POUR LE MERCREDI DE LA. PREMIERE SEMAINE DE CARÊME
SUR LA RECHUTE
FAJiunt novissima hominis illius pejora prioribiis. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. (Mattu. xn , 45.)
Quelle peinture effrayante notre Évangile nous retrace-t-il de la rechute, mes très-chers frères, de ce péché si commun , qui n'alarme plus les consciences , et avec lequel presque tout le monde s'est familiarisé, parce qu'il paraît être devenu l'état ordinaire des chrétiens? nous n'imaginons rien de plus horrible que le sort d'un homme possédé du démon , livré à la discrétion et à toute la fureur de cet ennemi du genre humain; et n'étant plus, à proprement parler, que l'instrument infortuné de sa malice et de sa corruption. Ah! s'il faut en croire notre divin IMaître, le sort d'une âme infldèle, qui, après être sortie de ses premiers égarements , après avoir goûté le don céleste, se laisse rentraîner dans les voies du péché qu'elle avait quittées, et retourne à son vomissement, est tout autrement déplorable : ce n'est plus d'un seul démon dont elle est possédée ; elle est livrée à sept autres démons plus méchants que le premier, qui s'en emparent , et qui la regardant comme leur conquête, en font leur demeure, et s'y établissent pour n'en plus sortir : Et intrantes habitant ibi. (Matth. XII, 45.)
C'est cette dernière circonstance qui doit nous faire trembler, mes très-chers frères, et qui fait dire à notre divin Sauveur que le dernier état de cet homme devient pire que le premier : Fitmt novissima hoyyiinis illius pejora prioribus ; car elle nous fait entendre que la rechute est comme un signe et un préjugé de notre réprobation; et qu'il est bien rare que nous revenions à Dieu, lorsqu'après l'avoir quitté, nous sommes retournés à la créature.
Et si vous me demandez, chrétiens, qu'a donc la rechute de si horrible, et pourquoi il est si difficile de se relever après être retombé; en voici les raisons : écoutez-les, vous dont la fidélité envers Dieu jusqu'ici ne s'est point démentie, afin qu'elles vous servent de préservatif contre un si grand malheur. Et vous, dont les mœurs n'ont peut-être roulé jusqu'à présent que sur ces alternatives de réconciliation et de crime; qui faites tant de démarches de conversion, et toujours autant de pas en arrière; et qui loin d'être effrayés sur votre état, vous rassurez
MEUCllEDI DE LA PREMIERE SEMAINE.
sur ces retours passagers vers Dieu; écoutez-les aussi ces raisons, et voyez si l'affreuse tranquillité dans laquelle vous vivez est bien fondée.
Je dis que le péché de rechute imprime en nous comme un caractère de réprobation, et que rarement on s'en relève-, pourquoi? parce que c'est un de ces vices que rien n'excuse , et duquel on a tout à craindre. En premier lieu , rien n'excuse un pécheur de rechute , parce que son péché n'est plus ni surprise , ni faiblesse, ni ignorance, mais l'ingratitude la plus odieuse, la perfidie la plus noire, le mépris le plus affecté. En second lieu , on a tout à craindre du péché de rechute; parce que d'ordinaire il conduit à l'impénitence et à un état fixe et tranquille de crime. Deux motifs dont je vais me servir aujourd'hui pour vous faire trembler sur l'état du pécheur qui retombe ; l'énormité du péché de rechute , le danger du péché de rechute. C'est le moins excusable et le plus dangereux de tous les crimes. Implorons , etc.
Ave, Maria.