‹ ŒuvresChapitre 157 sur 264 · LA PASSION DE NOTRË-SEIGNEUR · texte numérisé non relu

LA PASSION DE NOTRË-SEIGNEUR

nous recevons d'eux : regardons nos ennemis dans les desseins de Dieu , et dans l'ordre de notre prédestination éternelle : Démêlons, à travers les coups que leurs passions nous portent, la sagesse et la main invisible du Souverain qui les conduit; et souvenons-nous , que dès là que les hommes sont devenus nos persécuteurs , ils sont devenus plus respectables pour nous; parce que dès lors ils sont les ministres de la justice de Dieu à notre égard , et ne font qu'exécuter envers nous ici-bas ses ordres.

Mais avançons. Tous les pas que va faire désormais le Sauveur, ne seront plus que de nouvelles ignominies : aussi , en troisième lieu, la malice des hommes est aujourd'hui consommée dans l'incons- ^ tance du peuple qui demande sa mor,t. Au i sortir de la maison de Caiphe, où Jésus-Christ venait de passer une nuit si ignominieuse et si amcre; livré a l'insolence et à la brutalité des ministres et des serviteurs du pontife ; exposé tout seul , et pendant toute la nuit, à des opprobres dont le seul souvenir fait frémir notre foi , et arrache des larmes à la piété; abandonné de tousses disciples; n'attendant le jour que pour voir recommencer avec plus d'éclat l'histoire de ses ignominies aux yeux de tout Jérusalem; il est conduit au prétoire à travers les rues de cette Ville ingrate et inconstante; suivi, comme un scélérat, d'une foule séditieuse qui l'insulte. Quel changement! nous l'avions vu entrer, il n'y a pas longtemps , dans Jérusalem , au bruit des acclamations publiques , et commeun roi triomphant qui venait prendre possession de son empire : aujourd'hui , quel nouvel appareil ! chargé de confusion ; de tous les anathèmes de ce même peuple ému , et qui demande sa mort avec des cris effroyables. Vous vouliez , ô mon Dieu! que vos serviteurs apprissent dans cet exemple, à ne point compter sur la gloire du monde et sur l'estime des hommes si inconstante et si peu solide ; encore plus à ne pas sacrifier le devoir et la conscience à leurs vains jugements, et à s'attacher à vous seul qui nous voyez toujours tels que nous sommes , et dont les jugements seuls demeureront éternellement.

En effet, jusqu'où ce peuple insensé ne pousset-il pas l'excès de sa légèreté et de son aveuglement? et combien de crimes ne commet-il pas en un seul.? Premièrement, une injustice monstrueuse : on lui propose de délivrer Jésus , ou un insigne malfaiteur que des crimes publics avaient rendu digne de mort. Quel parallèle! le Sauveur des hommes avec un scélérat et un homicide ! c'est Barrabas cependant qui est préféré , et cela par les suffrages publics ; par les prêtres , les anciens , les docteurs , la multitude; devant le tribunal d'un juge infidèle, à la

face de toute la judée, et dans l'événeraeni .^ plus éclatant dont Jérusalem eût jamais ouï parler.

Hélas! nous sommes si sensibles à la plus légère préférence qui nous humilie; notre orgueil pousse si loin là-dessus le ressentiment , pour peu qu'on nous oublie, qu'on élève nos concurrents et nos égaux; nous n'en avons jamais assez dit sûr l'injustice des hommes; nous blâmons les choix de nos maîtres ; nous rabaissons le mérite de ceux qu'on nous préfère. Apprenons de Jésus-Christ que les jugements des hommes ne décident de rien de réel pour nous ; qu'il n'y a que ce qu'on fait pour Dieu qui nedemeurejamais sans récompense ; que si l'ambition a été le seul motif des services quenousavons rendus à la patrie, il est juste que nous en soyons punis par notre ambition même, et que la véritable vertu pense plus à se rendre digne des grâces, qu'à les obtenir.

Secondement, une fureur aveugle. Un magistrat païen n'ose d'abord passer outre à la condamnation de Jésus-Christ : il déclare qu'il a les mains pures du sang de ce juste ; et ce peuple furieux demande que son sang soit sur lui et sur toute sa postérité : il consent ; il souhaite que cet anathème demeure éternellement sur la tête de son descendant : Sanguls ejus super nos, et super filios nosiros ( Matth. XXVII, 25 )! et l'événement répond à ses souhaits : encore aujourd'hui devenus l'opprobre de l'univers, errants , fugitifs, méprisés ; sans autel , sans lieu , sans sacrifice , ils portent partout sur leur front le crime de ce sang répandu.

C'est ainsi que les jugements injustes deviennent des sources de malédiction dans ïes familles. Dieu redemande à la quatrième génération le sang que l'injustice d'un seul de leurs ancêtres , assis sur les tribunaux, et trop dévoué aux passions d'autrui, fit témérairement répandre ; on voit ces maisons frappées d'une main invisible , étonner le monde par leur décadence ; et jusqu'à la fin , les neveux portent sur leur front l'iniquité de leurs pères.

Troisièmement, une noire ingratitude. Autrefois touchés des bienfaits de Jésus-Christ , ils avaient voulu l'établir roi sur eux : aujourd'hui ils protestent hautement qu'ils n'ont point d'autre roi que César; ils rejettent le fils de David, ce roi dont le règne doit être éternel, et ils ne veulent pas qu'il règne sur eux : Nolumus hune regnare super nos. Non habemus regeni, nisi Cœsarem. ( Luc, xix, 14; JoAN. XIX, 15. )

N'est-ce pas là, mes frères, vous surtout, qui habitez les palais des rois, le langage que vous tenez tous les jours à Dieu au fond de vos cœurs.? Combien de fois lui avez- vous dit en secret, en ré-

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sistant à ses inspirations saintes : Nous ne voulons pas que vous régniez encore sur nous : il n'est pas temps encore de vous servir, de renoncer au inonde et à nos égarements : il faut attendre un âge plus avancé : c'est la saison maintenant de s'avancer, de parvenir aux places qui nous sont dues : nous ne pouvons servir d'autre Dieu que César, que la cour, que notre fortune ! Voilà , en effet , votre unique divinité, mes frères. Un prince religieux veut que Dieu seul règne sur lui : il met à ses pieds son sceptre, sa couronne, son empire : tous ses hommages sont pour Dieu seul; et tout votre culte se rapporte à lui-même ; apprenez du moins à mériter ses grâces en imitant ses exemples.

En quatrième lieu, la malice des hommes est encore consommée dans la faiblesse de Pilate , qui , malgré sa conscience et ses lumières , n'ose déclarer Jésus-Christ innocent ; et remarquez , je vous prie, dans la conduite de ce magistrat corrompu, toutes les démarches d'une indigne lâcheté, qui sacrifie la conscience et le devoir à la fortune. Premièrement , il reconnaît que ce n'est pas à lui à prononcer sur toutes les accusations que Ton forme contre Jésus-Christ : que n'étant pas instruit dans la loi , il ne peut pas entrer dans une affaire qui paraît regarder uniquement la religion des Juifs , et dont le jugement semble réservé au seul pontife. Cependant pour ne pas déplaire aux principaux des Juifs, il se met en état de juger sans autorité et sans coimaissance : sans connaissance, parce qu'il ignore la loi; et sans autorité, car le Seigneur n'a pas établi les magistrats juges de la vérité et de la doctrine : leur tribunal est l'asile et le soutien de l'Église ; mais il n'en est pas la règle et la loi : c'est à eux à lui prêter leur autorité et non pas leurs décisions et leurs suffrages ; et ils doivent laisser à ceux à qui le Seigneur a confié le dépôt de la foi , le soin de le conserver, et de combattre les erreurs qui peuvent lui donner atteinte. Secondement, on ne dit pas à Pilate : Si vous renvoyez ce Jésus absous, vous serez injuste; vous ferez à la mémoire de votre magistrature une tache immortelle : mais, vous ne serez pas ami de César : Si hune dimittis , non es amicus Cxsaris ( Joan. xix , 12 ) ; on ne le fait pas craindre pour la justice , dont il est peu touché; mais pour sa fortune, qui lui est plus chère que la justice. Rien n'est plus dangereux pour un homme public, que des vues marquées d'ambition et de fortune : dès lors il n'est plus le protecteur des lois , il n'est que le ministre des passions humaines ; et on a bientôt disposé de son autorité et de ses suffrages , dès qu'on a connu sa faiblesse. Troisièmement , Pilate s'informe des Juifs , c'est-

à-dire des ennemis déclarés du Sauveur, quel est donc le crime dont ils l'accusent. Peuple insensé '.tu pouvais répondre qu'il avait éclairé les aveugles, guéri les paralytiques, redressé les boiteux, annoncé le salut aux enfants d'Israël , et passé en faisant du bien. On lui reproche d'avoir voulu soulever le peuple, et entrepris de se faire roi; car un innocent qu'on veut perdre, est toujours ennemi de l'État, parce qu'ici , au défaut du crime , l'accusation suffit. Insensés ! mais où sont les armes et les richesses du Fils de Marie , pour conduire une si hardie entreprise ; de cet homme qui n'apas où reposer sa tête, et qui ne saurait même éteindre un tison fumante (Matth. vm, 20; Is. xLii, 3.)Aussi Pilate ne voit dans ces accusations que des clameurs frivoles et populaires, plutôt que des dépositions sérieuses : mais il veut ménager les intérêts de sa fortune aux dépens d'un innocent, et prononce en lui-même, comme Caïphe , qu'il vaut encore mieux qu'un juste périsse , que si toute la nation , sous sa préfecture , allait se révolter contre César. Qu'on est à plaindre , quand on se trouve en certaines situations , où il faut opter entre sa fortune et sa conscience ! il est rare que, dans ces conjonctures délicates, ou ne saffaiblisse : l'amour de l'équité ne prévaut guère sur l'amour de nous-mêmes : on aime la réputation d'intégrité , mais on ne veut pas qu'elle coûte : on se fait alors des prétextes , comme Pilate , pour se déguiser à soi-même sa propre faiblesse : pourvu qu'on ne soit pas le premier auteur de l'oppression , on ne compte pour rien d'y avoir donné son suffrage : et la justice a des droitsbien faibles sur nous dès qu'elle entre en concurrence avec nous-mêmes.

Quatrièmement , Jésus-Christ est interrogé par ce magistrat infidèle : Étes-vous roi ? lui demandet-il : Rex es tu? Et le Sauveur lui répond que son royaume n'est pas de ce monde. (Joan. xviii, 3G.) Il était cependant descendu des rois de Juda, et légitime héritier du trône de David : mais il voulait instruire les rois et les grands de la terre , et leur apprendre que leur puissance et leur grandeur réelle et véritable n'est pas d'ici-bas; que leur couronne est dans le ciel ; qu'ils n'auront été sur la terre que des rois de théâtre, pendant la scène courte et rapide de leur vie, s'ils ne portent devant son tribunal la justice et la piété, qui seules peuvent les faire régner éternellement ; que tous les titres pompeux qui les distinguent ici -bas des autres hommes , périront avec eux , et qu'alors devant le juge redoutable, où ils paraîtront comme des criminels, dépouillés de tout l'éclat passager qui les environne, on leur demandera, comme Pilate demande aujourd'hui à Jésus-Christ : Rex es tu?

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Êtes-vous roi ? On ne vous demande pas si vous êtes sorti d'un sang illustre ; si vous avez rempli de grandes places sur la terre; si vous avez commandé des armées , ou régné sur des provinces et sur des empires : tout cela n'est plus ; ce n'était qu'une décoration vide et une scène passagère , et ne paraissait grand et brillant qu'à ceux a qui leurs sens faisaient illusion, qui confondaient le temps avec l'éternité, et qui ne jugeaient que sur de vaines apparences. Mais êtes-vous grand à mes yeux et à ceux de mes élus? Rex es tu? que portez-vous ici qui vous distingue des autres hommes? avez-vous régné sur vos passions inj ustes ? vous êtes-vous vaincu vous-même ? avez-vous été élevé au-dessus des autres hommes par l'innocence de vos mœurs , et par la grandeur de votre foi, autant que par l'éminence de votre rang? vos passions toujours portées aux derniers excès, parce que dans votre élévation elles n'avaient jamais eu d'autre frein que vos désirs insensés , ne vous ont-elles pas dégradé à mes yeux au-dessous de la plus vile populace? à quelles marques peut-on ici vous reconnaître, qu'à des distinctions de crime et d'ignominie? Rex es tu? Ah! c'est alors que la plupart des grands confondus, avoueront que leur grandeur et leur royaume n'était que de ce monde; qu'ils n'ont été grands dans le temps , que pour être plus humiliés et plus malheureux dans l'éternité; que tout a péri pour eux avec le monde; et que de tout ce qu'ils étaient, il ne leur reste que le désespoir éternel d'en avoir abusé.

Mais ces grandes instructions surprennent Pilate et ne le changent pas. Le Sauveur venait de lui déclarer qu'il n'y a que ceux qui appartiennent à la vérité, qui entendent sa voix ; que les amateurs de la vanité et du mensonge, ne comprennent rien à sa doctrine; que pour entendre la sainteté et la sublimité de ses maximes , il faut les aimer ; et que l'amour seul delà vérité en donne l'intelligence. Qu'estce que la vérité ? lui repart ce magistrat infidèle : Quid est Veritas? ( Joan. xviii, 38. ) Et n'attendant pas même la réponse de Jésus-Christ, il nous fait comprendre que la connaissance de la vérité est rarement une affaire sérieuse pour la plupart des grands; que les discours qu'ils tiennent là-dessus, sont plutôt des discours oiseux, que des désirs de s'instruire; que s'ils consultent quelquefois, c'est moins pour connaître leurs devoirs , que pour chercher des suffrages à leur passions ; que les vérités désagréables ne viennent jamais jusqu'à eux ; parce que personne ne les aime assez , pour oser leur déplaire; et que par les bienfaits dont ils récompensent ceux qui les trompent, ils méritent d'être trompés.

Tant de sainteté et de grandeur dans les réponses de Jésus-Christ, est pour Pilate un langage nouveau qui le touche et qui le frappe : il déclare au peuple que cet Homme n'est point criminel ; mais il ne délivre pas l'innocent : il se contente de demander qu'on le délivre , ou qu'on le dispense de le condamner : toujours flottant entre le devoir et la fortune; toujours voulant ménager et l'équité et la passion. Mais tous les tempéraments en matière de devoir sont à craindre : vouloir tout concilier, c'est tout perdre : inventer des adoucissements, quand la loi est claire et précise; ce n'est pas sauver la règle, mais nos passions : tout accord entre le mensonge et la vérité, se fait toujours aux dépens de la vérité même ; et l'Évangile surtout est une doctrine qui propose des règles , et non pas des expédients.

Enfin , dernière démarche injuste de Pilate. Effrayé encore des songes de sa femme , il s'avise de renvoyer Jésus-Christ à Hérode , sous prétexte que le Sauveur étant Galiléen, c'était à ce prince à juger de sa cause. Mais s'il le juge innocent, pourquoi le renvoie-t-il à un autre , qui peut-être le condamnera, sans l'informer en même temps de son innocence? Hérode le reçoit au milieu de sa cour; mais ce n'était point là que Jésus-Christ devait s'attendre à trouver des défenseurs et des partisans de sa doctrine. Jésus-Christ se tait : il ne loue pas Hérode; il ne vante pas la magnificence de sa cour, le nombre de ses victoires, la prospérité de son règne ; et il est méprisé. Les grands veulent qu'on les loue : ils regardent comme un mépris, la sincérité qui n'ose leur donner de fausses louanges; et s'ils paraissent quelquefois aimer et protéger la piété , ils n'aiment souvent dans les gens de bien , que les faiblesses de leur vertu; c'est-à-dire, leurs adulations et leur complaisance. Hérode attend de Jésus-Christ des signes et des prodiges; et dans cette attente, il le voit arriver avec joie : ce n'est pas pour s'instruire de sa doctrine, c'est pour amuser son loisir par quelque chose de nouveau : car les princes et les grands se font tout au plus de la religion un spectacle qui les amuse , et non pas une affaire sérieuse qui les occupe. Mais n'en pouvant même tirer une seule parole, il le revêt, comme un insensé, d'une robe blanche; et dans cette posture humiliante, au milieu des dérisions et des insultes de toute une armée, Jésus-Christ est remené chez Pilate. Il sort de la cour d'Hérode sans y faire de prodige , sans y opérer de conversion , sans s'y faire connaître. La cour n'est pas d'ordinaire le lieu des triomphes de Jésus Christ : on y donne un air de dérision à ses maximes : en vain un grand exemple les autorise; le vice

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y garde plus de mesures, mais la véritable vertu n'y trouve pas plus de sectateurs.

Mais retournons avec le Sauveur dans le prétoire; et voyons, en dernier lieu, la malice des hommes consommée dans la barbarie des soldats qui déchirent sa chair adorable. Pilate toujours plus convaincu de l'innocence du Sauveur, puisque Hérode lui-même n'avait trouvé en lui aucun sujet de mort ; mais toujours plus lâche et plus timide, ordonne contre Jésus-Christ la peine honteuse de la flagellation, destinée aux seuls esclaves : il espère par ce supplice satisfaire la haine des Juifs , et conserver en même temps la vie à un innocent. Jésus est donc livré à la fureur des soldats ; et c'est ici , mes frères, oiije veux que votre foi supplée à mon discours : il servirait de peu de vous attendrir sur les souffrances du Sauveur; il vaut bien mieux que vous fassiez de Jésus-Christ souffrant, le modèle de vos mœurs, et le motif de votre pénitence. Des bêtes féroces se jettent sur son corps sacré; on le dépouille : celui qui était revêtu de la lumière comme d'un vêtement, n'est plus ici couvert que de sa confusion; et par la honte profonde de sa nudité, il répare vos scandales et vos indécences , femmes du monde. On décharge sur sa chair pudique une grêle de coups : ce n'est plus qu'une plaie hideuse qui le couvre : la barbarie des bourreaux se lasse sur un corps formé par l'Esprit saint; et la force manque plutôt à ces sacrilèges, que la patience à cet Agneau divin. Quoiqu'il soutienne à peine encore les débris de son corps déchiré, on le détache du poteau infâme; on le revêt d'une robe de pourpre; on met en ses mains, accoutumées à lancer des foudres, un fragile roseau, on enfonce profondément sur son chef sacré une couronne d'épines ; on jette sur son visage un voile ignominieux ; on se prosterne pour lui rendre des hommages de dérision et d'insulte. Ah! dérobons à notre douleur les indignités que la suite de son histoire offre à notre souvenir : détournons les yeux des soufflets sacrilèges dont on le charge; des crachats infâmes dont on couvre ce visage glorieux que les anges ne regardent qu'en tremblant , et que tant de rois et de prophètes avaient souhaité de voir. Père juste! c'est ici où il fallait glorifier votre Fils , comme sur leThabor, et l'environner d'une nuée de gloire, pour le dérober à de si indignes outrages : mais vous ne ne le connaissez plus; et sa confusion elle-même vous glorifie.

Cependant la marque effroyable de royauté , dont on l'a couronné, déchire son chef auguste : le sang de toutes parts ruisselle sur sa face céleste : ces traits divins, qui le rendaient le plus beau des en-

fants des hommes, sont effacés : ces regards pui.ssants et terribles, qui pouvaient convertir il n'y a qu'un moment des disciples infidèles, ou renverser des sacrilèges au Jardin de Oliviers, sont éteints : cette face , qui fera dans le ciel la joie des bienheureux , n'est plus qu'une masse hideuse et sanglante , dont les bourreaux eux-mêmes détournent les yeux avec horreur : et voilà le spectacle qu'un juge barbare produit devant les prêtres et le peuple assemblés autou.r de son palais! Jésus-Christ dans ce déplorable état paraît hors du prétoire : Voilà l'homme, leur dit-il , Ecce homo. (Joân. xix , 5.) Saints rois sortis du sang de David! prophètes inspirés , qui l'annonçâtes à la terre ! est-ce donc là celui que vous souhaitiez si ardemment de voir.? voilà donc l'homme? Ecce homo; voilà donc enfin le Libérateur promis à vos pères depuis tant de siècles? voilà le grand Prophète que la Judée devait donner à la terre? voilà le Désiré de toutes les nations, l'attente de tout l'univers, la vérité de vos figures, l'accomplissement de votre culte, l'espérance de tous vos justes, la consolation de la Synagogue, la gloire d'Israël , la lumière et le salut de tous les peuples! Ecco homo, voilà l'homme! le reconnaissezvous à ces marques honteuses.

Mais laissons ces furieux demander encore comme une grâce, que son sang soit sur eux et sur leurs enfants : laissons-les accomplir, en rejetant le Libérateur, tout ce qui avait été prédit; et justifier son ministère , en refusant de croire en lui : souffrez que je l'expose ici à d'autres spectateurs; c'est à vous-mêmes, mesfrères : Ecce homo, voilàl'homme ; voilà votre consolation , si vous êtes du nombre de ses disciples. Dans les afflictions dont Dieu vous frappe, oseriez-vous murmurer? Jetez les yeux sur Jésus-Christ si honteusement frappé etmeuilripour vous : voilà l'homme , Ecce homo. Si l'injustice vous a dépouillé de vos biens, et dégradé de vos honneurs et de vos titres; voyez le successeur de tant de rois dépouillé de toutes les marques de sa grandeur, dégradé jusqu'au-dessous des plus vils esclaves; et ne conservant de tous ces titres glorieux et immortels, que celui d'homme qu'on lui donne encore , et dont les plaies et le sang qui le couvrent, lui ont fait presque perdre la figure : qu'avez-vous à dire? voilà l'homme, Ecce homo. Si la calomnie vous noircitécoutez les impostures dont on les charge : oseriezvous encore vous plaindre? voilà l'homme, Ecce homo. Si les devoirs de la vie chrétienne lassent quelquefois votre faiblesse; si vous vous dites en secret que la vertu n'est pas si austère que nous le publions , voilà votre réponse : voyez si vous avez résisté jusqu'au sang; étudiez dans cette image la me-

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sure de vos devoirs : c'est un homme comme vous qu'on vous propose, et qui n'est homme que pour vous : Eccehomo, voilà l'homme. Mais voilà votre ouvrage et la consommation de votre iniquité et de votre ingratitude, si vous êtes pécheur : voilà l'acte barbare que vous renouvelez toutes les fois que vous consentez au crime; voilà le corps que vous déshonorez, quand vous souillez le vôtre; voilà le chef auguste que vous couronnez d'épines, quand les images de la volupté, retracées avec complaisance, tiûnt sur votre esprit des impressions dangereuses ; voilà les dérisions que vous réitérez, quand vous donnez du ridicule à la piété des justes : voilà la chair sacrée que vous percez , quand vous déchirez la réputation de vos frères; en un mot, voilà votre condamnationet votreouvrage : voilà l'homme, Ecce homo. Ce spectacle peut-il vous laisser insensible? faut-il qu'il monte encore sur le Calvaire ? voulezvous mêler vos voix à celles des perfides Juifs, et demander encore qu'on le crucifie.? Vous croyez , dit saint Augustin, que la malice de ceux qui vont l'attacher à la croix est aujourd'hui consommée? vous vous trompez , c'est la vôtre , si vous anéantissez le fruit de sa croix par vos infidélités, si vous méprisez dans sa gloire , celui que les Juifs n'ont méprisé que dans sa bassesse; si vous crucifiez de nouveau , après sa résurrection, celui qui était ressuscité pour ne plus mourir : Videtur consummata nequitia hominu}7i, qui crucifixerunt Filium Dei; sed eorum major est, qui oderunt prxcepta veritatispro quitus crucijixus est Filius Dei. ( S. AuG. enarr. in

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