‹ ŒuvresChapitre 43 sur 264 · E VENDREDI APBES LES CENDRES · texte numérisé non relu

E VENDREDI APBES LES CENDRES

DU PARDON DES OFFENSES

Audistisquiadictttmestantiquis-.DiligesproximumUium, et odio habebis inimicum tuum. Ego autem dico vobis : Biligite inimicos vestros.

Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens : Vous aimerez votre prochain, et vous haïrez voire ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis. (Matth. v, 43 , 44.)

On croit d'ordinaire que le législateur des Juifs avait usé d'une espèce d'indulgence et de ménagement en publiant la loi du pardon des offenses : qu'obligé déménager la faiblesse d'un peuple charnel, et d'ailleurs persuadé que, de toutes les vertus, l'amour des ennemis était celle qui coûtait le plus au cœur de l'homme, il s'était contenté de régler la vengeance et de lui prescrire des bornes. Ce n'est pas , dit saint Augustin, que, pour prévenir de grands excès, il eût eu dessein d'en autoriser de moindres. Cette loi, comme toutes les autres , avait sa sainteté, sa bonté , sa justice ; mais c'était plutôt un établissement de police, qu'une règle de piété. Elle était propre à maintenir la tranquillité extérieure de l'État; mais elle ne touchait point au cœur et n'allait pas jusqu'à la racine des haines et des vengeances. On s'y proposait seulement, ou d'arrêter l'agresseur en le menaçant de la même peine dont il aurait aflligé son frère , ou de mettre un frein à la vivacité de l'offensé, en lui laissant craindre que s'il excédait dans la satisfaction, il s'e.xposait à souffrir lui-même le surplus de sa vengeance.

La morale des philosophes avait encore mis le pardon des offenses au nombre des vertus; mais c'était un précepte de vanité, plutôt qu'une règle de discipline. C'est que la vengeance leur semblait traîner après elle je ne sais quoi de bas et d'emporté, qui eût défiguré le portrait et l'orgueilleuse tranquillité de leur sage : c'est qu'il leur paraissait honteux de ne pouvoir se mettre au-dessus d'une offense. Le pardon des ennemis n'était donc fondé que sur le mépris qu'on avait pour eux. On se vengeait en dédaignant la vengeance; et l'orgueil se relâchait sans peine du plaisir de nuire à ceux qui nous ont nui , par la gloire qu'il trouvait à les mépriser.

Mais la loi de l'Évangile sur l'amour des ennemis ne flatte point l'orgueil, et ne ménage pas l'amour propre. Rien ne doit dédommager le chrétien dans le pardon des offenses , que la consolation d'imiter

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I Jésus-Clirist , et de lui obéir ; que les titres , qui dans un ennemi lui découvrent un frère ; que l'espérance de retrouver devant le juge éternel la même indulgence dont il aura usé envers les hommes. Rien ne doit le borner dans .sa charité, que la charité ellemême qui n'a point de "bornes , qui n'excepte ni lieux ni temps, ni personnes, qui ne doit jamais s'éteindre. Et quand la religion des chrétiens n'aurait point d'autre preuve contre l'incrédulité , que l'élévation de cette maxime , elle aurait toujours ce degré de sainteté , et par conséquent de vraisemblance , sur toutes les sectes qui ont jamais paru sur la terre.

Développons donc les motifs , et les règles de ce point essentiel de la loi : les motifs, en établissant l'équité du précepte par les prétextes mêmes qui semblent la combattre; les règles, en développant les illusions sous lesquelles chacun s'en justifie à soimême les infractions: c'est-à-dire, l'injustice de nos haines et la fausseté de nos réconciliations. Implorons, etc.

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