‹ ŒuvresChapitre 76 sur 264 · POUR LE MARDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE MARDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME

SUR LE RESPECT HUMAIN

Omnia vvrô opéra sua faciunt utvideantur ab hominibus.

Ils font toutes leurs actions pour être remarqués des hommes .

(Matth. XXIIl, 6.)

Ce n'est pas la fausse piété , et l'attention à s'attirer les regards publics dans la pratique des œuvres saintes , qui me paraît l'écueil le plus à craindre pour le commun des fidèles. Le vice des Pharisiens peut trouver encore des imitateurs, mais ce n'est pas le vice du plus grand nombre. Le respect humain qui fait que nous servons Dieu pour mériter l'estime des hommes est bien plus rare, que celui qui nous empêche de le servir, de peur de la perdre. La tentation la plus ordinaire n'est pas de se glorifier d'une fausse vertu; c'est de rougir de la véritable : et la timidité criminelle du respect humain damne bien plus de chrétiens , que l'effronterie et la duplicité de l'hypocrisie.

En quoi ces deux vices se ressemblent , c'est aue tous les deux sacrifient le salut éternel aux vains jugements des hommes. Or, comme de tous les obstacles de conversion , la timidité du respect humain , la crainte faible et criminelle du monde, est le plus commun et le plus dangereux , il importe d'en faire sentir toute l'illusion : car en quelque état que la Providence nous ait fait naître, nous tenons tous à un certain monde qui nous environne : nos proches,

MARDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE

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nos amis , nos protecteurs , nos maîtres ; c'est ce petit nombre de personnes qui forme pour nous un monde à part, dont nous craignons les jugements, et au goût duquel nous sacrifions même nos désirs de vertu, si en les accomplissant nous devons nous attirer ses dérisions et ses censures. Je dis donc que cette disposition renferme, premièrement, un mépris de Dieu qui la rend très-criminelle; secondement, une crainte du monde qui la rend très-insensée; troisièmement, un préjugé contre la vertu qui la rend très-injuste. Un mépris de Dieu qui la rend très-criminelle, parce que vous craignez le monde plus que Dieu; une crainte du monde qui la rend très-insensée , parce que vous comptez pour beaucoup la vanité de ses jugements; enfin un préjugé contre la vertu qui la rend très-injuste, parce que vous vous la figurez comme une condition toujours exposée au mépris et aux dérisions du monde , au lieu que le monde lui-même la respecte et l'admire. Le crime du respect humain, sa folie et son injustice, voilà tout le sujet de ce discours. Implorons, etc.

Ave, Maria.

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