SUR LES FAUTES LÉGÈRES
Iiiflrmitas hœc non est ad mortem.
Cette maladie ne va point à la mort.
(Jean , xi , 4.)
Ce que le Sauveur dit aujourd'hui de la maladie de Lazare, nous le disons souvent des maux de notre âme, mes chers auditeurs : cependant, sous prétexte que la plupart de nos faiblesses ne sont pas du nombre de celles qui conduisent à la mort, et qu'elles ne touchent pas au fond de la grâce et de la justice qui est en nous; nous les regardons comme légères, et presque de nulle conséquence dans la vie chrétienne. Cette erreur si dangereuse est pourtant commune au juste , et au pécheur ; au mondain , et au solitaire; au prêtre appliqué à l'autel saint , et à l'homme engagé dans le tumulte du siècle ; à la vierge consacrée au Seigneur, et à la femme
» On s'apercevra sans doute, en lisant le sermon suivant, que les vérités qu'il renferme ont déjà été traitées dans les deux discours que l'on trouve le jeudi de la troisième semaine de Carême , intitulés , l'un : De V incertitude de la justice dans la tiédeur; et l'autre : De la certitude d'une chute dans la tiédeur. Comme la matière est extrêmement importante , et mérite d'être traitée avec soin , elle s'étendit si fort entre les mains de Massillon , lorsqu'il voulut la remanier, qu'il lui fut impossible de tout renfermer dans un seul discours : il prit donc le parti d'en faire deux , et de traiter séparément les deux vérités qu'il avait d'abord réunies.
Peut-être nesera'-t-il pas inutile pour les personnes qui se destinent à la cnaire , qu'elles voient comment ce grand homme savait présenter les mêmes sujets sous différente points de vue, et donner un nouveau jour et une nouvelle force à des vérités sur lesquelles on aurait cru qu'il n'y avait plus rien à dire. Nous ne faisons point l'analyse de ce sermon : celles qui ont été faites des deux sermons Sur la tiédeur, peuvent servir pour celai-ci.
MASSILLON — TOME I
chrétienne , partagée entre Jésus-Christ et les soins du mariage. Jugez de l'importance de cette matière par son étendue : tout le monde presque regarde des mêmes yeux ces infidélités journalières et habituelles, que le poids de la corruption semble rendre inévitables à la piété la plus attentive : on se les permet sans scrupule ; on s'en reconnaît coupable sans componction; on s'en accuse sans amendement; on vit sans nulle précaution pour les éviter; et de là cette indolence et cette mollesse dans les voies du salut, qui damnent tant de personnes," nées d'ailleurs avec des principes de vertu et des sentiments heureux pour le ciel.
Cependant, mes frères, la fidélité à nos moindres obligations est la pratique la plus essentielle à la piété chrétienne : elle seule fait les justes; à elle seule les promesses de la persévérance sont faites; à elle seule les saints qui nous ont précédés doivent la couronne d'immortalité dont ils jouissent. Il n'est point de piété véritable sans cette exactitude; et l'état où l'on se borne à observer l'essentiel de la loi , en se permettant toutes les transgressions qui ne sont pas renfermées dans le précepte, est un état chimérique dans les principes de la religion; un état où personne n'a pu encore atteindre, et dont aucun saint ne nous a laissé le modèle.
En effet , ce qui nous abuse ici , c'est que nous n'envisageons les infidélités dont je parle, que par rapport à la loi, dont elles ne violent pas les points principaux; et de ce côté-là, elles nous paraissent légères : mais cette règle de nos jugements est trèsdéfectueuse, puisque la malice de nos œuvres ne se prend pas seulement du côté de la loi qu'elles blessent, mais encore du côté du cœur qui les produit, et des suites où elles nous conduisent. Or, voilà les deux endroits par où je prétends vous faire considérer aujourd'hui les infidélités légères, et cet état de tiédeur et de mollesse dont je parle; et vous conviendrez que l'idée de légèreté qu'on leur attache, est une idée fort injuste. Premièrement, nous examinerons la corruption du principe d'où elles partent d'ordinaire; et du moins elles vous paraîtront fort souillées : première réflexion. Secondement, nous en suivrons les effets; et vous ne pourrez vous empêcher de convenir que du moins elles vous seront tôt ou tard funestes : dernière réflexion. Ainsi, soit que vous les considériez dans leur principe, ou dans leurs suites, vous ne les regarderez plus comme légères, et vous tremblerez sur un état si peu sûr pour le salut. Développons ces deux miportantes vérités.
Ave y Maria.
VENDREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE