‹ ŒuvresChapitre 190 sur 264 · L'INCARNATION · texte numérisé non relu

L'INCARNATION

iieur et d'hommage : mais ee n'est qu'un titre , ce n'est pas une vertu : c'est un engagement à la gloire ; ce n'est pas elle qui la donne : c'est une leçon domestique et un motif honorable de grandeur; mais ce n'est pas ce qui nous fait grands : c'est une succession d'honneur et de mérite; mais elle manque, et s'éteint en nous dès que nous héritons du nom sans hériter des vertus qui l'ont rendu illustre. Nous commençons, pour ainsi dire, une nouvelle race; nous devenons des hommes nouveaux ; la noblesse n'est plus que pour notre nom, et ia roture pour notre personne.

Mais si, devant le monde même, la naissance sans la vertu n'est plus qu'un vain titre qui nous reproche sans cesse notre oisiveté et notre bassesse, qu'est-elle devant Dieu, qui ne voit de grand et de réel en nous que les dons de sa grâce et de son esprit qu'il y a mis lui-même.?

C'est donc notre naissance selon la foi qui fait le plus glorieux de tous nos titres. Nous ne sommes grands , que parce que nous sommes , comme Jésus-Christ, enfants de Dieu , et que nous soutenons la noblesse et l'excellence d'une si haute origine. C'est elle qui élève le chrétien au-dessus des rois et des princes de la terre ; c'est par elle que nous entrons aujourd'hui dans tous les droits de Jésus- Christ , que tout est à nous , que tout l'univers n'est que pour nous , que les patriarches et tous les élus des siècles passés sont nos ancêtres ; que nous devenons héritiers d'un royaume éternel , que nous jugerons les anges et les hommes, et que nous verrons un jour à nos pieds toutes les nations et les puissances du siècle.

Telle est. Sire, la prérogative des enfants de Dieu. Aussi nos rois ont mis le titre de chrétien à la tête de tous les titres qui entourent et ennoblissent leur couronne; et le plus saint de vos prédécesseurs n'allait pas chercher la source et l'origine de sa grandeur dans le nombre des villes et des provinces soumises à son empire, mais dans le lieu seul oiî il avait été mis par le baptême au nombre des enfants de Dieu.

Mais, Sire, ce n'est pas assez, dit saint Jean, d'en porter le nom, il faut l'être en effet : Ut jilii Dei nominemur etsimus. (Joan. Ep. 1, m, t.) Si les enfants des fois , dégénérant de leur auguste naissance, n'avaient que des inclinations basses et vulgaires; s'ils se proposaient la fortune d'un vil artisan comme l'objet le plus digne de leur cœur, et seul capable de remplir leurs grandes destinées; si, perdant de vue le trône où ils doivent un jour être élevés, ils ne connaissaient rien de plus grand que (Je ramper dant la boue, et d'être confondus par

leurs sentiments et leurs occupations avec la plus vile populace ; quel opprobre pour leur nom , et pour la nation qui attendrait de tels maîtres!

Tels, et encore plus coupables. Sire, sont les enfants de Dieu quand ils se dégradent jusqu'à vivre comme les enfants du siècle. La grâce de votre baptême vous a élevé encore plus haut que la gloire de votre naissance, quoiqu'elle soit la plus auguste de l'univers. Par celle-ci vous n'êtes qu'un roi temporel ; l'autre vous rend héritier d'un royaume éternel. La première ne vous fait que l'enfant des rois ; par l'autre vous êtes devenu l'enfant de Dieu. Tous les jours nous voyons croître et se développer dans votre majesté des sentiments et des inclinations dignes de la naissance que vous avez eue des rois vos ancêtres: mais ce ne serait rien, si vous n'en montriez encore qui répondissent à la grandeur de la naissance que vous tenez de Dieu, lequel vous a mis par le baptême au nombre de ses enfants.

Or, par tout ce qu'exige une naissance royale , jugez. Sire, de ce que doit exiger une naissance toute divine. Si les enfants des rois doivent être audessus des autres hommes; si la moindre bassesse les déshonore; si le plus léger défaut de courage est une tache qui flétrit tout l'éclat de leur naissance ; si on leur fait un crime d'une simple inégalité d'humeur; s'il faut qu'ils soient plus vaillants, plus sages, plus circonspects, plus doux, plus affables, plus humains , plus grands que le reste des hommes ; si le monde exige tant des enfants de la terre : qu'est-ce que Dieu ne doit pas demander des enfants du ciel! quelle innocence, quelle pureté de désirs, quelle élévation de sentiments , quelle supériorité au-dessus des sens et des passions, quel mépris pour tout ce qui n'est pas éternel ! qu'il faut être grand pour soutenir l'éininence d'une si haute origine! Premier caractère de la grandeur de Jésus-Christ, une grandeur de sainteté : Hic erit magnus, et films Altissimi vocabitur.

Page 1