‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 49 sur 108 · EN · texte numérisé non relu

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Sc le vice a sa contagion, heureusement la vertu a de même sa sympathie. Sans un pareil secours contre la basse tendance des passions humaines, il resterait peu d’espérance de voir jamais se réaliser les vœux que forment les hommes bons et honnêtes pour le progrès de la justice et de la philanthropie.

De tous les sentiments généreux le plus universel est l’amour de son pays. Nous admirons généralement l’homme qui se sacrifie pour le bien de la communauté à laquelle il appartient ; et nous condamnons sans pitié celui qui, s'armant de sophismes ou sous le vain prétexte de la nécessité, tourne son bras ou ses talents contre la terre qui l’a vu naître, et à laquelle il doit un éternelle fidélité. La trahison a souillé les plus hauts noms, a détruit les plus belles espérances. Tout Romain qui sacrifia à son pays les liens les plus étroits du sang est l’objet de notre vénération, mais à cause de sa déloyauté nous méprisons Coriolan, ses succès et sa valeur. Il y a une pureté dans le vrai patriotisme qui élève l’action qu'il inspire bien au-dessus des bas motifs de l’intérêt personnel, et qui dans la nature des choses efface ces vulgaires services rendus à sa famille et à ses proches. C'est la beauté, c’est l’éclat de l'élévation de l’âme, sans une ombre d’intérêt personnel.

Depuis plusieurs années l’auteur de ces volumes faisait sa résidence dans l'habitation d’an personnage célèbre, non moins remarquable par la vertu sublime dont nous venons de parler et dont il donna tant de preuves durant les jours orageux de la révolution d'Amérique, que par les hauts intérèts dont il fut chargé dans l’espace de cette mémorable période. La conversation tomba sur les effets que produit sur le caractère des hommes un grand motif politique, et les nobles conséquences qui résulteut de l'amour de son pays quand ce sentiment est puissamment éveillé chez un peuple. Son âge, ses services, sa connaissance des hommes, dans une pareille conversation, devaient principalement laisser la parole à ce personnage. Après avoir longtemps insisté sur la manière remarquable avec laquelle la grande lutte de la nation, pendant la guerre de 1776, imprima une nouvelle et noble direction aux pensées et aux usages de peuples qui, peu de temps avant, n'étaient occupés que des affaires les plus vulgaires de la vie, il appuya

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son opinion d’une anecdote dont il garantissait la vérité, puisque lui - même y avait joué je rôle principal.

Les discussions entre l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique, quoique n’étant point strictement une dispute de famille, avaient beaucoup de ressemblance avec une guerre civile. Bien que cette dernière nation ne fut point proprement et constitutionnellement sujette de la première, néanmoins les habitants des deux pays devaient fidélité à un roi commun.

Les Américains, comme nation, niaient cette fidélité, et les Anglais de leur côté aidant leur souverain à regagner ce qu’il avait perdu de sa puissance, il dut naître nécessairement de ce conflit une foule de sentiments nouveaux.

Une grande quantité d'émigrants d'Europe, alors établis dans les colonnies se rangèrent du côté de la couronne, et dans beaucoup de districts s’unissant aux Américains qui refusaient de violer leur fidélité , ils donnèrent d’abord une prépondérance décidée à la cause royale. L'Amérique était trop jeune alors, et avait trop besoin de chaque cœur et de chaque bras, pour regarder avec indifférence ces divisions partielles, bien que petites par rapport à la masse. Le mal était prodigieusement accru par l’activité des Anglais à profiter de ces discords intérieurs, et il devint doublement sérieux, quand un corps d’armée levé dans ce pays même se joignit aux troupes de l’Euroÿe pour réduire ces républiques naissantes. Le congrès nomma aussitôt un comité secret et spécial qui prit des mesures contre cette agression. Le narrateur de l’anecdote, M. M..., était le président de ce comité. |

Dans la charge et les nouveaux devoirs qu'il avait à remplir M. M... eut occasion d'employer un agent dont les services différaient peu de ceux d’un espion ordinaire. Cet homme, comme on doit s’en douter, avait une existence et une condition qui ne lui supposaient point de répugnance pour revêtir un caractère aussi équivoque. Il était pauvre et ignorant, eu égard à éducation ordinaire, mais froid, rusé et hardi de sa nature. Son office était de savoir dans quels lieux du pays les agents de la couronne fesaient de secrets efforts pour recruter des hommes, de s’y rendre, d’enrôler lui - même, de paraître zélé dans la cause qu'il affectait de servir, et de s’emparer aiusi Ces secrets de

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l'ennemi. 1 les communiquait à ceux qui l’employaient; ceux-ci cherchaient tous les moyens possibles de déjouer les plans des Anglais, et souvent leurs efforts étaient suivis d’un plein succès.

On doit bien penser que de semblables fonctions étaient environnées de grands risques ; un danger qu'il courrait journellement était de tomber dans les mains des Américains euxmêmes, qui toujours dans les actions de cette nature sévissaient plus sévèrement contre leurs compatïiotes due contre les Européens. En effet l'agent de M... fut plusieurs fois arrêté par les autorités. localés ; moins heureux dans une äatre circonstance, il fat condamné à être pendu. Des ordres prompts et particuliers envoyés au geôliér dé sa prison lé sauvèrent d’une mort ignominieuse ; fl mi fut permis de s'échapper, et le danger qu'il venait de courir servit merveillénsement le caïractère qu’il prenait auprès dés Anglais. Dans sa petite sphère il était regardé par les Américains comme un hardi et obstiné tory. Il continua de servir son pays de cette inanière ét en secret durant les premières années dé cette guérre, environné de périls à toute heure, ét le constant objet d’un opprobre non mérité.

L'année …. M... fni élevé à un haut emptof dans one Coùr de l’Europe. Avant de quitter sa place au congrès, fl présenta à ce corps un extrait des circonstances que nous venons de tracer, où ayañt eu soïn de supprimer le nom de son agent, il demandait une récompense en faveur d’un homtné qui, au risque dé sa vie, avait été d’une si grande utilité. Une sommé convenable fut sur-le-champ votée, et remise entre les mains du président du comité secret, pour sa destination.

M... employa les moyens nécessaires pour assigner à son agent une entrevue personnelle: le lieu du rendez-vous fut dans un boîs à minuit. Là, M... complimenta son compagnon sur sa fidélité et son adresse, lui inontrant toutefois la nécessité de tenir le secret sur leur entrevue, et finalement lui présenta l’argent dont il était porteur. L'autre fit un mouvement en arrière, et refusa de l’accepter. « La nation , dit-il, a besoin de tous ses moyens ; et quant à moi, je puis travailler, et gagner ma vie de différentes manières. » Toute espèce de persuasion et d'instance fut inutile tant le patriolisme était dominant dans le cœur de cet homme si remarquable; et M... fut obligé de s’en retourner, remportant l’or qu’il avait apporté, et plein d’un profond respect pour cet individu, qui si long-temps avait hasardé gratnitement sa vie pour une cause que tous deux servaient.

Quant à l’auteur il pense que plus tard l'agent de M... consentit à recevoir une récompense des services qu’il avait rendus, mais

à une époque où son pays pouvait largement supporter cette charge.

Il est inutile d’ajouter qu’une anecdote pareille simplement mais énergiquement racontée par un des principaux acteurs, fit une impression profonde sur tous ceux qui l’entendirent, Après plusieurs années, des circonstances qu’il serait superflu de rapporter, et d’une nature tout à fait étrangère, déterminèrent l’auteur à composer un roman, qui devint le premier d’une longue suite d’autres. Les mémes causés toutes foriuites dont ce livre est pour ainsi dire né, ont prescrit et la scène de son roman et son caractère général. La première fat établie dans un pays étranger, et l’autre fut formé de mœurs étrangères. Quand ce roman parut il devint matière à reproche de la part des amis de l’auteur. « Comment , disaient-ils, lui, Américaîn de cœur et

. de haïssance, pouvait-il lancer dans le monde

un ouvrage qui, en quelque sorte, nourrissait parmi ses compatriotes, des imaginations jeunes et inexpérimentées de peintures tirées d’un état de société si différent de celui auquel il appartenait. » Mais l’auteur bien persuadé que sa composition était parement accidentelle, ne s’empressa pas moins de détourner de dessus sa tête un tel reproche; il se détermina donc à s’infliger un nouveau livre, comme la seule expiation qui fât en son pouvoir, livre dont le sujet n’élèverait aucune chicane dans le monde, et hul scirüpute dans son âme. C6 fut le pe-

triotisme qu'il choisit pour sujets; il est donc

inütile d’avertir ceux qui lisent cette introduction et le livre même, que l’auteur a pris pour héros le héros de l’anecdote que nous venons de citer, comme le personnage qui se piêtait le mieux aux développements de cette vértu prise âbstractivemrent.

Dépuis la publication de l’Espion, se sont montrés sur K scène des varactères de certains personnages qu'on a supposé s'être présentés à l'esprit de l’auteur quand il écrivait. Mais comme M... ne fit jamais mention du nom de son agent, l'écrivain n’a pu appliquer l'identité de cet agent à tel ou tel individu dont il trace le caractère. Chacun de son côté, Washington et sir Henri Clinton, avaient un nombre prodigieux d'émissaires secrets ; car cela ne pouvait se faire autrement dans une guerre domestique où les adversaires étaient de même sang et parlaient la même langue.

Le style de cet onvrage, dans l'édition nouvelle, a été revu par l’autenr lui-même. Sous ce rapport , il en eût peut-être moins coûté de le reconstruire en entier qne de Île réparer, ainsi qué l’on fait d’un édifice en ruines. En dix ans l’Amérique a grandi d’un siècle, et la litléraiure n’est pas le moindre phénomène dans cette progression. On attendait si peu de la pu-

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