‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 43 sur 108 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

1 n'avait qu'un seul but! c'était de se venger De son pays ingrat qui l’osait outrager.

Taousos.

ALICE DUNSCOMBE resta sur les sa-

bles, suivant des yeux le point noir que

les vagues et l'obscurité lui cachèrent bientôt, puis écoutant avec un intérêt douloureux le bruit cadencé des rames qui se fit entendre long-temps après que la barque fut déja perdue dans l’horizon. Quand les amis: qui venaient de la quitter ne laissèrent plus de traces ailleurs que dans ses Souvenirs , elle se détourna lentement de la mer , et s’éloigna du lieu où les marins faisaient avec activité les préparatifs d'embarquement pour le reste de leur monde. Un étroit sentier la conduisit encore une fois au

LE PILOTE

sommet de ces rochers où tant de fois elle avait erré, d’où si souvent elle avait dirigé sur l'Océan des regards et des pensées que sa situation particulière ramenait toujours vers le même but.

Les soldats de Borroughcliffe, arrêtés au débouché du ravin, lui firent place avec respect, et les sentinelles américaines ne s’opposèrent sur aucun point à son passage; mais enfin elle parvint à l’arrière-garde où se tenait en personne le vigilant capitaine des soldats de marine.

« Qui va là?» cria celui-ci, qui s’avança en dehors du sombre groupe formé par ses soldats.

« Une personne qui n’a ni le pouvoir ni le désir de vous faire aucun mal, répondit-elle ; c’est Alice Dunscombe qui, avec la permission de votre chef, retourne au lieu de sa naissance.

— Oui, murmura Manuel , voilà encore une de ces politesses de Griffith, qui sont complétement opposées aux règles de la guerre! Pense-t-il qu’il y ait jamais eu une femme sans langue pour parler ? Avez-vous le mot d’ordre, madame , afin que je sache si vous êtes suffisamment en droit de passer ?

— Je n’ai d'autre droit que celui que me donnent mon sexe et ma faiblesse.

— Et ce droit-là suffit, » interrompit une voix qui partait d’une personne jusqu'alors invisible et cachée encore par le tronc d’un chêne, dont les branches nombreuses mais dépouillées s’étendaient presque entièrement sur la place où le piquet de garde était établi.

« Encore! Qui va là? cria de nouveau Manuel; montrez-vous ou bien l’on va faire feu.

— Quoi! le brave capitaine Manuel ferait feu sur son libérateur ? » dit le pilote qui, de son air toujours impassible, quitta sa retraite pour s’avancer vers lui; «il fera mieux de garder ses balles pour l’ennemi que de les dépenser contre ses amis.

— Vous avez commis une dangereuse imprudence, monsieur , en vous approchant aussi clandestinement d’un

poste militaire. Cependant on ne saurait vous refuser quelque connaissance en tactique après la surprise que vous avez si habilement dirigée cette nuit même.

Aussi je m'étonne que vous vous montriez si peu instruit des formes à observer quand on s'approche d’un piquet de soldats.

— Cela est maintenant de peu d’importance, répliqua le pilote; ma science ou mon ignorance doivent vous être également indifférentes, puisque le commandement est remis en d’autres mains peut-être plus capables que les miennes.

Mais je voudrais causer seul avec cette.

dame, monsieur ; c’est une ,connaissance de ma jeunesse, et je l’accompagnerai durant une partie de la route d’ici à l’abbaye :

— Cela serait contraire aux véritables principes de la guerre, monsieur le pilote, et vous m’excuserez si je ne consens pas à ce que vous sortiez des limites gardées par mes sentinelles. Dans le cas où il vous plairait de rester ici pour causer , je tiendrai mes hommes à distance convenable. Cependant aucune position ne me paraît plus propre à notre état d'observation. Vous pouvez voir que j'ai le ravin pour me retirer en cas de surprise. Cette ligne de rochers protége mon flanc gauche, et ce tronc d'arbre couvre ma droite. On pourrait

+ au besoin faire une belle résistance de

cette place-ci; car les plus vieilles troupes elles-mêmes combattent d’autant mieux qu’elles se sentent convenablement couvertes sur les flancs, et qu’elles ont une voie de retraite assurée sur leurs derrières. “

— N'en dites pas davantage, monsieur, je ne voudrais pour rien au monde vous faire perdre une aussi belle position, répliqua le pilote; miss Dunscombe consentira bien à revenir un peu sur ses pas. »

Pour répondre à cette invitation, Alice le suivit, et tous les deux marcherent jusqu’à ce qu'ils eussent atteint un arbre que le dernier ouragan avait couché par terre. Alice s'y assit tran-

quillement , et parut attendre avec patience qu'il expliquât les motifs qui lui avaient fait désirer cette entrevue.

‘ Durant quelques minutes, le pilote se promena de long en large devant lendroit où elle s’était arrêtée. Il gardait un profond silence , et sembiait se consulter lui-même; mais tout à coup il quitta son air distrait, s'approcha d'elle, et s’assit ainsi qu'elle lui en avait donné l'exemple.

« L'heure est venue, Alice, com-

menca-t-il enfin, où il faut nous séparer. C’est à vous de décider si ce sera pour toujours.

— Aloxs que ce soit pour toujours, John !» répondit-elle avec un léger tremblement dans la voix.

«a Ce mot eût été moins cruel si notre rencontre accidentelle n'avait pas eu lieu. Après tout, votre décision est peut-étre conseillée par la prudence; car qu’y a-t-il dans ma destinée pour inspirer à une femme la tentation de la partager ? |

— Si vous voulez dire que votre destinée est celle d’un homme qui ne peut trouver que peu ou point de personnes disposées à partager avec lui ses joies et ses douleurs; si vous voulez dire que votre vie est une alternative continuelle de dangers et de malheurs, de désappointements et de revers, oh!

alors, vous ne connaissez guère le cœur d’une femme. si vous mettez en doute qu’elle ait la force ou la volonté de courir toutes ces chances avec l’objet de son choix. Fe

— C'est vous qui parlez ainsi, Alice!

J'ai donc mal compris vos paroles ou mal interprété vos actes. Mon sort n’est pas celui d’un homme tout à fait abandonné, à moins que vous ne considériez comme tel l’objet de la faveur des princes et du sourire des reines. Ma vie, il est vrai, est semée de dangers, mais elle n’est pas vouée exclusivement aux malheurs et aux revers. N'est-ce pas, Ahce? »

Il s’arréta pour attendre une réponse, mais en vain.

FENIMORE COOPER

« Me suis-je donc trompé dans l'estime que j'ai cru que le monde faisait de mes combats et de mes entreprises ?

je ne suis donc pas, Alice, l’homme que j'aurais voulu être, ni même celui que je croyais être ?

— Vous vous êtes fait un nom parmi les guerriers du siècle, John, » répondit-elle enfin d'une voix à pe'ne articulée, « un nom qu’on peut dire écrit avec le sang.

— Avec le sang de mes ennemis, Alice !

— Avec le sang des sujets de votre souverain naturel ; avec le sang de ceux qui respirent l'air que vous avez respiré comme eux, de ceux qui ont recu les.

mêmes lecons religieuses que vous avez reçues aussi dans votre enfance, mais que vous avez trop tôt oubliées, je le crains. |

— Avec le sang des esclaves du despotisme, » dit-il gravement à son tour:

« avec le sang des ennemis de la liberté, Vous avez vécu si long-temps dans cette triste retraite, vous avez si aveuglé-

ment nourri les préjugés de votre jeu-

nesse, qu'il ne s’est pas réalisé mon espoir de voir fleurir un jour dans le cœur d'Alice Duhscombe les nobles sentiments dont je suis animé.

— J'ai vécu et j'ai pensé comme une femme, comme il convenait à mon sexe et à ma condition ; et quand il deviendra nécessaire que je vive et que je pense autrement , je souhaiterai plutôt la mort.

— Ah! voilà où gisent les premiers germes de la servitude! Une femme qui s'incline dans la dépendance ne peut donner le jour qu’à des misérables 4bjects et lâches qui déshonorent le nom d'hommes.

— Je ne donnerai jamais le jour à des enfants bons ou mauvais, » dit Alice avec ce ton de résignation qui annonçait qu’elle avait renoncé aux espérances ordinaires de son sexe. « J’ai vécu seule et sams appui : eh bien! je descendra’ seule au tombeau, et sans laisser de regrets. »

LE PILOTE

L’aecent pathétique de sa voix en prononçant cet arrêt mélancolique, la douce ét calme dignité de sa fierté virginake, tout contribua à toucher le cœur du pilote, qui garda le silence durant quelques instants, comme par respect pour sa détermination. Chez lui aussi se réveillèrent ces sentiments généreux et désintéressés qu'avait presque éteints une infatigable ambition, excitée encore par l’orgueil: du triomphe. Aussi, lors- . qu’il reprit la parole, ce fut sur un ton plus doux, avec une sensibilité plus affectueuse et un enthousiasme moins exalté.

* « Je ne sais pas, Alice, si, dans la situation où je me trouve ; si, lorsque vous êtes, sinon heureuse , du moins satisfaite de votre sort, je dois essayer de ranimer dans votre cœur les sentiments qu'autrefois j'avais pu croire y avoir fait naître : ce n’est pas après tout une destinée digne d’envie que de partager la vie errante d’un homme tel que moi, d’un homme qu’on pourrait nommer le Don Quichotte de la liberté, d’un homme qui peut , à chaque instant, étre appelé à sceller de son sang la vérite de ses principes.

— Il n’y à jamais eu dans mon cœur d’autres sentiments pour vous que ceux qu’il éprouve encore, et qui n’ont ja-

mais changé, » dit Alice avec une candide sincérité.

« Est-ce bien vous que j'entends ?

ou bien me suis-je trompé sur votre résolution de rester en Angleterre, ou me serai-je plutôt abusé sur vos sentiments d'autrefois ?

— Vous ne vous êtes point trompé, John, ni aujourd’hui ni autrefois. La faiblesse peut être toujours la même; mais avec les années s’est accrue pour la combattre la force que Dieu, dans sa bonté, a bien voulu m’accorder. Mais ce n’est pas de moi, c’est de vous que je désirerais vous parler, John. J'ai vécu comme la simple fleur des champs que l'œil remarque à peine quand elle épanouit son calice au soleil du printemps,set je me fanerai comme êlle

aussi lorsque l'hiver de ma vie arrivera, sans que personne s’aperçcoive de mon absence. Mais votre chute, John, sera semblable à celle du chêne sur lequel nous sommes assis maintenant. On a parlé de sa grandeur et de sa beauté tant:

qu'il est resté debout , et l’on parlera de:

son utilité maintenant qu'il est tombé.

— Eh bien! laissons les hommes pro-.

noncer leur arrêt! répliqua le fier in-connu. La vérité sera connue un jour.

Quand ce jour sera venu, ils diront de-

moi : C'était un guerrier brave et fidèle!

I! à laissé une noble lecon après lui; car

quiconque est né dans la servitnde, mais veut vivre dans la liberté, doit suivre son exemple.

— Tel pourra être le langage de ce peune éloigné que vous avez adopté à la place de celui parmi lequel vous aviez une famille et une patrie, » dit Alice, dont l’œil se fixa timidement sur sa physionomie, comme pour examiner jusqu’où elle pourrait se hasarder sans éveiller sa colère; « mais que diront les hommes du pays où vous êtes né? que diront-ils à leurs enfants? que diront-ils aux enfants de ceux dont le sang coule dans vos veines ?

— Ils diront, Alice, tout ce que Jeur détestable politique leur suggérera, tout cè que leur dictera leur vanité blessée.

Mais un portrait doit être tracé par les amis du héros aussi bien que par ses ennemis. Croyez-vous donc, Alice, que l'Amérique n’ait pas des plumes comme elle a des épées?

— J'ai entendu dire , John, que cette Amérique est un pays où Dieu a répandu ses faveurs d’une main prodigue, où il a réuni plusieurs climats avec leurs fruits divers, où il a donné autant de preuves de sa puissance que de sa bonté. On dit que les fleuves n’y ont point de terme connu, et que les lacs y sont assez vastes pour faire honte à notre Océan -Germanique. On dit qu’elle a des plaines immenses qui s’y recouvrent d’une magnifique verdure, et qu’elle a aussi de ces paisibles vallées où se plaît une ame douce et simple.

En un mot, John, je sais que l’Amérique est un ‘beau pays où il y a des aliments pour toutes les passions, et des objets pour toutes les affections.

— Ah! vous avez donc trouvé dans votre retraite des gens qui ont consenti à lui rendre justice? C’est un pays qui peut à lui seul former un monde. Pourquoi les hommes dont il est l’héritage obéiraient-ils aux lois d’une autre nation P

— Je ne prétends pas discuter sur les droits que les enfants de cette terre . peuvent avoir de faire ce que bon leur semble pour assurer leur bien-être, répliqua Alice. Mais est-il possible qu ayant vu le jour dans un pareil pays, des hommes méconnaissent le sentiment qui rattache un autre homme au lieu où il est né?

— Pouvez-vous douter de leur patriotisme ! » s’écria le pilote avec surprise; « est-ce que leurs efforts pour la cause sacrée qu’ils défendent, est-ce que leur patience à souffrir, est-ce que leurs longues privations ne le proclament pas assez hautement ?

— Et ces hommes qui savent si bien aimer leur pays chanteront-ils la louange de celui qui a levé sur la patrie-de ses ‘pères une main sacrilége ?

— Toujours ce mot de patrie! » interrompit le pilote, qui comprit enfin

le but où tendaient les timides insinua-

.tions d'Alice. « Est-ce que l’homme est une branche d’arbre ou une pierre pour être jeté au feu ou enterré dans une muraille sur le lieu même où le hasard l’a condamné à paraître sur la terre ? Le son de ce mot patrie nourrit la vanité d’un Anglais en quelque lieu qu’il se trouve, mais il paraît avoir des charmes encore plus puissants pour les femmes anglaises.

— C'est le mot le plus cher que puisse entendre une femme, quelle qu’elle soit, John, car ce mot comprend tous les liens qui lui sont le plus chers. Si vos dames de l'Amérique n’en savent point apprécier le charme, toutes les faveurs que Dieu a prodiguées à leur patrie ne

Pa

FENIMORE COOPER

contribueront que pour bien peu à leur bonheur.

— Alice, » dit le pilote, qui ne put rester assis tant il était agité, « Alice!

je ne vois que trop où vous voulez en venir avec vos allusions! mais il est impossible que nous soyons jamais d’accord sur ce sujet; car le pouvoir même que vous exercez sur moi ne peut rien pour me détourner du sentier de gloire où je suis maintenant engagé. Le temps nous presse; parlons d’autre chose, car c’est peut-être la dernière fois que je mettrai les pieds sur le sol de cette île de la Grande-Bretagne. »

Alice se tut quelques instants pour réprimer les sentiments pénibles qu’excitait en elle cette dernière observation.

Mais bientôt, mettant de côté toute faiblesse , elle ajouta, en reprenant le sujet qu'elle croyait de son devoir de traiter jusqu’au bout :

« Et maintenant que vous venez d'y mettre les pieds encore une fois, John, qu’avez-vous donc fait? vous avez détruit le repos d’une famille paisible, vous avez usé de violence envers un vieillard ! Sont-ce là des exploits convenables pour un homme qui recherche cette gloire dont vous avez tant parlé ?

— Pensez-vous que j'aie débarqué, que j'aie placé ma vie entre les mains de mes ennemis, pour un objet aussi peu digne de moi? Non, Alice; le but que je m'étais proposé dans cette entreprise n’a pas été atteint, et dès lors il doit rester à toujours un secret pour le monde entier. Mais sachez au moins que cette démarche que vous condamnez si légèrement avait été inspirée par zèle pour la cause que je sers. Ce colonel Howard jouit de quelque considération auprès de ceux qui sont au pouvoir, et il servira à racheter quelque patriote meilleur que lui. Quant à ses pupilles, vous oubliez que leur patrie, pour parler votre langage, que leur magique patrie est au-delà des mers ; à moins toutefois qu’elles n’en trouvent une autre plus rapprochée sous le noble pavillon de Ja frégate qui les atténd au large. *

Œ&E PILOTE

— Vous parlez d’une Mate: » dit Alice dont ce mot excita soudain Pintérêt ; « est-ce là l’unique moyen que vous ayez pour échapper à vos ennemis ?

— Il faut qu’Alice Dunscombe ait fait bien peu d’attention aux événements antérieurs pour qu'elle puisse m'adresser uné telle question à moi, » dit le pilote avec hauteur; « elle aurait été mieux posée, cette question, si vous aviez dit :

«Est-ce le seul vaisseau devant lequel vos ‘

ennemis aient à fuir pour vous échapper ?

— Il ne m'est pas possible @e calculer mes expressions dans un pareil moment , » continua Alice, dont l’anxiété devenait toujours plus manifeste; « le hasard m'a fait connaître, en partie du moins, un plan formé pour détruire par des moyens soudains les bâtiments américains qui se trouvent dans nos mers. e

— Ce doit être un plan plus soudainement adopté qu’il ne peut être exécuté, ma bonne Alice; et quel est donc ce redoutable plan ?

— Je ne sais si mes devoirs envers la personne du roi ‘ne m'obligent pas à vous refuser toute information à cet égard, » répondit Alice qui hésitait.

« Soit, » répliqua froidement le pilote. « En vous taisant, vous sauverez la vie ou la liberté à quelques officiers de la marine royale. Je vous ai déja dit, Alice, que cette visite sera la dernière que je rendrai à cette île; et que par conséquent cette entrevue.

— Et cependant, » dit Alice comme si elle eût poursuivi le fil de ses propres réflexions , « il ne peut y avoir de «mal à épargner le sang humain, encore moins lorsqu'il s'agit de servir ceux que nous avons long-temps connus et aimés.

— Oui, c’est une doctrine fort simple et facile à soutenir, » ajouta son interlocuteur avec une apparente indifférence , « et pourtant le roi George pourrait se passer de quelques-uns de ses serviteurs : la liste des mignons abjects est si longue!

— Il yavaitun hommg nommé Dillon,

qui habitait dernièrement l'abbaye, mais qui a disparu d’une manière mystérieuse, continua Alice, ou plutôt qui a été fait prisonnier par vos amis. En avez-vous entendu parler, John ?

— J'ai entendu dire qu’il y avait un mécréant de ce nom-là, maïs jamais je ne l’ai rencontré. Alice , s’il plaît au ciel que cette entrevue soit la dernière..

— Il était prisonnier à bord d’un schooner nommé l’Ariel , » ajouta-t-elle sans faire attention à l’indifférence af.

fectée avec laquelle le pilote écoutait sa communication; « et quand il obtint la permission de revenir à Sainte-Ruth, il oublia la promesse solennelle qu’il avait donnée et son honneur qu’il avait engagé, pour écouter les suggestions de sa ma-

lice. Au lieu d'effectuer l'échange qu'il

avait accepté comme condition de sa liberté, il trama une trahison contre ceux qui l’avaient tenu prisonnier. Oui, c'était la trahison la plus infâme, car on l'avait traité généreusement, et sa délivrance était certaine.

— C'était un lâche coquin! Mais, Alice. :

— Écoutez-moi, John, » continua-telle, sentant s’accroître l'intérêt qu’elle prenait à son salut, d'autant plus que luimême y paraissait plus indifférent. « Et pourtant je devrais parler sans fiel de ses erreurs, car il est déja au nombre des morts. Une partie de son plan a dû échouer, car il avait pour objet de couler à fond le schooner que vous appelez l’Ariel, et de s'emparer de la personne du jeune Barnstable.

— Oui, il a échoué doublement; quant à la personne de Barnstable, je l'ai délivrée, et si (Ariel a péri, c’est qu'il a été frappé par un bras plus puissant qu’aucun bras de la terre. Il a fait naufrage.

— Alors la frégate est votre seul moyen de salut. Hôâtéz-vous , John, et ne montrez pas tant d’orgueil et de hauteur, car le moment peut venir où toute votre audace ne tiendra point contre les machinations secrètes de vos ennemis.

Ce Dillon avait également projeté d’ex-

pédier des exprès à je ne sais quel port vers le sud, afin d'y annoncer votre présence dans ces mers, et d'obtenir que des vaisseaux fussent envoyés pour vouë couper la retraite. »

A mesure qu’elle parlait, la physionomie du pilote perdait son expression d’indifférence, et, avant qu'elle eût achevé, son œil s'était fixé gur elle comme pour interroger | sa figure à la faveur de la lueur Mcertaine que les étoiles prétaient au paysage.

« Comment savez-vous cela, Alice, »

Jui demanda-t-il précipitamment; « et . quels vaisseaux a-t-il nommés ?

® — Le hasard m’a rendu l’auditeur invisible du plan qu’ils ont projeté. Je ne . sais si je n'oublie pas ce que je dois à mon souverain... mais, John, ce serait trop exiger d’une faible femme : on ne peut vouloir qu'elle laisse périr l’homme qu’elle a regardé naguère d’un œil favorable, lorsqu’ un mot d'avertissement donné à temps peut lui faire éviter le danger.

— Quelle a regardé naguère d’un œil favorable! En est-il donc ainsi? » dit le pilote, se parlant d’un air distrait ; « Mais, Alice, avez-vous entendu les noms des vaisseaux réclamés, ou bien sa- #ez-vous qu'elle est leur force? Dites-moi leur nom, et le premier lord de votre amirauté d'Angleterre ne pourra rendre un compte de leur situation aussi exact, aussi détaillé que je puis le faire, moi, avec mes propres renseignements.

— Leurs noms? on les a bien certainement mentionnés, » dit Alice avec une tendre expression de mélancolie ; « mais le nom déquelqu’un qui était bien plus près de mes pensées retentissait dans mes oreilles et m’a empéchée de retenir ces autres noms-là.

— Vous êtes la même Alice que j'ai connue autrefois, aussi tendre, aussi bonne ! Et l’on a mentionné mon nom?

Que disaient-ils du pirate? son bras ? vait-il frappé un coup qui eût fait trem-

ler leur abbaye ? l’appelaient-ils lâche ?

dites-moi, femme ?

— On en parlait dans des termes qui

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m'ont affli tendus; car c'est toujours une tâche difficile d'oublier les années qui se sont écoulées, et l’on 'ne parvient pas aisément à déraciner les sentiments qui ont fait le charme de la jeunesse.

— Vraiment , il y a quelque plaisir à savoir qu’au milieu de leurs grossières injures les esclaves me redoutent cependant dans leurs conseils secrets! » s'écria le pilote , qui d’un pas précipité se promenait devant son interlocutrice.

« C’est upe chose à remarquer parmi des homnes surtout qui partagent votre opinion. J espère encore voir le jour où George le troisième tressaillira au seul bruit de ce nom dans l'enceinte même de son palais. »

Alice Dunscombe l’écouta dans un profond silence et d’un air mortifié. I] lui devenait trop évident qu’un anneau

. était à jamais rompu dans la chaîne de

leurs sympathies, et que la faiblesse à laquelle elle s'était elle-même abandonnée n’avait fait vibrer chez lui aucune émotion semblable. Après être restée quelques instants la tête penchée sur son sein, elle se releva avec un maintien plus humble encore qu’à l’ordinaire, et sa voix prit également accent plus doux et plus caline.

a Maintenant que je vous ai communiqué tout ce qui peut étre utile à savoir, il est temps que nous nous séparions.

— Quoi! si tôt! » s'écria le pilote qui tressaillit en saisissant sa main; « c’est une bien courte entrevue, Alice, pour la longue séparation qui va la suivre.

— Qu'elle ait été courte ou qu’elle ait été longue, il n’en faut pas moins qu’elle se termine à présent, répliquat-elle; vos compagnons sont prêts à partir, et je pense que vous seriez un des derniers à consentir qu’on vous abandonnât sur cette côte. Si vous devez encore une fois visiter l’Angleterre, j'espère que ce ne sera qu'après avoir modifié vos sentiments , quant à ce qui concerne ses intérêts du moins. Je vous souhaite le bonheur, J obn, et les bénédictions de

le cœur quand je les ai en- |

LE PILO

Dieu autant que vous vous en montrerez digne.

— Je ne defhande rien davantage, si ce n’est le secours de vos pieuses prières! Mais la nuit est sombre , et je veux m’assurer par moi-méine que vous parviendrez à l’abbaye sans accident.

— Cela n’est point nécessaire , » lui répondit-elle avec la réserve de son sexe; « l'innocent en certaines circonstances ne connaît pas plus la crainte que le plus brave de vos guerriers. Mais il n’y

point ici lieu de rien redouter : je pren-

rai un sentier qui me conduira à l’ab-

son rouiement guerrier et le sifflet du contre-maître donna sur un ton perçant et continu le signal que son oreille exercée savait bien devoir être le dernier avant l’embarquement.

Obéissant donc à cet appel de ses compagnons, cet homme singulier se dirigea vers les barques. Il était profondément absorbé dans ses réflexions, car les sentiments naturels, qui si long-temps avaient étouffé chez lui les rêves passionnés de l'ambition ou peut-être de la vengeance, venaient de se réveiller dàns son cœur avec une violence peu ordi-

baye, sansqueje sois obligéedepasserpar naire. Bientôt il rencontra les soldats les pointsqu’occupent vossoldats,etjene de Borroughcliffe dépouillés de leurs rencontrerai surmaroutequeceluiquiest armes, il est vrai, mais libres et retoujours présent pour protéger un être tournant en paix à leurs quartiers. Heusans défense. Encore une fois, John, reusement pour ces hommes que le je vous dis adieu. » Sa voix fuiblit en pilote était livré tout entier à ses sensacontinuant. « John, vous partagerez le tions personnelles. Il ne fit donc aucune sort commun réservé à l'humanité, @iattention à l'acte de générosité que Grifet vous aurez vos moments de fai- ith avait pris sur sa propre responsabiblesse et de souci. Bappelez-vous alors lité, et il ne sortit de son état de coneeux que vous l@ssez sur cette île teînplation que lorsqu'il se trouva face à méprisée , et peut-être n’oublierez-vous face dans le sentier avec un autre indipas dans le nombre celle dont les vœux vidu : une légère tape sur l'épaule fut pour votre bonheur ont été loin d’être le premier signe de reconnaissance que

intéressés.

— Que Dieu soit avec vous, Alice ! »

répondit-il, touche de son émotion, et oubliant toutes ses illusions de vaine gloire pour se livrer à des sentiments plus purs ; « mais je ne puis permettre que vous alliez ainsi toute seule.

— C’est ici que nous nous séparons, John, » dit-elle avec fermeté; « ici et pour toujours. C’est pour le bonheur de tous deux, quoique je cra'gne qu’il ‘ m’en reste pas beaucoup ni pour l’un ni pour l’autre. »

Elle retira doucement sa main de létreinte qu'il lui avait donnée, et lui répétant encore son adieu d'une voix qui n'était presque plus intelligible, elle se détourna et disparut lentement.

Le premier mouvement: fut certaine-

lui donna Borroughcliffe, puis cclui-ci prit la parole.

« Il'est évident , monsieur, d’après ce qui s’est passé cette nuit, que vous n'êtes point l’homme que vous paraissez étre.

Vous pouvez peut-être bien être quelque amiral ou quelque général des rebelles, je ne sais trop lequel, car le droit de commander a été contesté d’une facon étrange entre vous. Mais que l'autorité appartienne à qui la voudra, peu importe; je prends la liberté de vous dire à l'oreille que j'ai été traité, indignement traité par vous, oui, je le répète, indignement traité par vous tous en général, et par vous personnellement en particulier. » |

Le pilote se redressa comme en sursaut à cette singulière harangue, qui fut

ment de la suivre et d’insister pour prononcée avec toute l’amertume que qu'elle lui permit de l'accompagner; mais pouvait lui communiquer la voix d'un, le tambour des soldats placés sur les ra- hommesicruellement désappointé; mais. chers fit en ce mement même entendre faisant signe au capitaine de partir, it

fit un détour pour continuer lui-même son chemin.

« Peut-être ne n’avez-vous pas bien compris, » poursuivit l’obstiné militaire.

« Je dis, monsieur , que vous vous étes indignement conduit à mon égard, et je ne voudrais pas qu’on crût que j’en dis autant à un homme d’honneur sans avoir le désir de lui procurer l’occasion de manifester son ressentiment : »

En continuant de s’avancer , le pilote aperçut deux pistolets que Borroughcliffe tenait dans ses mains, l’un par la poignée, l’autre par le canon, et le capitaine s’imagina que cette vue avait contribué à hâter le pas du retardataire.

Après l’avoir suivi du regard jusqu’à ce que ses formes se perdissent dans l’ob- * scurité, l'Anglais se dit en lui-même.

a Après tout, ce n’est pas autre chose qu’un simple pilote. Un homme bien né n’aurait pas reçu un dé aussi flagrant de cette manière inattentive.

Ah! voilà la troupe de man digne ami dont le palais sait distinguer les produits de la côte méridionale de Madère de ceux de sa partie septentrionale. Le drôle a le gosier d'un gentilhomme.

Nous verrons comment il s’y prendra pour avaler une allusion délicate à ses fautes. »

Borroughcliffe se plaça de côté pour donner passage aux soldats de marine qui se rendaient au lieu de l’embarquement , et il attendit avec un regard assuré l’arrivée de leur chef. Manuel, qui avait été précédemment informé de l’intention qu'avait Griffith de relâcher les prisonniers, s’était arrêté afin de s’assurer que tous ceux qui étaient en route pour regagner l'intérieur des terres avaient été légalement libérés. Cette circonstance accidentelle fut cause que

les deux officiers ne se rencontrèrent

qu’à une certaine distance de leurs.

troupes respectives.

__ « Je vous salue, monsieur, avec une sincère affection, lui dit Borroughcliffe.

Vous avez eu là un bon fourrage, ca-

pitaine Manuel. » | Ce dernier était loin d’être en dispo-

F ORE COOPER. 9

sition querelleuse , mais il y avait quelque chose dans la voix de l'Anglais qui lui dicta le sens et le tof de la réponse suivante :

« Il aurait été encore meilleur, monsieur , si j'avais eu l’occasion de rendre au capitaine Borroughciiffe quelquesunes des politesses que j’en ai recues.

— Ma foi, mon cher monsieur, vous mettez ma modestie à bout. Certainement vous oubliez la manière dont mon hospitalité a été récompensée. Diable!

deux heures durant , j'ai eu à mâcher ] pommeau de mon épée, et puis on n'aÙ fait faire la culbute dans un coin, et puis un de mes soldats a reçu sur l’épaule une tape d’amitié avec un de ces jolis petits instruments qu’on appelle la crosse d’un fusil. Que je sois damné si je ñe considère pas un ingrat comme appartenant à une espèce de bêtes brutes

peine supérieure aux autres !

— Si la tape amicale dont vous parlez eût été donnée à l’afficier au lieu d’être donnée au soldat, cÉût été encore meilleure justice, » répliqua Manuel avec tout le sang-froid possible; « et la baguette eût suffi sans qu’on eût eu besoin de la crosse pour renverser un gentilhomme qui portait sous sa seule veste la ration nécessaire pour. désaltérer quatre joueurs de violon. |

— Eh bien! vous voilà coupable de la plus noire ingratitude envers votre propre nectar de la côte méridionale, et qui plus est, d’une insulte que je ressens vivement. Je ne vois qu’un moyen de terminer cette guerre de mots, qui, si elle n’est pas prudemment abrégée, nous ménerait jusqu’à demain matin.

— Choisissez la manière que vous croirez vous-même la plus convenable pour en finir avec cette mauvaise querelle, monsieur. J'espère cependant que

.ce ne sera point avec cette connaissance

approfondie des hommes qui vous fait prendre un capitaine au service du congrès pour un amoureux en fuite qui fait voile vers je ne sais quelle ville en green. |

LE PILOTE

-— Autant valait me tirer par le nez que de vous exprimer de la sorte, monsieur, répliqua Borroughcliffe ; en vérité, je crois que cette injure-là me paraîtrait encore moins cruelle que celle que je reçois ! Voulez-vous choisir un de ces pistolets, monsieur? ils ont été chargés pour un service d’une autre espèce, mais, sans aucun doute, ils pourront servir également à celui-ci.

— Moi, j'en ai une paire qui est chargée pour toute espèce de service , »

répondit Manuel, tirant un pistolet de sa ceinture, et reculant de quelques pas. | « Vous allez mettre à la voile pour

J’Amérique ! je le sais ,» observa Bor-

roughcliffe , qui restait en place avec un sang-froid consommé; « mais il me conviendrait davantage que vous pussiez retarder votre marche d’un seul instant.

— Faites feu et défendez-vous ! »

s’écria Manuel , qui se rapprocha de lui avec colère.

Le bruit des deux pistolets se confondit , et les soldats des deux nations, en entendant ce coup unique, accourufent de part et d’autre vers le lieu d’où l’alarme leur était ainsi donnée. Si les Anglais n’avaient pas été dépourvus de leurs armes, il est probable qu’une mêlée sanglante eût ‘été le résultat du spectacle qui s’offrit aux deux troupes lorsqu'elles arrivèrent en même temps sur le lieu de la scène. Manuel était étendu sur le dos sans donner aucun signe de vie; et Borroughcliffe, dont l'attitude avait été jusque-là si froide, si hautaine, si compassée, gisait sur la terre, où il se tenait à moitié assis, à moitié couché.

« En est-ce réellement fait du pauvre diable ? » dit l Anglais sur un ton quisemblait annoncer une espèce de regret. « Au fait, il y avait en lui l’étoffe d’un soldat, et je crois qu’il était presque aussi fou que moi. »

Les soldats de marine, heureusement pour les Anglais et pour leur chef, re-

connurent en cet instant quelques signes :

de vie chez leur capitaine. La balle , en III. 47° livraison.

lui rasant le crâne, l'avait légèrement étourdi. Quand on l'eut relevé, il se

-frotta la tête durant deux ou trois

minutes, comme s’il füt sorti d’un

-rêve. Enfin, reprenant peu à peu toute Sa connaissance , il se rappela l'affaire

dans laquelle il venait d’être engagé, et,

à son tour , s’informa du sort de son

adversaire.

« Me voici, mon digne chef des incognitorum , » lui cria l’autre d’un ton de bonne humeur, « reposant sur le sein de notre mère commune, et ne me trouvant que mieux des deux ou trois veines que vous venez de m'ouvrir à la jambe. Il me sembie cependant que vous auriez pu obtenir le même résultat sans heurter l'os si rudement. Mais je suis d'avis que je vous ai vu aussi couché tout à l’heure sur le sein de notre commune aieule.

— J’y suis resté quelques minutes, à ce que je crois, répliqua Manuel; la balle a tracé son chemin sur mon crâne.

— Hum! sur la tête! » dit Borrough-

cliffe sèchement ; « le coup ne sera pas

mortel, à ce que je vois. C’est bon.

Quant à moi, si je rencontre un pauvre diable qui n’ait qu’une seule bonne jambe, je lui offrirai de jouer sur un coup de dés à qui donnera la sienne à l’autre. Cela fera tout juste un mendiant et un gentilhomme. Manuel, donnezmoi votre main. Nous avons bu ensemble , et nous avons échangé un coup de. pistolet; bien certainement rien ne peut nous empêcher maintenant d’être amis jurés.

— Ma foi! » répondit Manuel, qui continuait à frotter sa tête, « je nv vois pas d’objection insurmontable ; Mais vous avez besoin d’un chirurgien.

puis-je donner quelque ordre qui vous soit utile? Voilà encore le signal d’embarquement. Faites marcher ces drôles

-au pas accéléré, sergent. Laissez-moi

seulement mon soldat, et même je puis m’en passer. |

— Ah! mon cher ami, vous êtes ce que j'appelle un homme bien fait ! s’écria Borroughcliffe. Il n’y a pas de point

faible dans votre forteresse ! Un pareil homme est digne d’être à la tête d’un régiment entier , et non pas d’une simple compagnie. Doucement, Drill, doucement! Maniez-moi aussi doucement que si j'étais fabriqué de terre de pie. Je ne veux pas vous retenir plus long-temps, mon ami Manuel, car j’entends signal sur signal. Ils ont probableient besoin de quelqu’une de vos admirables facultés pour parvenir à se mettre à flot. »

Manuel se serait peut-être offensé de

cette espèce d’allusion que son nouvel ami faisait à la solidité de son occiput ; mais sa facilité de perception était quelque peu génée par un bourdonnement sourd qui semblait précisément avoir établi sa résidence tout près des régions de la pensée. Quoi qu’il en soit, il ren- Ait avec une cordialité réciproque les bons souhaits que l’autre lui avait adressés. Leurs deux mains se serrèrent de nouveau.

quelques paroles d’anitié, Manuel renouvela ses offres de service à Borrougbdliffe, qui lui répondit :

« Ft e vous en remercie tout autant que si je ne vous étais pas déja redevable d’une bonne saignée qui me sauvera ’une attaque d’apoplexie. Mais Drill a déja expédié un messager à B.... pour avoir un chirurgien, et le drôle mettra peut-être le dépôt tout entier à votre poursuite. 4 Adieu done, encore une fois, et si jamais vous visitez TAngleterre en ami, songez qu'il faut que je vous voie.

— Je n'y manquerai pas; et je vous deinande la même promesse pour le cas où vous remettriez les pieds en Amérique.

— Je vous la fais de bon cœur, car j'aurai besoin de votre excellente tête pour me guider parmi vos farouches habitants des bois. Adieu ! conservezmoi toujours nre paace dans vos souvenirs.

— Je ue vous oublierai jamais, mon bon ami, » répliqua Manuel.

U reporta de nouveau la main à sa

Puis, après avoir échangé.

FENIMORE COOPER

tête, dont il ressentait si violemment les battements qu’il s’imaginait les entendre. Puis les deux militaires se serrérent une dernière fois la main, en se renouvelant la promesse de se revoir. Enfin ils se séparèrent comme deux amants qui ne se quittent qu’à regret. Leurs adieux auraient fait honte à l'amitié de Pylade et d’Oreste.

teen te

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