‹ Œuvres (volume 2)Chapitre 99 sur 108 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Gilpin va d'un galop à se rompre le cou. — Adieu Te chapeau et la perruque. Ïl he s'àttendait pas, quand il se mit en route, à galoper d’un train pareil. OWPrER.

LA route que devaient suivre le oolporteur et le capitaine pour arriver aux montagnes était, pendant l’espace d’un demi-mille, en vue de la maison où € dernier avait été prisonnier. Elle tra versait dans toute cette distance une magnifique plaine s'étendant jusqu’au pied des montagnes qui s’élèvent presque perpendiculairement de leur base; puis le chemin tournait tout à coup sur la droite, et suivait les sinuosités de Là.

nature pour se rendre vers les hautes terres ou Highlands.

Afin de maintenir la différence apparente qui existait entre leurs conditions, , Harvey s'était mis en avant de son com pagaon, et il conservait le pas et l'air de dignité qui convenait à son caractèrg prétendu; sur leur droite se trouvaient les tentes de l'infanterie dont nous avons déjà parlé, et les sentinelles qui avaient la garde du camp allaient et venaient d'un pas mesuré au pied des montagnes.

Le premier mouvement de Henri fi

ve

de mettre son ‘cheval au grand galop, et, par un coup de main , non-seulement d’effectuef sa délivrance, mais en même temps de sortir plus vite de son inquiétude cruelle ; mais le colporteur l’arrêta ausstôt.

« Arrêtez , » s’écria-t-il en poussant avec adresse son cheval en travers du chemin; « voudriez - vous nous perdre tous deux? Rangez-vous à la place convenable à un nègre qui suit son maître. N’avez-vous pas vu leurs coursiers vigoureux , tout sellés et bridés devant la maison ? combien de temps croyez-vous que résisterait le misérable cheval hollandais sur lequel vous êtes monté, s’il était poursuivi par les Virginiens ? Chaque pied de terrain que pous gagnons sans éveiller l'alarme, ajoute un jour à notre vie. Suivez - moi tranquillement, et surtout ne regardez pas derrière vous ; ils sont rusés comme des renards, et avides de sang comme des loups. »

Bien contre son gré, Henri surmonta son impatience, et suivit les conseils du colporteur ; néanmoins son imagination le portait toujours à croire qu’ils étaient poursuivis , quoique Birch, qui se retournait de temps en temps sous prétexte ‘de lui parler, lui assurât que tout était calme et paisible.

« Mais, dit Henri , il n’est pas possible que César reste longtemps sans être découvert; ne ferions-nous pas mieux de mettre nos chevaux au galop, et, pendant qu’ils réfléchiront à la cause de notre fuite, nous atteindrons le coin du bois ?

— Ah! vous les connaissez peu , capitaine Wharton ; il y a un sergent qui nous regarde dans ce moment , comme sil pensait que tout n’est pas en règle; ce gaillard, à l'œil vif, me guette comme un tigre qui attend pour s’élancer sur sa proie. Quand j'étais sur le billot , il soupconnait déjà que tout n'allait pas bien. Ralentissez votre cheval , il faut le laisser un peu aller au pas; car ce rusé coquin a déjà la main sur le pommeau de sa selle; s’il monte,

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nous sommes ‘perdus ; les mousquets de l’infanterie nous atteindraient.

— Que fait-il ?.» demanda Henri, en mettant son cheval au pas, mais en lui serrant en même temps les flancs, pour être prêt à le lancer. |

— Il se ‘détourne du cheval, et regarde d’un autre côté; maintenant au trot ; doucement, pas si vite... Remarquez cette sentinelle dans le champ, un peu en avant de nous ; elle nous regarde avec des yeux de lynx.

— Qu'importe ce fantassin, » dit Henri avec impatience; «il ne peut que faire feu sur nous, et ces dragons peuvent me reprendre. Mais sûrement, Harvey, il y a de la cavalerie qui descend la route derrière nous; ne voyez-vous rien d’extraordinaire P

—. Eh ! eh! s’écria le colporteur , il y a réellement quelque chose dans le taillis qui est à notre gauche. Tournez un peu la tête pour voir et faire votre profit de cette vue. »

Henri profita avec empressement de cette permission pour porter les yeux de côté, et tout son sang se glaça en remarquant qu’ils passaient en ce moment devant la potence qu’on avait élevée pour lui ; il détourna la tête avec horreur.

- « Ceci vous avertit qu’il faut de la prudence , » dit le colporteur, du ton sentencieux qu’il prenait souvent.

-« Cette vue est horrible, en vérité , »

s’écria Henri, en se couvrant les yeux avec sa main, comme pour écarter de lui une vision.

Lé colporteur se tourna à moitié de son côté, et lui dit avec un accent éner-

gique mêlé d'une sombre amertume :

« Et, cependant, capitaine Wharton’, vous voyez cet objet d'horreur, tandis que le soleil brille en plein sur vous, et que vous respirez l'air frais et pur des montagnes. Chaque pas que vous faites vous éloigne de.cet affreux gibet, et chaque caverne sombre, chaque roc informe vous offre un abri contre la vengeance de vos ennemis. Moi, j’ai vu s'élever le gibet, et je n’avais point de lieu de refuge ; deux fois j'ai été plongé

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dans les cachots, j'y étais enchaîné.

J'y passais les nuits dans les angoisses, en attendant l’aurore qui devait éclairer mon supplice, et m’amener une mort ignominieuse. La sueur coulait de ces membres qui semblaient déjà desséchés ; et si je m’approchais de l'ouverture qui laissait passér un peu de jour au travers des barreaux de fer , pour jouir encore une fois de ces sourires de la nature que Dieu accorde au moindre des êtres qu’il a créés, le gibet s’offrait à mes yeux, comme la mauvaise conscience qui déchire l’âme d’un mourant. Quatre fois j'ai été en leur pouvoir, outre cette dernière; mais deux fois, oui, deux fois, j'ai cru que ma dernière heure était arrivée. En tout temps il est dur de mourir, capitaine Wharton: mais passer ses derniers moments seul, et sans être plaint ; penser que nul être ne s’inquiète du sort qui doit vous enlever pour toujours à tout ce qui appartient à la terre ; songer que dans quelques heures vous sortirez de ces ténèbres qui vous deviennent chères, quand vous vous rappelez ce qui doit les suivre, pour paraître à la clarté du jour, en vue de tous les yeux qui vous regarderontcomme

‘une bête sauvage ; quitter ce monde au

milieu des railleries et des moqueries de nos semblables , capitaine Wharton,

c’est vraiment mourir ! » .

Henri écoutait avec surprise, pendant que son compagnon s’exprimait d’une facon véhémente , et toute nouvelle pour lui ; tous deux semblaient avoir oublié leurs dangers et leur déguisement.

« Comment, s’écria-t-il, avez-vous été si près de la mort ?

— N'ai-je pas été chassé pendant trois ans sur ces montagnes, comme une bête sauvage, repritHarvey ? Etune fois même je suis arrivé au pied de l’échafaud , et je ne me suis échappé qu’à la suite d’une alarme causée par les troupes royales ; un quart d’heure plus tard, je mourais. Là, j'étais au milieu d’un groupe d'hommes insensibles , exposé à la curiosité des femmes et des enfants, comme un monstre qu’il fallait maudire.

Si je voulais prier Dieu, mes oreilles étaient assaillies du récit de mes crimes; et lorsque, dans toute cette multitude, je cherchais un seul visage qui annonçât la pitié, je n’en trouvais aucun, non pas même un seul. Tous me maudissaient comme un scélérat qui vendait son pays pour de l'or. Le soleil me semblait plus brillant que de coutume ; mais je le voyais pour la dernière fois. La nature me semblait plus riante, et tout faisait pour moi de ce monde une espèce de ciel. Oh! combien la vie me semblait précieuse en ce moment!

C'était une heure terrible, capitaine Wharton, et telle que vous n’en avez jamais passé. Vous avez des amis qui partagent vos peines , et je n’avais qu’un père qui devait pleurer ma mort en l'apprenant ; mais il n’y avait pas de pitié, pas de consolation près de moi pour adoucir mes angoisses. Tout paraissait m'avoir abandonné ; je croyais même que lui aussi, il avait oublié que j'existais !

— Eh quoi! pensiez-vous que Dieu vous avait abandonné, Harvey ? » s’écria le jeune homme avec l’accent d’une vive sympathie.

« Dieu ne délaisse jamais ses serviteurs ,» répondit Birch avec respect, et montrant naturellement une dévotion qu’il n’avait que feinte jusqu'alors.

« Et qui voulez-vous dire par lui ? »

Le colporteur se redressa sur sa selle avec toute la roideur qui couvenait à son rôle. Le regard plein de feu qui n'avait brillé en lui qu’un instant avait fait place à un air d’humilité, et, parlant comme s’il se fût adressé à un nègre, il répondit :

« Dans le ciel il n’y a pas de distinction de couleur, mon frère ; par conséquent vous avez en vous un dépôt précieux dont il vous faudra rendre compte un jour. » Puis baissant la voix : « voici la dernière sentinelle près de la route; ne vous retournez pas, si vous tenez à la vie. »

Henri se rappela sa situation, et reprit aussitôt l’humble attitude qui lui était prescrite. Il oublia bientôt l’éners

gie étonnante du colporteur, pour se rappeler son propre danger, et avec ce souvenir reparut toute l'inquiétude qu’il avait momentanément perdue.

x Que remarquez-vous, Harvey, »

s’écria-t-il en voyant le colporteur regarder vers la maison avec une anxiété de mauvais augure; « que vOyeZ-VOUS à Ja ferme ?

— Ce qui ne nous présage rien de kon, reprit le prétendu prêtre ; jetez bas votre masque et votre perruque, vous allez avoir besoin de toutes vos facultés, et sans retard ; jetez-les sur la route, il n’y a devant nous personne que je craigne; mais il y en a derrière qui nous donneront une terrible chasse.

— Eh bien ! donc, » s’écria le capitaine, lançant son déguisement sur la route, « employons notre temps le mieux possible ; nous sommes A un quart de mille du coin de la route, pourquoi ne pas galoper tout de suite : ?

— Calmez-vous ; ils sont en mouvement ; mais ils ne monteront pas sans un officier, à moinsde nous voir fuir... Maintenant le voici, il s’avance vers les écuries; trottez vivement; ils sont une douzaine en selle ; mais l'officier s’arrête pour resserrer sa sangle. Ils espèrent gagner une marche sur nous; il est à cheval. A présent, capitaine; capitaine Wharton, au galop, sur votre vie, et tenez -vous près de moi; si vous me quittez, vous êtes perdu. »

Il était inutile de faire une seconde injonction. Dès que Harvey eut son cheval au galop, Henri fut sur ses ta- Jons, excitant de son mieux le misérable animal sur lequel il était monté. Birch avait choisi le sien, et, quoique fort inférieur aux vigoureux chevaux bien nourris des dragons, cependant il était supérieur au petit bidet qu’on avait jugé assez bon pour porter César Thompson dans la commission qu'il avait à remplir. Quelques sauts en convainquirent Île capitaine, qui se trouva bientôt éloigné de son compaguon, tandis qu’un coup d’œil craintif jeté par derrière lui apprit que ses enne- Ÿ ‘

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mis approchaient grand train, Aesèblé db

ce désespoir qui rend plus affreux le

danger que nous suppürtons seuls; Heaori cri à haufe voix au colporteux de ne pas l’abandouner. Harvey &’arréta aussitôt, ce qui permit à son compagnon de l’atteindre. La perruque et le chapeau à cornes du cojporteur tombèrent de sa tête, dès que son cheval commença à aller grand train, et cette découverts fut aperçue des dragons qui lannoscèrent par un cri Re , qui semblait poussé dans les oreilles de nos fugitifs, tant ce cri était fort, et la distanee peu considérable.

« Ne ferions-nous pas mieux de quitter nos chevaux, dit Henri, et de gagner les montagnes en traversant les champs à gauche? Les haies arrêteront nos esnemis,

— C'est par là que se trouve le gibet, reprit le colporteur; ils ne s’inquiéteront pas plus de ces hajes que nous de ces ornières ; mais en ya petit quart de mille nous arriverons au tournavf de la route, et il y a deux routes derrière le bois; ils s’arréteront pour chercher nos traces, et nous gagnerons ainsi du chemin sur eux.

—Ce misérable cheval est déjà épuisé, »

dit Henri, en excitant l’animal avec Je bout de la bride, tandis que Harvey le secondait, en lui appliquant un vigoureux coup d’un gros fouet dont il s’était muni; «il ne tiendra pas pendant un demi-mille.

— Un quart suffira, un quart suffira, dit Harvey ; un seul quart de nxlle nous sauvera , si vous suivez mes avis. »

Un peu rassuré par le ton de confiance et le sang-froid d'Harvey, Henri continua à presser son cheval en silence; en peu de minutes ils attegnirent le but désiré, et, comme ils tournaient la pointe d’un taillis, ils aperçurent leurs ennemis épars sur à grande route. Mason et le sergent, mieux montés que leurs compagmons, étaient plus près d’eux que le colporteur ne laurait cru.

Au pied de cette colline était un épais

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taillis couvrant un assez grand espace de la sombre vallée qui serpentait dans les montagnes; on avait abattu la partie la plus épaisse de ce taillis pour faire .du bois à brûler. A la vue de cet abri Henri supplia encore Birch de descendre pour s’y cacher, mais Birch s’y refusa obstinément. Les deux routes dont il avait parlé se rencontraient à angles aigus, à peu de distance du tournant, et comme l’uné et l’autre étaient trèstortueuses, on ne découvrait que peu d'espace à la fois. Le colporteur prit celle qui était à gauche; mais il n’y resta qu’un instant, car en arrivant à une petite ouverture dans le taillis, il s’élança dans le chemin à droite et commença à gravir une montagne escarpée qui se trouvait en face d’eux. Cette manœuvre les sauva. En arrivant à l’endroit où les chemins se joignaient, les dragons suivirent les pas des chevaux et passèrent devant le lieu où nos fugitifs

avaient quitté la route, ne s’apercevant

pas qu'ils perdaient leurs traces. Les cris des soldats parvinrent jusqu'aux oreilles de Henri et de Birch, dont les chevaux fatigués gravissaient avec peine; ils entendirent donner l’ordre aux dragons qui étaient derrière de prendre la route à droite. Le capitaine proposa encore de quitter les chevaux et de s’enfoncer dans le taillis.

« Pas encore, pas encore , » dit Birch à voix basse, « la route pour descendre du sommet est aussi escarpée que pour y monter; gagnons d’abord le sommet. »

Tout en parlant ainsi ils atteignirent Je plateau désiré, et tous deux se jetèrent en bas de leurs chevaux. Henri s’enfonça dans d’épais taillis qui s’étendaient encore plus haut sur la montagne. Harvey s'arrêta pour donner à chaque cheval un violent coup de fouet qui les chassa impétueusement dans le chemin de l’autre côté de la montagne, et ensuite il suivit J'exemple de Wharton.

I] entra dans le taillis avec précaution, ayant soin de ne pas froisser ni briser les branches qu’il trouvait sur

#on passage. Il n'avait eu que le temps

de se mettré à couvett quand un des dragons arriva sur le haut de la montée et s’écria :

«Je viens de voit un de leurs chevaux détourner la colline.

— En avaït, en avant, mes braves, s’écria Mason; faites quartier à l’Anglais, mais abattez-moi le colporteur, et qu’on en finisse. »

Henri sentit son compagnon lui serrer lé bras avec violence et trembler de tous ses membres, en entendant cet ordre qui fut suivi du passage d’une douzaine de dragons galopant avec une vitesse et une vigueur qui prouvèrent aux fugitifs le peu de sécurité que leurs auraient fournie leurs chevaux épuisés.

« Maintenant , » dit le colporteur, en se levant de son abri pour reconnaître les lieux, et après étre resté un moment indécis; «certes, nous gagnons sur eux; car à mesure que nous montons, ils descendent ; mettons-nous en marche.

— Mais ne vont-ils pas nous suivre et entourer cette montagne ? » demanda Heori, en se levant et en suivant la marche rapide et pénible de son compagnon; « rappelez-vous qu’ils ont de linfanterie aussi bien que de la cavalerie, et dans tous les cas nous périrons de faim sur ces rochers ?

— Ne craignez rien, capitaine Wharton,» reprit Birch avec assurance, « ce n’est pas sur cette montagne que je voudrais étre, mais la nécessité à fait de moi un adroit pilote dans ces hauteurs , et je vais vous mener où aucun homme n’osera vous suivre. Voyez, le soleil est déjà sur son déclin derrière les montagnes de l’ouest, et il s’en faut de deux heures que la lune se lève. Qui croyez-vous en état de nous suivre, par une nuit de novembre, au milieu de ces rochers et de ces précipices ? |

— Mais écoutez, s’ecria Henri, j’entends les dragons s’appeler ; ils perdent déjà nos traces. :

— Venez sur la pointe de ce roc, et vous les verrez , » dit Harvey tranquil«

lement en s'asseyant pour se reposer,

220 oo « Il y a plus, ils nous voient ; remarquez, ils nous montrent du doigt; tenez, l’un d’eux à tiré un coup de pistolet; mais la distance est trop grande même pour un mousquet.

— Ils nous poursuivront, s’écria l’impatient Henri; partons.

— Ils n’y penseront pas,» répondit le colporteur en arrachant quelques baies qui croissaient sur le terrain maigre où ils étaient assis, et les mâchant avec leurs feuilles pour se rafraîchir la bouche. « Comment arriveraient-ils ici avec leurs lourdes bottes, leurs grands sabres et même leurs pistolets? Non, non, il ne leur reste qu’à retourner pour envoyer l'infanterie ; mais les chevaux ne passent qu'avec crainte dans ces défilés même où l’on peut arriver à cheval. Allons, suivez-moi, capitaine Wharton; nous avons à faire une marche fatigante ; mais je vous mènerai où nul n’oserait se hasarder cette nuit. »

Ils se levèrent tous deux, et disparurent bientôt parmi les rochers et les cavernes.

Le colporteur avait.bien deviné : Mason et ses hommes se précipitèrent en bas de la montagne, croyant poursuivre leurs victimes ; mais en arrivant dans les terres basses, ils n’y trouvèrent que les chevaux abandonnés ; ils passèrent quelques temps à examiner les bois voisins, où le terrain convenait à leurs chevaux, quand un d’eux aperçut Henri et Birch assis sur le rocher, comme nous l’avons dit.

— Il est parti, » murmura Mason en regardant Harvey avec une fureur sauvage ; «il est sauvé et nous sommes déshonorés. De par le ciel! Washington ne nous confiera pas même la garde d’un royaliste suspect, si nous souffrons que ce coquin se joue ainsi de nous.

Voilà l'Anglais assis également, et qui nous regarde avec un sourire de bienveillance; il me semble le voir. Bien, bien, mon brave! vous êtes assis là plus à votre aise et un peu mieux que si vous dansiez en l'air; mais vous n’étes pas encore arrivés à l’ouest de la:

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rivière de Harlem, et vous entendrez parler de moi, avant que vous n’alliez dire à sir Henri Clinton ce que vous avez vu, OU je ne suis pas soldat.

— Ferai-je feu pour effrayer le colporteur ? » dit l’un des hommes en tirant un pistolet du fourreau.

« Oui, faites envoler les oiseaux de dessus leur perche; voyons comment ils se servent de leurs ailes. » Le dragon fit feu, et Mason continua : « De par saint George, je crois que les coquins nous rient au nez. Mais allons-nous-en, ou ils nous feront rouler des pierres sur la tête, et les gazettes royales feront un beau rapport sur un régiment de rebelles mis en déroute par deux royalistes:

elles ont déjà fait de plus gros mensonges. »

Les dragons suivirent avec humeur leur officier qui reprit la route du quartier, réfléchissant en chemin à ce qu’il convenait de faire dans l’embarras où ils se trouvaient. Ils arrivèrent à la brune devant la maison; ils trouvèrent un grand nombre d'officiers et d’honrmes assemblés devant la porte. On donnait les détails les plus exagérés sur la fuite de l’espion. Les dragons mortifiés firent part de leurs mauvaises nouvelles avec un air de mécontentement , et la plupart des officiers se groupèrent autour de Mason pour $e consulter sur la marche à suivre. Miss Peyton et Frances écoutaient attentivement et sans être vues, par une fenêtre placée directement au-dessus d’eux.

« Il faut entreprendre quelque chose et promptement,» dit l’officier commandant le régiment qui était campé devant la maison. « Cet officier anglais est sûrement un des agents employés dans le grand coup que l’ennemi a cherché à nous porter récemment; d’ailleurs notre honneur est compromis par cette évasion.

— Battons les bois , » s’écrièrent plusieurs à la fois; « d’ici au matin nous les aurons retrouvés.

— Doucement , doucement , messieurs, reprit le colonel; nul ne peut

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voyager dans ces collines après la tombée de la nuit, à moins d’en connaître parfaitement le passages. Il n’y a que la cavalerie qui puisse être utile en ce moment, et je pense que le lieutenant Mason hésitera d’agir sans les ordres de son major.

— Certainement je ne l’oserais , » reprit le lieutenant en secouant la tête d’un air grave, «à moins que vous ne veuilliez prendre sur vous la responsabilité d’un ordre; mais le major Dunwoodie sera de retour dans deux heures, et nous pourrons faire porter la nouvelle dans les montagnes avant le jour; de sorte qu’en faisant faire des patrouilles depuis une rivière jusqu’à l’autre , et en offrant une récompense aux paysans , il sera impossible aux fugitifs d'échapper, à moins qu’ils ne rejoignent le parti qu’on dit être sur l’Hudson.

— Le plan est fort bien raisonné, s’écria le colonel, et il doit réussir ; mais qu’on envoie un exprès à Dunwoodie, ou il pourrait bien rester au bac trop tard, quoiqu'il soit probable que les fuyards passeront la nuit dans les montagnes. » Mason y consentit, et l'on fit partir un courrier avec la nouvelle importante que Henri s'était évadé, -et qu’on attendait le major pour le poursuivre. Les officiers se séparèrent.

Quand miss Peyton et Francés appri- ‘rent la première nouvelle de la fuite de Henri, elles purent à peine y croire :

elles avaient tant de confiance dans les promesses de Dunwoodie qu’elles pensèrent qu’il avait agi imprudemment ; mais il était trop tard pour y remédier.

En entendant la conversation des officiers , toutes deux sentirent qu’il courrait un plus grand danger s’il était repris, et tremblaient en songeant aux moyens qu’on allait mettre en usage.

Miss Peyton se consolait et cherchait à rassurer sa nièce en lui disant que sans doute les fugitifs feraient diligence , et atteindraient le territoire neutre avant que la cavalerie n’eût eu le temps de

porter la nouvelle de leur fuite. Elle sentait qu’il était important que Dun-

woodie fût absent, et la bonne tante cherchait avec inquiétude les moyens de retenir son parent, afin que son neveu eût plus de temps devant lui.

Mais Frances pensait différemment ; elle ne doutait plus que celui qu’elle avait vu sur la montagne ne fût Harvey, et elle était certaine qu’au lieu de fuir vers ses amis, son frère passerait la nuit dans la cabane mystérieuse.

: Frances et sa tante eurent ensemble une discussion longue et animée; la bonne dame céda avec répugnance aux représentations de sa nièce; la serrant dans ses bras, elle imprima un baiser sur sa joue glacée, puis bénissant la jeune fille avec ferveur, elle lui permit de partir pour s'acquitter de la tâche que lui imposait l'amour fraternel.

RAPRASAAS

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