ACTE II, SCENE VI 16S
Non pas»
Mais , pour guérir du mal qu'il dit qui le possède , N'a-t-il pas exigé de vous d'autre remède ?
AGNÈS
Non. Vous pouvez juger, s'il en eût demandé, Que pour le secourir j'aurois tout accordé. Arnolphe, bas , a part.
Grâce aux bontés du ciel, j'en suis quitte à bon compte i. Si j'y retombe plus , je veux bien qu'on m'affronte.
( haut. ) Chut. De votre innocence , Agnès , c'est un effet ; Je ne vous en dit mot. Ce qui s'est fait est fait. Je sais qu'en vous flattant le galant ne désire Que de vous abuser, et puis après s'en rire.
A g- ne s.
Oh ! point. Il me l'a dit plus de vingt fois à moi.
ARNOLPHE
Ah ! vous ne savez pas ce que c'est que sa foi. Mais enfin apprenez qu'accepter des cassettes Et de ces beaux blondins écouter les sornettes , ^ue se laisser par eux , à force de langueur , Baiser ainsi les mains et chatouiller le cœur , Est ud péché mortel des plus gros qu'il se fasse.
AGNÈS
Un péché , dites-vous ! Et la raison , de grâce ?
ARNOLPHE
La raison ? La raison est l'arrêt prononcé Que par ces actions le ciel est courroucé.
AGNÈS
Courroucé ! Mais pourquoi faut-il qu'il s'en courrouce ? C'est une chose , hélas I si plaisante et si douce !
;i64 L'ÉCOLE DES FEMMES.
J'admire quelle joie on goûte à tout cela, Et je ne savois point encor ces choses-là.
ARNOLPHE
Oui , c'est un grand plaisir que toutes ces tendresses , Ces propos si gentils , et ces douces caresses ; Mais il faut le goûter en toute honnêteté',. Et qu'en se mariant le crime en soit ôte'.
AGNES
N'est-ce plus un péché , lorsque l'on se marie ?,
ARNOLPHE
Non.
AGNÈS
Mariez-moi donc promptement , je vous prie.
ARNOLPHE
Si vous le souhaitez, je le souhaite aussi;; Et pour vous marier on me revoit ici.
AGNÈS
Est-il possible ?
ARN OLP HE.
Oui.
AGNÈS
Que vous me ferez aise !
Oui , je né doute point que l'hymen ne vous plaise.
AGNÈS
Vous nous voulez nous deux... ?
ARNOLPHE
Rien de plus assuré.
AGNÈS
Que , si cela se fait , je vous caresserai !