LA PÉCHERESSE DE L'ÉVANGILE
Et ecce millier, quœ crat in civitate péccatrix, iil cogiiovit qiiod Jésus accuhuisset in domo pharisœi, atlulit alabustrum unyuenti; et stans roiro secus pcdcs ejus , lacr^-mis cœpit rigare pedes ejtis, et capilUscapitis siii lergehat, et oscitlabaiitr pcdes eJus, etumjucnto ungehat.
En même temps une femme de la ville qui était de mauvaise vie, ayantsuque Jésus élait à table chez un pharisien, y apporta un vase d'albàtre plein d'huile de parfum ; et se tenant derrière lui à ses pieds en pleurant , elle commença à les arruser de ses larmes ; elle les essuyait avec ses chewux , les baisait , et y répandait ce parfum. i Luc , vu , 37.)
A des larmes si abondantes, à une confusion si sirifère, à des ministères si touchants, à une dé-
marche si humiliante et si nouvelle, on comprend aisément, et ce que les passions avaient pu sur le cœur de cette pécheresse, et ce que la grâce vient d'opérer en elle. La Palestine la regardait depuis longtemps, comme la honte et le scandale de In cité : Millier in civitate péccatrix : la maison du pharisien la voit aujourd'hui comme la gloire de la grâce, et un modèle de pénitence : Lacrymis cœpit rigare pedes ejus : quel changement , et quel spectacle!
Cette âme liée, il n'y a qu'un moment, des chaînes les plus honteuses et les plus indissolubles, ne trouve plus rien qui l'arrête, et sans hésiter elle court chercher aux pieds de Jésus-Christ son salut et sa délivrance : cette âme jusqu'ici toute plongée dans les sens , et ne vivant plus que pour la volupté, en sacriûe en un instant les attraits les plus vifs et les attachements les plus chers : cette âme enfin, jusque-là impatiente de tout joug, et dont le cœur n'avait jamais connu d'autre règle que le dérèglement de ses penchants, commence sa pénitence par les démarches les plus humiliantes et les assujettissements les plus tristes. Que les œuvres de votre grâce sont admirables, ô mon Dieu! que la misère la plus désespérée est près de sa guérison, dès qu'elle devient l'objet de vos miséricordes infinies ! et que les voies par oi^i vous menez vos élus, sont rapides et abrégées !
Mais d'où vient, mes frères, que de si grands exemples font sur nous de si faibles impressions.' De deux préjugés très-opposés en apparence, et qui cependant partent du même principe , et conduisent à la même erreur.
Le premier, c'est que nous nous figurons la conversion du cœur que Dieu demande de nous , comme la simple cessation du crime, le retranchement de certains désordres outrés, et que la bienséance seule connnence à nous interdire. Et comme ou l'âge, ou de nouvelles situations, ou des penchants que le temps tout seul a changés , nous ont menés là; nous n'allons pas plus loin; nous croyons que tout est fait, et nous écoutons Thistoire des conversions les plus touchantes que l'Église nous propose , comme des leçons qui ne nous regardent plus.
Le second va dans un autre excès : nous nous représentons la pénitence chrétienne, comme un étal affreux , et le désespoir de la faiblesse Humaine ; un état sans douceur, sans consolation, suivi de mille devoirs tous plus désagréables au cœur; et rebutés par l'erreur de cette triste image , les exemples de changement nous trouvent peu sensibles, parce qu'ilii nous trouvent toujours découragés.
Or, la conversion de notre pécheresse confond
JEUDI DE LA PASSION
ces deux préjugés, si dangereux pour le salut. Premièrement, sa pénitence non-seulement finit ses égarements , mais les expie et les répare. Secondement, sa pénitence commence, il est vrai, ses larmes et sa douleur; mais elle commence aussi de nouveaux plaisirs pour elle. Elle rend à Jésus-Christ dans sa pénitence, tout ce qu'elle lui avait ravi dans ses égarements; en voilà les réparations : mais la paix et les douceurs qu'elle n'avait jamais éprouvées dans ses égarements, elle les trouve avec Jésus- Christ dans sa pénitence; en voilà les consolations. Les réparations et les consolations de sa pénitence, c'est toute l'histoire de sa conversion , et le sujet de ce discours.