de son meurtrier.
Lawton se relevà aussitôt, et s’élança en face de son ennemi, qui, présentant la baïonnette, fit un effort désespéré pour l'atteindre. Des étincelles jaillirent sous l’acier de leurs armes, et la baïonñette vola à cinquante pieds en l'air. Au même instant l'Anglais n’offrit plus qu'un corps inanimé.
‘« En avant, » s’écria Lawton, en voyant paraître sur la colline, un corps d’Anglais qui fit une décharge régulière. « En avant , » répéta-t-il, en brandissant son sabre d’un air farouche. En cet instant sa taille gigantesque se replia en arrière; il tomba comme le pin majestueux sous la hache; mais en tombant lentement, il continuait à brandir son sabre, et sa voix sonore continuait à répéter les mots , « En avant. »
Les Américains s’arrétèrent, saisis de terreur, en voyant Île sort de leur nouveau chef; puis, se retournant aussitôt, ils abandonnèrent la victoire aux troupes royales.
Ce n'étaient ni l'intention ni la politique du commandant en chef de poursuivre les fuyards; il savait que des renforts de troupes américaines ne tarderaient pas à arriver ; ils ne s’arrêtèrent donc que pour recueillir les blessés, et, se formant en bataillons carrés, ils se tetirèrent vers leurs vaisseaux. Vingt minutes après la mort de Lawton., il y avait plus ni Anglais ni Américains sur le champ de bataille.
” Quand on appelait aux armes les habitants du pays, ils étaient nécessairement accompagnés de chirurgiens tels qu’en pouvait fournir cette science, en-
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core au berceau dans l’intérieur du pays.
Le docteur Sitgreaves avait, pour Îé$ chirurgiens de la milice, un mépris tout aussi profond que l'était celui du capitaine pour les régiments miliciens, 11 se promenait donc sur le champ de bataille, jetant un coup d’œil expressif de mécontentement sur les opérations qu’il voyait faire; mais voyant que, parmi les troupes éparses, il ne rencontrait pas son camarade et son ami, il retourna en toute hâte à l'endroit où
dolister avait été posté, et lui de-
anda si le capitaine était de retour.
Il reçut, on le pense bien, une reponse négative. Rempli de mille craintes, le chirurgien, sans réfléchir aux dangers qu’il pourrait rencontrer, parcourut le terrain d’un pas rapide, pour gagner le point où s'était livré le dernier engagement. Une fois déjà le chirurgien avait sauvé Ja vie de son ami dans une pareille situation , et il éprouva un certain sentiment de joie et de confiance dans son art, en apercevant Betty Flanagan assise par terre , et soutenant sur ses genoux la tête d’un homme qu’il reconnut aussitôt, à la taille et à Puniforme, pour être le cavalier. S’étant approché, le chirurgien s’alarma en voyant l'aspect de la blanchisseuse.
Elle avait jeté de côté son petit chapeau noir, et ses cheveux, qui commençaient à grisonner, tombaïent en désordre sur son visage. .
« John, mon cher John! » dit le docteur avec tendresse, tout en appuyant ses doigts sur le pouls insensible du cavalier; mais il le laissa retomber aussitôt , comme s’il eût craint d’interroger la vérité. « John, mon cher John, où êtes-vous blessé P puis-je vous étre de quelque secours?
: —Vousparlez à une argile insensible, »
dit Betty, en se balançant le corps, et en jouant d’un doigt distrait avec les boucles des cheveux noirs du cavalier:
«il ne vous entendra plus, et il ne s'inquiète plus guère de vos sondes et de vos médecines. Hélas ! hélas! et que deviendra la liberté maintenant? qui
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L'ESPION
sera là pour se battre? qui remportera la victoire?
. —«John, répéta le chirurgien qui ne pouvait se décider à en croire ses sens infaillibles ; « cher John, parlezmoi; dites ce qu’il vous plaira, pourvu que vous me parliez. Oh! Dieu! » s’écria le chirurgien, en cédant à toute son émotion, « il est mort! si au moins J'étais mort avec lui !”
© — homme et la bête, tout dit adieu à la vie et aux batailles, continua Betty, voilà le pauvre animal, et voici son maître. C’est moi qui aujourd’hui ai, pour Ja dernière fois, donné à manger au cheval, et c’est ma main qui avait préparé le dernier repas de son maitre. Hélas! hélas! faut-il que le capitaine Jack ait vécu pour étre tué par les Foupe régulières.
— John , mon cher John!» disait le chirurgien, et des sanglots convulsifs eptrecoupaient sa voix; « ton heure est arrivée, beaucoup d'hommes plus prudents te survivent, mais il n’en est pas de meilleur ni de plus brave. Oh!
John, tu étais mon véritable ami, et un ami bien cher. Il n’est pas philosophique de s’affliger ; mais, pour toi, John, il faut que je pleure, et dans toute l’amertume de mon cœur. »
Le docteur se cacha le visage dans ses mains, et, pendant plusieurs œinutes , il céda à une explosion de douleur irrésistible, tandis que la blanchisseuse exhalait son chagrin par des paroles, agitant son corps de tous côtés, et froissant dans ses doigts diverses parties de l’uniforme de son favori.
« Et qui sera là, disait-elle, pour encourager ces pauvres garçons à présent.
Ah! capitaine Jack ! eapitaine Jack!
vous étiez Fâme de la troupe , et nous ne connaissions guère le danger quand vous vous battiez. Hélas! Il n'était pas homme à chercher querelle à une pauvre veuve quand sa viande ‘était bréiée , ‘ou . son déjeuner n’était pas prêt. Buvez une goutte, bijou, ça vous ranimera peut-être... Hélas ! il ne boira plus jamais... Voilà le dogteur,
mon mignon, avec qui vous aimiez tant à jaser, qui pleure comme si la pauvre âme voulait mourir pour ous... Hélas!
: est parti, et la liberté est partie avee ui! »
Un grand bruit de chevaux £e fit eutendre sur la route qui passait près de l'endroit où était tombé Lawtan ; ét aus: sitôt tout le corps des Virginiens parut; ayant Dunwoodie en tête. La nouvelle dé la mort du capitaine lui était parvemne; car , dès qu’il eût aperçu le corps ; il fit faire halte à l’escadran , et, descendant de cheval, il s’approcha aussitôt. Le visage de Lawton n'était en aucune facon défiguré, mais son front eonservait ; malgré la mort, lair ant qu’il avait pendant la bataille. Tout en li semblait plutôt annoncer le sommeil.
Dunwoodie saisit sa main, et le contempla un instant en silence. Mais bientôt son œil noir se ranima, et la pâleur qui s’était répandue sur ses traits fit place à une teinte d’un rouge vif sur chaque joue.
« C’est avec son sabre que je le ven.
gerai , » s’écria-t-il, en cherchant à dégager larme de la main de Eawton; mais elle resista à tous ses efforts. « On l’enterrera avec lui... Sitgreaves , cha+gez-vous de notre ami... Je cours venger sa mort. »
Le major se hâta de rejoindre sa.
troupe, et, montant à cheval, à la can duisit à l'ennemi.
Pendant ce temps le corps de Lawton avait été exposé en vue de tont Pesça= dron. Il en était le favori, et ce spestacie enflamma tous les cœurs ; ni les officiers ni les soldats n’avaient plus çe calme si nécessaire pour assurer le succès daps les opérations militaires, mais ils galopèrent à toute bride après leurs ennemis, brûlant tous du même désir ds vengeance. |
Les Anglais s'étaient formés en un bataillon carré, dont le centre contenait leurs blessés qui n'étaient qu’en petit nombre; ils traversaient un terrain très-inégal au moment où les dragons arsivèrent. La cavalerie chargea ea en-
lonne , conduite par Dunwoodie, qui, brûlant du feu de la vengeance , voulait galoper sur leurs rangs, et les enfoncèr du premier choc ; mais l’ennemi connaissait trop bien ses forces, et, se tenant de pied ferme, il recut la charge sur la pointe des baïonnettes.
Les chevaux des Virginiens reculèrent, et l’arrière-rang de l'infanterie fit aussitôt une vive décharge ; te major et quelques-uns de ses hommes tombèrent.
Les Anglais continuèrent leur retraite dès qu’ils se virent débarrassés des assaillants, et Dunwoodie, qui était grièvement mais non dangereusement blessé, empécha ses dragons de contiuner une attaque inutile dans ce terrain montueux. |
I] restait à remplir un triste devoir.
Les dragons se retirèrent lentement dans les collines, emportant leur commandant blessé , et le corps de Lawton.… On enterra ce dernier sous les remparts d’un des forts des montagnes, et l’on confia le major aux tendres soins de son épouse affligée.
Bien des semaines se passèrent avant que le blessé fût en état d’être transporté; pendant ce temps combien de fois ne bénit-il pas le moment qui lui ‘avait donné droit aux soins de sa belle gardienne. Elle le veiilait à son chevet avec une tendre attention , administrait de ses propres mains chaque ordonnance de linfatigable Sitgreaves , et devenait de plus en plus chère à son époux.
Bientôt un ordre de Washington en-
voya les troupes en quartier d'hiver, et Dunwoodie reçut avec le grade de lieutenant-colonel la permission de se retirer dans sa plantation, afin d’achever de s’y rétablir. Le capitaine Singleton l'y accompagna, et toute la famille quitta le théâtre de la guerre, pour aller goûter le repos et le bonheur à la terre du major.
Avant de quitter Fishkill une main
inconnue leur fit parvenir des lettres qui leur annonçaient que Henri était en sûreté, et que le colonel Wellmere avait quitté le continent pour son île natale,
FENIMORE COOPER
chargé du mépris de tous les honnêtes gens de l’armée du roi.
Ce fut un heureux hiver pour Dunwoodie, et l’on vit reparaître le sourire sur les traits charmants de Frances.
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