SCÈNE V
VÀLÈRE, SGANARELLE, ERGASTE,
vaiÈre, dans le fond du théâtre, Ergaste , le voilà cet Argus que j'abhorre , Le sévère tuteur de celle que j'adore.
SGANARELLE, se croyant seul.
N'est-ce pas quelque chose enfin de surprenant Que la corruption des mœurs de maintenant ?
VALÈRE
Je voudrois l!accoster , s'il est en ma puissance., Et tâcher de lier avec lui connoissance.
. sgANAiielle, je croyant seul: Au lieu de voir régner cette sévérité Qui composent si bien l'ancienne honnêteté, La jeunesse en ces lieux , libertine , absolue , Ne prend. . .
(Valère salue Sganarelle de loin»)
VAL ÈRE
Il ne voit pas que c'est lui qu'on salue,
ERGASTE
Son mauvais œil peut-être est de ce côté-ci. Passons du côté droit.
sganarelle, se croyant seuL Il faut sortir d'ici.
Le séjour de la ville en moi ne peut produire Que des. . .
VALÈRE, en s' approchant peu h peu.
Il faut chez lui tâcher de m'introduire., sganarelle, entendant quelque bruit.
Hé !. . . j'ai cru qu'on parloit.
(se croyant seul.) Aux champs, grâces aux cieux, Les sottises du temps ne blessent point mes yeux.
ergAste, a Valère.
Abordez-le.
sganarelle, entendant encore du bruit:
Plaît-il ?
(n'entendant plus rien.) Les oreilles me cornent.
(se croyant seul.) Là, tous les passe-temps de nos filles se bornent. . .
(Il aperçoit Valère qui le salue.) Est-ce à nous ?
ACTEI, SCENE V. aS
ERGASTE, à Valère.
Approchez.
SGANARELLE, sans prendre garde a Valère. Là , nul godelureau (Valère le salue encore.) Ne vient... Que diable...?
(Il se retourne P et voit Ergaste cjul le salue de l'autre côté.) Encor ! que de coups de chapeau!
Monsieur . un tel abord vous interrompt peut-être ?
SGANARELLE
Cela se peut.
VALÈRE
Mais quoi ! l'honneur de vous connoître M'est un si grand bonheur , m'est un si doux plaisir, Que de vous saluer j'avois un grand désir.
SGANARELLE
Soit.
VALÈRE
Et de vous venir , mais sans nul artifice , Assurer que je suis tout à votre service.
SGANARELLE
Je le crois.
VALÈRE
J'ai le bien d'être de vos voisins , Et j'en dois rendre grâce à mes heureux destins.
C'est bien fait.
VALÈRE
Mais, monsieur, savez-vous les nouvel) es Que Ton dit à la cour , et qu'on tient pour fidèles?
b£ L'ÉCOLE DES MARIS.
SGANARELLE
Que m'importe ?
VAL ÈRE
Il est vrai ; mais pour les nouveautés On peut avoir parfois des curiosités.
Vous irez voir , monsieur , cette magnificence Que de notre dauphin prépare la naissance ?
SGANARELLE
Si je veux.
VA LE RE
Avouons que Paris nous fait part De cent plaisirs charmants qu'on n'a point autre part. Les provinces, auprès, sont des lieux solitaires. A quoi donc passez-vous le temps ?
SGANARELLE
A mes affaires.
VALÈRE
L'esprit veut du relâche , et succombe parfois Par trop d'attachement aux sérieux emplois. Que faites-vous les soirs avant qu'on se retire ?
Ce qui me plaît.
VALÈRE
Sans doute : on ne peut pas mieux dire , Cette réponse est juste , et le bon sens paroît A ne vouloir jamais faire que ce qui plaît. Si je ne vous croyois lame trop occupée , J'irois parfois chez vous passer l'après-soupée.
SGANARELLE
Serviteur.