‹ ŒuvresChapitre 239 sur 264 · ECCLES · texte numérisé non relu

ECCLES

Dieu seul est grand , mes frères , et dans ces derniers moments surtout, où il préside à la mort des rois de la terre : plus leur gloire et leur puissance

DE LOUIS LE GRAND

out éclaté, plus , en s'évanouissant alors, elles rendent hommage à sa grandeur suprême : Dieu paraît tout ce qu'il est ; et l'homme n'est plus rien de tout ce qu'il croyait être.

Heureux le prince dont le cœur ne s'est point élevé au milieu de ses prospérités et de sa gloire; qui , semblable à Salomon , n'a pas attendu que toute sa grandeur expirât avec lui au lit de la mort, pour avouer qu'elle n'était que vanité et affliction d'esprit; et qui s'est humilié sous la main de Dieu, dans le temps même que l'adulation semblait le mettre au-dessus de l'homme !

Oui, mes frères, la grandeur et les victoires du roi que nous pleurons , ont été autrefois assez publiées : la magnificence des éloges a égalé celle des événements : les honmies ont tout dit , il y a longtemps, en parlant de sa gloire. Que nous reste-t-il ici , que d'en parler pour notre instruction ?

Ce roi , la terreur de ses voisins , l'étonnement de l'univers, le père des rois; plus grand que tous ses ancêtres, plus magnifique que Salomon dans toute sa gloire, a reconnu comme lui que tout était vanité. Le monde a été ébloui de l'éclat qui l'environnait : ses ennemis ont envié sa puissance : les étrangers sont venus des îles les plus éloignées baisser les yeux devant la gloire de sa majesté : ses sujets lui ont presque dressé des autels , et le prestige qui se formait autour de lui , n'a pu le séduire luimême.

Vous l'aviez rempli, ô mon Dieu! de la crainte de votre nom : vous l'aviez écrit sur le livre éternel, dans la succession des saints rois qui devaient gouverner vos peuples : vous l'aviez revêtu de grandeur et de magnificence. Mais ce n'était pas assez ; il fallait encore qu'il fût marqué du caractère propre de vos élus : vous avez récompensé sa foi par des tribulations et par des disgrâces. L'usage chrétien des prospérités peut nous donner droit au royaume des cieux, mais il n'y a que l'affliction et la violence qui nous l'assurent.

Voyons-nous des mêmes yeux, mes frères, la vicissitude des choses humaines. !* Sans remonter aux siècles de nos pères, quelles leçons Dieu n'a-t-il pas données au nôtre? Nous avons vu toute la race royale presque éteinte : les princes , l'espérance et l'appui du trône, moissonnés à la fleur de leur âge : l'époux et l'épouse auguste, au milieu de leurs plus beaux jours, enfermés dans le même cercueil, et les cendres de l'enfant suivre tristement et augmenter l'appareil lugubre de leurs funérailles : le roi , qui avait passé d'une minorité orageuse, au règne le plus glorieux dont il soit parlé dans nos histoires, retomber de cette gloire dans des malheurs

presque wperieurs a ses anciennes prospérités; se relever encore plus grand de toutes ces pertes ; et survivre à tant d'événements divers pour rendre gloire à Dieu , et s'affermir dans la foi des biens immuables.

Ces grands objets passent devant nos yeux comme des scènes fabuleuses : le cœur se prête pour un moment au spectacle; l'attendrissement finit avec la représentation : et il semble que Dieu n'opère ici-bas tant de révolutions, que pour se jouer dans l'univers, et nous amuser plutôt que nous instruire.

Ajoutons donc les paroles de la foi à cette triste cérémonie, qui sans cela nous prêcherait en vain : racontons, non les merveilles d'un règne que les hommes ont déjà tant exalté, mais les rtierveilles de Dieu sur le roi qui nous est ôté. Rappelons ici sesvertus plutôt que ses victoires : montrons-le plus grand encore au lit de la mort, qu'il ne l'était autrefois sur son trône, dans les jours de sa gloire. Ps'ôtons les louanges à la vanité que pour les rendre à la grâce. Et quoiqu'il ait été grand; et par l'éclat inouï de son règne, et par les sentiments héroïques de sa piété, deux réflexions sur lesquelles va rouler ce devoir de religion que nous rendons à la mémoire de très-haut, très-puissant et très-excellent prince Louis XIV du nom, roi de France et de Navarre : ne parlons de la gloire et de la grandeur de son règne , que pour en montrer les écueils et le néant qu'il a connu; et de sa piété, que pour en proposer et immortaliser les exemples.

Page 1