SUR LES CAUSES ORDINAIKES DE NOS RECHUTES
Division. Jésus-Christ ressuscité ne meurt plus; d'où vient donc que notre résurrection de la mort du péché, dont celle de Jésus-Christ est le modèle, est si peu constante et si peu durable? J'en trouve trois causes- I. Les précautions négligées après la conversion. II. Les résolutions violées. III. Les réparations omises.
r* Partie. Les précautions négligées. Piemière cause des reclmles , les précautions de nécessité et les précautions de pure sûreté que l'on néglige.
1" Les précautions de nécessité. J'appelle ainsi la fuite de certaines occasions d'elle-nièiues toujours funestes à l'iimocence, et où nous voyons une chute inévitable. On ue les fuit pas et on retombe, parce qu'on se promet désormais à soi-même plus d'attention et plus de tidéiité lorsqu'on s'y trouvera. On se persuade qu'y portant des dispositions plus saintes , le danger sera moindre. On se fait à soi-même mille raisons spécieuses, pour ne pas s'en éloigner, tandis que nous voyons que Jésus-Clirist après sa résurrection , quoiqu'il n'eût plus à craindre pour sa vie glorieuse, ne l'expose pourtant point à la fureur des Juifs. Or je dis piemièrement , qu'il est bien téméraiie de compter que Dieu vous soutieudia;dans des occasions qu'il vous ordonne lui-même de fuir. Secondement, que c'est un crime de ne pas éviter tout ce qui l'a été jusquesici, et nui peut encore le devenir pour vous. Troisièmement, (-^liv votre propre expérience vous devrait ici tenir lieu depieuve, puisque mille fois dégoûté de votre passion , la môLie.occasion vous a cependant toujours retrouvé le même.
Vous dites qu'y portant maintenant des dispositions plus saintes, le péril deviendia moindre; et je vous -iis de la part de Dieu que toute disposition qui nous conduit au péril, est profane et criminelle, paice que la première disposition que l'Esprit de Dieu met en nous , c'est la déliance de notre faiblesse.
Vous dites que rompre tout d'au coup , ce serait un éclat qui donnerait lieu à des soupçons dont jusques ici vous avez su vous défendie; et je vous dis de la part de Dieu, que vous seul ignorez ce que le public pense ; que les soupçons naissent plus de votre assiduité , qu'ils ne naîtront de votre éloignement; qu'après tout il suflit de sentir qu'on va péril-, pour être en dioit de tout entreprendre.
Vous dites que ce sont des engagements indispensables de bienséance et de devoir ; que les rompre , ce serait ruiner sans ressource votre fortune; et je vous dis de la part de Dieu que votre premier devoir est de lui obéir, qu'il veut qu'on perde tout pour sauver son âme.
Vous dites que Dieu ne demande que ce qui dépend de nous; et je vous dis de sa part, qu'il dépend toujours de nous de faire ce qu'il demande de nous , et qu'il nous rend toujours possible tout ce qu'il nous rend nécessaire.
Vous dites que vous voudriez inspirer les nouveaux sentiments que Dieu vous donne aux personnes qui vous ont séduit ; et je vous dis de la part de Dieu , qui vous a établi guide et pasteur de votre frère ? vous n'êtes pas encore
bien affermi , et vous pensez déjà à donner la main aux au très? Commencez par pleurer vos passions propres avant de corriger les passions d'autrui : les seules fonctions d'un pécheur sont les larmes , le silence , la retraite et la prière
2° On néglige encore plus les précautions de pure sûreté , et cette négligence devient un principe certain de rechute. Une âme qui revient à Dieu après le péché, doit se regarder comme un malade frappé dans toutes ses puissances, dans le cœur, dans l'esprit, dans l'imagination , etc. La grâce qui a guéri ses plaies lui en a encore laissé les impressions et les faiblesses : dans ce nouvel état de justice , cette grâce ne peut donc se conserver que par des précautions inlinies. Cependant vous voulez vivre au sortir des sacrements et dans cet état de faiblesse , comme des justes solidement établis, et qui n'auraient plus rien à craindre. Vous fuyez les occasions qui vous ont séduit, et vous ne craignez pas celles qui peuvent encore vous séduire. Le crùue vous alarme ; le danger ne vous touche pas : vous ne changez rien au fond de votre vie : vous n'en voulez retrancher que le désordre : vous comptez que se convertir, c'est précisément ne plus tomber ; et que le changement du cœur n'est pas un renouvellement de 1" homme tout entier, et un changement universel de conduite.
Mais remarquez que Jésus-Christ après sa résurrection ne conserve plus rien de sa vie terrestre et mortelle; tout est nouveau et changé en lui ; ce n'est plus cet homme de douleurs chargé de nos inlirmités et de nos misères , c'est un 1 oi glorieux ; en un mot sa résurrection est une vie toute nouvelle : tel est le modèle d'une vie ressuscitée. En effet , c'est une iUusion de prétendie qu'en ne changeant presque rien à vos mœurs, vous puissiez conserver la grâce : car, premièrement, si nos plus saintes résolutions trouvent des écueils dans l'inconstance seule et la corruption de notre cœur, hélas ! pourrons-nous être en sûreté contre des périls que nous cherchons , puisque nous ue le sommes pas contre nous-mêmes ?
Secondement, le passé devrait ici nous tenir lieu de preuve; la résolution que vous venez de former d'une vie plus chrétienne, vous l'avez déjà formée plus d'une fois dans les mêmes circonstances : d'oii vient que vos essais n'ont jamais été heureux.^ vous évitiez cependant les grands écueils qui venaient de vous voir périr; d'oii vient donc que malgré ces précautions que vous croyez seules essentielles, vous êtes toujours retombé .^ c'est que content d'éviter le ciime , vous n'avez compté pour rien tout ce qui pouvait vous y conduire. Quand même vos résolutions seraient aujourd'hui plus ferventes qu'autrefois, et votre cœur plus louché, les suites seiout encore les mêmes; parce que ce qui fait persévérer dans la grâce, n'est pas la vivacité des senlimenls qui nous y rappelle, c'est la lidelité des précautions qui nous y soutient : il ne faut donc pas juger de soi par certaines ardeurs qu'on éprouve dans la résolution d'une vie nouvelle : les premières impressions de la grâce, en certains cœurs surtout, sont toujours vives et ardentes; mais la vie chrétienne n'est pas dans des seutiments passagers, elle est dans une fidélité constante et durable.
Vous répondiez peut-èti-e que votre état semble vous
ANALYSES DES SERMONS
rendre ces occasions inévitables , et que vous ne pouvez pas vous y faire des mœurs à part.
A cela je réponds , premièrement, qu'il est vrai que les périls où l'ordre de Dieu et les devoirs de notre état nous engagent , cessent de l'être à notre égard ; que Pierre sur les flots était plus en sûreté que Jouas dans le navire ; mais que si nous sonmies de bonne foi , nous conviendrons que ce ne sont pas les périls inséparables de nos devoirs , mais ceux de notre propre choix , qui d'ordinaire nous séduisent. Secondement , que si vous vouliez bien remplir toutes les obligations de votre état, vous y trouveriez presque plus d'occasions de vertu que de chutes.
Les gens du monde se rassurent peut-être sur ce que ces périls , ces familiarités , ces plaisirs publics au milieu desquels ils vivent, ne font aucune impression marquée sur leur cœm-; pourquoi donc les leur interdirait-on?
A cela je pourrais répondre : premièrement , que les impressions du mal sont quelquefois d'autant plus dangereuses , qu'elles sont moms sensibles. Secondement , que souvent l'insensibilité qu'on se trouve dans les occasions les plus dangereuses, n'est pas une marque que nous en sortions innocents , mais que nous y sommes entrés plus corlompus ; enfin , qu'une preuve que vous n'êtes pas de bonne loi , lorsque vous vous vantez que rien ne fait impression sur votre cœur, c'est que lorsque vous revenez eniin de vos égarements, vous nous alléguez sans cesse votre faiblesse , et le malheur d'un tempéiament fragile pour les excuser.
ir Partie. Résolutions violées après la vonvcrsion. Seconde cause des rechutes. Jésus-Christ ressuscité d'entre les nîorts , ne meurt plus , parce que sa résurrection est l'accomplissement de toutes ses promesses : pour nous, nous avons fait à Dieu mille promesses en approchant du tribunal sacré ; mais les accomplissons-nous après être ressuscites ? Hélas ! ces résolutions si essentielles à notre salut, n'ont presque eu de réalité que dans l'imagination qui les a formées : bientôt le plan que nous nous étions formé d'une vie nouvelle n'a plus subsisté, même dans le souvenir. Voilà la glande source des rechutes après la solennité sainte.
1° Parce que nos résolutions renfermaient les moyens uniques de notre persévérance , et que c'est une chimère de se flatter qu'on persévérera; tandis qu'on néglige tous les moyens auxquels notre persévérance est attachée.
2° Dieu vous ayant inspiré ces résolutions , à vous dans les premiers moments de votre conversion, il vous avait fait connaître que c'étaient là les seules voies par où , vous en particulier, pouviez conserver la grâce reçue ; vous sortez donc, en les violant, des routes par où la grâce voulait vous mener.
3° C'est que la conscience accoutumée à violer tiauquillement ses résolutions, s'aecoutume peu à peu à renouveler sans remords ses crimes.
4° C'est que l'infidélité qui viole les résolutions prises dans un commencement de nouvelle vie , est un mépris formel de la grande miséricorde de Dieu qui avait opéré en nous ces mouvements de salut, il semble que les grâces de Dieu vous fatiguent : or une âme que les bienfaits de Dieu
lassent, lasse bientôt ses miséricordes : il la vomit, il la rejette et l'abandonne à elle-même.
Iir Partie. Réparations omises après la conversion. Dernière cause de nos rechutes. Tout est réparé par la résurrection de Jésus-Christ : pour nous , notre dernière vie ne répare jamais qu'à demi les désordres de l'ancienne. Nous omettons :
1 ° Les réparations de pénitence. Après une vie toute dans les sens, dans la volupté, dans l'ivresse des plaisirs : on ne voit ni retranchement, ni austérité, ni soufi'rance; on veut bien sortir du crime , parce qu'on en est fatigué ; parce que c'est une vie d'agitation et de tumulte qui ne convient plus; p.irce que la conscience crie; mais on ne se propose dans la vertu que l'exemption du crime même ; on secoue I le joug du péché, mais on ne s'impose pas le joug de Jésus-Christ.
2° Les réparations de justice. On n'approfondit point ce qu'on doit au prochain, on se contente de renoncer à certains vices criants qui étaient à charge ; mais d'en venir à certaines discussions qui auraient des suites, et qui nous engageraient en des démarches désagréables , on n'y pense pas ; et de là tant de murmures contre la piété.
3° Les réparations de scandale. Je dis de scandale donné par la malignité de nos discours, et par un usage outré et continuel de médisance : on ne répare pas ce scandale ; ou si on le répare , c'est en ne faisant plus à la vérité le public confident de ses discours empoisonnés , mais en les confiant à un petit nombre de persomies devant lesquelles on se donne d'autant plus de licence qu'on se contraint devant le public.
Voulez- von s donc ne plus retomber, et persévérer dans le service de Dieu , ne négligez plus des précautions qui font toute la sûreté de votre pénitence; ne violez plus des résolutions qui sont le seul appui de votre faiblesse; n'omettez plus des réparations qui renferment le seul remède de vos crimes.
LE LUNDI DE PAQUES