DE EA PREMIÈRE. ÉDITION
Lz y a bien des raisons pour qu’un Américain qui écrit un roman choisisse son propre pays pour lieu de la scène, et il y en a beaucoup plus encore pour l'en empêcher. Commençons par le pour : c’est une terre qui n’est pas encore battue et qui présentera tous les charmes de la nouveauté; cependant une seule plume, qui ne manque pas de célébrité, s’est occupée parmi nous de cette espèce d'ouvrage, et comme l’auteur est mort, et par conséquent est au-dessus des craintes ca des espérances que donnent des applaudissements ou des critiques littéraires, ses concitoyens ouvrent enfin les yeux sur son mérite 1; mais nous oublions que le dernier membre de notre phrase aurait dû faire partie du contre. La singularité même de la circonstance donne au livre quelque espoir d’être remarqué chez l'étranger, et notre littérature ressemble beaucoup à notre vin, auquel un voyage fait grand bien. En outre, le patriotisme ardent dont tout ce pays est animé ne peut manquer d'assurer la vente de l'essai littéraire le plus modeste, lorsqu'il donne quelques reliefs à la nation ; et le livre de compte de perte et gain
que notre éditeur nous présentera bientôt en
sera la plus forte preuve. Le ciel permette que ceci ne soit pas ainsi que le contenu du livre, une fiction! Enfin on peut aisément imaginer qu’un auteur est plus capable de tracer des caractères et de faire la description des scènes qui lui sont familières que de décrire des pays qu’il n’a jamais parcourus que comme voyageur.
Maintenant venons au contre. Nous commencerons par ‘éloigner toutes les raisons en faveur de cette démarche : comme il n’y a eu jasqu’ici qu'un écrivain de ce genre, le nouveau candidat aux mêmes honneurs littéraires lui sera comparé, et malheureusement la préférence ne sera pas donnée à son rival. Enfin, quoique les critiques anglais non seulement désirent, mais exigent des ouvrages qui retracent les mœurs américaines , nous sommes péniblement effrayés de l’idée qu’ils ne nous demanderont que des mœurs indiennes; nous redoutons que le même goût qui trouve tant de charmes à la scène de la caverne dans Edgar Huntly ?, parce
1. D s’agit ici de Brown, romanes américain, mort en 1813. x. D. T.