‹ ŒuvresChapitre 35 sur 264 · PREMIER MOTIF · texte numérisé non relu

PREMIER MOTIF

» Convertissez-vous à moi de tout votre cœur, nous dit aujourd'hui le Seigneur par la voix de l'Église, dans les jeûnes , dans les larmes et dans les prières; déchirez vos cœurs, et non vos vêtements, et convertissez-vous au Seigneur votre Dieu, parce qu'il est bon et compatissant; qu'il est patient et riche en miséricorde , et qu'il ne demande qu'à se repentir des maux dont il avait résolu de punir vos infidélités.

Et voilà , mon cher auditeur, ce que je viens vous répéter ici delà part de l'Église. Sanctifiez les jours de miséricorde où nous allons entrer : n'endurcissez point désormais votre cœur, et ne rendez pas inutiles toutes les grâces que la bonté de Dieu

' Ce discours fut prononcé les dernières années du règne de Louis XIV, après les batailles d'Hochstet , de Ramillies et de Turin , et la prise de Lille el de Douay par les enneom.

^ lofl. 2, 12,13.

MOTIFS DE CONVERSION

VOUS prépare : ne laissez pas encore échapper tant d'occasions de salut qui vont s'offrir en ce saint temps; et faites enfin cette grande démarche d'un changement de vie que Dieu demande de vous, que vous vous promettez depuis si longtemps à vousmême , et que la multitude et l'énormité de vos crimes passés vous rendent si indispensable et si décisive. Premier motif.

Rappelez toute la suite de votre vie; et, par cet enchaînement affreux de crimes qui Tout toute souillée, et où vous vivez encore actuellement, jugez quelle est devant Dieu votre situation, et la triste destinée de votre âme. Faudrait-il un autre motif pour vous déterminer à un changement et à une nouvelle vie? Comment avez-vous vécu jusqu'ici? A quoi vos jours, vos années se sont-ils écoulés ? Quel usage avez-vous fait, depuis que vous êtes sorti des mains de Dieu, de votre raison , de votre corps , de votre cœur, et de tout ce qui est en vous destiné à glorifier l'ouvrier éternel qui vous l'avait donné? Quel usage de votre jeunesse, de vos talents , de vos lumières , de votre temps qui devait êtrele prix de votre éternité ? Quel usage de vos biens, de vos places, devos dignités, de votre nom, où vous deviez trouver les secours et les ressources de votre sanctification éternelle ? Quel usage de vos afflictions, de vos pertes, de vos maladies, de vos disgrâces, qui dans les desseins de Dieu devaient être pour vous des leçons de salut et des motifs de pénitence? Quel usage enfin de tous les mystères, de toutes les solennités, de toutes les instructions et de tous les autres secours que la religion vous a offerts , et où tant de justes ont trouvé les soutiens de leur foi, les consolations de leur piété, et les facilités d'une vie sainte et fidèle ? Rassemblez tous vos jours passés jusqu'ici : quel vide ? quels abîmes ! quel cours non interrompu d'excès, d'impiétés, de dissolutions ! Et s'il y a eu quelques intervalles de foi , quelques heures et quelques mouvements de grâce, quelques retours vers Dieu, ce sont des retours qui n'ont point eu de suite , et qui ont ajouté à tous vos autres crimes celui des grâces méprisées.

Qu'attendez-vous donc, mon cher auditeur, pour revenir à votre Dieu? Vos jours s'écoulent, les années s'évanouissent, les plaisirs s'usent, la jeunesse vous échappe, la vie s'enfuit. Vos amis, vos proches, les compagnons de vos débauches et de vos excès ont presque tous disparu. Vous avez vu tomber à vos côtés, vos égaux, vos concurrents , vos envieux, vos protecteurs, vos sujets , vos maîtres. Que saisje même si les circonstances de leur mort inopinée, terrible aux yeux de la foi , n'ont pas dû vous faire sentir encore plus vivement le frivole de tout ce

qui passe , et le malheur d'une vie licencieuse et déréglée! Vous touchez vous-même au terme fatal. Tout ce qui s'est écoulé de vos jours, n'est que comme un point qui disparaît et qui vous échappe. Tout ce qui vous reste va disparaître en un clir d'oeil. Mettez donc à profit ce moment, pour pleurer les égarements d'une vie toute profane. Vous y êtes encore à temps ; mais il est temps de commencer. Le long usage du monde et des plaisirs ne vous permet plus de vous abuser sur le faux bonheur qu'on se promet dans le crime. Vous avez essayé de tout , et tout vous a lassé; et tout ce que vous avez tenté pour vous rendre heureux, n'a fait qu'aigrir vos maux et augmenter vos inquiétudes. Dieu vous rappelle à lui par les dégoûts qu'il répand sur le crime, par le vide que vous trouvez dans le monde et dans les plaisirs, par le frivole et le faux de toutes les choses humaines. Quel prétexte auriez- vous donc de différer encore? Votre vie n'a-t-elle pas été assez criminelle, pour interrompre enfin une si affreuse carrière, et en venir à un changement? Vous attendez-vous que vos chaînes tombent d'elles-mêmes , et à un repentir qui ne vous coûte rien ? Croyez-vous qu'un seul sentiment de frayeur au lit de la mort expiera tous les crimes de votre vie? Avez-vous renoncé à l'espérance de votre salut , comme ces impies qui n'ont point de Dieu ? Quand vous n'auriez eu le malheur que de tomber une seule fois, la vie ne serait pas assez longue pour pleurer votre chute ; et toute votre vie n'a été jusqu'ici qu'un crime continuel, et vous balancerez encore à consacrer à Dieu les restes d'une vie que le monde et les passions ont toute occupée! Demain on va vous redemander votre âme ; et ce court intervalle qui vous reste, vous le disputez encore à Dieu! Et n'êtes-vous pas trop heureux que le Seigneur, toujours bon et miséricordieux, veuille bien accepter les restes languissants de vos passions et de votre vie ; qu'il vous tende encore la main pour vous essuyer au sortir d'un si long et si triste naufrage; qu'il vous accueille encore usé par le monde et par les plaisirs , inhabile désormais aux passions, peu propre à son service , et que le rebut du monde et du dérèglement puisse encore devenir l'objet de ses miséricordes éternelles?

Grand Dieu ! qui peut me retenir encore en effet dans les voies du crime où je marche depuis tant d'années? Détrompé du monde, où rien n'a jamais répondu à mes désirs et à mes vaines espérances; lassé des passions, dont les voies ont toujours été pour moi semées d'épines et d'amertumes ; dégoûté des plaisirs que la bienséance elle-même commence à m'interdire; peu touché de tout ce qui fait l'em-

LE MERCREDI DES CENDRES

presscment des autres pécheurs, portant partout un cœur malade et inquiet, et ne trouvant rien qui le fixe et qui le calme; cherchant à m'étourdir sur les horreurs de ma vie, et ne pouvant y réussir; fuyant tout ce qui peut réveiller les terreurs de la conscience, et les portant partout avec moi ; éloignant toutes les pensées de l'éternité, et ne pouvant la perdre de vue; faisant des efforts impies pour vous oublier, ô mon Dieu, et vous retrouvant partout sur mes pas : que prétends-je, en vous fuyant encore? Ne vous lasserez-vous pas de courir après moi? Suis-je encore une de ces brebis qui méritent vos empressements et vos recherches?

Grand Dieu ! finissez mes peines , en guérissant mes plaies. Fixez mes irrésolutions : soulagez mon cœur, en le délivrant de ses crimes. Rompez des chaînes que je déteste, et auxquelles je n'ai pas la force d'oser toucher. Laissez-vous fléchir à mes vœux, et ne regardez pas mes œuvres. Ecoutez mes désirs, et fermez les yeux à mes faiblesses. Teriiriinez le combat que je sens en moi. Rendez-vous le maître de mon âme. Devenez le plus fort dans mon cœur. Ce n'est plus moi qui vous résiste, o mon Dieu; c'est la faiblesse, c'est l'ascendant de la corruption , c'est le long usage du crime. Prenez-moi donc pour votre partage. Arrachez-moi au monde et aux créatures, pour lesquelles vous ne m'avez pas fait, et détruisez en moi cet homme de péché que je hais, et qui est devenu plus fort que moimême.

Mais si la multitude de vos crimes , mon cher auditeur, et les désirs que Dieu vous inspire depuis longtemps de sortir de ce déplorable état, doivent vous déterminer enfin à faire cette grande démarche, le temps de pénitence où nous sommes entrés, les mystères saints qui nous attendent, ne vous laissent plus de prétexte de la différer.

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