‹ ŒuvresChapitre 143 sur 264 · SI · texte numérisé non relu

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hasarder le moindre de vos intérêts temporels; et dans des mœurs, qui jusques ici n'ont sauvé personne, etoi^i vous ne vous rassurez que par l'exemple de ceux qui périssent avec vous; vous étés tranquille dans cette voie? Vous convenez de la sagesse de ceux qui en ont choisi une plus siire : vous dites tous les jours qu'ils sont louables, qu'on est heureux quand on peut prendre sur soi jusqu'à ce point ; qu'il est bien plus sûr de vivre comme eux ; vous le dites, et vous ne croyez pas devoir les imiter ? Insensé, s'écrie l'Apôtre : quel est donc le prestige qui vous abuse ? et pourquoi n'obéissez-vous pas à la vérité que vous connaissez?

Ah ! mes frères, dans les choix qui intéressent notre gloire, notre avancement, nos prétentions temporelles , sommes-nous capables de cette imprudence? De toutes les voies qui s'offrent à l'ambition pour parvenir, choisit-on celles qui ne mènent à rien, où la fortune est lente et douteuse, et qui iusqu'ici n'ont fait que des malheureux? et laisset-on celles où tout paraît nous répondre du succès? C'est donc du salut tout seul que nous faisons une espèce d'aventure , si j'ose parler ainsi , c'est-à-dire une entreprise sans mesures , sans précaution , que nous abandonnons à l'incertitude des événements, et dont nous attendons le succès du pur hasard , et non pas de nos soins, et de nous-mêmes.

Enfin , dernière réflexion : Souffrez que je vous demande, mes frères, pourquoi cherchez-vous et nous alléguez-vous tant de raisons spécieuses pour vous justifier à vous-mêmes les moeurs dans lesquelles vous vivez? Ou vous voulez sincèrement vous sauver, ou vous êtes résolu de vous perdre. Voulez-vous vous sauver ? choisissez donc les voies les plus propres pour arriver à la fin où vous aspirez; laissez-là les voies douteuses , et qui jusqu'ici n'y ont conduit personne ; tenez-vous-en à celle que Jésus-Christ nous a montrée, et qui seule peut vous y conduire : ne vous appliquez pas à vous diminuer à vous-même les dangers de votre état, et à les envisager par les endroits les moins odieux, pour les moins craindre : grossissez-en au contraire la péril dans votre esprit : on ne peut trop craindre ce qu'on ne peut trop éviter ; et le salut est la seule affaire où les précautions ne sauraient jamais être excessives , parce que la méprise y est sans ressource. Voyez si ceux qui suivaient les voies douteuses où vous marchez , et qui nous alléguaient les mêmes raisons que vous pour les justifier, s'en sont tenus là dès que la grâce a opéré dans leur cœur des désirs sincères de salut : ils ont regardé les périls au milieu desquels vous vivez, comme inalliables avec leur dessein; ils ont cherché des routes plus sûres, et

MASSILf.ON. — TOME l.

I plus solides ; ils ont fait succéder la sainte sûreté de ! la retraite, vi l'inutilité et aux dangers des sociétés et des commerces; l'usage de la prière, à la dissipation des jeux et des amusements; la garde des sens, à l'indécence des parures et au péril des spectacles ; la mortification chrétienne, à la mollesse d'une vie douce et sensuelle; la modestie et les largesses saintes, aux profusions de la vanité ; l'Évangile, au monde : ils ont couru au plus sûr, et ont compris que ce serait une folie de vouloir se sauver comme tous les autres se damnent.

Mais si vous êtes résolu de périr : eh ! pourquoi voulez-vous donc encore garder certaines mesures avec la religion? pourquoi cherchez-vous toujours à mettre quelques raisons spécieuses de votre côté, à réconcilier vos mœurs avec l'Évangile, et sauver, pour ainsi dire , encore les apparences avec Jésus- Christ? pourquoi n'êtes-vous pécheur qu'à demi, et laissez-vous encore à vos passions les plus grossières le frein inutile de la loi? Secouez donc ce reste de joug qui vous gêne, et qui, en diminuant vos plaisirs , ne diminuera pas vos supplices. Pourquoi vous perdez-vous avec tant de contrainte? Au lieu de ce confesseur indulgent qui vous damne, mettez-vous au large, n'en ayez point du tout. Au lieu de ces scrupules qui ne vous permettent que des gains douteux , et vous interdisent encore certains profits bas et manifestement iniques , qui vous mettent néanmoins au nombre des ravisseurs qui ne posséderont pas le royaume de Dieu ; franchissez le pas , et ne mettez plus d'autres bornes à votre injustice que celle de votre cupidité. Au lieu de ces familiarhés suspectes où votre âme est toujours blessée, ôtez à la passion la barrière importune et inutile de ce que le crime a de plus grossier. Au lieu de ces mœurs molles et mondaines qui aussi bien vous damneront , ne refusez rien à vos passions , et vivez comme les animaux au gré de tous vos désirs. Oui, pécheurs, périssez avec tous les fruits de l'iniquité, puisque aussi bien vous en moissonnerez les larmes et les peines éternelles. Mais non, mon cher auditeur, nous ne vous donnons ces conseils de désespoir que pour vous en inspirer de l'horreur : c'est un tendre artifice du zèle, qui ne fait semblant de vous exhorter à votre perte qu'afin que vous n'y consentiez pas vous-même. Hélas! suivez plutôt ces restes de lumière qui vous montrent encore de loin la vérité : ce n'est pas sans raison que le Seigneur a conservé jusqu'ici ea vous ces semences de salut , et qu'il n'a pas permis que tout s'effaçât jusqu'aux principes; c'est un droit qu'il se réserve encore sur votre cœur : prenez garde seulement de ne pas fonder là-dessus une vaine

MERCREDI DE LA t►ASSTO^^

tspi^rance de conversion à venir ; il n'est permis d'espérer, que lorsque l'on connnencc à travailler. Commencez donc le grand ouvrage de votre salut éternel, pour lequel seul Dieu vous a mis sur la terre, et auquel vous n'avez pas même encore pensé : estimez un soin si nécessaire : préférez-le à tous les autres : ne trouvez de plaisirs qu'en vous y appliquant : examinez les moyens les plus sûrs et les plus propres pour y réussir ; et les choisissez , quoi qu'il en coûte , quand une fois vous les aurez connus.

Telle est la prudence de l'Évangile, si souvent recommandée par Jésus-Christ; hors de là, tout est vanité et méprise : vous auriez un esprit supérieur et capable de tout , des talents rares et éclatants; si vous prenez le change sur votre salut éternel, vous êtes un enfant. Salomon, si estimé dans lout l'Orient pour sa sagesse, est un insensé, dont on a peine encore aujourd'hui à comprendre la folie. Toute la raison du monde n'est qu'un jeu , qu'un eblouissement, si elle se méprend sur le point décisif de l'éternité : il n'est dans toute la vie que ce seul point de sérieux : tout le reste est un songe sur lequel il importe peu de se méprendre. Ne vous en fiez donc pas à la multitude, qui est toujours le parti de ceux qui s'égarent ; ne prenez pas pour vos guides des honnnes qui ne sauraient être vos garants : ne laissez rien au hasard et à l'incertitude des événements : c'est le comble de la folie, quand il s'agit de l'éternité; et d'autant mieux que vouloir risquer ici , c'est être assuré de tout perdre. Rapprochez toujours les usages et les exemples à la règle : souvenez-vous qu'il y a une infinité de voies qui paraissent droites aux hommes, et qui néanmoins conduisent à la mort ; que tous ceux presque qui se damnent, se damnent en croyant se sauver; et que tous les réprouvés au dernier jour, en entendant prononcer ieur sentence, seront surpris, dit l'Évangile, de leur condamnation : Quandù te vidimus esurientem (Matth. XXV, a7)? parce qu'ils s'attendaient tous au partage des justes. C'est ainsi qu'après l'avoir attendu, selon les règles de la foi, dans cette vie, vous en jouirez éternellement dans le ciel.

Ainsi soit-il.

SERMON

l'OUR LE MERCKEDI DE LA SEMAINE DE LA PASSION.

SUR LES DÉGOÛTS

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