CHAPITRE XXXII
C'est lai 1 il a encore cette empreinte qae la sage natare a mise sur son front, ponr qu'elle aervtt anjoard'hai 4 le faire reconnattre.
SHAKSrSAEK.
> Ce lendemain arriva, et il éclaira une scène bieâ différente de celles que nous avons décrites. Le Danphin et le Dard voguaient
' de conserve, vergue à vergue, k Dard portant de nouveau le pavillon d'Angleterre, tandis qm le Dauphin n'en avait aucun. Les
; avaries èausées par Touragan et par le combat avaient été assez bien réparées pour que les deux vaisseaux pussent paraftrè» à des yeut ordinaires, paiement prêts à affronter les dangers de
' l'Océan et ceux de la guerre. Une longue raie bleue de vapeurs»
'■ qui s'étendait au nord, annonçait le voisinage de la terre; et trois
; ou quatre légers b&timents côtiers du pays, qui naviguaient à peu de distance, attestaient qu'il n'y avait rien d'hostile dans les projets actuels des flibusiiers.
Quels étaient ces projets? C'était encore un secret enseveli
* dans le sein du Corsaire. Le doute, la surprise, la méfiance, se peignaient tour à tour sur les traits non-seulement de ses prisonniers, mais même des gens de son équipage. Pendant toute la longue nuit qui avait succédé aux événements de la journée impo^
486 LE CORSAIRE ROITGE.
tante qui venait de s*écouler, on l'avait vu arpenter la ponpe dans on monie silence. Le peu de mots qu'il avait proférés n'étaient que pour diriger les mouvements du vaisseau : et lorsque quelqu'un se hasardait, dans un autre motif, à s'approcher de lui, un geste auquel persoime n'osait désobéir lui assurait la solitude qu'il désirait. Une on deux fois le jeune Roderick se glissa à ses cAtés ; mais il faisait si peu de bruit, retenait avec tant de soin son haleine, qu'on eût dit quelque ange gardien qui veillait sur l'objet de ses soins.
Cependant lorsque le soleil se leva brillant et radieux du sein des eaux de l'Orient, un coup de canon fut tiré pour appeler un bâtiment côtier, et l'amener à bord du Dauphin; et alors tout parut faire croire que le rideau allait se lever sur la dernière scène du drame. Après avoir fait ranger l'équipage sur le pont, le Corsaire, ayant auprès de lui sous la poupe les principaux de ses prisonniers, parla aux premiers en ces termes :
— La même fortune nous a unis depuis bien des années; et nous sommes depuis longtemps soumis aux mêmes lois. Si j'ai été prompt à punir, j'ai toujours été prêt à obéir. Vous ne pouvez m'accuser d'injustice. Mais le pacte est rompu à présent; je reprends ma parole et je vous rends la vôtre. — Pas un mot! pas un murmure I Notre association cesse et nos lois n'existent plus. Telles étaient nos conventions. Je vous donne votre liberté, et ce que je [demande en retour est peu de chose. Pour que vous n'ayez aucun trfujet de vous plaindre, je vous abandonne mes trésors. Voyez, ajouta^il en levant cette enseigne sanglante avec laquelle il avait si couvent j)ravé le pouvoir des nations, pour laisser voir des monceaux de ce métal qui gouverne depuis si longtemps le monde; voyez^l fe9sitCQla était à moi; c'est maintenant à vous. Ces richesses seront transportées à bord de ce bâtiment côtier; là vous les partagm'ez entre vous comme vous le jugerez convenable; je vou&^n laisse les maîtres. Allez; la terre est proche. Dispersezvous; dans votre intérêt même. N'hésitez pas; car sans moi, vous ;5avez Inen que ce croiseur royal serait bientôt maître de vous. Le vaisseau m'appartient déjà; de tout le reste, je ne vous demande que ees prisonniers pour ma part. Adieu I
«Une muette stupeur suivit cette allocution inattendue. H y eut
bien^uBing^tant quelques dispositions à la révolte; mais le Corsaiit
t 'A%mX trop biev pris ses mesures pour que la résistance fût possible
.l4iDard était, droit par le travers de leur vaisseau, tous les canoo-
mer à lear poste et mèche allumée. Surpris^ n'étant pas préparés, sans chef pour les conduire, toute opposition aurait été de la folie, A peine forent-ils revenus de leur étonnement, que chaque flibustier courut rassembler ses effets personnels et les transporter à bord du bâtiment côiier. Lorsque tous, à Texception de Téquipage d'une seule chaloupe, eurent quitté le Dauphin^ l'or qui leur avait été promis leur fut envoyé, et alors le bâtiment encombré 8'éloigoa précipitamment pour chercher l'abri de quelque crique secrète. Pendant cette scène le Corsaire avait gardé un silence de mort. Il se retourna alors vers Wilder, et, faisant un effort pour commander à ses sentiments, il lui dit :
— Maintenant il faut aussi nous séparer. Je recommande mes blessés à vos soins; il a fallu les laisser auprès de votre chirurgien. Je sais que vous n'abuserez pas de ma confiance.
— Ma parole est garante de leur sûreté, répondit le jeune De Lacey.
— Je TOUS crois. — Madame, ajouta-t-il en s'approchant de la plus âgée des deux dames, avec un singulier mélange d'amitié et d'incertitude, si un homme proscrit et coupable peut encore vous adresser la parole, accordez-moi une faveur.
— Laquelle? une mère n'a rien à refuser à celui qui a épargné son fils.
— Eh bieni lorsque vous prierez le ciel pour ce fils, n'oubliez pas qu'il est quelqu'un à qui vos prières peuvent être aussi utilesl Mais c'est assez. Maintenant, âgouta-t-il en regardant autour de lui d'un air qui annonçait qu'il était déterminé à triompher de la lutte qui se livrait dans son cœur, quelque effort qu'il dût lui en coûter, et en jetant un coup d'œil de regret sur ces ponts déserts qui, si récemment encore, étaient bruyants et animés, maintenant, oui, maintenant, il faut nous séparer! La barque nous attend.
Wilder eut bientôt conduit sa mère et Gertrude dans la pinasse; mais il restait encore sur le tiltac.
— Et vous, ditr-il au Corsaire, que deviendrez-vousf
— Je serai bientôt... oublié. — Adieu I
Le Corsaire lui fit signe de s'éloigner, et le jeune homme, après loi avoir serré la main, monta sur la barque.
Lorsque Wilder se retrouva sur son vaisseau, dont la mort de Bignall lui avait laissé le commandement, il donna aussitôt l'ordie de déployer les voiles, et de gouverner vers le port le plus
438 LE CORSAIRE HOUOE;
voisin de son pays. Tant jiu*il fut posfsible ae distinguer les mouvemeotsi de Tbomme qui restait sur le tiUac du Bmphini aucun regard, ne pat se détacher du vaisseau qui jetait toujourà immo* bile a la même place, comme s'il y eût été: mfis pu quelque^fé» comme ua modèle parfait de construction. Une forme faumaioe marchait légèn^ment sur la poupe, et auprès d'elle! oa. en voyait une antre qui semblait comme l'ombre en jatuu)urci de la première* A la fia la distance absorba ces images indistincteSp et l'œil chercha en vain à apercevoir ce qui se passait dans l-intérieurda vaisseau. , ,
Mais les doutes (hrent bientôt éclaircis; un trait de ttamme par* ^ tit tout à coup du UHac, s'élançant fièrement de V(nle en voile. Un épais nuage de fumée sortit des flancs du vaisseau, puis le bruit terrible de rartillerie se fit entendre. Alors succéda le spectacle terfible, et pourtant attrayant, d'un vaisseau qui brûle ep pleine mer. Tout ftat terminé par un immense dais de fumée qui s'éleva majestueusement vers le ciel, et par une explosion qui, maigre l'éloignement, fit trembler les voiles du Dwrdf comme si les vents alizés abandonnaient leur direction éternelle. Lorsque le nui^ eut quitté rocéan, on ne vit au-dessous qu'un espace vide; et personne n'aurait pu reconpattre la place ùk cette merveille jde^'art avait flotté si récemment. Quelques matelots grimpés au haut-des mâts, et à l'aide de lunettes, crurent bien distinguer une e^èee de tache sur la mer; mais était-ce une x^haloupe, eu jqu0queâsâà>ris du vaisseau, c'est ce qu'on ne sut jamais. ; i '■) ^
Depuis ce temps Thistoire du redoutable Corsâii^e Rouget se perdit par degrés dans les incidents plus nouveaux ide ces jnelrs fécondes en souvenirs; mais longtemps après, le niarinier„pour abréger les longs quarts de la nuit, racontait encore dés entreprises d'une audace incroyable qu'on disait avoir été ex^utées sous ses auspices. La rumeur publique ne manquait pas de les enobellir ef de les dénaturer, jusqu'à ce que te caractère, et le nom même du Corsaire, fût confondu avec ceux des auteurs d'atrocités semblables. Il se passait aussi des scènes d'un intérêt plus noble et plus relevé sur le continent occidental, bien propres à efi^acer le souvenir d'une légende qui, aux yeux de bien des personnes passait pour bizarre et improbable. Les colonies anglaises de TAmérique septentrionale s'étaient révoltées contre la métropole, et, après une longue guerre, la question allait se décider en leur faveur. Newport, où se passe la première scène
LB CORSAIRE ROUOB. 499
de cette bistbire, avait été occupé successivement par les troupes du roi et par celles de ce monarque qui avait envoya l*éIUe de s^ , ehevaliers pour aider à dépouiller son rival de ses vastes possesr
StOQS.
Ce beau port avait reçu des flottes ennemies, et les paisibles maisons de campagne avaient souvent retenti des cris de joie ef; de , débauche des jeunes officiers. Plus de vingt ans s*étaient écoules ' après les événements rapportés dans ce volume, lorsque Newport célébra dans ses murs un nouveau jour de fête et de nouvelles réjouissances. Les forces combinées des alliés avaient forcé le chef le plus entreprenant des troupes anglaises à se rendre, lui et son armée. On croyait que la lutte était terminée, et les dignes habitants avaient, suivant leur usage, manifesté leur joie par les démonstrations les plus positives. Néanmoins les réjouissances cessèrent avec le jour, et, lorsque la nuit commença à venir, la petite ville reprit sa tranquillité toute provinciale. Une belle frégate, qui était à rendroit même où le vaisseau du Corsaire a été vu pour la première fois, avait déjà baissé les nombreux étendards dont elle avait orné ses mâts pour célébrer la fête. Un pavillon de couleurs' diverses, et portant une constellation d'étoiles nouvelles et brillantes, flottait seul à son pic. Précisément dans cet instant un autre croiseur, mais beaucoup moins grand, entra dans la rade, portant aussi les couleurs des nouveaux États. Ayant la marée contraire, et abandonné par la brise, il jeta bientôt l'ancre dans le détroit, entre Connecticut et Rhodes, et l'on vit une barque, conduite par six rameurs vigoureux, se diriger vers le port intérieur. Lorsqu'elle s'approcha d'un quai retiré et solitaire, celui qui s'y trouvait seul pour observer ses mouvements put distinguer qu'elle contenait une litière fermée par des rideaux, et une seule femme. Avant que la curiosité, qu'un pareil spectacle était de nature à exciter dans Fâme d'un spectateur tel que celui dont nous parlons, eût le temps de s'épuiser en conjectures, les rames; forent jetées dans la barque qui avait touché les piliers, les matelots prirent la litière, et, accompagnés de la dame, ils vinrent s'arrêter devant lui.
•^DitesHiUoi, je vous prie, dit une voix qui peignait la douleur, et la résignation, le capitaine de marine, Henry de Lacey, a-t-it uAe résidence dans la ville de Newport?
— Oui, il en a une, répondit le vieillard à qui la dame s'était^ adressée, il en a une, et on pourrait même dire qu'il en a deux^
puisque cette flrégate n'est pas moins à lui que la maison sur la couine ici tout près.
—Vous êtes trop âgé pour nous accompagner jusque-là, mais si quelqu'un de vos petits enfants, ou quelque garçon de votre connaissance pouvait nous y conduire, voilà de quoi le payer de sa peine.
— Le Seipeur vous conserve, Miladyl reprit l'autre en jetant un regard oblique sur la dame, comme pour s'assurer qu'elle avait droit à ce titre, et en mettant soigneusement dans sa poche la petite pièce d'argent qu'elle lui offrait. Tout vieux que je suis, et quoique un peu cassé par suite d'aventures et de. malheurs de tout genre, tant sur mer que sur terre, je n'en serai pas moins charmé de faire quelque chose pour une personne de votre condition. Suivez-moi, et vous verrei que votre pilote connaît bien la route.
Tout en disant ces mots, le vieillard prit les devants, et les matelots le suivirent, la dame marchant toujours à côté de la litière l'air triste, abattu et en silence.
— Si vous avez besoin de vous rafraîchir, dit leur guide en se tournant pour leur montrer une maison, voilà une auberge bien connue, et qui, dans son temps, était trèsrfréquentée par les marins. Le voisin Joram et Y Ancre Dérapée ont eu leur réputation, tout comme le plus grand guerrier de la terre, et quoique Thonnéte Joê ait été moissonné par la récolte générale, la maison n'est pas moins solide que le premier jour où il y est entré. Il a fait une bonne fin, et il est bon pour le pauvre pécheur d'avoir de pareils exemples devant les yeux.
Quelques sons bas et étouffés sortirent delà litière; mais quoi* que le guide s'arrêtât pour écouter, ils ne furent suivis d'aucun autre indice qui pût lui révéler quelle était la personne qui s'y^ trouvait.
— Le malade souffre, reprit- il; mais les peines du corps et les afflictions de la chair doivent avoir leur coUrs. J'ai vécu pour voir sept cruelles et sanglantes guerres, dont j'espère humblement que celle qui est déchaînée aujourd'hui sera la dernière. Quant aux aventures prodigieuses dont j'ai été témoin, et aux dangers personnels que j'ai courus, jamais yeux n'ont vu, jamais langue n'a redit rien de pareil.
— Le temps vous a traité avec bien de la rigueur, mon ami, dit
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la dame d'une Toix douce : eet or peut ajouter quelques jours plus tranquilles à ceux qui sont déjà passés.
Le vieux boiteux, car l'âge n'était pas la seule infirmité de leur conducteur, reçut le présent avec reconnaissance, trop occupé à en calculer la valeur pour s'occuper plus longtemps de la conversation. Ce fut donc au milieu d'un profond silence que les étrangers arrivèrent à la porte de la maison qu'ils cherchaient.
n faisait nuit alors, le léger crépuscule de la saison ayant disparu pendant que les porteurs de la litière gravissaient la colline. Le giiide fi*appa plusieurs coups à la porte, et on lui dit alors qu'il pouvait se retirer.
— Je connais mon monde, répondit-il, et je sais fort bien que le marin prudent ne renvoie le pilote que lorsque le vaisseau est bien amarré. Peut-être la vieille dame De Lacey est-elle sortie, peut-être le capitaine lui-même...
— n sufBt; voilà quelqu'un qui répondra à toutes nos questions.
En effet, la porte venait de s'ouvrir, et un homme parut sur le seuil, une lumière à la main. Ce n'était pas que son aspect fût des plus encourageants. Un certain air qu'il est aussi difficile d'affecter que de prendre, annonçait en lui un fils de l'Océan, tandis qu'une jambe de bois qui servait à soutenir une partie d'un corps robuste et vigoureux, prouvait que ce n'était pas sans payer de sa personne qu'il avait acquis l'expérience de son pénible état. Il y avait dans sa figure, tandjs qu'il levait la lumière en Tair pour examiner le groupe qui était en dehors, quelque chose de dogmatique, de reufrogné et même d'un peu fier : cependant il ne fut pas long à reconnaître le vieux boiteux, et il lui demanda sans cérémonie le motif de ce qu'il appelait une pareille bourrasque nocturne.
— C'est un marin blessé, répondit la dame d'une voix si plaintive et si tremblante, qu'elle adoucit à l'instant le cœur du cerbère maritime, qui vient demander l'hospitalité à un de ses fîrères. Nous voudrions parler au capitaine Henry de Lacey.
— Alors vous avez jeté la sonde au bon endroit, Madame, reprit le vieux matelot, comme maître Paul, que voici , vous le dira au nom de sou père , non moins qu'en celui de la chère dame sa mère, sans oublier la vieiHe madame la grand'mère, qui n'est pas non plus un poisson d'eau douce, celle-là.
— Ils seront charmés de vous recevoir, dit un beau jeune homme
44S LB CORSAIRE RDUfiB.^
d'environ dix-^pt ans, tkmt le c^steime tamio&calt qu'il comme»- '
çait déjà son éducation de iQaiiB» et quiiregaTdaU avec curiosité par-dessus l'épaule du vteun matelot; je vais aUer prévenir mon père, et vous Richard, préparer sans délai m appartement convenable pour nos hôtes. M ;
Cet ordre, donné avec l'assurance de quel^i'un qui était habitué à agir par lui-même et à parler d'un to» d'^autorité, fut exécuté à l'instant. L'appartement choisi par Richard était le tpanloir: ordinaire de la maison. En quelques instants la litiàrey fot déposée, les porteurs se retirèreat, et la dame resta iseule avec le matiçlot qui n'avait pas hésité à lui faire un accueil si cordial. Çebiird s'occupa à préparer des lumières et, à faire up bon fe^u de|)ois, ayant soin de ne laisser aucun videdan^ la coi^yerpiatioii, pour faire paraître moins long le temps qui dut s'écouleir aivavjt^ll^riViée de ses maîtres. > • : . i , > .
Rientôtune porte du fond s'ouynt, et le jeune hommieique nous avons déjà nommé entra suivi des trois principaux habitants de la maison. i ;
Le premier était un homipe de moyeu ;ige, portant, l^: petit uni* forme de ç^ipitaine de marine des.nouveauxÉl^ts.éon r^ard était, calme et sa démarche encprie fenne, quoique le temps et,, les fatigues eussent coipn)encé.à:parseiner sa t^fe de.chevi^n^, gris^ U portait un bras en édbarpe,.preuve qu'il ^vait /servi liout^^cemment;. sur l'autre s* appuyait une.damedon^ les joues fr^tçhes et yecçAeilies et l'œil vif et brillant lui donnaient, enco];e .des droits incontestables à la beauté. Derrière eux venait une autre dame dont la démarche était plus chancelanlie, mais dpnt les traits calmes et doux annonçaient un soir paisible après un long jour d'orage. Tous les trois saluèrent poliment la dame étrangèiie^ en ^yant la délicatesse de ne pas se presser de lui demander le motif de sa visite. Cette réserve était nécessaire, car à l'agitation extraordinaire qu'elle éprouvait, et qui la faisait treqibler de tous seç membres, il était évident qu'elle avait besoin d'un peu de temps pour se remettre et pour rassembler ses pensées.
Elle pleura longtemps et avec amertume, comme si elle eût été seule, et elle n'essaya de parler que lorsqu'un plus long silence eût pu paraître équivoque, ^ors, essuyant; ses .ianpes, .^ levant un fromçiui portait l'empreinte de la souffrance .aussi bien que de la douleur, elle parla pour la première fois i |$e$ ,hiâ|^ .M^terdits. I '.,...*'
-^ Cette visite doit vous paraître bien étrange, dit-elle; mais quelqu'un dont la volonté a toujours fait ma loi , a voulu être amené ici.
— Et pourquoi? demanda le capitaine avec douceut, remarquant que la voix lui manquait d^à.
—Pour mourir!
A cette réponse prononcée d'une voix défaiflante, tous ses auditeurs tressaillirent. Le capitaine se leva, et s'approchant de la litière, il en tira doucement le rideau, montrant à tous ceux qui étaient dans la salle, les traits de la personne qui y était renfer* mée. Un rayon d'intelligence parut animer le regard qui répondit au sien, quoique la pâleur de la mort ne fût que trop visiblement empreinte sur la figure du blessé. Son œil seul semblait encore tenir à la terre; car tandis que tous ses organes semblaient d^ froids et glacés, son regard conservait encore quelque force, quelque sentiment et même une sorte de feu.
— Est-il quelque chose que nous puissions faire pour vous pro^ curer quelque soulagement ?demandi^ le capitaine de Lacey après une pause longue et solennelle, pendant laquelle tous ceux qui entouraient la litière contemplèrent tristement le lugubre spectacle du flambeau de la vie qui s'éteint.
Le sourire du mourant était effrayant, quoiqu'il s'y mêlât une etpi^ession singulière de tendresse et de douleur, n ne répondit pas, mais ses yeux parcoururent successivement toutes les figures, jusqu'à ce qu'ils restassent fixés, comme par une espèce de charme» sur la plus âgée des deux dames. Ils y rencontrèrent un regard non moips fixe, non moins animé, et la sympathie puissante qui existait entre eux deux était si évident^, qu'elle ne put échapper à l'observation du capitaine et de sa femme;
-rMa mère, dit le premier avec l'accent d'une tendre inquiétude» ma mère, qu'avez-vous?
— Henry I Gertrude I.s'écria la mère respectable en étendant les bras vers ses enfants, comme pour leur demander de la soutenir, mes ènfants,Mes portes de votre maison ont été ouvertes à' une personne qui a droit d'y entrer. Oh! c'est dans ces moments ter^^ ribles, lorsque les passions sont éteintes et que notre faiblesse parait dans tout son jour, c'est dans ces momeilts d'agonie et de souffrance que la nature se fait entendre avec tant de force, qu'A est impossible de méconnaître sa voix. Elle me parie par cette
44i LE CORSAIRE ROUGE.
boadie presifae éteinte, par ces traits presque défigurés, sur lesquels il ne reste qu'un dernier air de famille I
— De famille I s*écria le capitaine de Lacey : notre bdte nous est41amé?...
— C'est mon frère I répondit la dame en laissant retomber sa tête sur son sein, comme si cette parenté ne lui causait pas moins de peine que de plaisir.
L'étranger, trop accablé lui-même pour parler, fit un signe d'assentiment, mais sans détourner un seul instant les yeux qui semblaient devoir rester fixés à la même place, tant qu'il lui resterait un soufSe de vie.
—Votre frère I s'écria son fils avec une surprise qui n'avait rien d'affecté. Je savais que vous aviez eu un frère, mais je croyais que vous l'aviez perdu de bonne beure.
—Je le crus longtemps moi-même, quoique souvent d'affreux pressentiments du contraire soient venus m'assiéger. Mais à présent ces joues creuses, ce visage éteint me parlent un langage qu'il m'est impossible de ne pas entendre. La pauvreté et l'infortune nous ont séparés pendant la vie, et je suppose que l'erreur qui m'abusait nous était commune.
Le malade blessé essaya de foire un signe de tête pour exprimer qu'elle ne se trompait pas.
— n n'est plus possible d'en douter I Henry, l'étranger est ton oncle, mon frère, autrefois mon pupille I
—J'aurais voulu le voir dans des circonstances plus beureuses, répondit Tofficier avec la francbise d'un marin; mais, en tout t^nps, votre frère est le bienvenu dans cette maison. La pauvreté du moins ne vous séparera plus.
— Regardez, Henry ! Gertrude ! ajouta la mère en portant la main sur sa figure tandis qu'elle parlait. Ces traits ne vous sont pas inconnus. Ne vous rappellent-ils pas quelqu'un que vous avez redouté, que vous avez aimé?
Ses enfants restèrent muets de surprise, et tous deux regardèrent si longtemps le blessé que leur vue finit par se troubler. Alors^ se fit entendre une voix basse, mais distincte, qui les fit tressaillir, et tous leurs doutes se dissipèrent à l'instant.
— Wilder, dit le blessé en réunissant le peu de forces qui semblaient lui rester, je suis venu vous demander le dernier service.
— Le capitaine Heidegger I s'écria l'oflScier.
— Le Corsaire Rouge 1 murmura.Ia jeune Mrs de Lacey recalant involontairement d'un pas, d'un air d'effroi.
— Le Corsaire Rouge I répéta son fils, se rapprochant au contraire de la litière, par un mouvement de curiosité irrésistible.
— Le voilà enfin coffré! dit effrontément Richard en s'àvançant vers le groupe, sans abandonner les pincettes dont il avait toujours fait mine de se servir pour avoir un prétexte de rester dans Taypartement.
^ J'ai caché pendant longtemps ma honte et mon repentir, dît le mourant lorsque la première surprise fut un peu calmée, mais cette guerre m'a fait sortir de ma retraite. Notre pays avait besoin de nous deux, et tous deux nous l'avons servi. Vous avez pu lui offrir ouvertement votre bras; mais une cause si sainte ne devait pas être souillée par un nom comme le mien. Puisse le peu que j'ai fait de bien ne pas être oublié lorsque le monde parlera de mes méfaits I — Ma sœuri mon amiel pardon ^ I
— Puisse le Dieu de miséricorde, en voyant son repentir, lui pardonner sa vie orageuse ! s'écria Mrs de Lacey en se jetant à genoux, les yeux baignés de larmes, et en levant ses mains vers le ciel. — - mon frère I mon frère ! vous connaissez le saint mystère de notre rédemption^ et il n'est pas besoin de vous rappeler sur quel appui vous devez mettre vos espérances de pardon I
— Si je n'eusse jamais oublié ces principes, mon nom pourrait encore être prononcé avec honneur; mais, Wilderl ajouta-t-il avec une énergie effrayante, Wilder!
Tous les yeux se tournèrent avidement sur lui. Sa main tenait un rouleau qui lui avait servi comme d'oreiller. Faisant un effort surnaturel, et se soulevant sur la litière, il le déploya tout à coup, et l'on vit flotter ce pavillon de l'indépendance , où brillaient les couleurs nationales sur un champ bleu parsemé d'étoiles, tandis qu'un rayon de triomphe éclairait jusqu'aux moindres traits de sa figure comme aux plus beaux jours de son orgueil.
— Wilderl répéta-Wl avec un sourire convulsif, nous triomphonsl
A ces mots il retomba sans mouvement, Texpression du triomphe
^ L'autear n'a pas cru devoir dire, mais nous sapposons que la dame qai parait dans cette dernière scène n'est autre que celle qui, sous le nom de Ro« derick, a partagé, vingt ans auparavant, la fortune du Corsaire.
>8'éleigninii dans celle de la mort, comme un oaage obscurcit la l^rillante clarté du soleil K
1 Karitt atant 4fètro anleur» c^ett aree on TéritaUlB. amour 'qiri» É. Gèoper feist les scènes naotiqoes : c'est avec le même charme qa'i) eutnto^ aof lecteor êTee lai sur Timmense Océan, après l'avoir guidé 4 travers ces steppef Qu ■nifies sans eolture des déserts américains appelés si poéliqnement, par IjL 4e Vilteanferiand; AraiÙe verte. Ce charnte, cet entraînement, cet intérêt sont si Ibrts, qa'on se croit natarellement initié 4 ces termes technique» de la mer dont on lecteur de sang-froid pourrait trouver que M.>Çooper ab^^e, dans oe ^efnier ouvrage. En relisant le Corsaire Rouge, nous avons été. plus d'une fob 'lentes d'expliquer par des notes certains de ces termes avec lesquels nous '•ommes peu frmfiiers , mais ces notes, pour être complètes, seraient trop nombrenses» et devraient être trop souvent r^étées» car la mémoire sert mal deits une langue qu'on entend parler pour la première fois. Votre tâche consiste pour ainsi dire, dans ce commentaire, 4 éclaircir pour le lecteur les passageiB uniquels une allusion locale ou une citation littéraire donnerait en firançaîs une Ûrmffeté un fttVL obscure. Ici les compatriotes de l'auteur ne sont ipère plus evancés que nous : il flint se résigner 4 consulter soi-même son glossaire, et «icuser le Traducteur comme TÉditeur s'ils n'ont pas.toq|ours fftnvd Téquinlent de telle oo telle expression de la marine américaine» qui peaUêtre là'ep a même pas da^ s Vanglais des marins d'Angleterre.
, : Ji,gitized, by|^0D^lC
''"'''^iillil'""'^',iiH^''lM''. ;