PREMIÈRE PARTIE
Sire , il y a longtemps que les hommes, toujours vains, font leur idole de la gloire : ils la perdent la plupart en la cherchant, et croient l'avoir trouvée quand on donne à leur vanité les louanges qui ne sont dues qu'à la vertu.
Il n'est point de prince ni de grand, malgré la bassesse et le dérèglement de ses mœurs et de ses penchants , à qui de vaines adulations ne promettent la gloire et l'immortalité, et qui ne compte sur les suffrages de la postérité , où son nom même ne passera peut-être pas , et où du moins il ne sera connu que par ses vices. Il est vrai que le monde, qui avait élevé ces idoles de boue, les renverse lui-même le lendemain , et qu'il se venge à loisir dans les âges suivants, par la liberté de ses censures , de la contrainte et de l'injustice de ses éloges.
Il n'attend pas même si tard : les applaudissements publics qu'on donne à la plupart des grands pendant leur vie sont presque toujours à l'instant démentis par les jugements et les discours secrets. Leurs louanges ne font que réveiller l'idée de leurs défauts; et à peine sorties de la bouche même de