‹ ŒuvresChapitre 223 sur 264 · FUNEBRE · texte numérisé non relu

FUNEBRE

talent jetés dans les voies glissantes et ténébreuses de la rébellion et de l'injustice.

Également attentif à régler les différends du peuple et des principaux d'Israël , c'est un trait de feu vif et perçant , qui va jusque dans le cœur faire en un instant le discernement délicat de la passion et de l'équité.

Enfin se répandant lui-même tout entier sur les besoins publics; usant, pour le salut et la sûreté de Juda, jusques aux restes mourants d'une vie infirme et défaillante , c'est un doux parfum , qui pendant les jours de l'été exhale au loin son odeur bienfaisante , s'évapore et s'éteint à force de se communiquer.

De là, l'auteur sacré rappelant des spectacles plus saints et plus augustes , le représente au milieu des enfants d'Aaron appliqué aux fonctions redoutables du sacerdoce, présentant au Seigneur une oblation pure devant toute l'assemblée d'Israël, étendant sa main pour offrir le sang de la vigne, soutenant la maison du Seigneur, et affermissant les fondements du temple ; en un mot , ayant soin de son peuple, le délivrant de la perdition, et faisant couler sur lui par des canaux purs et fidèles , les grâces des sacrements, et les eaux sacrées de la doctrine.

Quand vous dictiez à cet homme inspiré des expressions si divines; oserai-je le demander ici. Esprit saint, quelles furent vos vues ?*Prétendîtes-vous raconter ou prédire? Consoliez-vous la synagogue sur la mort de ce fameux pontife; ou promettiezvous à l'Église la vie de messire Camille de Neuville de Villeroy, archevêque et comte de Lyon, commandeur des ordres du roi , dont nous venons aujourd'hui pleurer la perte ?

\\x\ effet, messieurs, avait-on jamais vu dans le même homme , tant d'attachement aux intérêts du prince , et tant d'attention à l'utilitédes particuliers ; tant d'application aux besoins de l'État, et tant de vigilance sur le détail des familles ; tant d'égardpour la noblesse , et tant de bonté pour le peuple ; tant de respect pour les droits de la royauté , et tant de zèle pour ceux du sacerdoce; tant de part aux sollicitudes du siècle , et tant de goiU pour les choses du ciel ; tant de grandeur, avec tant de modération; tant de périls , avec tant d'innocence ?

Vous le savez, illustres citoyens de ceite ville affligée; et le magnifique appareil de cette triste cérémonie , où il semble que l'excès de votre douleur ne trouve plus d'adoucissement que dans un excès de reconnaissance, fait assez connaître que vous croyez devoir à la conduite et à la piété de ce grand homme, les richesses de la terre et celles du ciel , puisque vous les jetez avec tant de profusion sur

DE M. DE VILLEROY

le pompeux tombeau que vous lui avez élevé dans ce temple.

Ah ! que ne pouvez-vous donc parler ici à ma place, vous qui, chargés des affaires publiques, trouviez dans une seule de ses réponses ces expédients heureux, qui ne sont d'ordinaire le fruit que des longues réflexions et des cruelles perplexités! vous qui , l'établissant arbitre de vos différends particuliers , l'entendiez avec confiance décider sur les intérêts de votre honneur ou de votre fortune : toujours contents de ses arrêts, lors même que vous étiez mécontents de votre sort ! vous qui, malheureux sans avoir la triste consolation d'oser vous plaindre, alliez verser dans son sein votre honte et votre misère; et le trouvant toujours également discret et charitable, en sortiez rassurés sur votre honneur, et soulagés de votre indigence! vous enfin, ministres du Seigneur, zélés confidents de son amour pour l'Église , qui assemblés autour de lui , comme les esprits célestes autour du trône de l'Ancien des jours (Hebr. i, 14), en étiez si souvent envoyés pour aller exercer votre ministère en faveur de ceux qui doivent être les héritiers du salut ; que nepouvez-vous parler ici à maplace ! Mais ce lugubre silence , cette profonde consternation , cet air de tristesse et d'étonnement répandus sur vos visages, n'en disent-ils pas assez? faut-il donc que j'en sois on ce jour le triste interprète , et que je vienne justifier par un éloge public , une douleur et des larmes publiques?

Souffrez plutôt que je prenne dans une cérémonie de mort de quoi confondre toutes les illusions de la vie, et que je vous redise, avec cette noble simplicité qui sied si bien aux vérités du salut : Au reste, mes frères, ce que Fhomme aura semé il le recueillera (Gal. vi , 8) ; tisez de ce rnonde comme n'en usant pas; c'est une figure guipasse (1 Cob. VII, 31); c'est une maison bâtie sur le sable mouvant, qui sera demain le jouet des vent^ et de l'orage. (Matth. vii,26, 27.)

Je sais quelle est toujours dans ces touchantes cérémonies la prescription de la vanité contre la piété chrétienne : je sais que loin de laisser périr la mémoire de l'uripie , comme un son qui se dissipe dans les airs, on lui rend les mêmes honneurs qu'à celle du juste : je sais qu'une bouche sacrée, qui ne doit plus s'ouvrir que pour annoncer avec le Prophète les merveilles du Seigneur, y vient souvent raconter les ouvrages de l'homme : je sais que du plus humiliant objet que nous propose la foi , on en fait un spectacle de faste et de vaine gloire; qu'on vient recueillir même sur de viles cendres, des esprits d« grandeur et d'élévation ; qu'on mêle à la

pensée du tombeau , à qui la grâce doit tant de conquêtes, le souvenir de mille événements profanes, qui peut-être ont valu à l'enfer un riche butin; et que le démon semble enfin avoir trouvé le secret de triompher, comme Jésus-Christ, de la mort même : je le sais. i\Iais je sais aussi , Seigneur, que vous perdrez les lèvres trompeuses, et la langue qui parle avec orgueil (Ps. xi , 4) ; je sais ce que je dois à la parole évangélique que j'annonce, à la majesté du temple où réside la gloire du Dieu très-haut ; à la sainte horreur du sanctuaire , où le pontife éternel est toujours vivant, afin d'intercéder pour nous; à l'appareil du sacrifice terrible que je suspens; à la présence du pontife sacré qui va vous l'offrir, et dont je dois respecter le recueillement; a. la piété des fidèles qui ni'écoutent; et surtout à la mémoire du grand prélat à qui je viens rendre ce devoir de religion. Je le sais; et vous ne permettrez pas. Seigneur, que je trahisse lâchement là-dessus les plus vives lumières de votre grâce.

Donnons donc à une cérémonie si chrétienne, un air et un tour de chrétien : ne louons ni des vices glorieux, ni des vertus que la foi met au nombre des vices : laissons lacet art profane, qui selon les besoins, éloigne, approche , saisit avec affection, ou laisse échapper avec adresse des faits douteux et délicats : en un mot, sanctifions dans cet éloge funèbre les qualités que le siècle admire, par celles que la religion doit louer. Mêlons saintement le monde avec Jésus-Christ , et découvrons dans notre illustre archevêque de grands talents et de grandes vertus : considérons-le comme un grand homme né pour le bien de l'État, et comme un grand évêque établi pour l'utilité de l'Église. Il sut ménager les intérêts du prince et les intérêts du peuple; c'est l'usage qu'il fit de ses talents : il sut veiller sur luimême en se rendant utile à l'Église; c'est à quoi se réduisirent ses vertus. C'est-à-dire, il fut un pontife illustre qui a su augmenter le bonheur et la puissance de la ville , qui s'est acquis de la gloire au milieu de sa nation, et qui a été honoré par les fonctions de son ministère, dans la maison du Seigneur et dans l'enceinte du temple. C'est tout ce que je me propose dans cet éloge.

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