‹ ŒuvresChapitre 12 sur 302 · VALÈRE, ERGASTE · texte numérisé non relu

VALÈRE, ERGASTE

VALÈRE-

Que dis-tu de ce bizarre fou ?

ERGASTE

Il a le repart brusque , et l'accueil loup-garou.

VALÈRE

Ah ! j'enrage!

ERGASTE

Et de quoi ?

VALÈRE

De quoi? C'est que j'enrage De voir celle que j'aime au pouvoir d'un sauvage, D'un dragon surveillant , dont la sévérité IV e lui laisse jouir d'aucune liberté.

ERGASTE

C'est ce qui fait pour vous ; et sur ces conséquences

Votre amour doit fonder de grandes espe'rances.

Apprenez , pour avoir votre esprit affermi ,

Qu'une femme qu'on garde est gagnée à demi ,

Et que les noirs chagrins des maris ou des pères

Ont toujours du galant avancé les affaires.

Je coquette fort peu, c'est mon moindre talent,

Et de profession je ne suis point galant ;

Mais j'en ai servi vingt de ces chercheurs de proie,

Qui disoient fort souvent que leur plus grande joie

Étoit de rencontrer de ces maris fâcheux

Qui jamais sans gronder ne reviennent chez eux,

De ces brutaux fieffés qui , sans raison ni suite ,

De leurs femmes en tout contrôlent la conduite ,

Molière. 2. 3

Et, du nom de maris fièrement se parants, Leur rompent en visière aux yeux des soupirants On en sait , disent-ils , prendre ses avantages ; Et l'aigreur de la dame , à ces sortes d'outrages Dont la plaint doucement le complaisant témoin , Est un champ à pousser les choses assez loin. En un mot , ce vous est une attente assez belle Que la sévérité du tuteur d'Isabelle.

VALÈRE

Mais depuis quatre mois que je l'aime ardemment, Te n'ai pour lui parler pu trouver un moment.

L'amour rend inventif ; mais vous ne l'êtes guère : Et si j'avois été...

VAL ÈRE

Mais qu'aurois-tu pu faire , Puisque sans ce brutal on ne la voit jamais , Et qu'il n'est là-dedans servantes ni valets Dont , par l'appât flatteur de quelque récompense , Je puisse pour mes feux ménager l'assistance 1

ERGASTE

Elle ne sait donc pas encor que vous l'aimez?

VALÈRE

C'est un point dont mes vœux ne sont pas informés. Par-tout où ce farouche a conduit cette belle , Elle m'a toujours vu comme une ombre après elle ; Et mes regards aux siens ont tâché chaque jour De pouvoir expliquer l'excès de mon amour. Mes yeux ont fort parlé : mais qui me peut apprendre Si leur langage enfin a pu se faire entendre ?

ERG A S TE.

Ce langage, il est vrai, peut être obscur parfois,

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