‹ ŒuvresChapitre 14 sur 264 · JUGEMENT UNIVERSEL. U · texte numérisé non relu

JUGEMENT UNIVERSEL. U

mées , qu'il avait forcées de servir à ses passions et qui gémissaient, dit saint Paul, dans l'attente d'êtrb délivrées de cette honteuse servitude, s'élèveront contre elle à leur manière. Le soleil, delà lumière duquel elle avait abusé , s'obscurcira , comme pour ne plus luire à ses crimes; les astres disparaîtront, comme pour lui dire qu'ils ont été assez longtemps témoins de ses passions injustes; la terre s'écroulera sous ses pieds, comme pour jeter hors de son sein un monstre qu'elle ne pouvait plus porter ; et l'univers entier, dit le Sage, s'armera contre elle pour venger la gloire du Seigneur qu'elle a outragée : Etpugnabit cum illo orbis terrarum contra insensatos. (Sap. V, 21.) Hélas! nous aimons tant à être plaints dans nos malheurs! la seule indifférence nous aigrit et nous blesse : ici , non-seulement tous les cœurs seront fermés à nos maux, mais tous les spectateurs insulteront à notre honte , et le pécheur n'aura plus pour lui que sa confusion, son désespoir et ses crimes. Première circonstance de la confusion de l'âme criminelle : la multitude des témoins.

Je prends la seconde dans les soins qu'on avait pris de se déguiser aux yeux des hommes, tandis qu'on vivait sur la terre. Car, mes frères , le monde est un grand théâtre où chacun presque joue uq personnage emprunté : comme nous sommes pleins de passions , et que toutes les passions ont toujours quelque chose de bas et de méprisable, toute notre attention est d'en cacher la bassesse, et de nous donner 'pour ce que nous ne sommes pas; l'iniquité est toujours trompeuse et dissimulée. Ainsi toute votre vie, vous surtout qui m'écoutez, et qui regardez la duplicité de votre caractère comme la science du monde et de la cour, toute votre vie n'avait été qu'une suite de déguisements et d'artifices ; vos amis même les plus sincères et les plus familiers ne vous connaissaient qu'à demi; vous échappiez à tout le monde, vous changiez de caractère, de sentiment, d'inclination selon le caractère de ceux à qui vous vouliez plaire : par là vous vous étiez fait une réputation d'habileté et de sagesse ; et on n'y verra qu'une^e vile , sans droiture , sans vérité , et dont la plus grande vertu avait été de cacher son indignité et sa bassesse.

Vous encore , âme infidèle , qu'un sexe plus jaloux de l'honneur avait rendue encore plus attentive à dérober vos faiblesses à la connaissance dBS hommes , vous étiez si habile pour vous épargner la hontts d'une surprise, vous preniez de si loin et si sûrementvos mesures pour tromper lesyeuxd'un époux, la vigilance d'une mère, la bonne foi peut-être d'un confesseur : vous n'auriez pas survécu à un acci-

PREMIER DIMANCHE DE L'A VENT

dent qui eût trahi là-dessus vos précautions et vos artifices. Soins inutiles ! vous ne couvriez , dit le Prophète, vos débordements que d'une toile d'araignée, que le Fils de l'Homme dissipera en ce grand jour, du seul souffle de sa bouche. J'assemblerai, dit le Seigneur, autour de vous , devant les nations assemblées, tous vos amants profanes : Congregabo super te omnesamatorestuos.{ÉzÈca. x\i , 37. ) Ils verront cette suite éternelle de feintes, d'artifices, de bassesses; ce trafic honteux de protestations et de serments dont vous vous serviez pour fournir en même temps à des passions différentes, et pour endormir leur crédulité; ils les verront, et remontant jusqu'à la source des complaisances criminelles que vous aviez pour eux, ils les trouveront, non pas dans leur prétendu mérite', comme vous aviez voulu le leur persuader, mais dans votre mauvais caractère , dans un cœur naturellement emporté , vous qui vous piquiez de l'avoir si noble, si sincère, et incapable d'être touché que du seul mérite : Congregabo super te omnes amatores tuos.. . et videbunt omnem turpitudinem tuam. (ÉzÉCH. XVI , 37. ) Et tout cela se passera aux yeux de l'univers , de vos amis, qu'une apparence de régularité vous avait conservés; de vos proches, qui ne connaissaient pas le déshonneur dont vous les couvriez ; de ce confesseur, que vous aviez toujours trompé ; de cet époux qui avait si fort compté sur votre fidélité : Et videbunt omnemturpitudinem tuam.

0 mon Dieu! la terre aura-t-elle d'abîmes assez profonds où ne voulût alors se cacher l'âme infidèle? Car dans le monde, les hommes ne voient jamais de nos vices que les dehors et les scandales , et cette confusion nous est commune avec ceux qui se trouvent tous les jours coupables des mêmes fautes ; mais devant le tribunal de Jésus-Christ , on verra vos faiblesses dans votre cœur même , c'est-àdire leur naissance, leurs progrès, leurs motifs les plus secrets , et mille circonstances honteuses et personnelles dont vous rougirez plus que des crimes mêmes : ce sera là une confusion qui vous sera propre , et que vous ne partagerez avec personne : Et videbunt omnem turpitudinem tuam.

Enfin la dernière circonstance qui rendra la honte du pécheur accablante seront ses qualités personnelles.

Vous passiez pour ami fidèle , sincère , généreux : on verra que vous étiez lâche, perfide, intéressé, sansfoi, sans honneur, sans probité, sansconscience, sans caractère. Vous vous étiez donné pour une âme forte, et au-dessus des faiblesses vulgaires; et veus allez exposer les bassesses les plus humiliantes , et de* endroits dont l'âme la plus vile mourrait de

honte. On vous regardait dans le monde comme un homme intègre, et d'une probité à l'épreuve dans l'administration de votre charge ; cette réputation vous avait peut-être attiré de nouveaux honneurs et la confiance publique : vous abusiez cependant de la crédulité des hommes ; ces dehors pompeux d'équité cachaient une âme inique et rampante ; et des vues de fortune et d'intérêt avaient mille fois trahi en secret votre fidélité, et corrompu votre innocence. Vous paraissiez orné de sainteté et de justice ; vous étiez toujours revêtu de la ressemblance des justes; on vous croyait l'ami de Dieu et l'observateur fidèle de sa loi ; et cependant votre cœur n'était pas droit devant le Seigneur ; vous couvriez sous le voile de la religion une conscience souillée , et des mystères d'ignominie : vous marchiez sur les choses saintes pour arriver plus sûrement à vos fins. Ah! vous allez donc en ce jour de révélation détromper tout l'univers; ceux qui vous avaient vu sur la terre, surpris de votre nouvelle destinée, chercheront l'homme de bien dans le réprouvé: l'espérance de l'hypocrite sera alors confondue. Vous aviezjoui injustement de l'estime des hommes : vous serez connu, et Dieu sera vengé. Enfin, mais oserai-je le dire ici, et révéler la honte de mes frères.' vous étiez peut-être dispensateur des choses saintes , élevé en honneur dans le temple de Dieu ; le dépôt de la foi , de la doctrine , de la piété , vous était confié ; vous paraissiez tous les jours dans le sanctuaire revêtu des marques redoutables de votre dignité , offrant des dons purs et des sacrifices sans tache ; on vous confiait le secret des consciences , vous souteniez le faible dans la foi , vous parliez de la sagesse parmi les parfaits : et sous ce que la religion a de plus auguste et de plus saint , vous cachiez peut-être ce que la terre a de plus exécrable; vous étiez un imposteur, un homme de péché assis dans le temple de Dieu ; vous enseigniez les autres , et vous ne vous enseigniez pas vous-même ; vous inspiriez de l'horreur pour les idoles , et vous ne comptiez vos jours que par vos sacrilèges. Ah ! le mystère d'iniquité sera donc révélé, et l'on vous connaîtra enfin pour ce que vous aviez toujours été, l'anathème du ciel , et la honte de la terre : Et videbunt omîiem turpitudinem tuam.

Voilà, mes frères, toute la confusion dont sera accablée l'âme criminelle. Et ce ne sera pas ici une confusion passagère. Dans le monde , il n'y a de pénible à essuyer que la première honte d'une faute; les bruits tombent peu à peu ; de nouvelles aventures prennent enfin la place des nôtres , et le souvenir de nos chutes s'éteint et s'évanouit avec l'éclat qui les avait publiées : mais au grand jour la honte demeu-

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