DE LA. FAUSSE CONFIANCE
Division. /. Point de disposition plus insensée que celle du pécheur qui présume, sans travailler à se corriger, ou la folie de la fausse confiance. IL Point de disposition plus injurieuse à Dieu, ou l'attentat de la fausse confiance.
Y' Partie. La folie de la fausse confiance. Tout pécheur est dans l'incertitude de son salut, non dans cette incertitude commune à tous les fidèles , mais dans une incertitude bien plus affreuse, puisqu'elle ne suppose pas un état douteux de justice dans le pécheur, mais qu'elle est fondée sur un état certam de péché , et sur un repentir dont personne ne peut lui répondre. Orjedisque présumer dans cet état , sans travailler à se corriger, c'est le comble de la folie. Car le pécheur ne saurait nier qu'il ne soit douteux du moinss'il se relèvera , ou s'il demeurera jusqucs à la fin j dans son péché : et il ne doit pas se rassurer sur ce qu'il est plein de bons désirs; car qui ne sait que les plus grands pécheurs sont ceux qui désirent quelquefois le plus leur conversion ? Quand donc le doute ne serait ici qu'égal , est il
ANALYSES DES SERMONS
raisonnable d'élie tranquille? mais le pécheur n'en est pas Ih ; il s'en faut bien que les choses ne soient égales. Dans ce doute afîreux que le pécheur peut se former , mourrai-je dans mon péché, n'y mourrai-je point? le premier parti est infiniment plus certain ; car, premièrement , vos propres forces ne suffisent pas pour recouvrer la sainteté que vous ; avez perdue ; il vous faut un secours étranger, surnaturel , ; céleste, dont personne ne peut vous répondre. Secondement, | il vous faut un secours singulier, rare , refusé à presque i tous les pécheurs, un miracle pour vous convertir. Troi- j sièmement , pour ne jamais sortir de l'état où vous êtes , j vous n'avez (ju'à suivre vos penchants.
Mais de plus , le pécheur qui se promet sa conversion j sans travailler à se corriger, non-seulement présume dans j une uicertilude affreuse, et où tout parait conclure contre j lui ; mais encore il présume malgié la certitude morale où i la foi nous apprend qu'il est de sa perte. Car, premièrement, ; vous attendez que Dieu vous convertisse; mais comment j l'attendez-vous ? en mettant toujours de nouveaux obstacles | à sa grâce. Secondement , la grâce n'est accordée qu'aux i larmes , aux instances , aux désirs ; or priez-vous , du moins sollicitez-vous, imitez-vous l'imporlunité de la veuve de l'Évangile , travaillez- vous a l'attirer, cette grâce , par l'aumône et d'autres bonnes œuvres? Troisièmement, la grâce de conversion que vous attendez avec tant de confiance , est le plus grand de tous les dons , vous le savez ; cependant -1 n'est guère de pécheur qui en soit plus indigne que vous, par le caractère de vos désordies , par l'abus que vous avez fait des grâces de Dieu, etc. Vous le savez encore mieux. Mais , dit le pécheur, l'âge mûrira les passions , les occasions qui entraînent, les attachements qui arrêtent, les circonstances ne seront pas toujours les mêmes , et il se llatte qu'alors il se convertira. Quelle illusion! Car, ditesmoi lorsque vous vous promettez que Dieu vous fera un jour miséricorde, vous vous promettez sans doute qu'il changera votre cœur : or ce changement nécessaire à votre salut, pourquoi y comptez-vous plus pour l'avenir que pour aujourd'hui? Premièrement, vos dispositions à la pénitence seront-elles alors plus favorables? Secondemeut, les grâces seront-elles à l'avenir ou plus fréquentes ou plus victorieuses? Troisièmement, ajoutons que plus vous attendez , plus vous contractez de dettes ; or, plus vous aurez de crimes à expier, plus votre satisfaction devra être rigoureuse , et par conséquent plus votre pénitence sera difficile. Quatrièmement, écoutez une dernière raison qui doit vous convaincre. Vous regardez le vain espoir d'une conversion à venir comme un sentiment de grâce et de salut , et que le Seigneur ne vous livre pas encore à tout l'endurcissement du péché; mais si le Seigneur vous visitait dans sa miséricorde , il vous inspirerait.des troubles et des frayeurs salutaires sur l'état de votre conscience , parce que c'est par là que connnencent toutes les opérations de sa grâce : donc tandis que vous sci ez tranquille , il est clair que Dieu exerce sur vous le plus terrible de ses châtiments, je veux dire son abandon et le refus de ses grâces ; vous vous rassurez donc sur ce qui devrait vous faire entrer dans les plus justes frayeurs. Ce qui trompe la plupart des péeheurs, c'est qu'au lieu que la conversion est d'ordinaire
un miracle lent , tardif, le fruit des soins , des troubles , des frayeurs, il leur plaît de la regarder comme un de ces miracles soudains , qui dans un clin d'œil change la face des choses , et crée en un instant l'homme nouveau.
Il*^ Partie. La fausse confiance outrage Dieu. Le pécheur ([ui sans vouloir sortir de ses désordres se promet un changement, allègue pour justifier sa présomption : premièrement, la puissance de Dieu , qui peut en un instant changer sa volonté. Secondement, sa justice, qui ayant pétri l'homme faible, doit avoir égard à notre failjlesse. Troisièmement, sa miséricorde toujours prête à recevoir le pécheur qui revient à elle. Or je dis qu'il est aisé de montrer que la disposition du pécheur qui présume , outrage Dieu dans toutes les perfections dont nous venons de parler.
1" Dans sa puissance. Car lorsque vous concevez un Dieu puissant et maître des cœurs, vous concevez en même temps une puissance réglée parla sagesse : or le pécheur présomptueux attribue à Dieu une puissance aveugle. Car sa divine sagesse serait-elle assez justifiés devant les hommes , si la grâce de la conversion était enfin accordée à la fausse confiance : il s'ensuivrait donc de là que pour mériter la plus grande de toutes les grâces, il suffirait de l'avoir mille fois rejetée; ainsi le juste qui crucifie tous les jours .sa chair, qui gémit sans cesse pour obtenir le don précieux de la persévérance, n'aurait rien au-dessus du pécheur, qui se l'est toujours promis sans s'être jamais mis en peine de le mériter : ajoutez à cela que si l'empire que Dieu a sur les cœurs pouvait servir de ressource à un pécheur présomptueux , sur ce fondement il faudrait se promettre la conversion de tous les hommes , des infidèles , de ces peuples barbares qui n'ont jamais entendu parler de lui. Cependant voudriez- vous là-dessus que votre destinée courût le môme risque que celle d'mi sauvage?
2" La fausse confiance outrage Dieu dans sa justice. Le pécheur se persuade qu'étant né avec des penchants violents pour le plaisir, ses égarements sont plus dignes de la pitié du Seigneur que de sa colère.
Mais, premièrement, on pourrait vous dire que la corruption de votre nature ne vient point du Créateur; qu'étant l'ouvrage de l'homme et la peine de son péché , Dieu doit la punir lorsque vous y succombez. Secondement , que quelle que soit la faiblesse de notre volonté, l'homme est toujours maître de ses désirs. Troisièmement , que si vous êtes né faible, la bonté de Dieu a environné votre âme de mille secours ; des sacrements, de l'instruction, des inspirations continuelles de la grâce, peut-être même du secours particulier d'une éducation sainte et chrétienne.
Mais , sans s'arrêter à ces raisons , dites-moi , celte faiblesse dont vous vous i)laignez , et à laquelle vous espérez que Dieu aura égard , n'est-elle pas votre propre ouvrage et le fruit de vos dérèglements particuliers? comment donc comptez-vous que ce qui doit iriiter Dieu contre vous', sera capable de l'apaiser? La seule conclusion sensée et légitime qu'il vous soit i^rmis de tirer de votre propre faiblesse , c'est que vous avez besoin de veiller, de gémir, de prier plus que les autres.
3° La fausse confiance outrage Dieu dans sa miséricorde. Si l'on a tout à craindre de la justice divine, dit le pécheur,
ANALYSES DES SERMONS
d'un autre côté les niisàicordes de Dieu sont infinies : quand sa bonté ne trouverait rien en nous de propre à la toucher, n'en trouverait-elle pas des motifs assez pressants en elle-même ? Mais je vous demande : quand vous dites que la bonté de Dieu est infinie , que prétendez- vous dire ? qu'il ne punit jamais le crime , qu'il n'abandonne jamais le pécheur, qu'il n'a pas créé l'homme pour le rendre éterucllement mallieureux ; qu'il serait obligé de damner tous
les hommes, si tout ce que nous disons était vrai. Rien de plus frivole que tout cela ; et penser de la sorte n'est-ce pas outrager sa miséricorde ? Que voulez-vous donc dire? qu'il ne rejettera pas le sacrifice d'un cœur brisé et humilié ; et voilà ce que je vous ai jusques ici prêché. Convertissez-vous au Seigneur , et alors confiez-vous au Seigneur; quels que puissent être vos crbnes, il est toujours miséricordieux pour recevoir le pécheur qui revient à lui.