‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 31 sur 108 · Cofjin, en français cercueil · texte numérisé non relu

Cofjin, en français cercueil

FENIMORE COOPER

nomie à une expression presque riante, à mesure qu'il considérait les: traits animés de la jeune fille. « Que Dieu bénisse votre gracieuse figure et vos yeux noirs, madame ! Vous avez donc entendu parler du vieux Tom-le-Long ?

Sans doute c'était à propos des coups qu’il porte aux poissons ? Je suis vieux :

maintenant , et je suis lourd; mais, avant ma dix -neuvième année, je menais la danse au Cap, et cela avec une partenaire presque aussi jolie que vous, jeune dame : oui, c'était lorsque mon nom n’avait encore que trois baleines à son compte.

— Non, » dit Catherine en s’avançant

avec vivacité de deux ou trois pas du

côté du vieux Tom, et ses joues rougirent tandis qu’elle poursuivait ; « non; j'ai entendu parler de vous comme de l’instructeur dans les devoirs d’un marin, comme du fidèle contre-maître, comme du compagnon et de l’ami dévoué de Richard Barnstable.. Mais peut-être venez-vous en ce moment chargé d’un message de sa part ? » |

Le nom de son commandant rappela soudain à Coffin quelles étaient les causes de l’indignation qu'avait calmée la présence de la jeune fille : il reprit son maintien sévère et rude ; et, fixant d’un regard courroucé Dillon tremblant devant lui, il Papostropha avec cet accent sourd et retentissant que l'habitude des tempêtes fait à la longue contracter à ceux qui sans cesse luttent contre elles.

« Eh bien, vil menteur ! que direzvous à cela ? Qui est-ce qui a amené le vieux Tom au milieu de ces écueils et de ces passages? est-ce une lettre?

Ah! de par le Seigneur qui fait souffler les vents et qui enseigne aux marins à gouverner leurs barques ! vous dormirez cette nuit sur les planches de /” Ariel, lâche coquin! et si la volonté de Dieu est que ce jeune et beau navire coule à fond conime un vaisseau délabré par le temps, vous irez dormir avec lui dans les abîmes de la mer; oui, et vous y dormirez à votre aise, jusqu’à ce qu'il

LE PILOTE

plaise au Très-Haut de faire enfin Pappel de tout son équipage pour la manœuvre dernière. » |

La véhémence extraordinaire du langage et de l’attitude qu'avait pris le vieux matelot , l’indignation qu’exhalait chaque regard de son œil terrible, la nature de son discours et leffet qu’il produisit sur Dillon, aussi craintif devant lui que le lièvre devant le chasseur, tout s’unissait pour frapper d’étonnement les trois femmes. Elles se turent durant quelques minutes ; cependant Tom s’approcha de sa victime consternée, lui noua les mains derrière le, dos, et l’entoura d’une corde solide dont il attacha l’autre bout à sa large ceinture : ainsi, tout en conservant le libre usage de ses armes, il s’assurait que le prisonnier ne pourrait fuir.

« Certainement , » dit Cécile, recouvrant la première dans le groupe dont elle faisait partie l’usage de la parole, « certainement M. Barnstable ne vous a point donné l’ordre d'accomplir un pareil acte de violence sous le toit de mon oncle et sur la personne d’un parent du colonel Howard. Miss Powen, votre ami s’est étrangement oublié en cette occasion, si cet homme n’agit en effet que pour lui obéir.

— Mon ami, chère cousine, répliqua Catherine, n’aurait jamais ordonné ni au contre-maître , ni à personne, d’exécuter aucun acte indigne de lui. Parlez, honnête marin, pourquoi traitez-vous ainsi le digne M. Dillon, le cousin du colonel Howard , le commensal de l’abbaye de Sainte-Ruth.

— Mais, Catherine.

— Mais, Cécile, un peu de patience.

Laissez parler ce brave homme ; il résoudra sans doute la difficulté. »

Le contre-maître ayant compris qu’on attendait de lui une explication, s’empressa de la donner avec l’énergie qui convenait également à la nature du sujet et à celle de ses propres sentiments. En peu de mots, obscurcis toutefois par le jargon technique dont il avait l’habitude, il raconta comment Barnstable

avait mis sa confiance en la parole de Dillon, et comment Dillon avait violé sa parole d'honneur. On l’écouta avec une surprise croissante , et Cécile put à peine attendre sa conclusion pour s’écrier.

. «Et le colonel Howard aurait pu préter l'oreille à cet odieux complot ?

— Ma foi, ils l’ont tramé de conserve, répliqua Tom; mais un des croiseurs du moins ne se tirera point d'affaire comme il aurait bien voulu.

. — Borrougheliffe lui-même, ajouta miss Howard, tout insensible et endurci qu’il soit, se récrierait contre une pareille infamie..

— Mais M. Barnstable! » interrompit Catherine , lorsqu’elle put enfin donner cours à sa pensée. « N’avez-vous pas dit que des soldats étaient partis pour aller à sa recherche.

— Oui, jeune dame, oui , » répondit le contre-maître avec un ton d’ironie presque féroce, « ils se sont mis en chasse ; mais il a changé d’ancrage.

D'ailleurs qu’ils tâchent de le rencontrer,

et ses longues piques n’auront pas beau-

coup de besogne à se débarrasser d’une douzaine d’habits rouges. Mais que le souverain maître des tempêtes et des calmes prenne pitié du schooner ! Ah!

jeune dame, la vue de l’Ariel est pour un vieux marin chose aussi agréable que votre présence pour tout être humain.

— Et pourquoi ce retard P partez donc , honnête Tom , et informez votre chef de la trahison qu’on a complotée contre lui. Il n'est peut-être pas trop tard encore. Partez sans délai.

— Le vaisseau est .en panne faute de pilote. Je pourrais conduire un bâtiment tirant trois brasses d’eau à travers les écueils de Nantucket, et par la nuit la plus noire qui jamais ait obscurci les lumières du ciel; mais, quant à cette navigation-ci, je cours risque de m'’échouer contre des brisants. D'ailleurs il est à présumer que je ferai quelque rencontre qui me rendra nécessaire l’usage de mes forces et de mes armes.

— Si c’est là tout , dit vivement Cathe.

rine, je vais vous montrer un sentier qui conduit à l'Océan en évitant les sentinelles anglaises. »

Jusqu’à ce moment Dillon avait nourri

l'espoir secret de voir arriver du secours. Aussi , lorsqu’il entendit émettre cette proposition, tout son sang reflua vers son cœur, et sa dernière espérance sembla s’évanouir. Alors il se releva, quittant la posture d’humiliation où da crainte et la honte l'avaient retenu depuis le commencement de la scène, comme s’il eût été cloué sur la place, et se rapprochant de Cécile, il l’apostropha d'une voix pleine de terreur.

« Ne consentez pas, miss Howard, ne consentez pas à ce que je sois livré aux fureurs de cet homme ! Votre oncle, l'honorable colonel , il n’y a qu'un instant, approuvait ma ruse qui, après tout, n’est qu’un stratagème en usage à la guerre.

— Mon oncle n’applaudirait point à un projet de trahison délibéré comme celui-là, soyez-en certain, monsieur Dillon , » répliqua Cécile avec froideur.

« Il y a pris part, j'en jure par.

— Menteur ! » interrompit la voix Sourde du contre-maître.

Dillon tressaillit aux sons terribles de cette voix qui pénétra jusqu’au fond de son ame. Puis, à mesure que son Anagination se représentait les ténèbres de la nuit, les ravines profondes que formaient les rochers , et les vagues agitées de l’Océan , il se sentit dominé par une crainte plus impérieuse des dangers auxquels il allait être exposé dans un tête-àtête avec son ennemi, et il renouvela avec une instance plus suppliante ses sollicitations

« Écoutez-moi! une fois encore, écoutez-moi, miss Howard! Je vous en supplie, écoutez- moi! Ne suis-je pas votre parent et votre compatriote ? n’abandonnerez-vous à la fureur sauvage, impitoyable, infernale de cet homme qui me transpercera avec son. Oh!

Dieu ! si vous aviez été témoin du spectacle auquel j'ai ce matin assisté sur PAlacrity!.… Écoutez-moi, miss Wo-

FENIMORE COOPER

ward ! Par l’amour que vous portez à votre Créateur, intercédez pour moi!

M. Griffith sera relâché.

— Menteur ! » interrompit de nouveau Coffin. |

« Que promet-ïl? » demanda Cécile, tournant encore une fois ses regards vers le misérable Dillon.

« Ce qu'il n’a point l'intention de tenir, dit Catherine. Suivez - moi, honnête Tom, et moi, du moins, je vous conduirai loyalement.

— Cruelle, cruelle miss Plowden!

Aimable et douce miss Alice, ne refusez pas d'élever la voix en ma faveur. Votre cœur n’est pas endurci par les dangers imaginaires de ceux que vous aîmez.

— Ne vous adressez pas à moi, » dit Ahce, dont les regards émus étaient baissés vers la terre. « J'espère que votre vie ne court aucun danger , et j’implore celui qui a toute puissance pour qu'il permette que vous restiez sain et sauf.

— Partons ! » dit Tom, en saisissant par le collet le faible Dillon, et le portant plutôt que le dirigeant vers la galerie. « Si vous faites entendre le moindre son, pas plus haut que le jeune marsouin qui respire l'air pour la première fois, je vous promets, lâche coquin , de vous faire assister de nouveau au spectacle dont vous avez été témoin sur l’Alacrity. La pointe de ce harpon est bien affilée, et mon vieux bras sait encore le manier. »

Cette menace réduisit au silence le prisonnier , qui s’efforca même d’étouffer sa respiration difficile et troublée.

Obéissant avec une docilité contrainte à son conducteur, il suivit comme lui les pas légers de Catherine. Elle les guida à travers plusieurs passages secrets de la maison, jusqu’à ce qu'après quelques minutes de marche, ils eussent atteint une petite porte ouvrant sur les jardins. De là sans s’arrêter pour délibérer , elle traversa l’enclos däns toute sa largeur , et vint ouvrir une espèce de poterne qui n’était point celle par où Tom était entré à son arrivée. Là, après lui avoir désigné un sentier dont on

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pouvait suivre les détours à travers les champs, elle lui souhaita une heureuse route d’une voix qui trahissait tout l'intérêt qu’elle prenait à la réussite de son entreprise. Puis, semblable à une vision aérienne, elle disparut.

Tom n’avait nullement besoin qu’on lengageât à hâter sa marche maintenant qu’il savait de quel côté la diriger.

Assurant donc ses pistolets à sa ceinture, et posant la pointe du harpon sur sonépaule, iltraversales champs d’un pas que son compagnon ne put suivre qu’au prix des plus grands efforts. Une ou deux fois Dillon hasarda quelques mots, mais une sévère injonction du matelot le rappela au silence. Enfin, lorsqu'ils approchèrent de la côte, il fit un dernier effort pour obtenir sa liberté, et balbutia à la hâte la promesse d’une forte récompense. Le contre-maître ne répondit point. Aussi le prisonnier se flattait-il déja d’une heureuse réussite dans son projet, lorsqu'il sentit la pointe du harpon, aigue et froide, s'appuyer sur sa poitrine, dont les vêtements et même la peau étaient tant soit peu déchirés par l’arme tranchante.

« Menteur ! dit Tom. Encore un mot, et je la pousserai jusqu’au cœur. »

De cet instant Dillon fut silencieux comme le tombeau. Ils atteignirent le sommet des falaises sans avoir rencontré le détachement qu’on avait envoyé à la recherche de Barnstable. C'était non loin de l’endroit où l’on avait récemment débarqué. Le vieux marin fit une courte halte sur le rebord du précipice, et plongeant au loin son regard expérimenté, il examina la vaste étendue d'eau qui se déployait devant lui. La mer ne dormait déja plus dans son calme trompeur. Elle roulait de lourdes vagues qui , se brisant contre des rochers , lancaient au loin leurs blanches crêtes d'écume. Après avoir promené un Coup d'œil tout le long de la ligne que formait à l’est l'horizon, il laissa échapper un grognement à moitié étouffé, et, frappant violemment du manche de son harpon contre terre , il poursuivit sa

route sur le rebord même du rocher.

Aux menaces vagues qu’il semblait murmurer entre ses dents, Dillon, pâle et tremblant, crut que sa dernière heure était venue. Son guide, dans son agitation, prenait plaisir à marcher ie long du précipice sans paraître s'inquiéter du danger de faire un faux pas. Cependant l’obscurité était si profonde, et le vent, dont l'Océan leur envoyait de soudaines bouffées , était si violent, qu’à plusieurs reprises le malheureux prisonnier se vit sur le point d’être entraîné dans l'abîme. Mais force lui était, lié comme il se trouvait , de suivre l’impulsion de son chef de file.

Du reste, celui-ci avait ses motifs pour s’aventurer de la sorte dans cette voie dangereuse. Quand ils eurent parcouru la moitié de la distance à peu près qui séparait le point du débarquement de celui où Barnstable avait désigné le lieu du rendez-vous, le son deplusieurs voix parvint indistinctement à leurs oreilles durant une des pauses silencieuses que leur laissait le bruit du vent de mer. Le contre - maître s’arrêta tout court. Il préta durant une seule minute la plus sérieuse attention , et sa résolution parut décidément prise. Se tournant vers Dillon, il lui adressa la parole, et quoique l'essor de sa voix fût retenu, elle avait une expression pleine de fermeté.

« Un seul mot, et vous êtes mort !

Descendez au bas du rocher, et servezvous pour cela de léchelle du marin.

Il y a des corniches dans le roc pour poser vos pieds, et des trous pour fixer vos mains. Allons, en marche, s’il vous plaît, ou bien je vous jette à la mer, comme je ferais du cadavre d’un ennemi.

— Grace ! grace ! s’écria Dillon. Je pe pourrais en venir à bout à la clarté du jour, comment le ferais-je par une nuit si nôire ?

— Marchez ! ou je. »

Dillon ne répliqua rien, mais descendit en tremblant le long du précipice qui s’ouvrait sous ses pieds. Un instant

il s’arréta sur une espèce de plate-forme étroite que formait le rocher; mais le contre-maître , qui le suivait, vint bientôt l’en déloger. Alors le malheureux, ainsi repoussé, se trouva balancé dans l'air par la corde qui seule le soutenait -encore, et sentit, avec une profonde terreur , que son corps était suspendu au-dessus des vagues qui frappaient si violemment le pied de la falaise.

Un cri involontaire s’échappa de sa poitrine, et ce cri retentit dans la nuit comme lappel sinistre du génie des tempêtes.

« Encore un cri pareil et je coupe la corde qui vous retient, dit le résolu marin ; puis vous ferez connaissance avec l’eau salée pour une éternité. »

Un bruit de pas et de voix devint alors parfaitement distinct , et sur le sommet des rochers apparut un groupe d’hommes armés, précisément sur leurs têtes.

« C'était une voix humaine , dit Pun d'eux, et la voix d’un homme en détresse.

— Elle ne peut venir des gens que nous cherchons , répliqua le sergent Drill, car jamais voix de sentinelle donnant le mot d’ordre n’a poussé de pareils cris.

— On dit que durant la tempête on entend souvent des cris semblables le long de cette côte,» observa quelqu'un dont la voix n’avait pas l’assurance de celle des soldats. « On dit que ce sont les gémissements des marins noyés dans la mer. » |

Un faible rire s’éleva du milieu des auditeurs , et deux ou trois plaisanteries furent échanzées aux dépens de la superstitieuse recrue. Pourtant la scène ne manqua pas de produire son effet, même sur les personnes les plus incré- ‘dules; car, après un petit nombre de remarques du même genre, toute la troupe battit en retraite d’un pas que la nature de cette conversation contribuait probablement à précipiter.

Le contre-maître, qui s'était maintenu durant tout ce temps-là aussi immobile et aussi ferme que le rocher qui le sou-

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tenait, quoiqu'il eût à porter , outre son propre poids , celui du corps de Dillon,

éleva la tête, dès qu'ils furent éloignés, pour reconnaître les lieux; puis il souleva son prisonnier devenu presque insensible, et l'ayant placé en sûreté sur le sommet de la falaise , il le suivit bientôt. Du reste , il ne perdit pas un instant en inutiles explications, et poussa en avant son compagnon avec la même célérité que précédemment. En peu de minutes ils parvinrent au ravin désigné.

Tom y descendit avec l’aplomb d’un marin, entraînant l’autre avec lui. Il s'arrêta dès que les vagues baignèrent ses pieds en épandant sur le sable leur blanche écume, et jeta les yeux sur la mer d’alentour. Quand il eut découvert la barque dont la forme noire se jouait à la surface de l’eau :

‘« Holà ! les Ariels, par ici ! » cria-t-il d'une voix que le vent porta jusqu'aux oreilles des soldats qui se retiraient. Ils ne firent que hâter leur marche en entendant ces sons que leur peur supposait provenir d’être surnaturels.

« Qui nous hèle?» répondit la voix bien connue de Barnstable.

: « Jadis votre maître , aujourd’hui votre serviteur, » répondit le contre-maître en improvisant une espèce de mot d’ordre pour la circonstance.

« C’est lui! dit le lieutenant. Virez de bord, mes enfants! virez et gagnez le rivage. »

Tom prit Dillon dans ses bras , et le jetant sur son dos comme un léger bagage, il franchit les brisants écumeux qui le séparaient encore de la barque, et avant que le malheureux eût pu articuler la moindre observation ou la moindre prière, il le déposa sur le banc à côté de Barnstable.

« Qui donc avons-nous là? demanda le lieutenant. Ce n’est point Griffith.

—Levez le grappin , et ramez ferme,»

dit le contre-maître avec gravité. « Oui, si vous aimez l’Ariel, il faut ramer, mes enfants , tant que la force et la liberté vous en sont laissées. »

Barnstable connaissait son homme,

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et ne proféra point une seconde question tant que la barque resta dans la himite des brisants. Tantôt elle rasait les sommets arrondis des vagues, tantôt elle se glissait à travers les creux profonds qui les séparaient ; mais fendant toujours l’eau avec audace, elle volait, rapide, vers le havre où le schooner était à l’ancre.

Cependant quelques phrases brèves mais amères de Tom expliquérent au lieutenant la trahison de Dillon et le danger de /” Ariel.

« Les soldats ne sont pas bien pressés de répondre à un appel de nuit, » observa le matelot en terminant, « et, d’après ce que j’ai entendu , l’exprès envoyé pour prévenir le commandant de la batterie aura à faire un long détour afin de doubler la baie où elle est située.

Aussi, sans ce maudit vent du nord-est, serions-nous encore assez à temps pour les découvrir ; mais cela ne dépend à présent que du bon vouloir de la Providence. Force de rames, mes braves!

force de rames! Cette nuit notre salut est dans la vigueur de nos bras. »

Barnstable écouta dans un profond silence le récit auquel il était loin de s’attendre , et qui résonna aux oreilles de Dillon comme la cloche de ses funérailles. Enfin la voix à moitié contenue du lieutenant exhala quelques mots.

« Misérable! dit-il, si je vous jetais à

la mer pour servir de pâture aux pois-

sons, personne ne pourrait me blâmer; mais si mon schooner est coulé à fond, les vagues vous gerviront aussi de cercueil. »

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