‹ ŒuvresChapitre 83 sur 264 · POUR LE JEUDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME · texte numérisé non relu

POUR LE JEUDI DE LA DEUXIÈME SEMAINE DE CARÊME

LE MAUVAIS RICHE

Crucior in hàc flammâ.

ie suis tourmenté dans celte flamme.

(Luc, XVI, 24.)

Quels sont donc les crimes affreux, mes frères, qui ont creusé à cet infortuné ce gouffre de tourments où il est enseveli , et allumé le feu vengeur qui le dévore? Est-ce un profanateur de son propre corps? a-t-il trempé ses mains dans le sang innocent? a-t-il fait de la veuve et de l'orphelin la proie de ses injustices? est-ce un homme sans foi, sans mœurs, sans caractère, un monstre d'iniquité?

LE MAUVAIS RICHE

Écoutez-le, vous qui croyez qu'une vie douce et paisible, où l'on n'accorde rien aux passions extrêmes, mais 0X1 l'on accorde tout à l'amour-propre, est une vie chrétienne ; et que ne pas faire le mal , c'est tout l'Évangile. Ce réprouvé qui sort aujourd'hui de l'abîme pour vous instruire était riche , dit Jésus-Christ; il était vêtu de pourpre et de lin; il faisait tous les jours bonne chère : du reste, moins attentif qu'il n'aurait dû aux besoins de Lazare qui languissait à sa porte; voilà tous ses crimes. En vain en voudrions-nous chercher d'autres dans la dissolution de ses moeurs; ce n'est pas ce qu'on lui reproche. Il avait reçu de grands biens ; il en coûtait toutes les douceurs : Abraham ne cherche point ailleurs le sujet de sa condamnation : nous serions téméraires de lui prêter des désordres que son histoire tait, dont Jésus-Christ l'absout par son silence : nous contredirions même les intentions du Sauveur en détournant le sens et l'esprit de cette histoire, et détruisant tout le fruit qu'il se propose d'en retirer.

Qu'eût-il été besoin en effet , mes frères ,''que Jésus-Christ vînt nous ouvrir l'abîme , pour nous faire voir dans les tourments un impudique , un sacrilège , un pécheur déclaré ? On sait assez que les fornicateurs, les impies, les ravisseurs du bien d'autrui, n'auront point de part dans son royaume : toute l'Écriture est une prédiction continuelle du malheur qui leur est préparé. S'il nous ouvre donc aujourd'hui le sein de l'enfer, c'est pour nous y montrer un réprouvé que nous n'y attendions point , et dont le plus grand vice a été de n'avoir point de vertu : c'est pour nous apprendre que la vie mondaine toute seule, quand vous en demeureriez là, et que vous ne tomberiez dans aucun excès, est une vie criminelle à ses yeux , digne de l'enfer et de ses flammes.

Voilà l'esprit et la fin de l'histoire que Jésus-Christ nous raconte aujourd'hui; et c'est à cette vérité, la plus importante peut-être qu'on puisse traiter dans la morale chrétienne , que je vais ramener, par des réflexions édifiantes , toute la suite de notre Évangile. Dans le portrait que nous fait Jésus-Christ du mauvais riche, vous verrez la peinture d'une vie molle et mondaine, qui n'est accompagnée, ni de vice , ni de vertu : dans le récit de son supplice, vous en verrez la condamnation et la déplorable destinée. C'est-à-dire l'innocence du monde exposée et condamnée : c'est le sujet de cette homélie. Implorons, etc. Jve, Maria.

Page 1