CHAPITRE XXXV
De l'Océan vous qui fûtes l’orguril, : Venez d’un frère mort entourer le cercueil ! Respectez son repos, et déplorant sa perte.
Défendez les lauriers dont sa tombe est couverte !
Vers sur Tripp.
Ic1 peut-être il serait sage de laisser tomber le rideau sur ce drame imparfait : à l'imagination de chacun alors le soin de distribuer avec équité les dons de santé, de richesse et de honheur que les strictes règles de la justice poétique accordent aux divers personnages de notre histoire. Mais, comme nous ne sommes pas disposés à quitter aussi froidement ceux avec qui nous avons eu pendant long-temps des relations amicales, comme d’ailleurs il ne nous reste plus rien à dire qui ne soit aussi véridique que les pages précédentes, nous ne voyons aucune bonne raison pour abandonner avec tant de brusquerie nos personnages. Nous allons donc essayer de retracer brièvement les événements de leur vie postérieure. Notre seul regret, dans cette occasion, sera que les limites légitimes des romans modernes ne nous permettent point d’y intercaler maintes scènes de joie ou d’émotion qui nous donneraient l’agréable espoir de voir encore quelqués-uns de nos tableaux vivifiés par le pinceau si vif et si vrai de Dunlap.
Suivant donc la marche de la frégate vers ce rivage d’où notre plume patriotique n’aurait peut-être jamais dû nous écarter, nous nous mettrons à l’œuvre, en montrant d’abord Barnstable et son épouse si rieuse, si sensible, si gaie et si tendre, notre Catherine aux yeux noirs. Le vaisseau se fraya vaillamment un chemin à travers les nombreuses et redoutables croisières de ses ennemis.
Arrivé au port de Boston, Barnstable y trouva la récompense de ses services, c’est-à-dire sa promotion au grade qui
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lui donnait définitivement le droit de commander une frégate. Durant le reste de la guerre, il remplit ses nouvelles fonctions avec zèle et habileté, sans rentrer dans la maison de ses pères, dont un héritage le mit en possession avant que la paix eût établi d’une manière stable, non seulement l’indé-
ndance de sa patrie, mais aussi sa réputation d’habile et courageux marin.
Quand le gouvernement fédéral jeta les fondations de sa marine actuelle, il se laissa tenter par l'offre d’une nouvelle commission, et quitta ses foyers pour combattre encore plusieurs années dans les rangs de ces braves qui servirent leur patrie aux temps d’épreuve et de danger. Heureusement toutefois qu’il lui fut souvent permis de garder à bord sa Catherine qui, n’ayant point d’enfants, consentit volontiers à partager avec lui les hasards et les privations de l'Océan. De cette manière, ils descendirent gaiement , et, nous l’espérons, heureusement aussi, la vallée de la vie, car Catherine démentit les ironiques prédictions de son tuteur, et, tout bien considéré, fut toujours une épouse tendre , soumise et dévouée.
Le jeune Merry, qui, avec le temps, devint un homme, resta près de Barnstable et de Catherine, tant qu’il fut convenable de le conduire à la lisière.
Quand il obtint son premier commandement, il l’exerca d’abord à l'ombre
du glorieux pavillon de son parent.
Plus tard, dans son âge mûr, il continua à se montrer tel que sa jeunesse en avait donné lespérance assurée, un brave, actif et infatigable marin. 1 vivrait encore aujourd'hui, honoré de l'estime de ses concitoyens, s’il ne fût tombé victime d’un duel contre un officier étranger.
Le premier acte du capitaine Manuel en remettant le pied sur le sol de la patrie fut de demander à reprendre son rang dans l’armée de terre, chose qu’il ne lui fut pas difficile d'obtenir. Il eut donc le plaisir après lequel son cœur avait si long-temps soupiré, celui de
commander une parade de pied ferme :
il arriva à temps pour prendre part aux magnifiques succès qui signalèrent la fin de la guerre, comme aussi aux calamités dont l’armée eut à supporter l’épreuve.
Son mérite ne fut point méconnu par le congrès lors de la réorganisation des forces nationales, et il suivit Saint-Clair d’abord, puis son remplaçant plus heureux, Wayne, dans leurs campagnes de l'Ouest.
Vers la fin du siècle à peu près, quand les Anglais abandonnèrent, assez tardivement, il est vrai, leur ligne de postes
sur nos frontières, Manuel fut chargé
avec sa compagnie de garder un petit fort sur la rive d’un de ces grands fleuves qui bornent au nord le territoire de la république. Le drapeau anglais flottait précisément en face de lui sur les remparts plus réguliers d’une citadelle tout récemment bâtie dans les nouvelles limites du Canada. Manuel n’était pas homme à négliger les observances de l’étiquette militaire : aussi, ayant appris que ce poste voisin était sous les ordres d’un officier supérieur, il-ne manqua point de se présenter en temps convenable chez ce personnage, afin de cultiver une connaissance que leur position respective devait rendre pour l’un et pour l’autre non seulement agréable, mais aussi nécessaire. L’Américain n'avait point songé , en s’informant du rang de l’Anglais, à demander en même temps son nom; mais quand un invalide à jambe de bois, à figure pourpre et conique, lui fut présenté sous le titre de major Borroughcliffe, il n’eut point de peine à reconnaître son ancien ami de Sainte- Ruth. Les relations que renouèrent entre eux ces dignes militaires furent de tous points conformes au ton sur lequel
jadis elles avaient commencé : même .
elies devinrent si régulières qu’une cabane fut construite, au milieu de la rivière, sur une île, espèce de territoire neutre, afin que leurs festins et leurs orgies pussent y être célébrés sans scandale pour l’une ou l’autre des garnisons. Là ils discutèrent savamment
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sur les qualités de plus d’une pièce de venaison , sur les mérites de ces oiseaux et de ces quadrupèdes précieux que nourrissent les districts sauvages de l’ouest, et les retraites les plus cachées du fleuve furent également mises à contribution pour compléter le menu de leurs banquets délicats. Une contribution équitablement répartie fut perçue sur leurs deux bourses pour faire face aux dépenses de leurs rencontres amicales , et chacun prit pour soi une part des soins qu’exigeait une correspondance assez étendue avec les parties du globe qui seules pouvaient leur fournir certains produits plus raffinés que ceux de leurs solitudes. Tous les liquides qui proviennent de la fermentation des grains, et les vins à teinte foncée qu’Oporto réchauffe, appartenaient de droit au département de Borroughcliffe, qui les faisait arriver par le golfe de Saint-Laurent jusqu’au théâtre de leurs joyeux ébats. Manuel, par contre-coup, était chargé de la mission plus importante de procurer la généreuse liqueur qui mûrit sur le territoire de Madère; et son ami, s’en rapportant tout à fait sur ce point à son excellent jugement, se bornait seulement à lui recommander quelquefois de choisir les produits de la côte méridionale. |
Il n'était pas rare que les jeunes officiers des deux garnisons fissent allusion à la bataille dans laquelle Borroughcliffe avait perdu sa jambe. Alors l'enseigne anglais chuchotait à l'oreille de son collègue américain que cela avait eu lieu durant la dernière guerre, lors d’une affaire désespérée sur la côte nord-est de son île natale, affaire où le major s’était tellement distingué au service de son roi qu’il avait obtenu son grade actuel sans avoir à en faire la finance, comme on disait. Une espèce de courtoisie nationale empêchait les deux vétérans, car ils l’étaient alors, de participer a cette conversation délicate :
cependant toutes les fois qu’elle avait lieu à la fin de leurs banquets, Borroughcliffe se permettait de trahir la
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part qu’il y prenait, au point de rappeles à son ami, par un coup d’œil caractéristique, des événements depuis longtemps passés, et cette ingénieuse démonstration ne manquait point d’éveiller dans celui-ci des souvenirs confus qu’il exprimait en se grattant la tête, comme on a coutume de le faire en pareil cas.
Les années s’écoulèrent de la sorte sans que la bonne harmonie existante entre les deux postes füt troublée en rien par les passions haïneuses qui divisaient leurs métropoles respectives ; mais la mort de Manuel y mit un terme.
Jamais ce rigide observateur des règles de la tactique ne s’aventurait sur le terrain neutre de l'île, à moins d’y étre accompagné par un détachement de ses braves soldats ; il les formait en piquet régulier avec un assortiment convenable
. de sentinelles. Pour lui rendre justice,
c'était une mesure dont il recommandait également l’observation à son voisin, comme aussi essentielle au maintien de la discipline qu’utile pour éviter toute surprise de la part de l’une ou l’autre des garnisons. Le major toutefois se dispensait volontiers de cette oiseuse formalité; mais il avait un trop bon naturel pour s’offenser de la défiance manifestée de la sorte par son singulier commensal. Dans une malheureuse circonstance, l’importation de quelques nouveaux produits du Portugal ou des Canaries devint lorigine d’une discussion qui se prolongea fort avant dans la nuit.
Lorsque Manuel quitta la cabane pour rejoindre son piquet, il y laissa mémoire et raison, au point de ne savoir que répondre lorsque la sentinelle lui demanda le mot d'ordre. C'était un soldat qu’il avait si admirablement dressé que le drôle, au moins en tant qu’il s'agissait du service militaire, fonctionnait à l’égal d’une machine, sans plus d’égard pour les amis que pour les ennemis toutes les fois que les lois de la guerre étaient en jeu. Aussi, triste histoire à raconter !
Manuel mourut-il de la main d’un des siens : toutefois il survécut assez de temps
au coup mortel pour justifier le coupable, et il expira en faisant à Borroughcliffe le panégyrique de la parfaite instruction qu’il était parvenu à donner à sa troupe.
Peu de temps avant ce fatal accident, an baril de vin avait été demandé pour les deux amis sur la côte méridionale de l’île de Madère. À la mort de Manuel il était en route sur les eaux rapides du Mississipi et de l'Ohio, car on l'avait fait venir par la Nouvelle-Orléans , afin de l’exposer plus long-temps à la bienfaisante influence du soleil. La fin prématurée de son ami obligea Borroughcliffe à se charger lui-même d'aller recevoir l’objet si précieux de leur commune prédilection. Il obtint un congé, et descendit les fleuves avec la louable intention de veiller lui-même sur le transport ultérieur du baril. Les conséquences de son zèle furent une fièvre
chaude qui Patteignit le jour même où il
eut rencontré son trésor. Le médecin et fe major avaient des théories tout à fait différentes sur la meilleure manière de traiter une maladie qui est si dangereuse sous ce climat malsain : le premier recommandait l’abstinence, tandis que l'autre préférait les doses répétées du cordial pour l’amour duquel il avait consenti à voyager ; aussi le mal eut-il un libre cours. En trois jours, Borroughocliffe fut terrassé; son corps fut ramené, et enterré, à coté de son ami, dans le lieu même qui si souvent avait retenti des éclats de leur joyeuse humeur.
Si nous sommes entrés dans tous ces détails sur la vie de ces deux chefs rivaux, c’est que, n’ayant jamais uni leur sort à celui d'êtres d’un sexe plus tendre que le leur, ils n’ont pu laisser ni veuves ai orphelins pour les pleurer ou pour raconter leurs aventures : en outre, ils étaient mortels, et destinés à mourir plus tôt que plus tard: Cependant ils atteignirent tous les deux leur soixantième année, et le lecteur n’a donc aucune bonne raison de se plaindre du partage qui leur est échu dans les chances de cette histoire.
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Le chapelain abandonna bientôt le service naval pour reprendre à terre ses fonctions et son costume. Catherine n’en éprouva pas une mince satisfaction, car elle avait souvent plaisanté son mari sur le défaut de formalités dans la cérémonie de leur mariage.
Griffith et son épouse, en deuil, conduisirent le corps du colonel Howard dans une des villes principales de la Hollande, où il fut honorablement et respectueusement inhumé. Ensuite le jeune couple partit pour Paris, avec l’intention manifestée par le lieutenant de dissiper les tristes pensées que les événements des jours antérieurs avaient fait naître dans l'esprit de sa charmante compagne. De cette ville, Cécile entretint avec son amie Alice Dunscombe une correspondance qui permit de mettre dans les affaires de son oncle autant d'ordre que le comportait la situation .
des choses. Ensuite, lorsque Griffith eut obtenu le commandement qui luï avait été offert avant sa croisière dans la mer du Nord, ils retournérent ensemble en Arnérique. Jusqu’à la fin de la guerre, le jeune marin servit glorieusement son pays; mais, quand elle fut terminée, il renonça définitivement à l'Océan, et consacra le reste de sa vie aux devoirs réunis d’époux vertueux et de bon citoyen.
Il fut aisé de rentrer en possession des domaines que le colonel avait abandonnés plutôt par orgueil que par nécessité, et qui n’avaient jamais été confisqués. Aussi, les deux époux, avec leurs patrimoines réunis, jouirent-ils d’une grande aisance. C’est ici le cas de rappeler que Griffith n’oublia point la promesse faite au quartier - maître sur son lit de mort. Il eut soin de veiller à ce que la pauvre veuve, privée de son fils et sans soutien, eût de quoi vivre ainsi qu’il convenait à ses habitudes et à sa position.
Il y avait douze ans , à peu près, que la courte croisière dont ce livre a eu pour but de retracer l’histoire avait eu lieu; Griffith parcourait un matin
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des yeux les journaux qu’il venait de recevoir, lorsque sa femme observa qu’il les laissait retomber sur la table. Sa main se porta à son front, comme sil eût été soudainement frappé du souvenir d’impressions laissées par des événements déja anciens, ou comme s’il eût cherché à se rappeler des images effacées depuis long-temps.
« Ÿ a-t-il quelque chose dans ces jouraaux qui vous inquiète, Griffith ? » lui demanda Cécile, toujours charmante. « Les États, je l'espère maintenant que notre gouvernement fédéral est établi, auront bientôt réparé leurs pertes. Mais, ce qui vous occupe, c’est sans doute le projet de réorganisation de la marine ?
Ah! mon ami, vous songez encore aux voyages, et vous soupirez après votre Océan si aimé!
— J'ai cessé de soupirer depuis que vous avez commencé à sourire, » répliqua Griffith d’un air distrait, et sans retirer sa main de son front.
« Est-ce que le nouvel ordre de choses ne paraît pas devoir se maintenir? estce que le congrès est en dissension avec le président ?
— Ja sagesse et le nom de Washington aplaniront toutes les difficultés
de cette épreuve jusqu’à ce que le temps
ait mûri notre système gouvernemental.
Cécile, vous rappelez-vous l’homme qui nous accompagnait, Manuel et moi, la nuit où nous devinmes les prisonniers de votre oncle à Sainte-Ruth, et qui, plus tard, nous délivra à la tête d’un détachement de la frégate ?
— Bien certainement. C'était, à ce qu’on disait, le pilote de votre vaisseau, et je me rappelle que le rusé capitaine anglais que nous hébergions le soupçonnait même d’être quelque chose de mieux.
— Le capitaine ne se trompait pas!
Mais vous ne l’avez pas vu durant la nuit terrible où il nous guida à travers les écueils ! Et vous n’avez pu non plus voir avec quel courage, avec quel sangfroid , avec quelle habileté, il parcourut une seconde fois ces passages dange-
reux lorsque durait encore parmi nous la confusion du combat !
— J'ai entendu tout l'effroyable tintamarre, et je puis aisément me représenter toute lhorreur de cette scène, » répondit sa femme, dont les joues ‘pâlirent même après tant d’années, au souvenir de cette crise fatale. « Il est donc question de lui? Est-il fait mention de son nom dans ces papiers? A ce que je vois, ce sont des journaux anglais. Si jai bonne mémoire, vous l’appeliez M. Gray.
» — C'était le nom qu’il portait au milieu de nous. Cet homme s'était fait une idée romanesque de la gloire , et il désirait que toute entreprise restât cachée où il ne jouait pas un rôle qui dût ajouter à sa renommée. Aussi, pour obéir à la promesse solennelle que je lui fis alors, me suis-je abstenu de jamais citer son nom. Maintenant il est mort!
—YŸ avait-il quelques relations entre Alice Dunscombe et lui ? » demanda Cécile, laissant tomber son ouvrage sur ses genoux, et paraissant livrée à de soudaines réflexions. « Elle désira se trouver seule avec lui, cette nuit-à même où Catherine et moi vous visitâmes dans votre prison, et ma cousine ne manqua point d'observer qu'ils devaient se connaître. La lettre que j'ai reçue hier d'Alice était cachetée de noir, et j’ai été profondément touchée du ton mélancolique, quoique doux, dont elle m'y parle du passage de ce monde dans un autre. »
Griffith jeta sur sa femme un coup d’œil qui s’éclairait comme d’une subite lumière , et lui répondit avec la vivacité d’un homme qui commence à reconnaître la véritable situation des choses:
« Cécile, votre conjecture est certainement fondée ! Il y a cinquante circonstances qui me reviennent à l’esprit pour se joindre à celle dont vous faites mention... La connaissance qu’il avait de la contrée! sa vie antérieure !.… son expédition !… sa connaissance de l'abbaye! tout vient à l’appui de ce :
que vous supposez. C'était en vérité un homme d’un grand caractère.
— Pourquoi n’est-il pas venu habiter parmi nous? dit Cécile; il paraissait
. dévoué à notre cause.
— Son dévouement pour l’Amérique provenait du désir de faire parler de lui, sa passion dominante , et peut-être aussi du ressentiment de quelques injures qu’il disait avoir reçues de ses compatriotes. Il était homme, et par conséquent il avait ses faiblesses. Dans le nombre on pourrait peut-être compter
Porgueil avec Jequel il considérait ses’
propres exploits. Mais ces exploits-là étaient en réalité brillants et dignes d’éloges. Certes il ne méritait pas la moitié des reproches que lui, ont faits ses ennemis. Quant à son amour. pour la liberté, on peut le mettre en question; car, s’il a commencé sa carrière au service des États-Unis, il l’a terminée au service d’un despote. Il est mort; il eût dû vivre à une autre époque, et dans d’autres circonstances.
Avec sa connaissance approfondie de sa profession, avec son courage calme, ré-
: fléchi et indomptable, s’il eût pu exercer
ses talents dans une marine plus ré-
‘FENIMORE COOPER
gulière, si les habitudes de sa jeu-
nesse leussent rendu propre à supporter dignement les honneurs dont son âge mür fut accablé, oh! alors il aurait laissé un nom qui fût arrivé jusqu’à la dernière postérité, avec autant d’éclat qu'aucun de ceux dont s’enorgueillissent ses concitoyens d’adoption.
— Vraiment, Griffith, » s’écria Cécile avec un peu de surprise. « Vous plaidez sa cause avec zèle. Et qui était-il donc ?
— Un homme à qui j'ai promis le seçret pendant sa vie, et que je netrahirai point après sa mort. Il doit vous suffire de savoir qu’il a été l'instrument le plus efficace de notre union, et que notre bonheur eût pu échouer dans le voyage de la vie, si nous n’eussions pas ren-
‘ contré le pilote inconnu de l’océan Ger-
manique. »
Voyant son époux se lever et rassembler soigneusement les journaux avant de quitter l'appartement, Cécile ne fit plus aucune question, et garda toujours le silence sur ce sujet.