‹ ŒuvresChapitre 156 sur 264 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

La malice des hommes se consomme aujourd'hui en deux manières par la mort de Jésus-Christ : elle s'y consomme, premièrement, parce qu'elle y est portée à son plus haut point, et que les Juifs comblent la mesure de leurs pères par le plus grand de tous les crimes ; secondement , elle s'y consomme parce qu'elle y trouve son expiation et son remède. C'est cette double consommation que l'Ange prédisait à Daniel , en lui annonçant la mort du Christ : La prévarication y sera consommée, lui disait-il, par la malice de ceux qui le mettront à mort : Ut consummetur pnevaricado (Dan. ix , 24) ; et le

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péché sera effacé, et y trouvera la mort lui-même; et finem accipiat peccatum , et deleatur iniquitas. (Dan. iX , 24.) Cette doctrine n'a plus rien de surprenant, depuis que l'Apôtre nous à appris que , par le péché, Jésus-Christ a condamné le péché; et qu'il s'est servi de la plus grande malice des hommes, pour opérer en eux la plus grande miséricorde.

Or, je dis que la malice des hommes est portée aujourd'hui à son plus haut point; soit que vous la considériez dans la faiblesse ou la perfidie des disciples, qui renoncent le Sauveur; dans la mauvaise foi des prêtres et des docteurs qui le jugent; dans l'inconstance du peuple qui demande sa mort; dans la lâcheté de Pilate qui le condamne; et enfin dans l'inhumanité des bourreaux qui le crucifient. Continuons le récit de ces douleurs; et remarquez, s'il vous plaît, avec moi toutes ces circonstances.

Premièrement, dans la faiblesse ou la perfidie des disciples, ou qui le trahissent, ou qui l'abandonnent. A peine, dit l'Évangile, Jésus-Christ au sortir de cette triste agonie, achevait de parler à ses disciples, que voici Judas, un des douze, à la tête d'une troupe de soldats armés d'épées et de bâtons, qui viennent de lapart des princes des prêtres et des vieillards arrêter le Sauveur. (Matth. xxvi , 47.) Qui l'eût cru, mes frères, qu'un disciple élevé par le choix même de Jésus-Christ à la sublime dignité de l'apostolat , le compagnon de ses courses , le confident de ses secrets , le témoin de son innocence , de sa sainteté et de ses prodiges; jusque-là honoré de sa familiarité ; depuis peu nourri de sa chair et de son sang , parût à la tête de ses bourreaux , et conduisît lui-même tout le projet de sa mort .' Quelle tristesse pour le cœur de Jésus-Christ , de voir un ami, un apôtre destiné à le faire connaître et adorer de tous les hommes , et à mourir pour lui et pour sa doctrine, devenir le principal auteur de sa perte! Ah ! mes frères, quand une fois on s'est attaché à Jésus-Christ par un renouvellement de mœurs, comme ce disciple, qu'on a connu l'abus du monde et les grandes vérités de la foi, et qu'on redevient, comme lui, infidèle, l'infidélité n'a plus de bornes : on est capable de tout , dès qu'on a pu rendre vaine la grâce qui nous avait retirés du désordre : le degré de vertu où l'on était élevé devient la mesure de l'abîme qu'on se creuse en retombant; et il n'est point d'excès qu'on ne doive attendre de ceux qui , après avoir marché quelque temps dans la voie de Dieu, retournent au siècle, et se déclarent encore contre Jésus-Christ.

Remarquez en effet jusqu'où cet infidèle disciple pousse la perfidie : il ne vient pas la tête levée se saisir de la personne de son Maître : il cache la noir*

ceur de son dessein sous les plus tendres témoignages de l'amitié-, il donne un baiser sacrilège à Jésus-Clirist; un baiser, dit saint Léon, qui perce le cœur de son divin Maître, d'une manière mille fois plus douloureuse , que la lance du soldat ne le percera sur le Calvaire : il fait du plus doux signe de la paix , le signal le plus infâme de tous les attentats : il ose approcher ses lèvres impies, qui viennent de dire aux prêtres : Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai (Matth. xxvi, 15)? des lèvres sacrées de celui qui peut foudroyer le pécheur du seul souffle de sa bouche : et , malgré sa perfidie , il n'en entend sortir que des paroles de paix et de clémence : on le traite encore d'ami, Jmice ; on veut ignorer son dessein : ad quid venisti (ibid. V, 50)? comme pour lui faire entendre qu'il est encore à temps de s'en repentir, et que tout n'est pas encore désespéré pour lui. Disciple infidèle ! ne sentez-vous pas ici fendre votre cœur, et réveiller toute votre tendresse pour un si bon Maître? pouvez-vous soutenir la douceur de ses regards si heureux aux disciples infidèles , la majesté de sa personne , l'éclat divin de son visage, l'affabilité de ses paroles, sans tomber à ses pieds de douleur, et sans lui demander avec un torrent de larmes, qu'il oublie votre perfidie ! Que d'imitateurs de son exemple dans cette sainte solennité! que de perfides qui ne s'approcheront de Jésus-Christ au pied de l'autel , qu'avec un cœur tout résolu à le trahir; qui ne lui donneront un baiser de paix, dans la participation du sacrement adorable , que pour sauver les apparences ; que parce que leur rang les expose trop à la vue des hommes pour manquer à ce devoir ; que par pure bienséance , et pour ne pas donner lieu aux discours et aux réflexions publiques ! que d'indignes chrétiens , à qui le Seigneur dira encore, lorsqu'il les verra approcher de l'autel saint : Infidèles! vous trahissez le Fils de l'Homme par un baiser! vous choisissez le symbole le plus précieux de mon amour, pour me charger de nouveaux outrages ! Osculo Filium Hominis tradis! (Luc, XXII, 48.)

Voici donc le Sauveur du monde entre les mains d'un traître et d'une troupe de furieux : ici commence l'histoire publique de ses ignominies. On le saisit; on le garrotte; on le traite comme un malfaiteur. Pierre d'abord se met en état de le défendre ; et le Sauveur, en lui ordonnant de remettre le glaive , nous apprend que les armes qu'il doit laisser à son Église sont des armes spirituelles ; que la patience , la prière , la sainteté sont les plus sûres défenses de ses ministres; que pouvant employer lui-même des légions d'anges , pour combattre ses ennemis, il s'était contenté de prier pour eux; que

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sa doctrine ne devait s'étendre et se soutenir , que par les maximes de charité, de douceur et d'humilité qu'elle enseigne ; et qu'enfin le glaive qu'il nous mettait à la main n'était destiné qu'à détruire les passions, et non pas les pécheurs. Aussi Pierre se dément bientôt : un zèle indiscret, et où l'humeur domine , ne se soutient pas ; et le premier péril en découvre toujours l'illusion et la faiblesse : déjà il ne suit plus que de loin son divin Maître, que cette troupe insolente traîne devant le pontife ; et voilà l'ostentation du zèle et du courage, qui va bientôt finir par une criminelle timidité. On ne suit pas longtemps Jésus-Christ, quand on ne le suit plus que de loin , et comme en se traînant : rien n'est plus dangereux que de mettre l'humeur à la place du zèle; on croit défendre Jésus-Christ , et l'on cherche à se satisfaire soi-même ; et les vengeurs indiscrets de la vérité lui font quelquefois plus de tort par leurs scandales et par leurs chutes, que ses ennemis mêmes par leur révolte.

En effet , j'entends déjà ce faible disciple protester hautement dans la maison de Caïphe, qu'il ne connaît pas Jésus-Christ : une femme l'ébranlé , une simple interrogation le rend apostat et parjure : il assure jusqu'à trois fois, qu'il n'est pas disciple de Jésus; et cela sous les yeux de son bon Maître, lié, affligé, moqué, calomnié : il suscite cette nouvelle douleur à ses chaînes. Grand Dieu! quelle chute! le premier des pasteurs, la colonne des églises, l'apôtre de la circoncision , le disciple appelé bienheureux par Jésus-Christ même , et à qui le Père céleste avait révélé le mystère de Jésus-Christ!

Pierre à la tête du troupeau, et parlant au nom de tous les autres disciples, confesse généreusement Jésus-Christ : dès qu'il est seul , et éloigné dès fidèles qu'il aurait dû soutenir, rassembler, encourager dans cette triste occasion , il tombe. Les pasteurs ne sont en sûreté que lorsqu'ils sont environnés de leurs brebis : ils en sont gardés, comme ils les gardent eux-mêmes : dès qu'ils s'en éloignent, qu'ils les abandonnent, tout est à craindre pour eux ; c'est au milieu de leur troupeau que le Seigneur les revêt de force , les remplit de lumière , les comble de bénédictions ; parce que là il les regarde comme ses ministres , et qu'il leur a promis de les soutenir dans les fonctions pénibles de leur ministère : ailleurs, il ne les connaît plus; ce ne sont plus que des hommes faibles , communs , sans force, sans fermeté, sans dignité; et comme ils y sont inutiles à son Église, ils lui deviennent bientôt indifférents à lui-même : les mêmes fonctions , qui font tous leurs devoirs , font aussi toute leur sûreté et toute leur force.

LA PASSION DE iNOTRE-SEIGNEUR.

Mais une chute si lâche n'efface pas du cœur de Jésus-Christ ce disciple infidèle : il le trouve encore digne de ses regards : à travers les calomnies des prêtres, les impostures des faux témoins, les outrages des sacrilèges qui l'insultent , les cris tumultueux de ceux qui demandent sa mort , il démêle avec une attention pleine de douceur et de bonté ce faible apôtre , il fixe ses yeux divins sur lui ; et avec un langage muet, que ses ignominies rendaient encore plus touchant : Est-ce donc là, lui dit-il, la fidélité que vous m'aviez tant de fois jurée! si j'ai pu vous soutenir sur les flots, faible disciple, et vous garantir de toute la violence des vents et des orages, avez-vous craint que je n'eusse pas la force de vous défendre contre toute la puissance des hommes? votre chute m'a plus humilié que tous les outrages dont vous me voyez chargé : vous venez de jurer que vous ne me connaissez pas , ingrat! mais je vous connais encore moi-même : je trouve encore en vous le chef de mon Église et le pasteur de mes brebis :je vous aime encore, tout indigne que vous en êtes; et les larmes que je vois couler de vos yeux sont en même temps, et le fruit de mon amour pour vous, et l'expiation de votre faute.

A peine l'outrage est fait, qu'il est oublié. Et combien de fois , au sortir même du crime , Jésus- Christ a jeté sur nous , comme sur cet apôtre infidèle , un regard de miséricorde ; a excité dans notre cœur des remords vifs et cuisants ; nous a ouvert les yeux sur l'indignité de notre vie; nous a peut-être même fait verser des larmes d'ennui , de tristesse , de dégoût de nous-mêmes.' Mais ce n'ont été laque des larmes passagères, des sensibilités d'un moment; une tristesse oii il entrait plus d'amour de nousmêmes, que de haine du péché : on s'afflige par la suite d'un chagrin secret , de ne pouvoir trouver sa félicité dans les plaisirs des sens : on voudrait être heureux et tranquille dans le crime, et on est triste de ne l'être pas : on se sait mauvais gré à soi-même de ne pouvoir se faire une situation fixe et inébranlable dans l'iniquité : on se dégoûte de ses inquiétudes, et non pas de ses désordres : on est touché du vide , et non pas de l'horreur et de l'injustice des voluptés criminelles ; et ce n'est pas parce qu'on est ennemi de Dieu qu'on se déplaît , c'est parce qu'on est à charge à soi-même. C'est ainsi que la malice est aujourd'hui consommée dans l'ingratitude des disciples , qui livrent ou qui renoncent le Sauveur.

Mais , en second lieu , elle est encore consommée dans la mauvaise foi des prêtres qui les condamnent. Car, premièrement, le repentir de Judas ne les touche point : il vient leur déclarer, le désespoir peint

sur le visage , qu'il a péché , en livrant le sang innocent; jamais témoignage ne fut moins suspect : c'est l'ennemi de Jésus-Christ, qui dépose en faveur de son innocence : c'est un traître qui n'a pas encore joui du fruit de sa trahison, et qui vient en restituer le prix funeste : c'estun infortuné, qui alors n'attend plus rien de son maître , et qui le voyant humilié, outragé, sur le point d'être condamné, n'a garde de se flatter qu'il puisse reconnaître un jour ce retour : la force de la vérité toute seule lui arrache la confession de son crime : quoi de plus favoble que son désaveu ? Cependant ces juges d'iniquité, qui s'étaient servis de sa faiblesse, ferment les yeux à son repentir : C'est votre affaire, lui disent-ils : Tu vidcris; ce n'est pas la leur de ne point condamner un innocent; ce n'est pas la leur de ne pas répandre le sang du juste , et de combler leur mesure par le plus grand de tous les crimes. 0 Dieu! que vous êtes terrible, quand vous endurcissez les cœurs!

Ces principaux d'entre les juifs, mes frères, avaient jusque-là résisté aux miracles et aux enseignements de Jésus-Christ : le paralytique guéri, la pécheresse convertie, l'aveugle-né éclairé, Lazare ressuscité, avaient été pour eux des instructions inutiles : aujourd'hui , Judas même mourant désespéré ne les touche et ne les épouvante pas. C'est l'abus continuel des grâces qui conduit toujours à l'endurcissement. Vous en viendrez à un point, vous qui résistez à Dieu depuis longtemps , que ni les morts les plus affreuses, ni les vérités les plus terribles , ni les solennités les plus saintes, ni les conversions les plus touchantes , ne vous toucheront plus ^ et peut-être y êtes-vous déjà arrivé. A force d'étouffer vos remords , de vous défendre contre vos propres lumières ; et de résister à la vérité , dont une heureuse éducation et un bon naturel, avaient laissé mille semences dans votre cœur, vous vivez tranquille dans vos crimes : rien ne vous réveille plus de votre assoupissement; ni les vérités que nous annonçons , ni les mystères que nous célébrons : le libertinage, qui n'était autrefois en vous qu'un emportement de l'âge et du tempérament, a dégénéré en une affreuse philosophie : le crime vous touche presque aussi peu que la vertu , les plaisirs des passions vous trouvent presque aussi froid et aussi philosophe , que les saints attraits de la grâce ; vous offrez à Dieu et au monde un fonds de dégoût, d'insensibilité, où la lassitude des passions vous a mené, mille fois plus terrible pour le salut que les emportements mêmes du désordre. Que vous êtes loin du royaume de Dieu ! et que vous seriez heureux , si vous pouviez seulement le comprendre!

En second lieu , le prince des prêtres étonné du

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silence de Jésus-Christ sur toutes les accusations dont on le charge ; découvrant, ce semble , dans sa patience, dans sa douceur et dans la majesté de son visage quelque chose de plus qu'humain : Je vous conjure, lui dit-il, au nom du Dieu vivant, de nous dire si vous êtes le Christ Fils de Dieu. Mais si c'est un désir sincère de connaître la vérité, à quoi bon l'interroger lui-même sur la sainteté de son ministère? Interrogez Jean Baptiste, que vous avez regardé comme un prophète, et qui a confessé que c'était là le Christ : interrogez ses œuvres, que personne avant lui n'avait faites, et qui rendent témoignage, que c'est le père qui l'a envoyé : interrogez les témoins de sa vie, et vous verrez si l'imposture a jamais été accompagnée de tant de caractères d'innocence et de sainteté : interrogez les Écritures, vous qui avez la clef de la science, et voyez si Moïse et les prophètes ne lui ont pas rendu témoignage : interrogez les aveugles qu'il a éclairés, les morts qu'il a ressuscites, les lépreux qu'il a guéris, le peuple qu'il a rassasie, ies brebis d'Israël qu'il a ramenées ; et lis vous diront tous que Dieu n'a jamais donné une telle puissance aux hommes : interrogez le ciel , qui s'est ouvert tant de fois sur sa tête pour vous avertir que c'était là le Fils bien-aimé : et si ces témoignages nesufûsont pas, interrogez l'enfer lui-même, et vous apprendrez des dénions , qui lui obéissent en sortant des corps , qu'il est le Saint de Dieu. Mais ce n'est pas ici une recherche sérieuse de la vérité, c'est un piège qu'on tend à l'innocence; et comme il arrive souvent aux grands surtout, prévenus de leurs passions, on consulte étonne veut point être détrompé; on fait semblant de vouloir s'instruire, et on serait fâché d'être éclairci.

Cependant le Sauveur pour nous apprendre que les passions et les préjugés des hommes ne doivent pas nous empêcher de rendre gloire à la vérité (surtout lorsque notre caractère nous oblige de la publier) ; que nous la devons à ceux mêmes qui en veulent faire usage contre nous ; et qu'il ne faut pas toujours attendre qu'elle soit reçue favorablement, avoue qu'il est le Christ promis dans les pronhètes, et annonce à ses juges qu'ils verront le Fils de l'Homme assisà la droite de Dieu, et venant dans les nuées du ciel avec majesté. C'était leur dire : Vous ne voulez pas me reconnaître dans ma bassesse ; vous me reconnaîtrez un jour lorsque je paraîtrai sur une nuée de gloire, environné de puissance, de terreur et de majesté : je parais ici comme un criminel ; je serai alors votre juge, et celui des nations assemblées. Il parle en Dieu tout chargé qu'il est de chaînes et d'opprobres; mais il nous fait aussi entendre,

que dans le siècle à venir tout changera de face ; que le pauvre et l'affligé seront assis sur des trônes de lumière et de gloire; que ces hommes justes, qu'on foule aux pieds, et dont on méprise tant ici-bas la faiblesse d'esprit et la prétendue médiocrité, brilleront alors au milieu des airs comme des astres purs , et jugeront l'univers avec Jésus-Christ; tandis que les grands et les puissants, ceux qui jugent la terre , qui paraissent ici-bas les arbitres de la fortune et de la destinée des peuples et des empires , ces héros que le monde avait tant vantés, et qui ne brillaient que d'une gloire tout humaine , seront effacés; dégradés , humiliés , regardés comme l'opprobre des hommes , et ne paraîtront plus couverts que de leur orgueil et de leurs crimes.

Cependant un aveu si terrible, et si capable de ralentir la fureur de ces juges, est pour le Sauveur une réponse de mort. Ce pontife indigne déchire ses vêtements sacerdotaux , et prophétise , sans le savoir, par cette action, dit saint Léon, que le voilà dépouillé pour toujours de la dignité de son sacerdoce , dont Jésus-Christ, nouveau pontife, va prendre possession à la droite de son père, dans le sanctuaire véritable, oii il sera toujours vivant afin d'intercéder pour nous. Il a blasphémé !s'écrie-t-il; nous n'avons plus besoin de témoins. Ce juge corrompu devient l'accusateur; toutes les règles de l'équité sont ici violées : il n'attend pas les suffrages; il les inspire. Pas un seul dans cette assemblée, autrefois la plus vénérable du monde, n'ose se déclarer protecteur de l'innocence ; tout entre lâchement dans la passion du chef; il ne se trouve pas même un seul Gamaliel , qui , par des conseils de modération , tâche du moins de suspendre l'iniquité de cette sentence (qu'il est rare d'oser être tout seul du côté de la raison et de la justice!); et sans qu'aucune délibération ait précédé, il s'élève, du milieu de cette assemblée inique, des voix tumultueuses, qui prononcent que Jésus-Christ est digne de mort : Reus est viortis. (Matth. XXVI, 6G.)

O mon Sauveur ! dans cette sentence sacrilège vous adorez l'arrêt que votre Père prononce alors contre vous ; c'est de sa bouche éternelle que vous entendez sortir ces paroles irrévocables de votre condamnation : Il est digne de mort : Reus est mortis. Caiphe ne fait que prêter sa voix perfide à l'oracle céleste : aussi vous ne vous plaignez pas de son injustice; vous vous taisez, comme l'agneau qu'on va immoler; et vous respectez dans l'injustice de son arrêt , les ordres justes et adorables de votre Père.

Apprenons donc , mes frères , à ne pas nous en prendre aux hommes , des traitements injustes que

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