‹ ŒuvresChapitre 15 sur 264 · JUGEMENT UNIVERSEL · texte numérisé non relu

JUGEMENT UNIVERSEL

rera éternellement sur Pâme criminelle : il n'y aura plus de nouveaux événements qui fassent perdre de vue ses crimes et son opprobre ; rien ne changera plus, tout sera fixe et éternel; ce qu'elle aura paru devant le tribunal de Jésus-Christ, elle le paraîtra durant l'éternité tout entière; le caractère même de ses tourments publiera sans cesse la nature de ses fautes, et sa honte recommencera tous les jours avec son supplice. Mes frères, les réflexions sont ici inutiles , et , s'il vous reste encore quelque foi , c'est à vous à sonder votre conscience, et à prendre dès ce moment des mesures pour soutenir la manifestation de ce jour terrible.

Mais après vous avoir montré la confusion publique dont sera couvert le pécheur, quenepuis-je vous exposer ici quelle sera la gloire et la consolation du véritable juste, lorsqu'on étalera aux yeux de l'univers les secrets de sa conscience et tout le mystère de son cœur ; de ce cœur dont toute la beauté, cachée aux yeux des hommes, n'était connue que de Dieu seul ; de ce cœur, où il avait toujours cru voir des taches et des souillures, dont son humilité lui avait dérobé toute la sainteté et l'innocence; de ce cœur, oii Dieu seul avait toujours fait sa demeure, et qu'il avait pris plaisir d'orner et d'enrichir de ses dons et de ses grâces ! Que de nouvelles merveilles va offrir aux yeux des spectateurs ce sanctuaire dirin , jusque-là si impénétrable, lorsque le voile en sera ôté ! que de fervents désirs! que de victoires secrètes! que de sacrifices héroïques ! que de prières pures ! que de tendres gémissements ! que de transports amoureux ! que de foi! que de grandeur! que de magnanimité! que d'élévation au-dessus de tous ces vains objets qui forment tous les désirs et toutes les espérances des hommes! On verra alors que rien n'était plus grand et plus digne d'admiration dans le monde qu'un véritable juste , que ces âmes qu'on regardait comme inutiles , parce qu'elles l'étaient à nos passions, et dont on méprisait tant la vie obscure et retirée : on verra que ce qui se passait dans le cœur d'une âme fidèle avait plus d'éclat et degrandeurque tous ces grands événements qui se passent sur la terre, méritait seul d'être écrit dans les livres éternels, et offrait aux yeux de Dieu un spectacle plus digne des anges et des hommes , que les victoires et les conquêtes qui remplissent ici-bas la vanité des histoires, auxquelles on élève des monuments pompeux pour en éterniser le souvenir, et qui ne seront plus regardées alors que comme des agitations puériles , ou le fruit de l'orgueil et des passions humaines. Premier désordre réparé dans ce grand jour : le vice dérobé ici-bas à la honte publique, et la vertu aux éloges qu'elle mérite.

Le second désordre qui naît dans le monde du mélange des bons et des méchants est l'inégalitéde leurs conditions, et l'injuste échange de leurs destinées. Il en est du siècle présent comme de la statue dont Daniel expliqua le mystère : les justes, comme une argile que l'on foule aux pieds , ou comme un fer durci par le feu des tribulations , n'y occupent d'ordinaire que les parties les plus basses et les plus méprisables; au lieu que les pécheurs et les mondains , figurés par l'or et par l'argent , vains objets de leurs passions, s'y trouvent presque toujours placés à la tête , et dans les lieux les plus éminents. Or, c'est un désordre; et, quoique par là les bons soient exercés, et les pécheurs endurcis : quoique cette confusion de biens et de maux entre dans l'ordre de la Providence, et que, par des routes et des ménagements impénétrables. Dieu s'en serve pour conduire à ses fins le juste et le pécheur, il faut cependant que le Fils de l'Homme rétablisse toute chose : Per ipsum instaurare omnia; (Éphes. 1, 10) et qu'on voie enfin quelle différence on doit faire de l'impie d'avec l'homme de bien ; de celui qui sert le Seigneur, d'avec celui qui le méprise : Quid sit inter justum et impium; et inter servienfem Deo, et non servientem et. (Malach. m, 18.) Or, Voilà le spectacle de ce dernier jour : l'ordre sera rétabli , les bons séparés des méchants; les uns placés à la droite, et les autres à la gauche : Et statuet oves quidem à dextris suis, hsedos autem à sinistris. (Matth. XXV, 33.)

Séparation, premièrement, toute nouvelle. On ne vous demandera pas, pour décider du rang que vous devez occuper dans cette formidable scène , votre nom , votre naissance, vos titres, vos dignités ; ce n'était là qu'une fumée, qui n'avait de réalité que dans l'erreur publique; on examinera seulement si vous êtes un animal immonde, ou une brebis innocente. On ne séparera pas le prince , du sujet ; le noble , du roturier ; le pauvre , du puissant ; le conquérant, du vaincu : mais la paille, du bon grain ; les vases d'honneur, des vases de honte; les boucs, des brebis : Et statuetoves quidem àdextris suis, hsedos autem à sinistris.

On verra le Fils de l'Homme parcourant des yeux, du haut des airs, les peuples et les nations confondues et assemblées à ses pieds , relisant dans ce spectacle l'histoire de l'univers, c'est-à-dire des passions ou des vertus des hommes ; on le verra rassembler ses élus des quatre vents ; les choisir de toute langue, de tout état , de toute nation ; réunir les enfants d'Israël dispersés dans l'univers; exposer l'histoire secrète d'un peuple saint et nouveau; produire sur la scène des héros de la foi jusque-là inconnus m

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