‹ ŒuvresChapitre 33 sur 35 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Amenez-moi ce scélérat face à face; placez-l» A portée de mon épée; s'il m'échappe, que le ciel lui pardonne aussi.

Shakspkars. Macbeth

— * Vous m'apportez la soumission du pirate? H accepte mes offres avec reconnaissance ? s'écria le commandant du Dardy sans douter un instant du succès de la négociation, dès que son an)bassadeur eut placé le pied sur son bord. - .

— Je n'apporte qu'un refus, capitaine.

— Lui avez-vous montré l'état de mes forces? demanda Blgnall, qui ne s'attendait pas à cette réponse. Vous n'avez sûrement pas oublié, monsieur Arche, de lui montrer une pièce si importante?

— Je n'ai rien oublié de ce que pouvait inspirer l'intérêt le plus vif à sa sûreté, capitaine Bignall. El cependant le chef de ce bâtiment refuse d'accepter vos conditions. , ..

— Peut-être s'imagine-t-il, Monsieur, qu'il existe quelque défaut dans les agrès du Dard, répondit vivement le vieux marin en serrant les lèvres d'un air de fierté offensée. Il se flatte peut-être de nous échapper en forçant de voiles sur son bâtiment léger?

— A-t-il l'air de vouloir fuir? demanda Wilder en étendant un bras vers les mâts presque nus et le vaisseau immobile du Corsaire. Tout ce que j'ai pu obtenir, c'est l'assurance qu'il re commencera pas le combat.

— De parle ciel! c'est un jeune homme plein de sentiments, et il mérite des éloges pour sa modération I II ne fera point avancer son équipage de pillards en désordre sous les canons d'un vaisseau de guerre andais, parce qu'il doit quelque respect au pavillon de son maître ! Ecoutez, monsieur Arche, nous nous souvienui'ons de cette circonstance quand son procès lui sera fait et que nous se- Yons interrogés. Envoyez nos gens à leurs canons, Monsieur, et

faites viref le vaisseau pour mettre fin tout d*un coup à cette fanfaronnade, et nous le verrons bientôt nous envoyer une barque pour examiner nos commissions. ^ *

— Capitaine Bignall, dit Wilderen l'emmenant un peu plus loin des oreilles de son^cômpagnon, je puis m'attribuer quelque peu de mérite pour les services que j'ai rendus sous vos propres yeux, et en obéissant à vos ordres ; si ma conduite précédente peut me per* mettre d'oser donner un avis à un homme qui a votre expérience, ce serait d'attendre quelques instants.

-^Attendre! Henry Arche hésite-t-il quand son devoir lui prescrit d'attat^er les ennemis de son roi, les ennemis du genre humain?

— Vous m'avez mal compris, Monsieur. Si j'hésite, c'est pour mettre à l'abri de toute tache le pavillon sous lequel nous voguons, et non dans le dessein d'éviter le combat. Notre ennemi, mon ennemi, sait qu'il n'a maintenant rien autre chose à attendre de moi pour la générosité qu'il m'a montrée, que des égards, s'il devient» notre prisonnier. Ce que je. vous demande, capitaine Bignall, c'est le temps nécessaire pour mettre le Dard en état de soutenir un combat qui nécessitera remploi de toutes ses forces, et pour assurer une victoire qui sera chèrement vendue.

— Mais s'il nous échappait?

— Je vous réponds qu'il ne l'essaiera pas. Non-seulement je connais l'homme, mais je sais combien ses moyens de résistance sont formidables. Une petite demi^heure suffira pour nous préparer à-l'attaq«ev et ce délai ne sera un objet de reproche ni pour notre courage ni pour notre prudence.

Le vétéran donna son consentement a>»ec une sorte de regret, et non sans murmurer quelques mots sur la honte à laquelle s'exposait un vaisseau de guerre anglais en ne se présentant pas sur-lechamp bord à bord du plus hardi pirate qui fût sur la surface des mers, et en ne le faisant pas sauter en l'air par une seule bordée. Wilder, qui était accoutumé aux honnêtes bravades de profession qui servaient souvent d'accompagnement au courage réellement ferme et mâle des marins de ce siècle, le laïssa se plaindre tant qu'il voulut, et s'occupa des soins qu'il savait être de la plus grande importance, et des devoirs dont il était plus spécialement chargé, attendu le grade qu'il occupait.

L'ordre de se préparer au combat fut donné à l'équipage, et cet ordre fut reçu avec cette ardeur empressée que montrent les marins

lorsque quelque changement important a lieu dans leur profession. Du reste, il y avait peu de chose à faire, car la plupart des arrangements préalables avaient été laissés dans le même état que lors de hi première rencontre des deux vaisseaux. Lorsque toutes ces dispositions eurent été prises, que les canonniers eurent été placés près de leurs pièces, les officiers à leurs batteries respectives, et les matelots chargés des voiles sur les bras, le navire fut remis en mouvement. -

Pendant ce court intervalle, le vaisseau du Corsaire était à la distance d*un demi-mille, dans un état de repos complet, ne paraissant faire aucune attention aux dispositions hostiles du croiseur royal. Quand pourtant on vit fe Dard céder à la brise, et augmenter graduellement la vitesse de sa marche, son brion , en fendant les ondes, soulevant de petites vagues d*écume, la proue du Dauphin s'écarta de la direction du vent, sa voile de hune fut déployée, et il se mit à son tour en marche. Le Dard arbora alors de nouveau sur son pic le grand pavillon qui avait été abaissé pendant la conférence, et qui avait flotté en triomphe au milieu des hasards et des périls de mille combats ; mais aucun emblème semblable ne se montra sur le bord de son adversaire.

De cette manière les deux vaisseaux prirent de l'air, suivant l'expression nautique, se surveillant Tun Tautre avec autant de vigilance que s'ils eussent été deux monstres rivaux du grand abîme, chacun cherchant à cacher à son antagoniste l'évolution qu*il avait dessein de faire. L'air sérieux et attentif de Wilder n'avait pas manqué d'avoir de l'influence sur le vieux marin qui commandait le Dard; et, en ce moment, il était aussi disposé que son lieutenant à ne rien précipiter et à ne commencer le combat qu'avec toutes les précautions convenables.

Le ciel avait jusqu'alors été sans nuages pendant toute la Journée, et jamais une voûte d*un plus bel azur ne s'était montrée sur la surface des eaux, que celle qui couvrait depuis quelques heures les têtes de nos aventuriers ; mais, comme si la nature avait horreur de leurs projets sanguinaires, une masse de vapeurs, noire et menaçante, joignit l'Océan au firmament du côté opposé à celui d'où le vent avait soufflé constamment. Ces signes bien connus et de mauvais augure n'échappèrent pas à la vigilance des marias qui gouvernaient les deux vaisseaux ennemis; mais le danger paraissait encore trop éloigné pour nuire à l'intérêt que leur inspirait le combat qui allait avoir lieu.

— Nous avons un ouragan qui se prépare à l'ouest, dit le prudent et expérimenté Bignall à son lieutenant, en lui montrant les symptômes fâcheux que nous menons de décrire; mais nous pouvons frotter le pirate et remettre tout en ordre avant que la tempête puisse arriver jusqu'à nous contre cette bonne brisa

Wilder fit un signe d'approbation, car en ce moment la fierté de sa profession se faisait aussi sentir à son cœur, et une rivalité généreuse prenait l'ascendant sur des sentiments qui étaient peutêtre étrangers à ses devoirs, mais qui n'en étaient pas moins na* turels à Ui. homme doué d'un caractère si doux.

— Le Corsaire même couche ses petits mâts, s*écria-t-il; il par ratt se méfier beaucoup du temps.

— Nous ne suivrons pas son exemple, dit Bignall, et il regrettera de ne pas les avoir debout quand nous le tiendrons une fois sous le feu dç nos batteries. Par notre roi George t il monte un bâtiment qui marche bien. Faites déployer la grande voile, Monsieur, sans quoi la nuit viendra avant que nous soyons droit par le travers de ce 3rôle.

On exécuta cet ordre, et le Dard, cédant à une nouvelle et puissante impulsion, redoubla de vitesse comme un être animé qu'excite la crainte ou l'espérance. Il avait alors gagné une position sur la hanche du vent de son ennemi, sans que celui-ci eût fait le moindre effort pour l'empêcher d'obtenir un avantage si important Au contraire, tandis que le Dard continuait à porter la même quantité de voiles, le Dauphin ne cessait pas de diminuer le nombre de ses voiles les plus hautes, cherchant à alléger le poids du haut de ses grands mâts, pour mieux assurer la sûreté du corps du navire. Cependant Bignall trouvait la distance qui les séparait encore trop considérable pour commencer le combat, tandis que la facilité avec laquelle avançait son ennemi menaçait de retarder trop longtemps ce moment important, ou de l'obliger à porter tant de voiles, qu'elles pourraient devenir embarrassantes quand on se trouverait enveloppé dans un nuage de fumée, et pressé par les difficultés d'un eombat.

—Nous le piquerons d'honneur. Monsieur, puisque vous croyex qu'il est homme de cœur, dit Bignall à son fidèle coadjuteur. Faiteslui tirer un coup de canon sous le vent, et montrez-lui une autre enseigne de son maître.

L'explosion produite par la pièce d'artillerie et la vue de trois autres pavillons anglais qui furent rapidement arborés sur dilEé^

rentes parties du Dard, ne parurent pas avoir produit la plus légère sensation à bord de leur ennemi, en apparence insensible. Le Dauphin cùnXiw^ à marcher, tantAt se levant avec grâce pour pincer le vent, tantôt ^ détournant de sa course pour se mettre sous le vent; comme on voit le marsouin changer de direction pour respirer la brise, tandis qu'il se joue nonchalamm^t sur la surface de la mec, . . ^ ^

«-f II ne se laissera émouvoir par aucun des moyens ordinaires d'une guerre légitime, dit Wilder en voyant avec quelle indifférence ce défi avait été reçH.

^^ Essayez.dle lui envoyer un boulet.

Un coup de canon chargé à houlet fut tiré du flanc du navire le plus voisin du Dauphin, qui s'éloignait toujours. On vit le messager de fer bondir sur la surface de TOcéan , passer, légèrement d'une vague à une autre, faire rejaillir l'eau de la mer sur le vaisseau ennemi en passant par-dessus, et tomber dans les flots de l'autre coté, sans lui avoir fait aucun mal. Deux autres boulets le suivirent, sans obtenir du Corsaire aucun signal, aucune marque d'attention.

— Que veut dire ceciT s'écria Bignall trompé dans son attente; a-t-il un charme pour son navire, que nos boulets ne servent qu'à jeter quelques gouttes d'eau. sur son bord? Maître Fid, ne pouve:&-vous rien faire pour l'honneur des honnêtes marins et pour celui du pavillon? Faites-noiis entendre votre ancienne favorite; je me rappelle le temps pu ses paroles ne se perdaient pas en rair.

. —Oui, oui, répondit Vaccommodant Richard, qui, dans les retours soudains de sa fortune, se trouvaitalors chargé de servir une pièce d'artillerie pour laquelle il avait conçu depuis longtemps une affection particulière^ je l'ai baptisée d'^prè^Mrs Whiffle. Votre Honneur, et par la raison qu'elles ont la pai^oie- aussi ronflante l'une que l'autre. Rasgezrvous'^de côté, 'Vous autres, et laissez la bavarde Catherine placer son mot dans la conversation. 'îi<n' < Richard qui, toiU ai parlant atnsî^ avait pris son point deinire avec beaucoup de sang-froid., approcha de sa propre ^akv i^ mèche de la lumière, et, avec une Presse tout à fôit remarquable, il envoya ce qu'il appela hardiment un vrai niart«Ae-(froi^, à travers l'Océan, dans la direction de ceux, qui étaient naguère ses compagnons, Conune c'est. l'ordinaire,. quelques instants é'îûcer-

LE CORSAIRE ROUGE. AVé

titude suivirent Texplosian, et alors les fragments arrachés qu*on vit jaillir en^rair annoncèrent que le boulet avait traversé les paviers du Dauphin. L'effet qui en résulta sur le navire du Corsaire fut soudain et presque magique. Une longue bande de toile blanche^ qui. aviût .été étendue avec beaucoup d'art depuis la proue jusqu'à la poupe, disparut aussi vite qu'un oiseau fernaeraii ses àiles^ laissant en sa place une large ceinture d'un rouge de sang, hérissée de l'artillerie du vaisseau. En même temps un pavillon de la même couleur sinistre s'éleva de sa poupe, et, après avoir été agité un instant d'un air sombre et menaçant, fut placé au bout du pic.

•-^Maintenant je le reconnais, le coquin! s'écria Bignall. Et voyez! il a jeté bas son masque, et il montre ceUe franche conteur de sang qui lui a fait donner son nom. Â vos canons, mes amis ! le pirate commence à prendre la chos^ au sérieux.

II. parlait encore quand une nappe de feu brilla sur toute celte ligne rouge, qui était si propre à inspirer la terreur à des matelots superstitieux, et l'on y entendit succéder Texplosion simultanée d'une douzaine de grosses pièces d'artillerie. Ce passage subit de l'inattention et de l'indifférence à cet acte d'hostilité audacieux et déterminé, fltune.forte impression sur les cœurs les plus braves qui se trouvassent à bord du croiseur du roi. Pendant Tintervalle momentané d'attente, chacun resta immobile, prêtant la plus profonde çittentiou, et l'on entendit>siffl[er la grêle de fer qui arrivait à travers, les airs.. L'instant d'après, le craquement des bois percés, les cris de quelques blessés, le bruitdes planches arrachées, et les fragments de bois et de cordages sautant dans les airs, proclamèrent avec quelle dextérité cette bordée fatale avait été dirigée. Mais la surprise et la confusion qui la suivii*ent ne durèrent qu'un instant. Les Anglais poussèrent de grands cris, reprirent tout leur courage, et, revenant promptement à eux, répondirent vigoureuser nient à cette attaque.

Il s'ensuivit la canonnade habituelle et régulière d'un combat navaL Désirant également en accélérer la fin, les deux vaisseaux s'approchaient insensiblement l'un de l'autre, et au bout de quelques instants, les deux nuages ' de fumée blanche qui s'élevaient autour des mats de chaque navire, n'en formèrent plus qu'un seul indiquant le lieu solitaire d'un. combat acharné, au milieu d'une scène de tranquillité parfaite. Les décharges d'artillerie étaient chaudes et se succédaient sai^S interruption. Mais tandis que les

deux partis ennemis montraient un zèle égal pour se détruire Vun l'autre, une différence remarquable signalait le caractère particulier de chaque équipage. De grandes acclamations d*encouragement accompagnaient chaque bordée lâchée par le croiseur du roi, tandis qu'à bord du Corsaire Tœuvre meurtrière s'accomplissait au milieu d'un silence désespéré.

Le bruit et l'agitation de cette scène firent bientôt bouillir, dans les veines du vieux Bignall, ce sang que l'âge commençait à y faire circuler plus lentement.

-*- Le drôle n'a pas oublié son métier, s*écria-t*il quand les preuves de l'habileté de son ennemi se manifestèrent évidemment par les voiles déchirées, les cordages rompus, les vergues brisées et les mâts chancelants de son propre vaisseau. S'il avait dans sa poche une commission du roi, on pourrait le nommer un héros.

Les circonstances étaient trop urgentes pour perdre le temps en vains discours. Wilder ne répondit qu'en encourageant ses marins à s'acquitter de leur tâche laborieuse et sanguinaire. Les deux vaisseaux suivaient alors le cours du vent, en décrivant deux lignes parallèles, lançant à chaque instant des volumes de flammes qu'on voyait briller à travers des nuages épais de fumée. On ne pouvait distinguer que les naâts de chaque navire, et encore n'étaient-ils visibles que pendant quelques instants bien courts. Plusieurs minutes, qui ne semblaient aux combattants qu'un instant indivisible, s'étaient ainsi passées, quanû l'équipage du Dard s'aperçut que ce vaisseau n'obéissait plus à la manœuvre aussi promptement que les circonstances l'exigeaient. Cette nouvelle importante fut annoncée sur-le-champ par le maître à Wilder, et par celui-ci au capitaine. Une conférence rapide sur la cause de cet événement inattendu en fut le résultat immédiat et naturel.

— Voyez, dit Wilder, les voiles battent déjà contre les mâts, comme des haillons qui y seraient suspendus. Les explosions de l'artillerie ont abattu le vent.

— Écoutez! s'écria Bignall, dont Texpérience était plus consommée, l'artillerie du ciel gronde encore plus haut que la nôtre ; la tempête que j'attendais est déjà arrivée. — Bâbord la barre. Monsieur, et placez le vaisseau hors de la fumée. — Bâbord la barre sur4e-champ. Monsieur; bâbord la barre, vous dis-je. .*?

Mais le mouvement ralenti du navire ne répondait pas à l'impatience de celui qui donnait cet ordre et de ceux qui Texéculaient, et il ne se prétait pas à la manœuvre avec la rapidité

qu'exigeait le besoin du moment Cependant, tandis que Bignall, les officiers que leur devoir retenait près de sa personne, et les \oiliers étaient ainsi occupés, les marins qui étaient aux batteries continuaient leur feu meurtrier. Le bruit du canon se faisait entendre sans interruption et était presque étourdissant, quoi-* qu'il y eût des moments où la voix sinistre du tonnerre retentissait de manière à rendre toute méprise impossible. Les yeux ne pouvaient pourtant prêter aucun secours à Toreille pour aider les marins à juger de ce qu'ils devaient faire. Les mâts, les voiles et le corps du bâtiment étaient également enveloppés de colonnes mouvantes de fumée qui couvraient le ciel, Tair, la mer et les deux navires, d'un manteau blanc semblable au plus épais brouillard. Ce n'était même que par instants qu'on apercevait, à travers quelque trouée, les individus occupés au service des batteries.

— Je n'ai jamais vu une fumée si épaisse s'accumuler sur le pont d'un navire, dit Bignall avec une inquiétude que toute sa prudence ne pouvait entièrement dissimuler. — Tenez la barre à bâbord. Monsieur; maintenez-ry bien. — De par le ciel, monsieur Wilder, les drôles savent qu'il y va de leur vie dans cette affaire.

— La journée est à nous I s'écria le second lieutenant près d'une batterie, en essuyant le sang d'une blessure qu'un éclat de bois lui avait faite au visage, et trop occupé du service dont il était chargé pour avoir fait attention à l'état du ciel; il n'a pas tiré un seul coup de canon depuis près d'une mini) te.

— De parle ciel, les coquins en ont assez! s'écria Bignall avec transport. Allons, mes amis, trois acclamations en honneur de la vict...

— Un instant, Monsieur! s'écria Wilder d'un ton assez décidé pour interrompre son commandant dans son triomphe prématuré; sur ma parole, notre besogne n'est pas encore terminée. Je crois, à la vérité, que ses bouches à feu gardent le silence : mais voyez, la fumée commence à se dissiper; dans quelques minutes, si nous <cessons notre feu, nous pourrons distinguer ce qui se passe sur son bord.

Une grande exclamation poussée par ceux qui servaient les batteries l'interrompit à son tour, et il s'éleva un cri général que les pirates prenaient la fuite. Mais les transports occasionnés par un incident qui semblait prouver la supériorité du Dard se calmèrent

bientAt, et d'une manière terrible. Un éclair vif et brillant pénétra à travers les vapeurs épaisses encore suspendues sur le vaisseau d'une manière extraordinaire,, et fut suivi d*un roulement de tonncflre, auprès duquel Texplosion simultanée de cinquante pièces de canon n'eût été presque rien.

■'^^ Rappelez nos gens des batteries L s'écria Bignall, de ce ton fetemi dont le calme forcé et peu nature) ne. fait qu'une plus forte imj^ssion : rappelez^les sur-le-champ, Monsieur, et faites carguer les'voilesl

WUder, plus surpris de l'arrivée subite et de la violence de la tempête que d'un langage auquel il était habitué depuis longtemps, ne tarda pa3 un instant à donner un ordre qui senÀblait si urgent. Les' marins quittèrent leurs batteries comme des athlètes sortant de l'arène, les uns faibles et couverts de sang, les autres fiers et courroucés, tous plus ou moins animés par la scène active dans bfqueUe ils venaient déjouer leur rôle.Hnjgrand nombre s'élan- ^rent sur les cordages qu'ils connaissaient si bien, et quelquesunsi, en montant dans le nuage encore susipendu au-dessus du vaisseauy échappèrent aux regards au milieu des agnès. . *-j Ferai-jè ferler les voiles ou prendre des ris ? demanda Wilder le porte-voix en main, prêt à donner Tordre nécessaire.

— Un instant, Monsieur; dans une minute nous y verrons mieux.

Le lieutenant attendit, car il voyait déjà que le voile qui leur cachait leur situation réelle était sur le point de se soulever. La fumée qui était restée si longtemps sur le pont, comme pressée par le poids de l'atmosphère, commençait alors à s'élever, et on la vit former des guirlandes le long des mâts, et s'éloigner ensijUte, chassée par un vent impétueux. Il fut alors possible de voir toutautour duvaisseau.

Au lieu de ce soleil glorieux et de ce firmament brillant et azuré qui s'offrait aux regards une demi-heure auparavant, le ciel était couvert d'un immense voile noir* La mer réfléchissait cette couleur sinistre et paraissait sombre et courro9cée. Les vagues avaient perdu leur mouv^nent régulier, et elles avaient une oscillation incertaine, comme si elles eussent attendu l'impulsion de €ette force qui devait leur donner leur direction et une nouvelle violence. Les éclairs qui fendaient les nuages ne se suivaient pas rapidement, mais ils arrivaient avec majesté et brillaient d'un édat bleuissant ; ils étaient accompagnés^le ce terrible tonnerre des

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aueoof signe de faiblesse que Tœil des hommes pût découvrir.

— Pour moi, je ne demande rien, dit-il avec une fermeté admirable; je sais que vos lois, ces lois que vous avez faites vous-mfimes, me condamnent à nn affreux destin; mais pour mes eompar gnons qui n*ont agi que par ignorance, et qui ne sont coupables que de m*étre restés fidèles. Je réclame, que dis-je, j*implore votre merci; ils ne savaient ce qu'ils faisaient, et..,

•^ Parlez à ces hommes 1 dit le Corsaire en montrant du doigt, sans tourner' les yeux, la troupe farouche qui Tentourait; — ^ ils sont vos juges, c'est à eux à prononcer.

Un dégoût violent et presque insurmontable se manifesta dtts les manières de Wilder; mais, faisant mï violent effort sur lui* même, il le dompta, et se tournant du côté de l'équipage : .

— Eh bien! dit-il, j'en appellerai môme à eux. — Vous êtes hommes, vous êtes marins...

— A bas; ! s'écria la voix rauque de Nightingale. — Il veut prêcher ! qu'il Âoit hissé au bout de la vergue t

Le son prolongé et retentissant du sifflet que l'impitoyable contre-maitre fît entendre par dérision, comme pour appeler l'équipage à la manœuvre, fut suivi de cris prolongés, et plus de vingt voix où se confondaient les accents de presque autant de peuples différents, de manière à former une affreuse discordance, répétèrent en même temps :

— A bas I à bas I tous les trois à la vergue I

Wilder jeta un dernier regard sur le Corsaire ; mais il ne put rencontrer ses yeux, que celui-ci avait détournés à dessein. Alors, la tête brûlante, il se sentit rudement transporté du gaillard d'arrière au milieu et dans la partie moins privilégiée du vaisseau. La violence du passage, la disposition des cordes passées précipitant ment dans les poulies, et tous les apprêts terribles d'une exécution navale, ne parurent que l'affaire d'un moment à celui qui touchait de si près au néant. . —

— Un pavillon jaune pour signal du châtiment I s'écria levinr dicatif capitaine du gaillard d'avant; que ce brave monsieur parte pour sa dernière expédition sous l'enseigne qu'il mérite 1

— Un pavillon jaune! un pavillon jaune! répétèrent une vingtaine de frénétiques. Descendons l'étendard du Corsaire, et arborons les couleurs du grand prévôt! Un pavillon jaune! un pavil*- Ion jaune I

Les éclats de rire grossiers, les railleries insultantes» avei

«Sft LE CORSAIRE ROUGE.

lesqQ^ cette burlesque prbposition fut reçue, resÉuèrent la bile 4e Fid, qui jusque-là s'était soumis en silence au traitement qu'on lui fiésait éprouver* parla r^isén qu'il pënsmt que c'était à son «aitre qu'il deYail laisser le soin de dire ce qu'il jugerait conTeaable,

—» Arrêtez, Til^ seélérats 1 8*écria*t-41 Tivement, la prudence et la modération cédant à Tinfluence d'une vertueuse indignation ;«* iaftmeB cottpe*jarrets, maladroits coquins que vous êtes I Oui, vous éle» 4^ coquins» el je vous le prouverai à votre bart>e, puisque vous êtes à la solde du diable; et vous êtes de maladroits coquins, enttre; comme on peut le voir à la manière dont vous avez tourné cette corde autour de mon cou. Ce nœud coulera bien, n'est-ce past Allez» allez, vous saurez tous un jour comment on pend déeeriament un homme; oui, oui, vous le saurez, scél^atsl Je vous réponds que vous l'apprendrez avec le temps.

-^:EnIevons-le» s'écria une voix, puis deux, puis trois successivement; — dépêchons, et qu'il prenne le chemin du ciel!

Heureusement de nouveaux cris partis de l'une des écoutifles suspendirent l'exécution.

— Un prêtre i un prêtre I criait une autre bande de misérables, il va leur faire dire leurs prières avant qu'ils commencent leur danse.

Le rire féroce avec lequel les flibustiers accueillirent cette propo: sition dérisoire fut comprimé aussi subitement que si celui qu'ils bravaient avec tant d'impiété leur eût répondu du haut de son Ifdne de miséricorde, lorsqu'une voix sonore et menaçante fit retentir ces mots au milieu d'eux :

~ De par le ciel! si un regard, un geste trop outrageant est adressé à un prisonnier à bord de ce vaisseau, le coupable ferait mieux d'envier le sort que vous préparez à ces misérables, que d'affronter ma colère ! Éloignez-vous, je vous l'ordonne, et faites plaoeà raumônier.

— Toutes les mains hardiment levées se baissèrent à l'instant, toutes les lèvres profanes se fermèrent, laissant le saint ministre, lAjet de leurs sarcasmes et de leurs outrages, s'approcher lentement du lieu fataL

j— Voyez, dit le Corsaire d'une voix plus calme, mais toujou» impérieuse; vous êt^ le ministre de Dieu^et votre devoir est Ja charité : si vous avez des consolations qui puissent adoucir les derniers moments de vos semblables, hâtez-vous de les prodiguer.

* .— Quel eriffle ont-ils commis? demanda le ministre loi^u'il lui fut permis de parler.

— Qu'importe? il vous suffit de savoir que leur heure est arrivée. Sivousvottleziéleverlavoixpour prier, ne <»*aignes rien«.Ces sons inaccoutumés seront écoutés avec respect, même ici. Oui, et ces mécréants qui vous entourent si hardiment, se jetteront à ge- DOUX dans un morne silence, comme s*ils étaient touchés de vos saintes paroles. D'un geste, je saurai bien faire taire l'incrédulité et prévenir les railleries. Parlez sans crainte.

— Fléau des mers I dit en commençant l'aumônier dont les traits pAles et glacés d'horreur brillaient en ce moment d'une sainte indignation; violateur effronté des droits de l'homme I contempteur audacieux des ordres de votre Créateur I une réti*ibution terrible vengera ce crime! N'est-ce pas assez d'avoir aujourd'hui frappé déjà tant de victimes? étes-vous encore altéré de sang? Tremblez I le moment arrivera où, dans la justice du Tout-Puissant, ces crimes retomberont sur votre tétel

— Regardez! dit le Corsaire en souriant, quoique à travers ce sourire on pût distinguer quelque chose de hagard dans l'expression de sa figure ; voilà les preuves de la manière dont le ciel protège le bon droit.

— Quoique sa justice terrible se cache pendant quelque temps dans les profondeurs d'une sagesse impénétrable, ne te trompe pas 1 l'heure n'est pas éloignée où elle saura t'atteindre, et...

L'aumônier ne put continuer; sa voix expira sur ses lèvres, car ses yeux venaient de tomber sur le cadavre inanimé de Bignali, qui n'était qu'à demi caché sous le pavillon que le Corsaire luimême avait jeté sur le corps. Alors, rassemblant toute son énergie, fl. ajouta, dans le langage simple et expressif qui convenait à son ministère : •— On me dit que votre cœur n'est pas tout à fait fermé i. tout sentiment d'humanité; que de meilleurs principes y ont germé autrefois; que la semence existe encore, et il serait possible...

. ^ Paix ! vous parlez en vain. Remplissez votre devoir envers ces hommes, ou taisez-vous.

— Leur destin est-il irrévocable?

— Oui!

— Qui l'a dit? demanda une voix basse qui, frappant l'oreille du Corsaire, parut faire glisser un frisson mortel jusque dans tes replis les plus secrets de son être. Mais ce mouvement de Ciibiesse

42ft LE CORSAIRE ROUGE.

cessa atee la surprise qui Pavait occasionné, et H répondit avec calme et presque an même instant :

— Laloil

-*La loi! répéta la gouvernante. Comment! ceuxqni bouleversent tout, qui méprisent toutes les institutions humaines, peuventils parler de la loi I Dites, si vous le voulez, que c'est une implacable, une affreuse vengeance, mais ne profanez pas le saint nom de la loil Je m'écarte de Tobjet qui m'amène : oh m'a parlé de l'horrible scène qui se prépare, et je viens vous offrir la rançon des coupables. Fixez-la vous même; qu'elle soit digne de celui que nous rachetons. Un père reconnaissant donnera volontiers toute sa fortune pour celui qui a sauvé son enfant.

«— Si l'or peut racheter leur vie, interrompit le Corsaire avec la rapidité de la pensée, il y en a ici par monceaux, et tout prêts à donner. Qu'en disent nos gens? Veulentîls accepter une raaçonT

Une courte pause suivit; puis un murmure bas et sinistre s'éleva dans la foule, indiquant la répugnance qu'elle éprouvait à renoncer à la vengeance. Le Corsaire jeta un regard méprisant sur les figures atroces qui l'environnaient, ses lèvres remuèrent fortement; mais, comme s'il dédaignait de s'interposer davantage, il n'articula rien ; puis, se tournant vers le prêtre, il dit avec le sang-firoid qui le caractérisait.

— N'oubliez pas vos saintes fonctions : les moments sont précieux.

Après avoir dit ces mots, il se retira à l'écart, à l'exemple de la gouvernante, qui avait baissé son voile pour ne point voir un spectacle aussi révoltant, lorsque Wilder lui adressa la parole :

— Je vous remercie du fond du cœur de ce que vous étiez prêt à faire pour moi, lui dit-il ; mais si vous voulez que rien ne trouble mes derniers moments, que je reçoive encore de vous une promesse solennelle avant de mourir.

— Laquelle.

— Promettez que les personnes qui sont venues avec moi dans votre vaisseau pourront le quitter sans qu'il leur soit fait aucun mal.

-^ Promettez, Walter, dit une voix solennelle du milieu de la foule.

— Je le promets.

— Je ne demande rien de plus. — Maintenant, digne ministre

du ciel, ranplissezles devoirs de votre saint TOlaîstère près de mes compagnons. Leur iporance a besoin d'être éclairée. Quant à moi, si je quittais la scène briHante du monde sans penser avec la plus vive reconnaissance à l'hêtre qui, comooe je l'espère humblement, m'appelle à un héritage mille fois plus précieux, mon aveuglement serait volontaire et mon crime s^s rémission. Mais ces malheureux pourront trouver quelques consolations dans vos prières.

Au milieu d'un silence profond et presque ttttBjfdsif ÏMotéttier s'approcha des^eux m^l#;^.-iepeu d'importa?ice dont ils étaient âHpste^âff^ÇÇ^der avait été cause qu'ils n'avaient point été observés pendant la plus grande partie de la scène précédente, et des changements matériels s'étaient effectués, sans qu'on y eût fait atten* tien, dans leur position respective. Fid était assis sur le pont, son collet déboutonné, le cou entouré de la corde fatale, soutenant la tCte du nègre, presque insensible, qu'il avait placée sur ses genoux avec une tendresse et une attention particulières.

— Cet homme du moins trompera la malice de ses ennemis, dit le prêtre en prenant la main raboteuse du nègre entre les siennes; Le terme de son humiliation et de ses souffrances approche; il sera bientôt hors de l'atteinte de l'injustice des hommes. — - Ami, quel est le nom de votre compagnon?

—Il importe peu que vous héliez de telle ou telle manière un homme qui se meurt, répondit Richard en secouant tristement la tête. Il a été couché sur les registres du vaisseau sous le nom de Scipion l'Africain, venant, comme vous savez, de la côte de Guinée. Appelez-le donc Scipion, si vous voulez, et il vous comprendra bien.

— A-t-il recule baptême? Est-il chrétien?

— S'il ne l'est point, je ne sais paâ qui diable le serait! reprit Richard avec une aigreur qui pouvait paraître un peu hors de saison. L'homme qui sert son pays, qui est bon camarade, et qui n'a pas d'infirmité naturelle, je rappelle un saint, en tant qu'il s'agit simplement de religion.— Eh! Guinée, mon brave, donne une poignée de main à l'aumônier, si tu t'appelles chrétien.--- Un cabestan ne roule pas un câble plus promptement que le poignet de ce nègre ne l'aurait fait il y a seulement une heure; et à présent vous voyei à quoi un géant peut être réduit!

'—Son dernier moment approche, en effet. Offlrirai-jeune prière pour le salut de l'âme qui va s'envoler?

430 LE COftSAIfiS AÔUGB.

—le 11*611 sais rien, je n'en isais ften, répondit Fid, a^alaitt ses paroles, et prononçant ub heûil sonore et tigourenx, eomme aux plus beaux Jours de sa jeunesse. Lorsqu'il t^te si peu de temps i an pauvre diable pour dire ,ee qu'il a sur la conscience, le mieux est peut-être de le laisser parler, s'il peut en venir à bout. Il peut lui venir à l'esprit quelque chose qu'il serait bien aise d'eovoyer à ses amis d'Afrique, auquel easjl nous feudraft ekercber un messager convenable. — Ah I qu'y a-t-il, mon brave T Vous voyez qu'il chcr(fne àëj^d ^ ^^ibOQuiller quelques-unes de ses idées.

—Maître Pid, lui prendre le collier, &*J^ «Àjte en s^cïf^^nt d'articuler.

— Oui, oui, dît Richard en s'éclaircissant de nouveau la <^^-^^ et en regardant fièrement à droite et à gauche, comme s'il cherchait quelque objet sur lequel il pût exercer sa vengeance; oui, oui, Guinée, mettee-vous l'esprit en repos sur ce point, et, pour ce qui est de cela, sur tous les autres. Vous aurez un tombeau ni plus ni moins profond que la mer, et un enterrement chrétien, mon garçon, si ce ministre que voici veut faire sa besogne. Tous les petits messages que vous pourriez avoir pour vos amis seront mis sur le livre deWch, et. des mesures sont prises pour qu'ils parviennent à leurs oreilles. Vous avez eu bien des temps orageux, Guinéç, et quelques ouragans ont sifflé sur votre tête, que peutêtre vous auriez évités si votre couleur avait été d'une nuance ou deux moins foncée. Quant à cela, il se peut que je vous aie moimême mené un peu trop par la bride, camarade, lorsque j'étais par trop porté à mp glorifier de ma couleur, ce que je prie le Seigneur de me pardonner d'aussi bon cœur que je suis sûr que vous le pardonnerez à Fid.

Le n^gjre fit un effort inutile pour se soulever, et sa main che^ chait cène de son compagnon, tandis qu'il disait: . -' Monsieur Fid demander pardon à pauvre noir! Maître en haut pardonner tout, monsieur Richard; lui plus penser à rien.

— S'il est vrai,, ce sera ce que j'appelle une chose diablement généreuse, répondit Richard, dont la conscience et les senUments se trouvaient remués d'une manière qui ne lui était pas ordinaire, il y al affâirç de m'avoir tiré si courageusement du fond de l'eau, qui n'a jamais été, non plus, convenablement réglée entre nous; et unelbttled'aurres petits services de même genre dont, voyez- ^ous, je. ne suis pas fâché de vous remercier, pendant qu'il en est

tempe encore. Car, qui sait si jamais nos noms seront encore portés;

sur les registres du même vaisseau?

Un foible signe que son conûfpàgnoii essayade feireflit eause que le vieux matelot s'arrêta pour essayer de l'interpréter ^ soa mieux. Grâce à la connaissance qu*il avait du carac^e delMndîvidu, il parait qu'il y réussit sans peine, car il ajouta presque ans» sitôt, comme s'il lui répondait :

—Eh bien! eh bien ! il est possible qu'ils le soient. Je suppose en effet que là-baut ils casent les gens à peu près dans le même ordre qu'ils se trouvent îci-bas; de sorte qu'après tout, nous pourrions être à portée de noushêler l'un l'autre. Notre ordre de départ est signé à tous deux, quoiqu'il paraisse que vous deviez filer . vDtrë câble avant que ces coquins soient prêts à me hisser là^faaut» et que par conséquent vous aurez sur moi l'avantage du vent. Je ne dirai pas grand'chose sur les signaux qu'il pourra être nécessaire de hm pour nous reconnaître par là-bas, attendu^ que je suis bien sAr que vous n'oublierez pas M. Harry, à cause du petit avantage que vous avez de partir le premier; et comme je suis bien décide à suivre d'aussi près que possible son sillage , j'aurai le double avantage de savoir que je suis dans la bonne route, et de vous rencontrer...

— Ce sont des pensées coupables et non moins contraires à votre bonheur futur qu'à celui de votre malheureux ami , interrompit l'aumônier. Il doit placer sa confiance dans un être bien différent dans tous ses attributs de votre officier, qu'il ne s'agit ici ni de suivre ni d'imiter; mettez votre confiance, en un autre...

— Si je le fais, puissé-je...

— Paix ! dit Wilder : le nègre voudrait me parler.

Scipion avait tourné les yeux du côté de son officier, et il faisait de nouveau un faible effort pour étendre la main. Wilder lui ayant avancé la sienne, le nègre réussit à la porter à ses lèvres, puis tt raidit, par un mouvement convulsif, ce bras d'Bercule, qu'il avait employé si récemment et avec tant de succès pour, la défense de son maître, et il retomba presque aussitôt lourdement, quoique son œil éteint cherchât encore la figure de celui qu'il avait si longtemps aimé, et qui, au milieu de toutes ses souffrances, ne lui avait jamais refusé un regard de bienfaisance ou de compassion. De sourds murmures suivirent cette scène, puis des plaintes moins déguisées leur succédèrent jusqu'à ce que plusieurs exprimassent à

baute Toix leur mécontaitemeDt que la vengeance fût différée si longtemps.

^ Il fout en finir avec eux, s'écria une voix de mauvais présitge. — A la mer le cadavre^ et à la vergue le vivant I

^ OuiHlà, s'écria Fidd'un ton si énergique que même le plus audacieux de la troupe en fut un moment frappé ; qui oserait jeter an marin à la mer avant que ses paupières soient encore fermées, lorsque ses dernières paroles retentissent encore aux oreiUes de ses camarades? Ahl vous croyez nous garrotter si facilement, misérables maladroits que vous êtes! Tenez, voilà pour vos nœu4set pour vos liens tout à la fois I

En disant ces mots, le vieux matelot rassemblant toutes ses forces, rompit les cordes avec lesquelles on lui avait attaché les coudes, et il appliqua le corps du nègre contre le sien avec tant de rapidité et d*adresse que ses paroles n'en éprouvèrent pas d'iotermption. — Oii est celui, dans toute votre troupe de fainéants, qui pourrait se comparer à mon Scipion pour la force ou pour TagilitéT En est-il un parmi vous tous qui donnerait ses rations pour qu'un camarade malade Ht un meilleur repas,^ ou qui ferait une double corvée pour épargner le bras débile d'un amiT Et maiptenant tirez la corde, et remerciez le ciel de ce qae les bonnétes gens sont à la place que vous devriez occuper, pêndards que vous êtes!

— Finissons-en I cria Nightingale en accompagnant sa voix d'un coup aigu de son sifflet; qu'ils prennent leurs passe-ports pour le ciell

— Arrêtez ! s'écria l'aumônier saisissant heureusemeut la corde avant qu'elle eût accompli son fatal office; au nom de celai dont le plus endurci de vous tous peut avoir besoin un jour à'implorer la merci, accordez encore une seule minute. Que veulent dire ces mots? mes yeux ne me trompent-ils pas? Arche de Lynn- Haven.

— Oui, oui, dit Richard desserrant un peu la corde afin de parler plus librement, et transportant de sa botte à sa bouche ce qui lui restait de tabac à mâcher : vous qui êtes un savant fieffé, il n'est pas étonnant que vous les ayez déchiffrés si aisément, quoiqu'ils aient été tracés par une main qui n'était pas très-forte sur l'écriture.

— Mais d'où viennent ces mots? et pourquoi ont-ils été tracés de cette manière en caractères indélébiles sur votre peau?--

tropiques qu'on peut sans profanation se représenta comme te voix de celui qui a créé Tunivers, pariant aux créatures qu'il a tirées du néant. De tous côtés on voyait l'apparence d'une lutte, sérieuse et formidable entre les éléments. Le navire du Corsaire voguait légèrement devant une brise descendue des nuages ; ses voiles étaient carguées, et son équipage s'occupait avec autant de calme que d'activité à réparer les avaries qu'il avait souffertes pendant le combat.

n n'y avait pas un moment à perdre pour imiter l'exemple des prudents flibustiers. La proue du Dard fut à la hâte et heureusement tournée dans une direction contraire à la brise, et tandis qu'il commençait à marcher du même côté que h Dauphin, on essaya de rattjicher aux vergues ses voiles déchirées et presque hors de service. Mais un temps précieux avait été perdu pendant qu'on était enseveli dans un nuage de fumée, et il était impossible de le regagner. La mer changea de couleur, et au lieu d'un vert foncé pritunUanc étincelant Enfin, on entendit les sifflements de l'ouragan qui arrivait à travers les ondes avec une violence irrésistible.

-— Dépédiez-vous, camarades I s'écria Bignall lui-même, dans la situation dangereuse où se trouvait son vaisseau ; pliez les voiles, pliez-les toutes; ne laissez pas au vent un seul chiffon ! — De par le ciel ! monsieur Wilder, ce vent-là n'est pas un jeu; ehcouragez nos gens à l'ouvrage; parlez-leur. Monsieur, parlez-leur.

— Ferlez les voiles! cria Wilder.— S'il est trop tard, coupez-les. — Servez-vous du couteau et des dents. — Descendez tous > — - Vttel descendez! — Ily vadela vie I

Il y avait dans la voix du lieutenant quelque chose qui semblait comme surnaturel à l'équipage. Il avait si récemment vu une calamité semblable à celle qui le menaçait de nouveau, que ce souvenir donnait peut-être à son ton un accent d'horreur. On vit descendre rapidement une vingtaine de matelots, à travers une atmosphère si épaisse qu'elle semblait être sensible au toucher. On aurait dit une troupe d'oiseaux volant à tire d'aile pour arriver à leur nid. Leur précipitation n'était pourtant pas inutile. Privés de tous leurs agrès, et chancelant déjà sous de nombreuses blessures, les mâts les plus hauts se trouvant trop chargés, cédèrent à la fureur de l'ouragan, tombèrent tour à tour, et il ne resta debout que les trois grands mâts, mais nus et presque inutiles». Presque tous ceux qui étaient montés sur les agrès descendirent sur le tillair

il8 LE CORSAIRE ROUGE.

assez à temps poar se mrttre^a sùMté; maisils*en trouva quelques-uns trop opiniâtres, ou eneoee trop échauffés pâo-te emnbat pour écouter les avi^ salutaires de leAr. liesteaant Oa* vitices^Tio^ times de leur obstination flotter un inslant tsitri lanisuffaeedes: ondes, s*accroehant aux fragmests rompus desmàts; tandis que UDard, entouré d'un nuage d'écume^ et poussé par uttusentia^ié-' tueux, a'éloignait avec upe rapidité qui fit bienléijpeMne ;detTue leurs personnes et leurs misères. h ji]

— C'est la main de Dieul s'écria le vieux Bq;iiall d'u^e* voix rauquoi tandis que ses jeux se contractaient en cberobâDt: à voir encore les malheureux naufragés. •— Faites-y i bien attention,. Henry Arche , je soutiendrai toujours que ce ne sont pas les caiiotts du pirate qui nous ont réduits dans cet état déplorable.. ^

Peu disposé à chercher la misérable.consolation à laquelle son commandant se livrait» Wilder déploya tous ses .moyens pMr ror médier, autant que les circonstances lepermettaieot^ à des avaries qu'il sentait pourtant être irréparables en œ moment. mAih milieu; du siflBement du vent, des coups redoublés dui tonnste^ d'une atmosphère tantôt illuminée par la lueur sinistre des éclairs, tantôt obscurcie par un nuage de sombres vapeurs, et ayant partout seos les yeux les preuves terribles et sanglantes du eomfaac.qui venait. d'avoir lieu, l'équipage du croiseur anglais se montrafidèle à; luimême et à son ancienne réputation. Au milieu du tumulte die' la: tempête, on entendait.s'élever les voix de Bignall et^de ses otEtciers, soit pour donner les ordres dont une longue eiq^ériience leur avait appris la nécessité, soit t)otBr eacoura^ tes: matelots 4 faire leur devoir. Mais heureusement ia lutte des éléments fut de courte duréç. Us ailes de l'ouragan l'emportèrent bien loin, laissant les vents alizés reprendre lear cours ordinaire, et comme l'influence de ces vents combattait l'impulsion donnée aux. vagues par l'ouragan, la mer parut alors plutôt calme qu'agitée.

Mais tandis qu'un danger disparaissait aux yeux des marins du Dard, un antre, qui n'était guère moins à craindre, attirail forcément leur, attention. Tout souvenir de la générosité du Corsaire, tout sentiment de reconnaissance s'était effacé de l'esprit de Wilder, entièrement absorbé par l'orgueil tout-puissant de sa profession, et par cet amour de la gloire qui est inhérent à un gu^rier, quand il vit la symétrie des mâts ànDauphm, que les. boulets, et la fou dre semblaient avoir respectés, et l'ordre et le bon état de touj^ s^ agrès, qui ne paraissaient avoir souffert aucun déranfement .

IB CORSAIRE ROUGE ODMraït dit que ceMlimiinf Hf.u ^^^- 4f»

quelque pouvJr su^îSr;^^^^^ ^'l «« <*««e, on ,»•

ftrenrs d'«n nouvel ou J^ ïî^^^^^^^^^ V/ '^'^'^ ^« «^«eu S feite avee plus de mgS' ? i ^x^^ '^^*'^°« impartiales S q«elavigiianceetSîa^^^^ iSmî

, i^emi. Le vaisseau du cZtJTà^^J ' f P^^'^^"^ ^^1'^

^nt,so. -^^Atf, comme le mouT^ÏÏ^^^^

^aujourd'hui, dit le vftulBnilJ^-jr Arche éa, iIk . ' gdu Dauphin, que raction allait probSSi^l^^ est Pour les

myezaosgens à leurs batteries, Monsleur7wR|ll^|^ *«« ma-

irs canons» car nous aurons probablement encore affShi^ii^^ recommeiH les. ^^^ilsprépa.

e vous demanderai un instant de délai, dit vivement Wilder il entendit son commandant donner ordre à ses gens de larer à faire feu dès queVennemi serait à portée. Permettezvous prier d'attendre un instant. Nous ignorons queltes t être ses intentions actuelles.

ersonne ne mettra le pied à bord du Dard sans se soumettre ^rité du roi son maître, répliqua le vieux marin d'un ton Feu I camarades , feul Chassez ces misérables de leurs bal-^ Apprenez-leur qu'il est dangereux de s'approcher d*un lion, |uand il a reçu une blessure.

er vit que toute remontrance serait tardive, car une nou- )rdée partit au même instant inDard, pour faire oublier au e les intentions généreuses qu'il pouvait avoir conçues. Is n reçut cette grêle de fer tandis qu'il s'avançait, et il dévia âce de sa marche, de manière à en empêcher la répétition^ msuite se placer en face de la proue du croiseur du roi» i sans défense, et l'on entendit sur son bord une voix raunmer le commandant du Dard d'amener son pavillon, enez scélérats I venez I s'écria Bignall enflammé de colère : ; propres mains tâchent d'exécuter cet ordre ! avire^ plein de grâce, comme s'il eût été sensible lui-mêmo

-aantaine de flg»»«» **™„, „« «sombat corps à ^ÇWPf' , ^tt

ieiïïSmtesur leur propre f^^^ ^^eôti

îCe voix qti ^^^^tnî^^^^^^ de. à^>CKÎÎftâit La prem3

à la tête d'une.petite ^f^^P;;^^ ^.y i^^niwiteie, et. les deux partis M gralerie pour arrêter le ^^^^r^ ttctendredu renfort et reprendre haJeine^J eonirc ftit terrible et J^^XtrigandslarrW^^ meurtriers Is'^Mia^l'iatréj^ quelques pas pout^ qu'on voyait à la tête de sa petite troiwe» et: qae f^ ^ Arriv^T ''Sistinguerles cheveux gris qui flottaient sur sa tête nue;voi| téra»*- ^'^'^ vez que le ciel combat pour te parti de la justice I .

Les flibustiers qu'il avait en face firent un mouvemeoisol s'ouvrirent. On vit alors une nappe de flaume sortir des fiaD( IteupAm, portant dans son centre une çentajine d*instrameQ mort qui passèrent à travers un sabord vide. fii^aU faisa eore brandir son épée sur sa tête avec fureur, et qu TenteDdi crier jusqu'à ce que la voix mourût dans son gosier : En a Misérables I arrivez I — Henry I Henry Arcbe! — Dieu Hûura! V.

Il tomba.comme un arbre qu'on abat, et mourut, possédasl te savoir, cette commission pourlaqueUe il ayait travaillé pc tout le cours d'une vie passée dans les fatigues et dans le gers. Jusqu'alors Wilder avait maintenu sa position sur le quoique pressé par une troupe aussi résolue et aussi entrepn que la sienne; mais en ce moment terrible de crise, on en s'élever dans la mêlée une voix qui fit vibrer tous ses ne qui parut même exercer son influence puissante sur l'espi défenseurs du Da/rd.

— Place! faites-moi place! criait-elle d'un ton sono^A re sant et plein d'autorité; laissez-moi passer, et suivez-moi autre main que la mienne n'abaissera cet orgueilleux paviUc

— Courage ! mes amis, tenez ferme I cria Wilder de son côté, les cris, les jurements, les imprécations et les gémissements foi^ maient Taccompagnement de ce combat terrible, qui se livrait avec trop de violence pour qu*il pût durer longtemps. Wilder vit avec désespoilr que sa troupe ne pouvait résister au nombre et à l'impétuosité des assaillants, mais il ne cessa pourtant pas un instant de l'encourager de sa voix, et delà stimuler par son exemple.

n vit tomber à ses pieds, l'un après l'autre, un grand nombre de ceux qui combattaient avec lui, et se trouva enfin repoussé jusqu'à l'extrémité opposée du pont. Là, il rallia encore une petite troupe qu'on attaqua plusieurs fois en vain.

—Ah I s'écria une voix qu'il reconnut, mort à tous les traîtres! Ouvrez-vous un chemin à travers eux, mes braves! embrochezle comme si c'était un chien I Une hallebarde au héros qui lui percera le cœur.

— Taisez-vous, bavard! répliqua la voix ferme du brave Richard ; voici un blanc et un noir à votre service, si vous avez besoin d'une broche.

— Encore deux de la même bande! continua le général en levant son sabre pour porter à l'orateur un coup qui aurait terminé ses jours.

Un corps noir, à demi nu, s'avança pour recevoir la lame qui descendait, et qui tomba sur le manche d'une demi-pique, qu'elle coupa comme si c'eût été un roseau. Quoique se trouvant sans défense, Scipion ne fut pas effrayé; il se firaya un chemin jusqu'en avant de Wilder, et, le corps nu jusqu'à la ceinture, il combattit sans autre arme que ses bras nerveux, en homme qui méprisait les coups de toute espèce dont son corps athlétique, mais sans défense, devint sur-le-champ le but.

— Ferme 1 Guinée, s'écria Fid ; donnez-leur-en de droite et de gauche, voici quelqu'un qui vous soutiendra, dès qu'il aura fail avaler son grog à cet ivrogne de soldat de marine.

Les parades et la science du malheureux général ne lui forent en ce moment d'aucune ressource contre un coup de sabre de Richard, qui, tombant sur son armure défensive, traversa son casque et lui fendit la tête jusqu'à la mâchoire.

— Arrêtez, meurtriers! s'écria Wilder, qui vit des coups sans nombre se diriger vers le corps sans défense du nègre qui continuait à combattre; frappez de ce côté, et épargnez un homme sans armes!

iS» XE CORSÂIRS RO^GB.

La me de notice aventurier se troubla qiuand il vit tomber leinâgre, entraînant dans sa «bute deux de ceux qui J'aitaquaient; et en ce moment une voix non moins forte que Témotion que pouvait causer une pàreiBe scène, s'écria presque àson oreille:

— - Le combat est fini I Quiconque fraf^ ua coup de plus bc fait im ennemi de moi.

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