III. 45° livraison
de quoi servirait-elle à celui qui ne crairit pas d'étudier la nature humaine en regardant ses semblables en face , et qui possède un bras aussi dispos que sa langue ? En général , j'ai reinarqué que l’œïl le mieux exercé à déchiffrer le latin ne valait rien pour consulter la boussole ou diriger la manœuvre durant une alerte de nuit. Mais Griffith, je dois l’avouer, est un excellent marin, bien que je l’aie vu lire le Testament en grec. Dieu merci! j'ai eu le bon esprit de décamper de l’école le lendemain du jour où l’on entreprit de m’apprendre une langue autre que la mienne, et je crois n’en être, grace à mon ignorance, que plus honnête homme et meilleur marin.
— On ne saurait dire ce que vous seriez devenu en d’autres circonstances, Barnstable, » répliqua sa maîtresse avec ce ton d’enjouement dont elle ne pouvait toujours réprimer la malice, lors même qu’elle s’exerçait aux dépens de celui que son cœur aimait le plus au monde.
« Je ne doute pas qu’avec une éducation
convenable vous n’eussiez fait un prêtre
passable.
— Si vous parlez de prêtres, Catherine, je vous rappellerai que nous en avons un à bord; mais écoutez quel est mon plan. Pour lereste, nous pourrons en parler quand l’occasion se présentera. »
Alors Barnstable lui exposa le projet qu’il avait formé pour surprendre l’abbaye cette nuit même. Il était tellement simple et praticable que Catherine ellemême, malgré les soupçons récents que lui avait inspirés la conduite de Borroughcliffe, crut à sa réussite. Le jeune marin répondit à toutes ses objections avec la promptitude d’un esprit plein d’ardeur pour l’exécution de ses desseins, et avec une fécondité de ressources qui montrait assez qu’il n’était point un ennemi à mépriser lorsqu'il s’agissait d'agir avec activitéet détermination.
Pour ce qui était de Merry, il ne mettait point en doute que le midshipman ne restât inébranlable et fidèle; et , s’il avouait que le colporteur en s’évadant avait pu donner l'alarme, il observait que celui-
ci, n’avant vu de toute sa troupe que lui
seul, ne pouvait donner de renseigne-
ments bien précis ni bien dangereux.
Le développement de ce plan était
fréquemment interrompu par de courtes
digressions que faisaient naître les émotions diverses éprouvées tour à tour par les deux amants. Aussi plus d’une heure s’écoula avant qu’ils se séparassent. Catherine enfin lui fit remarquer avec quelle rapidité le temps se passait, et combien encore il lui restait à faire:
quoiqü’à regret i} consentit donc à la laisser rentrer. Ils se séparèrent.
Pour retourner à la maison, miss Plowden prit les mêmes précautions qu’elle avait prises pour en sortir précédemment; elle se félicitait déja d’avoir réussi dans son entreprise, lorsqu’elle aperçut un homme qui, selon toute apparence, suivait ses pas à peu de distance et surveillait ses mouvements. Elle s'arréta, il s'arrêta aussi; mais à peine eut-elle le temps de jeter de son côté un regard inquiet, car il se retira aussitôt vers le fond du jardin. Elle se persuada que c'était Barnstable qui avait voulu, avant de partir, s’assurer qu’elle était en sûreté; aussi rentra-t-elle à l'abbaye sans avoir conçu d'alarme, et agréablement occupée à réfléchir sur la tendre sollicitude que montrait pour elle son amant.
LR