CHAPITRE XXXL
Emmenez-le; TuDivers tont entier ne le sauverait paii Shakspearb. Cymbeline.
L*ouragan qui avait menacé d'engloutir le vaisseau n'avait éié ni plus terrible ni plus imprévu que la scène que nous venons de rapporter; et le riant aspect du ciel tranquille et du brillant soleil de la mer des Caraïbes formait un contraste frappant avec les ho^ reurs qui suivirent le combat. Le moment de confusion occasionné parla chute de Scipion cessa bientôt, et Wilderput contempler les nobles débris du Dard^ si complètement mutilé, et tous ces cadavres épars» triste résultat de la lutte affreuse qui s'était engagée. Le vaisseau a été suffisamment décrit ; mais quelques mots sur l'état actuel des acteurs pourront servir à jeter du jour sur les événements qui vont suivre.
A quelques pas de l'endroit où Wilder se trouvait lui-même, il vit debout le Corsaire immobile. Ce ne fut pourtant qu'au second coup d'œil qu'il reconnut, sous le casque d'abordage dont nous avons parlé, et qui lui donnait un air farouche, ses traits ordinai* rement doux et tranquilles. En promenant ses regards sur cette taille hardie où tout respirait Torgueil du triomphe W^ilder eut peine à ne pas s'imaginer que le Corsaire était grandi tout à coup d'une manière aussi soudaine qu'inexplicable. Une main reposait sur la poignée d'un yatagan dont les gouttes rougeàtres qui coulaient de la lame courbée attestaient qu'il avait rendu de funestes services dans la mêlée, tandis que son pied était placé et sentblait peser avec une force surnaturelle sur cet emblème national
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i|a*il av^ en leTfaronehe plaisir d'abattre lui-même. Près de lui, et presque sous son bras, était Rodmck, inoliné, n'ayant point d^atmes, les vêtements couverte de sang, l'œil fixe et bagard« et la figure aussi pâle que ceux en qui le principe de la vie venait de s'éteindre.
On voyait çà et là les prisonniers blessés, l'air morne, mais non abattu, tandis qu'un grand nombre de leurs ennemis, à peine plus malbeureux, étaient étendus dans leur sang sur le pont, avecun^ expression de férocité sur la figure, qui indiquait clairement qu'au milieu de leurs souffrances ils n'avaient qu'une seule pensée, celle de la vengeance. Ceux des deux partis qui n'avaient point été blessés ou qui ne l'avaient été que légèrement s'occupaient déjà de ce qui les intéressait le plus, les uns cbercbant à piller, les autres à se cacher.
Mais telle était la discipline établie parle chef des flibustiers, tel étaH le respect pour sa puissance absolue, que pas une goutte de sang n'avait été répandue, pas un coup n'avait été donné depuis le moment oii sa voix redoutable s'était fait entendre. Néanmoins il y avait eu assez de carnage pour assouvir leurs plus avides désirs, s'ils n'avaient eu soif que de sang. Wilder éprouvait de cuisantes douleurs à mesure que les traits inanimés d'un ami dévoué ou d'un fidèle serviteur se présentaient à sa vue les uns après les autres; mais le coup le plus sensible fut lorsque ses yeux tombèrent sur la figure toujours sévère et menaçante de son vieux commandant. •
— Capitaine Heidegger, dit-il en s'efforçant de montrer l'assurance qui était nécessaire dans un pareil moment, la fortune s'est déclarée pour vous : je demande merci pour ceux qui ont survécu.
— Et merci sera accordée à ceux qui peuvent y avoir des droits : je souhaite qu'il puisse se trouver que tous soient compris dans cette promesse.
La voix du Corsaire était solennelle, et semblait exprimer plus que le sens littéral des paroles. Cependant Wilder aurait pu réfléchir longtemps à cette réponse équivoque sans la comprendre, si l'approche d'une partie de l'équipage ennemi, dans lequel il reconnut à l'instant les mutins qui s'étaient montrés le plus dans l'insurrection dont il avait manqué de devenir la victime à bord du Dauphin^w lui eût expliqué que trop clairement ce que iouf chef avait voulu faire entendre.
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— Noos réclamons rexécution de nos anciennes loisl dit le cbef de la bande en s*adressant à son capitaine d'un ton fier et décidé que Tardeur da combat pouvait expliquer, sinon excuser estièrement.
— Que voulez-vous?
—La vie des traîtres I ftit la morne réponse.
-^ You^ connaissez les règlements de notre service. S*il en est qui soient en notre pouvoir, qu'ils subissent leur sort.
S*il avait pu rester quelques doutes dans l'esprit dé Wildersur les intentions de ceux qui venaient d'une manière aussi terrible demander justice, ils se seraient évanouis au moment même, lorsqu'au milieu d'un affreux silence il se vit traîner avec ses deux compagnons devant le chef, ou plutôt le despote. Quoique l'amour de U vie dominât dans son cœur, cet amour même, dans une pareille extrémité, ne se manifesta par aucune prière, par aucune démarche humiliante. Il n'eut pas même un instant l'idée de re* courir à quelque subterfuge qui eût été indigne de sa profession et de son caractère. Ses regards étaient fixés sur celui dont le pouvoir seul pouvait le sauver. II surprit l'expression prononcée, mais rapide, de regret qui adoucit les traits rigides du Corsaire; puis, presque au même instant, ses traits reprirent leur calme et leur impassibilité. Il vit aussitôt que les devoirs du chef étouffaient les sentiments de l'homme, et il ne lui en fallut pas davantage pour lui apprendre qu'il n'avait rien à espérer. Dédaignant de s'abaisser à des remontrances inutiles, il resta à la place où ses accusateurs l'avaient placé debout, immobile et silencîeux.
— Que voulez-vous? demanda enfin le Corsaire d'une voix que même ses nerfs de fer avaient peine à rendre aussi ferme qu'à rordinaire. — Que demandez-vous?
— Leur mort I
— Je vous comprends. — Allez, ils sont à votre merci 1 Malgré les horreurs de la scène qui venait de se passer, malgré
l'état d'exaltation et d'effervescence qui Tavait soutenu pendant le combat, le ton grave et solennel avec lequel son juge prononça une sentence qui le livrait à une mort brusque et ignoçiinieuse, fit frissonner notre aventurier au point de le rendre presque insensible. Tout son sang se glaça dans ses veines et le dioc qu'il ressentit manqua de bouleverser sa raison; mais ce fut l'affaire d'une seconde, et, la secousse une fois passée, il se montra aussi fier, aussi intrépide que jamais, ne laissant échapper
PatieQce, hommes, monstres I démons I voudriez-vous envier à un bomme qui va mourir, même une minute de ce temps précieux . qui nous devient si cher à nous tous, au moment où la vie va nous quitter?
*— Accordez encore une minute I dit une voix sourde par derrière.
— D*où viennent ces mots, vous dis-je? répéta l'aumônier. -—Ce n'est ni plus ni moins que la manière dont fut couchée
sur le livre de loch une certaine circonstance qui maintenant ne sert plus à rien, attendu que ceux qu'elle concernait principalement vont partir pour leur dernière croisière. Le nègre a parlé du collier, mais alors il pensait que je pourrais rester au port, tandis qu'il naviguerait entre le ciel et la terre, pour chercher son dernier ancrage.
««. Que dois-je croire? s'écria la voix trembante et étouffée de Mrs Wyllys. Merton! pourquoi ces questions? mon désespoir était-il donc prophétique? la nature fait-elle connaître si mystérieusement ses droits?
— Calmez-vous, ma chère damel prenons garde de nous laisser abuser par de simples apparences. Arche de Lynn-Haven était le nom d'une propriété dans les Iles appartenant à un de mes meilleurs amis, et ce fut là que je reçus et que je mis à bord d'un vaisseau le précieux dépôt que vous confiâtes à mes soins, mais...
"—Parlez, s'écria la dame en s'élançant vers Wilder dans une sorte de frénésie, et saisissant la corde qui, un instant auparavant, avait été serrée fortement autour de son cou, elle la détacha avec une adresse presque surnaturelle. Ce n'était donc pas le nom d'un vaisseau.
— D'un vaisseau I non certainement. Mais pourquoi ces craintes, ces espérances?
--- Le collier 1 le collier! que parliez-vous de collier?
— Oh! ce n'est pas qu'il puisse servir à grand'chose à présent, répondit Fid qui suivit avec beaucoup de sang-froid l'exemple de' Wilder, en profitant de ce que ses bras étaient libres pour ôter la corde qui lui ôtait la respiration, sans faire attention à un mouvement que plusieurs de ses bourreaux firent pour l'en empêcher, mais qui fiit réprimé par un regard de leur chef; —je vais commencer par me débarrasser de cette corde, parce qu'il n'est ni sûr ni décent, pour un ignorant comme moi, de s'embarquer sur une
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' mer Ineoniiue avant son officier. Le collier n'était tout l>onnemeBt que celui d'un diien, et on peut le voir sur le bras de Guinée, qui était, sous bien des rapperts, un homine dont en pouitait chercber longtemps le pareil inutilement.
^ Lisez , dit la gouvernàtaté dont les yeux se couvraient d'un nuage; lisez, ajouta-t-elle en montrant d'une main tremblante au miDiâtre l'inscription qui était tracée ^r la plaque.
— Grand Dieu I qu'est-ce que Je vois f n -Nèptiinè, appartenant IPauldeLaceyl »î '
Un cri perçant s'écbappa des lèvres de la 'gouvernante } ses mains s'élevèrent un instant vers le ciel» comnkeimiry porter le tribut de reconnaissance qui oppressaitson cioéur: puisai revenant à elle, elle pressa tendrement Wildericontre son sbùi, tandis qu'elle s*écriait avec l'accent irrésistible de la nature : ' ~ Mon enfiinti mon enfontl vous ne' voudries pasjvoas^ n^eseiriez pas arracher à une mère si longtemlps maDleuirewd^on uni- -qw enfent* Rendez-moi mon fils, mon noble BisI let je fotigiierai le ciel de mes prières pour vous. Vous êtes braves, et vous ne sauriez être soinrds à la voix de la pitié. Vous êtes des hommes qui avez toujours vécu en présence de la majesté de IMeu,: et il est impossible que vous ne reconnaissiez pas ici su oiain-. Bonnetmoi mon enfant, et je vous abandonne tout le reste. Il est d'une , race qui s'e^ illustrée sur les mei:s, et jl n'est point de marin qui ne doive s'intéresser à lui. La veuve de De Lacey, la fille. de -^, implore votre pitié. Leur sang réuni coule dans ses veines, et vous ne le verserez pas! Due mère s'incline devant vous dans la poussière pour vous demander la grâce de son fils. Ohl rend^moi mon enfant 1 mon enfamtl .
Lorsque les derniers accents de la suppliante se.flireni.dissipiis dans les airs, il régna sur le vaisseau un silence qu'on aurait pu comparer au calme religieux qui s'empare de l'imédu^ pécheur lorsqu'ellef s'ouvre à de meilleurs sentitnents. Les flibustiars^syrouches se regardèrent les uns les autres d'un air indélsis^ là nature se manifestant jusque sur leurs traits durs et insensibles. Cepeo- ; dant le désir de la vengeance était trop fortement enraciné dans leurs cœurs pour en sortir au premier mot,^ et le résultat aurait été douteux, si un homme n'avait tout à coup reparu au milieu d'eux, qui n'avait jamais donné un ordre en vain, et qui savait calmer oa exciter leur fureur à volonté. Pendant une demi-minute, il regarda autour de lui, le cercle s'élargissant de plus en plus devant un
fégard qui avait une expression telle que ceux qui étaient depuis iè plus longtemps sous ses ordres ne lui en avaient jamais vu de semblable* Ses traits étaient aussi pâles que ceux de la mère au ? désespoir. Trois fois ses lèvres s'ouvrirent sans qu'il sortit aucun ' son de ^a boudie J Enfin la foule attentive et respirant à peine, entendit me ioix'où au tcin du conuDandemènt senkélàitune émotion' ptiofôndd.
; ' M- Dispëi^èz^ve^s t dit4l en iaAsant de; la main un geste auquel on ne pouvait se méprendre; vous connaissez ma justice, mais TOttësavei^austitue je Veux être obéi. Demain vous apprendrez mesfvQl(Hitésl