‹ ŒuvresChapitre 251 sur 264 · LE JOUR DE LA CIRCONCISION · texte numérisé non relu

LE JOUR DE LA CIRCONCISION

SUR LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CIIRIST

Division. L'éclat et l'esprit du ministère de Jésus-Christ prouvent également la gloire de sa divinité. Si Jésus-Christ n'était qu'un pur homme : I. L'éclat de son ministère serait pour nous une occasion inévitable d'idolâtrie, et Dieu même serait coupable del'erreur de ceux qui l'adorent. II. L'esprit de son ministère deviendrait le piège funeste de notre innocence.

V Partie. Le premier caractère éclatant du ministère de Jésus-Christ , c'est d'avoir été prédit et promis aux hommes depuis la naissance du monde. A peine Adam est' il tombé , qu'on lui montre de loin le Réparateur. Dans les siècles suivants. Dieu ne parait, ce semble, occupé qu'à préparer les hommes à son arrivée. Les circonstances dans lesquelles Jésus-Christ a été prédit sont encore plus merveilleuses que les prédictions mêmes. Ea effet , il est prédit par tout un peuple , annoncé pendant quatre mille ans par une longue suite de prophètes, figuré par toutes les cérémonies de la loi, attendu par tous les justes, montré de loin dans tous les âges : ce n'est pas pour un événement particulier; c'est pour être la ressource du monde condamné, le législateur des peuples, la lumière des nations, le salut d'Israël. Quel piège pour la religion de tous les siècles, si des préparatifs si magnifiques n'annoncent qu'une simple créature, et dans des temps surtout où la crédulité des peuples mettait si facilement au rang des dieux les hommes extraordinaires !

D'ailleurs , au lieu que Jean-Baptiste, pour empêcher que le seul oracle qui l'avait prédit ne devînt une occasion d'j

ANALYSES DES SERMONS

dolatrie à sa nation, ne lait point de miracles, ne cesse de dire : Je ne suis pas celui que vous attendez ; et n'est attentif, ce semble, qu'à prévenir des honneurs superstitieux : Jésus-CIirist , au contraire , que quatre mille ans de figures et de prophéties avaient annoncé avec tant de magnificence à la terre , vient en grande vertu et puissance ; il fait des œuvres et des merveilles que personne avant lui n'avait faites'; et loin de prévenir la superstition des peuples à son égard , il se dit égal à Dieu même , et soutire qu'on lui rende des honneurs divins. Si c'était là un culte idolâtre, les hommes en seraient-ils responsables !

Déplus, tous les justes de la loi, et de l'âge des patriarches, tous ces hommes si vénérables et si miraculeux, n'étaient pourtant que les ébauches du Messie à venir ; chacun d'eux ne représentait que quelque trait singulier de sa vie et de son ministère : mais ôtez à Jésus-Christ sa divinité et son éternelle origine , la vérité n'a plus rien au-dessus de la ligure , au moins au jugement des sens.

2° A l'éclat des prophéties qui ont annoncé Jésus-Christ , il faut ajouter celui de ses œuvres et de ses prodiges : second caractère éclatant de son ministère. Parut-il jamais un homme plus merveilleux, plus divin dans ses œuvres et dans ses prodiges ?

Je dis dans ses œ.uvres et dans ses prodiges. Je sais que dans les siècles qui l'avaient précédé, il avait paru sur la terre des hommes extraordinaires que le Seigneur semblait rendre dépositaires de sa vertu et de sa toute-puissance : mais quand on y regarde de près, dans leur puissance même, tous ces hommes miraculeux portaient toujours des caractères de dépendance et de faiblesse : Jésus-Christ, au contraire, opère les plus grands prodiges avec une facilité toute-puissante, et une souveraine indépendance.

3° Enfin , le dernier caractère éclatant de son ministère ce sont les circonstances merveilleuses et jusque-là inouïes qui composent tout le cours de sa vie mortelle. Conçu pail'opération du Très-Haut , il naît d'une Vierge pure. A peine est-il né, que des légions célestes font retentir dans les airs des cantiques d'allégresse , et nous apprennent que cette naissance rend à Dieu sa gloire , et la paix aux hommes. Peu après un astre nouveau conduit à son berceau des sages du fond de l'Orient. Un juste et une sainte femme annoncentsa giandeur future. Les docteurs assemblés voientavec étonnement son enfance plus sage et plus éclairée que la sagesse des vieillards. A mesure qu'il avance , sa gloire se développe ; Jean-Baptiste s'abaisse devant lui ; le ciel s'ouvre sur sa tête ; le-s démons effrayés ne peuvent soutenir sa présence ; le Père céleste déclare qu'il est son Fils bienaimé, et le propose comme la loi vivante et éternelle en commandant de l'écouter. Si du Thabor nous passons sur le Calvaire , ce lieu où devaient se consommer tous les opprobres du Fils de l'Homme ne laisse pas d'être encore le théâtre de sa gloire ; toute la nature en désor-dre l'y reconnaît comme son Auteur, et confesse sa divinité. Il ressuscite trois jours après , non par une vertu étrangère , ni pour mourirdenouveau comme tantd'autres, mais par sa propre puissance et pour jouir désormais d'une vie immortelle. Enfin il monte au ciel. Ce n'est pas un char de feu qui le hansporte en un clin d'œil ; il s'élève lui-même avec ma-

jesté ; les anges viennent au-devant de lui , et le promettent encore une fois à la terre environné de gloire et d'immortalité. Qui ne reconnaîtrait à ces traits le Dieu du ciel , qui , après avoir conversé avec les hommes pour les tirer de leur égarement et de leur misère ; va reprendre possession de sa gloire.' Voilà comme l'éclat du ministère de Jésus-Chri.st serait pour nous une occasion inévitable d'idolâtrie ; s'il n'était qu'une simple ciéalure.

ir Partie. L'esprit deson ministère deviendrait aussi le piège de notre innocence. Or l'esprit de son ministère renferme sa doctrine, ses bienfaits et ses promesses.

1° Sa doctrine. Ou ne peut nier que Jésus-Christ n'ait été un homme saint : car quel homme jusque-là avait jamais paru sur la terre , dans lequel on ait remarqué tant de caractères d'innocence et de sainteté.' je veux dire, tant de mépris et d'indifléreuce pour le monde , tant d'amour pour la vertu , tant de zèle pour la gloire de Dieu, tant d'ardeur pour le salut des hommes ; ajoutez à cela l'exemption totale de toutes les faiblesses les plus inséparables de l'humanité. Or si Jésus-Christ est saint , il est Dieu ; soit que vous considériez la doctrine qu'il nous a enseignée , ou par rapport à son Père, ou par rapport aux hommes : car s'il n'était pas Dieu, elle ne serait qu'un amas, ou d'équivoques malignes, ou de blasphèmes enveloppés.

Considérez sa doctrine par rapport à son Père : si Jésus-Christ n'est qu'un simple envoyé de Dieu, il ne vient donc que pour manifester aux nations idolâtres l'unité de l'essence divine. Mais, premièrement, il est envoyé principalement aux Juifs : ainsi sa mission était inutile; car les Juifs n'étaient plus tentés de retomber dans l'idolâtrie. Secondement , il s'y prend mal pour remplir son ministère. Au lieu que Moïse et les prophètes , chargés de la môme mission, ne cessent de publier que le Seigneur est un , sans jamais faire aucune comparaison d'eux à l'Être suprême ; Jésus-Christ ne cesse de se dire égal à son Père : il dit qu'il est descendu du ciel et sorti du sein de Dieu; qu'il était avant toutes choses; que le Père et lui ne sont qu'un; partout il se compare au Dieu souverain. Les Juifs murmurent et se scandalisent de ces expressions. Loin de les détromper nettement, il les confirme dans le scandale , affectant un langage qui devient ou insensé ou impie , si son égalité avec son Père ne l'éclaircit et ne le justifie; il souffre même qu'on lui rende les honneurs divins. 11 n'est donc venu sur la terre, s'il est un pur homme, que pour scandaliser les Juifs , en leur donnant lieu de croire qu'il se compare au Très-Haut; séduire les nations , en se faisant adorer après sa moit ; et répandre de nouvelles ténèbres dans l'univers. Tous ces grands avantages que le monde devait retirer du ministère de Jésus-Christ., aboutissent donc à le voir plongé dans une nouvelle ido- Jâtrie ; et toute la magnificence future de l'Évangile , tant prédite par les prophètes , devait donc se borner à former la secte affreuse de l'impie Socin'. Mais puisque Jésus- Cluist est saint , concluons que ne pouvant être un blas-

' Secte qui ne renferme qu'un petit nombre d'hommes odieux au ciel et à la terre; la honte de la nature et de la reUgion : obligés de cacher dans les ténèbres l'horreur de leurs blasphèmes.

ANALYSES DES SERMOiNS.

phéiaaleur et un impie, la manière dont il parle de son Père , cette égalité qu'il affecte en toute occasion avec son Père, établit la gloire de son éternelle origine. On peut encore remarquer ici , que lorsque les prophètes parlent du Dieu du ciel et de la terre , pleins de l'immensité de la toute-puissance et de la majesté de l'Être suprême , ils épuisent la faiblesse du langage luimain , pour répondre à la sublimité de ces images : mais lorsque Jésus-Christ parle de la gloire du Seigneur, ce ne sont plus des expressions pompeuses des prophètes ; on voit que c'est un enfant qui parle un langage domestique; et qui n'est point fiappé et ébloui , comme nous , de la majesté et de la gloire du Père.

Considérons maintenant la doctrine de Jésus-Christ par rapport aux hommes ; elle n'établit pas moins la vérité de sa naissance divine. Premièrement, quelle sagesse ! quelle sainteté ! quelle sublimité dans cette doctrine ! tout y est digne de la raison et de la plus saine philosophie : tout y est proportiomié à la misère et h l'excellence de l'homme. Secondement, remarquez les devoirs d'amour et de dépendance que sa doctrine exige des hommes envers luimême. II nous ordonne de l'aimer, de chercher en lui notre bonheur, de lui rapporter et nous-mêmes et toutes nos actions , comme il nous ordonne toutes ces mêmes choses envers son Père : donc s'il n'est pas Dieu, sa doctrine si divine, si admirée des païens, n'est plus qu'un mélange monstrueux d'impiété , d'orgueil et de folie , puisque n'étant qu'un pur homme , il veut usurper la place de Dieu même dans nos cœurs. Bien plus , au lieu que le Dieu véritable avait paru se contenter des sacrifices de boucs et de taureaux; pour lui il veut que nous lui sacrifiions jusqu'à notre vie , que nous courions sur les gibets , que nous nous offrions à la mort et au martyre pour la gloire de son nom. Mais s'il n'est pas l'auteur de notre vie , quel droit a-t-il de l'exiger de nous.' sa religion n'est donc qu'une religion de sang et de barbarie ? les confesseurs généreux de la foi n'ont donc été que des désespérés et des fanatiques? et les tyrans et les persécuteurs, les défenseurs de la justice et de la gloire de la Divinité? L'oreille de l'homme peutelle entendre ces blasphèmes sans horreur?

2" Considérez l'esprit du ministère de Jésus-Chiist dans les grâces et les bienfaits que l'univers a reçus de lui : il déclare qu'il est venu délivrer tous les hommes de la mort éternelle; d'ennemis de Dieu qu'ils étaient, les rendre ses enfants, leur ouvrir le ciel , et leur en assurer la possession. 11 leur a apporté la science du salut et la doctrine de la vérité. Il nous nourrit de son corps , il nous lave de nos souillures en nous appliquant le prix de son sang : eu un mot , il nous assure qu'il est notre voie , notre vérité , notre vie , notre justice, notre rédemption, notre lumière. Mais un pur liomme peut-il être la somce de tant de grâces aux autres lionunes? ou n'est-il pas à craindre que devenu si utile et si nécessaire au genre humain , il n'en devienne enfin l'Idole ? Car c'est la recomiaissance toute seule qui autrefois a fait les faux dieux : tel est le caractère de l'homme; son culte n'est que son amour et sa reconnaissance.

3° Outre les bienfaits dont Jésus-Christ nous a comblés , considérez les promesses dont il les accompagne ; il promet encore plus qu'il n'a donné. Premièrement, il promet aux

hommes l'esprit consolateur, qu'il appelle l'esprit de son Père , esprit de vérité , de force , d'intelligence , de sagesse , de charité, etc. Mais quel droit a Jésus-Christ sur l'esprit (le Dieu , pour en disposer à son gré, si ce n'est pas son esprit propre? Cependant les promesses de Jésus-Christ se sont accomplies ; à peine est-il monté au ciel , que l'esprit de Dieu se répand sur tous ses disciples. Secondement , Jésus-Christ promet à ses disciples les clefs du ciel et de l'enfer, et le pouvoir de remettre les péchés. Troisièmement, il leur promet outre cela le don des miracles : s'il n'est pas Dieu , la folie et la témérité ont-elles jamais rien imaginé de semblable? Quatrièmement, il leur promet la conversion de l'univers , le triomphe de la croix , la docilité de tous les peuples de la terre , des philosophes , des césars , des tyrans ; que son Évangile sera reçu du monde entier. Mais k moins qu'il tienne le cœur de tous les hommes entre ses mains, peut-il répondre d'un changement dont jusque-là le monde n'avait point eu d'exemple ? On dira peut-être que Dieu révélait à son serviteur les choses futures : mais si Jésus-Christ n'est pas Dieu , il n'est pas même prophète ; puisqu'il ne prévoit pas que les hommes vont retomber en l'adorant , dans des ténèbres mille fois plus criminelles que celles dont il prétend les délivrer ; et qu'au lieu de former au Père des adorateurs en esprit et en vérité , il n'aura formé qu'un nouveau peuple d'idolâtres de toute nation.

Voilà donc où mène l'incréduh té. Renversez le fondement, qui est le Seigneur Jésus , Fils éternel du Dieu vivant; retranchez de la doctrine des clirétiens, Jésus-Christ Homme- Dieu; vous en retranchez tout le mérite de la foi, toute la consolation de l'espérance , tous les motifs de la charité : toute la religion chrétienne n'est que fausseté et qu'imposture. Aussi quel zèle les premiers disciples de l'Évangile ne firent-ils pas paraître contre ces hommes impies, qui dès lors osèrent attaquer la gloire de îa divinité de leur maître? Les païens reprochaient alors aux chiétiens de rendre des honneurs divins à Jésus-Christ : s'en justifientils comme d'une calomnie? répondent-ils qu'ils n'adorent pas Jésus-Christ? point du tout. Les analogistes de la religion réfutent toutes les autres calomnies dont on veut la noircir : mais sur l'accusation d'adorer Jésus-Christ , bien loin de s'en défendre, ils l'autorisent par leur langage et par leurs actions. Si c'est donc une erreur de croire Jésus- Christ égal à Dieu, c'est une erreur qui est née avec l'Église , qui en a élevé tout l'édifice , qui a formé tant de martyrs, et converti tout l'univers.

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