‹ ŒuvresChapitre 116 sur 264 · INJUSTICE DU · texte numérisé non relu

INJUSTICE DU

sure ? S'il opère aux yeux des Juifs des prodiges éela- ] taots, s'il rend aujourd'hui la vue à un aveugle-né , ils l'accusent d'être violateur du sabbat; d'opérer ces miracles au nomdeBelzébuth, plutôt qu'au nom du Seigneur, et de ne vouloir par ces prestiges qu'anéantir et détruire la loi de Moïse : Non est hic honio a Deo, qui sabbaium non custocUt (Joan. ix, 16) ; c'est-à-dire, qu'ils attaquent ses intentions, pour rendre ses œuvres suspectes et criminelles.

S'il honore de sa présence la table des pharisiens, pour prendre de là occasion de les rappeler et de les instruire, ils le regardent comme un pécheur, et comme un homme de bonne chère : Ecce homo vorax, et potator vini (Matth. xi, 19); c'est-àdire , qu'ils lui font un crime de ses œuvres , lorsqu'il leur importe de ne pas examiner la droiture de ses intentions.

Enfln, s'il paraît dans le temple armé de zèle et de sévérité, pour venger les profanations qui déshonorent ce lieu saint, le zèle de la gloire de son Père qui le dévore, n'est plus dans leur bouche qu'une usurpation injuste d'une autorité qui ne lui appartient pas, c'est-à-dire, qu'ils se jettent sur des reproches vagues et sans fondement, quand ils n'ont rien à dire contre ses intentions et contre ses œuvres.

Je le dis en gémissant, mes frères, la piété des gens de bien ne trouve pas aujourd'hui plus d'indulgence parmi nous, que la sainteté de Jésus-Christ en trouva autrefois dans la Judée. Les justes sont devenus l'objet des dérisions et de la censure publique; et dans un siècle où les désordres sont si communs , où les excès et les scandales fournissent tant de matière à la malignité des discours et des censures , on fait grâce à tout , excepté à la vertu et à l'innocence.

Oui , mes frères , si ce qui paraît de la conduite des gens de bien est irréprochable, et ne donne point de prise à la censure, vous vous retranchez sur leurs intentions, qui ne paraissent point; vous les accusez d'aller à leurs fins, et d'avoir leurs desseins et leurs vues : Non est hic homo à Deo.

Si leur vertu semble se rapprocher de nous quelquefois, et rabattre de sa sévérité pour nous attirer à Dieu, en se conformant à nos mœurs et à nos manières ; sans vous mettre en peine de leurs intentions, vous leur faites un crime des complaisances les plus innocentes , et des relâchements les plus dignes d'indulgence : Ecce homo vorax et potator vini.

Enfin , si leur vertu , embrasée d'un feu divin , ne garde plus de mesures avec le monde, et ne laisse rien à dire, ni contre leurs intentions, ni contre

MOiNDE, Kxc. ^9!»

leurs œuvres; vous vous répandez en discours vagues, en reproches sans fondement, contre leur zèle et leur piété même.

Or, souffrez, mes frères, que je m'élève une fois ici contre un abus si honteux à la religion, si injurieux à l'Esprit qui forme les saints , si scandaleux parmi des chrétiens, si capable d'attirer sur nous ces malédictions éternelles, qui changèrent autrefois l'héritage du Seigneur en une terre déserte et abandonnée , et si digne du zèle de notre ministère.

Vous attaquez les intentions des gens de bien, quand vous n'avez rien à dire contre leurs œuvres; et c'estunetémérité. Vous exagérez leurs faiblesses ; et vous leur faites des crimes des imperfections les plus légères ; et c'est une inhumanité. Vous tournez même en ridicule leur ferveur et leur zèle; et c'est une impiété. Et voilà , mes frères , les trois caractères de l'injustice du monde envers les gens de bien. Une injustice de témérité qui soupçonne toujours leurs intentions. Une injustice d'inhumanité qui ne fait point de grâce à leurs plus légères imperfections. Une injustice d'impiété, qui fait de leur zèle et de leur sainteté, un sujet de mépris et de dérision. Puissent ces vérités , ô mon Dieu ! rendre à la vertu l'honneur et la gloire qui lui sont dus, et forcer le monde lui-même à respecter des justes qu'il n'est pas digne déposséder! Ace, Maria.

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